‹ Voyage dans la Haute-ÉgypteChapitre 24 sur 49 · KS · texte numérisé non relu

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escalier, du Sud, qui' eux-mêmes étaient la voie qu'on devait suivre pour ver usqu'à 1 troisième terrasse et aux chambres qui s'y avaient. Tout cet ensemble, terrasses, colonnades, escabors, est absolument unique en Egypte, et pourrait être regardé comme la révélation «1 une arcln- Zr nouvelle jusqu'alors inconnu sur les bords du N . Qu, ce«e architecture soit indigène, qu'en bâtissant le Temple do Dem-cl-Bahan, ., architectes n'aient pas plus ou moins snbi une influence étrangère, apportée peut-être par la régente de ses campagnes lointaines, c est ce qui serait a discuter.

Planche 62 - Le grand axe du Temple de Deir-el-Bahari suit à peu près la direction Est-Ouest. Le temple a ainsi une moitié qui regarde lo Nord, une moitié qui regarde le Sud.

Cette distinction n'est pas inutile. Quand on étudie le temple au point de vue des inscriptions qui le couvrent, on remarque en effet que celles de ces inscriptions qui sont placées dans la moitié Nord sont religieuses, tandis que celles de ces inscriptions qui sont placées dans la moitié Sud sont historiques, quelques salles du fond consacrées à Hathor faisant seules exception.

Les inscriptions du Sud sont relatives à une expédition que la reme Hatasou avait envoyée dans le pays de Poiin, qui est le pays des Somâlis, et dans le To-Nuter (la Terre divine), qui peut être, soit l'Arabie méridionale, soit les îles de l'Archipel dont Socotora est le centre, soit même la côte occidentale de la presqu'île indienne.

L'expédition égyptienne vient de débarquer sur la côte. Le chef du pays vient à la rencontre du général égyptien, suivi de sa femme, de sa fille et de ses serviteurs portant une foule d'offrandes. C'est une partie de cette scène que reproduit notre planche 62.

Le chef Somâli est en tête. On remarquera sa longue barbe. Un poignard est à sa ceinture. Il tient en main le boumerang. Sa jambe droite est armée pour le combat d'une sorte de cotte d'armes, formée d'anneaux de métal jaune superposés et analogues au Dangabor des habitants du Bongo. Sur lo monument original, le nu est peint en brun, le vêtement qui couvre les hanches y est peint en blanc.

La femme qui le suit (qui est sa femme d'après les inscriptions) mériterait une étude spéciale. Ses traits masculins, les horribles plis de chair qui la déforment, sa structure si disproportionnée qu'elle en est devenue grotesque, sont dignes d'être remarqués. Sa fille la suit à une assez longue

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distance, et, bien qu'à un moindre degré, est affectée déjà des mômes difformités. Avons-nous affaire ici à quelque cas de lèpre tuberculeuse, laquelle, est héréditaire? M. Schweinfurth a vu dans le Bongo des femmes qui, pour l'extravagance de leurs formes, ne le cèdent en rien à la femme de notre chef Somâli. « Il n'y a plus que dans le pays des Hottentots, dit ce voyageur, où l'on trouve des femmes arrivant à cette ampleur; de jour en jour, j'en ai vu parmi les Bongos, et on pourrait justement les décrire comme des stêatopyges. Posées d'une certaine façon, par exemple quand elles portent sur la tête leurs lourdes jarres à eau, elles affectent dans leur attitude la forme d'un S renversé » . La lèpre tuberculeuse ne serait donc pas ici en question; ce n'est donc pas seulement dans le Bongo, mais aussi dans le pays des Somâlis, que ce genre de laideur serait un genre de beauté.

