‹ Voyage dans la Haute-ÉgypteChapitre 23 sur 49 · SP · texte numérisé non relu

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THÈBES - DEIR-EL-BAHARI

Deir-el-Bahari. C'est précisément au sommet de la falaise abrupte qui surmonte ce cirque, qu'a été découvert par MM. F. Lenormant etHamy, le premier atelier de silex ouvrés signalé en Egypte. Sur la pente opposée de la falaise sont les tombes de Bab-el-Molouk.

Pour mieux indiquer l'époque et la destination du Temple de Deir-el- Bahari, je ne puis mieux faire que de répéter la formule employée déjà plusieurs fois. Le Ramesséum est à Ramsès II, Médinet-Abou est à Ramsès III, ce que Deir-el-Bahari est à la glorieuse sœur de Thoutmès II et de Thoutmès III, celle que nous appelons la régente Hatasou. En principe, et quel que soit le point jusqu'où la construction a été poussée, le Temple de Deir-el- Bahari est un édifice bâti par la régente et pour elle. Il prend ainsi sa place au milieu des monuments que les conquérants de la XVIIIe dynastie et de la XIXe ont élevés dans la nécropole de Thèbes, comme un témoignage

éternel de leur gloire.

Je me risquerai aussi à répéter ce que j'ai dit à propos du petit Temple de Thoutmès Ier à Médinet-Abou. Quand on voudra étudier plus à fond qu'on n'a pu le faire jusqu'à présent, la série encore mal connue des Thoutmès de la XVIIIe dynastie et de leur sœur, c'est dans le petit Temple de Thoutmès Ier à Médinet-Abou, et dans le Temple d'Hatasou à Deir-el-Bahari, qu'il faudra venir chercher des matériaux. Les noms d'Hatasou et de ses deux frères, Thoutmès II et Thoutmès III, se rencontrent en effet si fréquemment à Deirel-Bahari, ils s'enchevêtrent et se superposent un si grand nombre de fois, que si l'on parvient à démêler les époques diverses de tous ces remaniements, c'est du même coup l'histoire des Thoutmès que l'on aura débrouillée.

En attendant, à s'en tenir aux renseignements fournis par le Temple de Deir-el-Bahari, il me semble que la succession des règnes, en ce qui concerne les souverains qui viennent d'être nommés, pourrait être établie de la manière suivante.

1° Hatasou règne d'abord avec son père Thoutmès Ier, qui l'associe au trône. A la mort de Thoutmès Ier, elle règne seule.

2° Son frère Thoutmès II survient, fait effacer les cartouches de la reine et les remplace par les siens. Il règne seul. Il meurt ou est expulsé.

3° Hatasou remonte sur le trône avec son frère Thoutmès III. On compte seize ans de co-régence. Elle meurt à son tour ou est déposée. Thoutmès III règne seul, fait marteler ses cartouches et y substitue les siens, tout en respectant ceux de Thoutmès II.

C'est pendant la co-régence d'Hatasou et de Thoutmès III que fut creusée

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THÈBES - DEIR-EL-BAHARi.

la partie souterraine du Temple de Deir-el-Bahari. où des invocations sont faites par les deux associés à Thoumès II mort. Peut-être ce lieu n'a-t-il pas été choisi sans intention, et il pourrait se faire qu'on découvrit un jour dans les environs les tombes si vainement cherchées jusqu'ici, non seulement de Thoutmès II, mais des autres membres do sa famille.

b La photographie ne laisse pas bien voir l'état vraiment déplorable de ruine dans lequel se trouve le Temple de Deir-el-Bahari. Quelques pans de murailles sont seuls debout ça et là, et malgré les fouilles que j'ai fait faire en 1858 et qui ont amené la découverte de quelques chambres inconnues, le plan primitif peut difficilement être reconnu, et c'est avec la plus grande peine que l'on se rend compte de la disposition originale du monument, Il est vrai, ainsi que nous allons le voir, que le Temple de Deir-el-Bahari, présente, dans sa construction et dans son plan, dos anomalies (elles qu'on est dérouté à chaque pas, et qu'on se demande, en l'étudiant, si on a affaire à un édifice d'origine véritablement égyptienne.

Planche 61. — J'ajoute aux planches de notre collection la photographie ci-jointe, prise d'après le dessin original de M. Bruno, que le savant professeur de l'École des Beaux-Arts de Paris a bien voulu me communiquer.

Je ne connais pas de restitution plus ingénieuse, qui tienne compte avec plus d'exactitude de tous les renseignements fournis par l'étude des lieux. Depuis que cette restitution est faite, j'ai ou l'occasion de vérifier sur place ce qui reste du temple, de relever les moindres fragments. Quelque surprenante que soit pour un œil accoutumé aux monuments égyptiens la vue pittoresque que nous montre le dessin do M. Brune, je regarde comme certain que le Temple de Deir-el-Bahari a dû être, dans son intégrité, ai que nous le voyons ici.

Le temple se compose en principe de terrasses en retraite l'une sur l'autre, et auxquelles on accède successivement par des chemins en pente bordés de sphinx. Il est adossé à la montagne et se termine par deux ou trois petites chambres placées dans l'axe de l'édifice et creusées dans le roc.

On remarquera surtout le chemin creux qui borde à gauche la deuxième terrasse, le chemin souterrain qui la borde à droite et qui, parti de la petite porte qu'on aperçoit sur la façade do la première terrasse, va déboucher derrière le colosse assis. Le chemin souterrain servait à monter sur la première terrasse et à gagner la grande colonnade du Nord, sans avoir à passer par la rampe bordée de sphinx. Le chemin creux menait aux

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