THÈBES - TEMPLE DE QOURNAH
Quand on y entre, on est assez surpris de voir que le temple est dédié par Séti Ier à son père Ramsès Ier, et que, laissé inachevé par Séti, il a été continué par Ramsès II qui, à son tour, l'a consacré à son père et à son
aïeul.
Cette attribution, rapprochée de la position qu'occupe le Temple de Qournah à l'entrée même de la gorge qui conduit aux Tombeaux des Rois (Bab-el-Molouk), semble en révéler l'origine. Les tombes royales de Babel-Molouk sont à jamais fermées, et l'entrée en était absolument invisible du dehors. Peut-être le Temple de Qournah est-il à Ramsès Ier, auquel il est dédié, ce que les chapelles extérieures sont aux mastabas de l' Ancien- Empire qu'on trouve à Saqqarah. On s'y rassemblait pour honorer le mort et prier pour lui. Aux jours prescrits par le rite, on y apportait les offrandes funéraires. Des prêtres chargés du service religieux y étaient attachés. Le Temple de Qournah est ainsi une fondation pieuse faite par Séti en faveur de Ramsès Ier, et continuée par Ramsès IL
Médinet-Abou, l' Aménophium , le Ramesséum, Deir-el-Bahari, c'est-àdire les autres monuments situés, comme le Temple de Qournah, dans la nécropole et au pied du versant des montagnes dont l'autre côté est occupé par Bab-el-Molouk, doivent-ils leur origine à la même pensée ? Ne sont-ils en définitive que des annexes monumentales des tombes invisibles qu'elles semblent précéder? On serait d'autant plus porté à le croire, que l'appareil historique et guerrier dont on les a revêtus ne fait qu'ajouter au caractère tout personnel que doit posséder un monument d'essence funéraire.
Le Temple de Qournah n'offre d'ailleurs qu'un intérêt médiocre au voyageur. Détruit comme il l'est dans presque toutes ses parties, il n'a plus guère à montrer, dans l'une des trois chambres du Nord situées à côté de la salle hypostyle , qu'un admirable portrait de Séti Ier, peut-être plus admirable encore que celui d'Abydos et celui de la tombe do ce roi à Bab-el-Molouk.
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THÈBES - BAB-EL-MOLOUK
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Bab-el-Molouk est une vallée aride, absolument inculte, perdue dans
les montagnes situées à l'Occident do Thèbes. On y arrive par un chemin non moins triste, entrecoupé de sables et do rochers qui semblent brûlés et calcinés par le soleil. C'est là ce que depuis longtemps on a appelé le Saint-Denis des rois de la XIXe et de la XXe dynastie égyptienne. On ne pouvait pas choisir un lieu où l'idée de la désolation et de la mort s'imposât plus vite à l'esprit de ceux qui le visitaient.
Bab-el-Molouk n'est pas le seul lieu de la nécropole thébaine où on trouve des sépultures de rois. La Vallée do l'Ouest, située dans le désert, encore plus loin que Bab-el-Molouk, est également une nécropolo royale. Drah-abou'1-neggah, je veux dire toute la plaine de sable qui s'étend de la montagne de ce nom à la lisière des terres cultivées et presque jusqu'au Nil, fut, à une certaine époque, réservée aux souverains qui avaient fait de Thèbes leur capitale. Une quatrième nécropole, ou cette fois les ruines occupent la première place, est derrière Médinet-Abou, dans l'escarpement de la chaîne libyque qu'on appelle précisément la Vallée des Reines. Des recherches conduites avec persévérance feraient-elles découvrir autre part d'autres Bab-el-Molouk? J'avouerai que, jusqu'à présent, les circonstances funestes
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dans lesquelles se trouve Thèbes par rapport eux fouilles, ne m'onl pas permis de chercher la solution de cet intéressanl problème; mais je crois depuis longtemps qu'il ne faudrait pas de grands efforts pour le résoudre
par l'affirmative.
