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Voyage dans la Haute-Égypte

Thèbes est situé au Nord de Louqsor. dont il est séparé par un chemin d'environ deux mille mètres de Longueur. Le plan qui occupe la page suivante donne une idée de ce qu'était l'ensemble d'édifices auquel le village moderne de Karnak a fourni son nom.

Gomme on le voit par ce plan. Karnak n'est pas un temple, mais la réunion d'une douzaine de temples, plus ou moins étroitement soudés les uns aux autres.

Dans sa plus grande longueur, du Nord au Sud, l'axe de l'ensemble des ruines de Karnak mesure mille quatre cents mètres, l'axe transversal est de cinq cent-soixante mètres: on a marché près d'une lieue (3800 mètres) quand on en a fait le tour.

Le nom local de Karnak est fjjijll© et \^m Apetu et Apeti. On ne dit jamais YApet du Nord, comme on dit de Louqsor YApet du Sud. d'où l'on pourrait conclure que Karnak était regardé comme X Apetu ou YApet par excellence.

Une allée de sphinx, dont on retrouve encore quelques traces, unissait Karnak à Louqsor. Elle avait vingt-trois mètres de largeur sur une longueur de deux mille. Les sphinx y sont espacés de quatre mètres en quatre

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Les temples de Karnak, qui ne sont pas simplement des chapelles, sont enfermés dans des enceintes construites, selon l'usage, en grosses briques séchées au soleil. Ces enceintes sont d'une hauteur et d'une épaisseur extraordinaires. Elles protégeaient les temples qu'elles contenaient contre toute agression venue du dehors. Elles servaient aussi de rideau entre les profanes habitants de la ville et les mystères qu'on célébrait à l'intérieur. Les portes une (bis fermées, il était impossible, en effet, qu'aucun autre que les assistants put voir les cortèges défiler soit sous les portiques des temples, soit dans le périmètre des enceintes.

On compte à Karnak quatre allées de sphinx ( marquées 1, 2, 3, 4 sur le plan), sans parler de celle qui relie Karnak à Louqsor. Toutes sont situées en dehors des enceintes et aboutissent à une des portes d'entrée.

Cette remarque n'est pas indifférente, puisqu'on en peut tirer quelque lumière sur l'origine du Sphinx. On voit, en effet, par la position qu'elles occupent, que les allées de sphinx sont de nature décorative, non religieuse. A l'origine, le Sphinx a donc pu n'être qu'un lion chargé de garder les portes des temples, et si au corps de lion on a ajouté une tête d'homme, qui est invariablement celle d'un roi, c'est sous l'influence d'idées dont le symbolisme tout égyptien n'a pas besoin d'être expliqué. Le roi lui-même, représenté sous l'attribut de la force physique unie à la force intellectuelle, garde le monument qu'il a fondé. Une distinction radicale doit être faite par conséquent entre le Sphinx grec et le Sphinx égyptien. Le Sphinx égyptien ne propose aucune énigme aux passants, et l'auteur du Traité d'Isis et d'Osiris est bien de son temps, quand il écrit : « Tous les mystères des Egyptiens ne renferment que leur philosophie qu'ils ne laissaient voir qu'à travers un voile ; c'est pour cette raison qu'ils placent des sphinx devant la porte de leurs temples, voulant dire par là que toute leur théologie contient, sous forme énigmatique, les secrets de la sagesse ». Evidemment, les Egyptiens n'ont pas pensé si loin.

Les temples de Karnak sont tous plus ou moins rainés, et il n'est pas toujours facile d'en reconnaître la principale divinité. On peut dire cependant, d'une manière générale, que la triade thébaine était la personnification divine à laquelle l'ensemble des temples de Karnak était élevé, bien qu'on y trouve cinq temples séparément consacrés à Ammon, deux temples consacrés à Moût, trois temples consacrés à Ghons, à Phtah et à l'Osiris de Thèbes.

Nous savons déjà que la triade thébaine se composait d' Ammon qui est le père, de Moût qui est la mère, de Ghons qui est l'enfant.