On sait que le pays de Poun est YAromatifera ou la' Cinmmomifera regio des anciens, le pays des aromates, de l'encens, de la gomme, de l'aloës, du cinabre, du sang-dragon. Le visiteur qui voudra voir de curieux paysages copiés, il y a près de quatre mille ans, sur les côtes de ce pays, étudiera le bas-relief d'où notre planche 62 est tirée. Les maisons sont à coupole et élevées sur des pierres ; on y monte par une échelle que, sans aucun doute, on retire la nuit. « Sur l'emplacement de ces maisons, dit M. Ghabas, croissent des dattiers et des arbres de l'espèce Avicennia tomentosa; le bétail est accroupi sous les arbres où voltigent des oiseaux de l'espèce Cinnyris metallica ». Les habitants du pays, qu'on voit occupés à divers travaux, sont eux-mêmes dignes d'attention. Ils semblent appartenir à deux races. Les uns sont bien semblables à des Égyptiens, quoique avec la peau brune. Les autres ont également la peau brune; ils ont la barbe en pointe, les cheveux très longs et terminés en boucles. Une ride profonde et toujours très nettement dessinée (ce qui semblerait être une marque de race) part du nez et contourne la bouche, qui est grimaçante. Toute cette partie delà décoration du Temple de Deir-el-Bahari forme une suite de tableaux si féconde en observations de toute sorte à faire, que je ne puis en aborder ici l'étude. L'ethnographie surtout devra y trouver son compte, puisque évidemment les habitants de la côte méridionale du golfe d' Aden , figurés sur les bas-reliefs du Temple de Deir-el-Bahari, ont été dessinés d'après nature.

Toutes ces scènes ont leur explication dans les textes hiéroglyphiques qui les accompagnent. Le général égyptien débarque, suivi de quelques soldats; on lit au dessus de sa tête : «L'émissaire royal arrive à To-Nuter avec les soldats qui sont auprès de lui, parmi les chefs de Poun, apportant

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toute sorte de bonnes choses dignes du pharaon, pour Hathor, la déesse de Poun » Un autre tableau représente le général égyptien en présence des tributs nombreux que les habitants de Poun déposent h ses pieds; une courte légende est à côté : « Réception des présents apportés par le chef de Poun à l'émissaire royal ». Derrière l'émissaire royal est une sorte de tente. A son tour, le général égyptien apporte aux chefs de Poun des produits divers envoyés d'Egypte. Le texte qui accompagne la représentation de la chambre est ainsi conçu : « Terreur de la tente (c'est-à-dire le campement, l'endroit dont on ne peut approcher) de l'émissaire royal avec ses soldats sur le Khet ana (la terrasse des encens) de Poun, et sur les bords de la grande mer pour offrir aux chefs de ce pays, et que ceux-ci reçoivent, la bière, le vin les viandes, des fruits,' toutes les bonnes choses qui sont en Egypte, conformément à l'ordre du roi». Autre part, des habitants du pays portent sur leurs épaules de longues barres auxquelles sont suspendus des arbres entiers dont les racines ont été enfermées dans des couffes. « Tenez ferme sur vos jambes, dit l'un, vous Rohou ». Un autre répond : « Tu me donnes trop de poids», etc., etc.

Planche 63. — La grande composition à laquelle nous empruntons ces détails a une suite qui fournit à notre collection photographique la

planche 63.

Cette fois nous sommes sur la mer. Les navires égyptiens arrivent à vide; d'autres vont partir chargés des présents envoyés parle chef du pays

de Poun.

Les navires qui arrivent sont échoués sur le rivage et si près de terre, que quelques-uns ont pu s'accrocher à des arbres. Les voiles sont pliées, les vergues descendues. Une chaloupe vient faire de l'eau. Le texte explicatif est gravé au-dessus de la scène : « Les soldats du seigneur des deux inondes, selon la parole du seigneur des dieux, Ammon, seigneur de Nes-ta-ui, qui réside à Thèbes, ont traversé la grande mer, ont pris le meilleur chemin vers le To-Nuter, ont marché heureusement vers le pays de Poun, pour lui apporter (à la reine) les merveilles de tous les pays. (Gela fut fait) d'après l'extrême amour (d' Ammon) pour la reine (iciRamsès II a martelé les cartouches de la reine et y a substitué les siens), et jamais chose semblable n'a été faite par aucun roi ayant existé en ce pays à jamais ».