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Cette curieuse manière de concevoir la divinité sous la forme .1 une triade, n'est pas propre à Thèbes. La triade, avec des caractères locaux différents, se retrouve dans tous les autres temples de l'Egypte. C'esl ainsi qu'Hathor, Horus d'Edlbu , Hor-sam-ta-ui . formenl la triade de Dendérah ; Horus d'Edfou, Hathor, Hor-sam-ta-ui, la triade d'Edlbu: Osiris. [sis, Horus, la triade d'Abydos, etc.

En ce qui regarde la forme particulière et locale que revêt la triade à Thèbes. on doit considérer Ammon comme le symbole visible de cette force cachée dans la nature qui amène toutes choses à la vie. qui l'ail que tout pousse et que tout grandit. Ammon esl ainsi le père des êtres, el la chaleur solaire est sa principale manifestation. Aussi s'appelle-t-il le plus souvent Aminon-Ra (1).

La seconde personne de la triade thébaine est Moût, c'est-à-dire « la mère » par excellence. C'est dans le sein de Mont qu' Ammon s'engendre luimême, et se trouve ainsi être à la fois son propre père et son propre lils. Ammon prend par là sa place parmi les divinités principales de toutes les triades dont le caractère essentiel est l'éternité. Il est éternel parce que, se reproduisant sans cesse, il n'a pas pu avoir de commencement, et qu'il n'aura pas de fin.

Quant à Chons, il n'est que le dieu-fils, produit de faction commune des deux autres personnages de la triade. Mais il symbolise plus spécialement le mystère de la perpétuelle génération du dieu-père. I! esl le dieu Ammon lui-même, dans sa fonction de dieu-fils.

Les neuf planches dont nous allons donner l'explication ont été photographiées d'après les monuments principaux de Karnak.

Planche 39. — La planche 39 est une vue d'ensemble des ruines de Karnak prise de l'angle Sud-Est de l'enceinte du Grand Temple. Le lac sacré est au premier plan. On aperçoit au fond quelques-unes de ces portemonumentales (2) que nous appelons des pylônes, et auxquelles Thèbes doit son fameux surnom de « Thèbes aux cent portes ». qualification qui, selon les remarques déjà faites par M. Chabas, était devenue dans l'antiquité un lieu commun à l'usage des poètes.

(1) M. Grébaut a fait une excellente étude de ce personnage divin dans son travail intitulé : Hymne à Ammon-Ra des papyrus égyptiens de Boulaq. Paris, 1874. Voyez surtout Y Avant- Propos.

(2) [.es deux premières sont marquées VIII et IX sur le plan. On aperçoit au fond la porte monumentale et le pylône qui précèdent le Temple de Chons (T).

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Ce n'est pas que Thèbes eût possédé des murailles percées de cent portes, et surtout cent portes : « de chacune desquelles pouvaient sortir à la fois deux cents guerriers avec leurs chevaux et leurs chars ». La pompeuse expression d'Homère a pour point de départ le spectacle, sans pareil dans l'Egypte entière, que Thèbes, au temps du poëte, devait présenter au voyageur arrivant du Nord. A ce moment, Karnak, Louqsor, Méchnet-Abou, Y Aménophium , le Ramesséuin, Deir-el-Bahari, le Temple de Qournah, sans parler des temples de Thoutmès III et de Thoutmès IV maintenant détruits, étaient debout. D'aussi loin qu'on apercevait la ville, ce qui frappait avant tout le regard, c'étaient les innombrables pylônes qui dominaient les temples et se dressaient sur les deux rives. Ces innombrables pylônes sont devenus les cent portes, et on peut conjecturer que si Homère n'a pas dit mille, c'est vraisemblablement parce que le vers ne s'y prêtait pas.

L'histoire du Temple de Louqsor peut être faite en doux lignes. Elle tient tout entière dans le règne d'Aménophis III qui en a commencé la construction, et le règne de Ramsès II qui l'a finie. Mais l'histoire de Karnak demande un peu plus de développements.

Karnak a été fondé par Amenemha, le premier roi de la XIIe dynastie. Ce n'était pas alors le grandiose entassement de temples que nous admirons aujourd'hui. Au moment de sa fondation, Karnak n'était encore qu'un modeste sanctuaire qui ne dépassait guère les limites de la cour (1) du Grand Temple ou nous en avons retrouvé les ruines. Les colonnes qui le décoraient étaient polygonales, comme les colonnes de Béni-Hassan.

Le vieux sanctuaire d' Amenemha fut, sous la XIIIe dynastie et la XIVe. le seul monument de Karnak. Les Hycsos le respectèrent, ou plutôt n'eurent pas l'occasion de le démolir, puisque ces envahisseurs ne vinrent pas à Thèbes, et rien ne prouve que, sous Aménophis Ier, le deuxième roi de la XVIIIe dynastie, ils se soient étendus au-delà des limites que lui avait assignées son fondateur.

Sous Thoutmès Ie'", successeur d'Aménophis, Karnak prend un essor subit. Ce prince remanie le sanctuaire d' Amenemha et l'agrandit. IL lui donne pour façade un pylône précédé de deux obélisques (2). Peut-être le plan, qui ne devait avoir sa pleine exécution que sous Thoutmès III, est-il déjà conçu, car un autre pylône s'élève au Sud (3).

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(1) Cette cour est marquée T sur le plan général du Grand Temple que nous reproduisons à la page 8

(2) Pylône IV. Voyez

(3) Pylône VIII.

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THÈBES — KARNAK

Karnak commence à être, sous Thoutmès III, oe magnifique entassement de temples qui sera plus tard la gloire de Thèbes et L'étonnemenl ^ voyageurs. Le sanctuaire d'Amenemha devient pou à peu Le Grand Temple. On construit le Temple de l'Est consacré à Ammon (1), Le Petit Temple du Nord consacré à Phtah(2), on élève le pylône des Listes géographiques (3), on creuse le lac à côté du petit temple d'albâtre (4) .

Thoutmës III trouve dans Aménophis III. son arrière petit-fils, un digne continuateur. Dans le Grand Temple, un pylône plus grand est bâti en avant du pylône de Tlioutmès Ier (S). Le temple du Nord (0). dédié à Ammon. est construit; on construit en môme temps le temple du Sud (7), dédié à Moût. Un troisième temple (8), qui disparaîtra bientôt, et n'a Laissé de restes que la grande allée de béliers qui le précédait, est élevé à Ghons, et Aménophis III témoigne ainsi de sa piété envers la triade de Thèbes.

Les Séti et lesRamsès (XIXe et XXe dynasties) ne se montrent pas moins soucieux de la grandeur de Karnak. Ramsès F jette les fondements de cette admirable salle hypostyle, chef-d'œuvre de l'architecture du Nouvel-Empire. que Séti Ier continuera et que Ramsès II aura la gloire d'achever (9). En même temps Ramsès II entoure le Grand Temple (10) d'une enceinte de pierre, il élève le Temple de l'Est (11), il dresse sur leur base quatre obélisques, il fait précéder la façade orientale du Grand Temple par une allée de sphinx (12). Le mouvement donné se continue sous Ramsès III (XXe dynastie), et Karnak doit au héros de M é clin et- Ab ou le Temple de Ghons (13), le Temple d' Ammon, enclavé dans le mur des Bubastites (14). le Temple de Moût, situé près du grand lac au Sud (15). Gomme Aménophis III, Ramsès III élève ainsi un monument à chacune des trois personnes qui forment la triade thébaine.

Malgré ces prodigieux efforts, Karnak n'est point encore achevé. Sous les successeurs des Ramsès et jusqu'à l'avènement des Psammétichus (XXVIe dynastie), l'Egypte est agitée par les dissensions les plus graves que son histoire ait connues. Thèbes se donne à l'éthiopien Piankhi. Les Assyriens

(1) Ci-dessus, temple V.

(2) Ci-dessus, temple G.

(3) Ci-dessus, pylône VIII.

(4) Ci-dessus, temple g.

(5) Voyez le plan général du Grand Temple, pylône III.

(6) Ci-dessus, temple A, B, C.

(7) Ci-dessus, temple X.

(8) Ci-dessus, temple T.

(9) Voyez le plan général du Grand Temple, salle I).

(10) Ci-dessus, temple K.

(11) Ci-dessus, temple 0.

(12) Ci-dessus, 2.

(13) Ci-dessus, temple T.

(14) Ci-dessus, temple M.

(15) Ci-dessus, temple Z.

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