La mission du général égyptien est terminée. On embarque les objets apportés par les habitants du pays de Poun au moyen de simples planches

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qui relient le bord des navires à la plage. Des objets sans nombre sont déjà rangés sur le pont. C'est le sujet d'un autre tableau. Le texte explicatif dit : « Chargement très considérable des navires avec les merveilles du pays de Poun (consistant en) bons bois odoriférants du To-Nuter, en masses de résines dana, en sycomores produisant Fana vert, en ébène, en ivoire pur, en or natif du pays des Amu, en blocs d'arbres, en Ta-scheps (essence pour le Kyphi), en parfum Ahem, en encens, en poudre d'antimoine, en cynocéphales, en cercopithèques, en lévriers, en peaux de panthères du Midi, en habitants avec leurs enfants. Jamais choses semblables n'avaient été apportées par aucun roi depuis le commencement du monde » .

Autre part, les navires sont à la voile, les rameurs à leurs bancs. L'expédition est finie : on retourne à Thèbes. Le texte l'explique ainsi : « Navigation et voyage en paix. Les soldats du seigneur des deux mondes marchent avec joie vers Thèbes. Les chefs de ce pays (de Poun) sont à leur suite. Ils apportent ce que jamais les rois d'Egypte n'avaient apporté de semblable en merveilles du pays de Poun, à cause de la grandeur des esprits de ce dieu auguste Ammon-Ra, seigneur de Nes-ta-ui ».

Viennent ensuite les tableaux de l'arrivée à Thèbes. Les chefs de Poun se prosternent en suppliant. Les outres pleines de denrées précieuses, les animaux vivants, les arbres exotiques, sont mis en présence de la reine. «Gloire à toi, reine de l'Egypte, soleil femelle qui répand la lumière comme le disque solaire ! Tu es notre régente, tu es la maîtresse du pays de Poun ! » Les habitants de Poun défilent ensuite. A ceux que nous connaissons déjà s'en joignent d'autres qui semblent appartenir à une race qui se révèle ici pour la première fois, au moins dans ses rapports avec Poun. Ceux-ci ont le visage court, le nez.rond, les lèvres grosses, la tête en boule. Çà et là les textes font mention de la Nubie et du Khent-en-nefer; peut-être le mélange de ces peuples avec les habitants de Poun s' expliquerait-il ainsi.

La dernière partie de l'action se passe en présence de Thoth, le seigneur des divines paroles et des écrits sacrés, en présence de Safekh, la déesse des livres. Les arbres sont comptés, on pèse les lingots d'or et d'argent, on mesure les boisseaux d'ana, on suppute le nombre des peaux de panthère; les animaux amenés vivants défilent. Au dessus d'un de ces tableaux partiels, on lit : « L'encens frais est mesuré en grande quantité pour Ammon. Ce sont les merveilles des habitants de Poun et les richesses du To-Nuter » . La figure de Thoth est accompagnée de cette légende : « On écrit et on fait le compte en totalité. Ce sont des millions, des cent mille, des dix mille,

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des mille, des cent (qui représentent) les merveilles du pays de Poun (envoyées) à Ammon-Ra, seigneur de Nes-ta-ui, seigneur du ciel . . . » On lit au dessus de la balance : « C'est la balance de l'équité et de l'exactitude de Thoth. Elle est faite par la reine pour son père Ammon, seigneur do Nes-ta-ui, pour le pesage de l'argent, de l'or, du lapis, de la turquoise, et de toutes les pierres précieuses » .

Je n'ai pas besoin d'ajouter que notre planche 63 a été photographiée d'après une des barques de la flotte égyptienne. Je n'ai pas besoin non plus de faire remarquer l'intérêt historique qui s'attache à cette représentation. Nous avons certainement en notre présence un navire égyptien tel qu'on le construisait sous les contemporains de Thoutmès, avec ses grandes voiles carrées, son avant et son arrière recourbés, ses cabines établies cà et là sur le pont, ses rameurs, ses matelots montés sur les vergues, etc., etc. Bien des rapprochements seraient à faire, soit avec ce que les Grecs nous ont appris de leurs propres vaisseaux, soit avec les descriptions qu'ils nous ont données des vaisseaux égyptiens , soit avec ce que nous savons de la marine égyptienne par les tableaux que nous rencontrons sur les monuments de l' Ancien-Empire et aux époques postérieures.

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