A part le Mastabat-el-Farâoun, et peut-être un ou deux des plus grands mastabas d'Abousyr, je ne connais pas à Memphis une tombe royal, qui ne soit une pyramide. A Thèbes, les tombes royales ont toutes Les formes. Les unes sont destinées à être à jamais invisibles du dehors, et, te mort une fois en place, l'entrée en était cachée par tous les moyens et avec tous les artifices qu'on pouvait inventer ; telles sont les tombes de la Vallée des Rois, de la Vallée de l'Ouest; telles sont aussi celles qu'on creusait tout simplement dans le sol à deux mètres de profondeur, quelques dalles mal ajustées tenant lieu de caveau funéraire (Drah-abou'l-neggah, cercueil do la reine Aah-hotep). D'autres tombes, au contraire, s'annonçaient au loin par une façade ou par divers édicules extérieurs. Il en est qui sont dos pyramides, à la vérité de très-petites dimensions (Drah-abou'l-neggah, Entef-aa II). Il en est qui sont taillées sur le flanc de la montagne (Vallée des Reines ) et oii le soin de cacher l'entrée a été si peu observé que la façade est précédée d'obélisques (Drah-abou'l-neggah, Entef Ra-noubkheper). Il en est enfin dont l'emplacement était signalé, comme à Saqqarah. par une chapelle élevée au-dessus du puits qui contenait la momie (Drahabou'l-neggah, prince Touaou et autres).
Considérée en elle-même, cette distinction n'offre qu'un intérêt assez restreint. Elle doit être cependant prise en considération, ne fut-ce que pour nous aider à mieux comprendre divers détails contenus dans ce curieux document qu'on appelle le Papyrus Abbott. On sait ce qu'est ce papyrus. Des vols et des tentatives de vols avaient eu lieu sous Ramsès IX dans la nécropole de Thèbes. Puisque les voleurs avaient pénétré ou tenté do pénétrer dans les tombes, non en forçant l'entrée, mais par des galeries percées à travers les cloisons d'autres tombeaux voisins et déjà accessiblos de leur temps, il s'ensuit que les tombes royales mentionnées dans le papyrus ne sont pas de celles qui, comme les tombes de Bab-el-Molouk, étaient si invisibles du dehors qu'on ne devait jamais en connaître l'exact emplacement. Un premier renseignement est donc obtenu, et je sais désormais, que quand il faudra chercher par exemple la tombe d'Aménophis I" c'est à Drah-abouT-neggah que les ateliers devront être installés, parce (pie cette partie de la nécropole est celle qui satisfait le mieux aux conditions
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du papyrus. .Maintenant pouvons-nous aller plus loin ? Les distinctions ({ne fait le papyrus entre les diverses tombes royales qu'a cite sont-elles les distinctions que l'étude du terrain vient de nous permettre d'établir ? Les fj^ « tombes pyramidales », sont-elles les tombes construites en forme de pyramides, comme celles d'Entef-aa II? Les Wj^ly3, «Syringcs», sont-elles les tombes comme les tombes d'Entef Ra-noub-kheper. qui se composent d'une chambre toujours accessible, dans un coin de laquelle s'ouvre un couloir en pente qui mène au caveau? Les "TWn mei\haï-t, «sépulcres», sont-ils les tombes dont une chapelle extérieure signalait remplacement? Je ne puis que poser ici la question, sans môme essayer de la discuter (1).
Après toutes ces explications, et pour en revenir à bab-ol-Molouk. je n'ai pas besoin d'ajouter que. dans l'antiquité, la vallée était bien telle que nous l'avons décrite. Non seulement elle était inculte et aride, mais on n'y trouvait pas le moindre vestige travaillé do main d'homme. Pas un pan de mur n'y était debout. Une fois l'hôte royal mis on place dans la demeure qu'il devait occuper pour l'éternité, le silonce n'était plus rompu que par les ouvriers qui venaient travailler à la tombe do son successeur. Les tombeaux de rois qu'on trouve à Bab-cl-Molouk sont disposés sur un plan à peu près uniforme. Un long couloir en pente, assez élevé, entrecoupé de portes, conduit à une salle dont le plafond est taillé en voûte comme un couvercle de vaste sarcophage. Tout cela coupé dans le roc vif. Nous savons déjà que quand le mort, était mis en place, on bouchait la porte extérieure, et que des terres étaient jetées au devant de manière à la masquer tout entière. Ainsi s'explique que le tombeau de Ramsès III rencontre en route un autre tombeau qui Fa forcé à modifier sa direction primitive; les ouvriers ne voyaient évidemment pas l'entrée de l'autre, on n'en connaissaient pas l'existence.
La décoration des couloirs et dos chambres a été aussi conçue sur un plan qui n'admet guère de variantes que dans les détails. Nous sommes loin de Saqqarah, de Béni-Hassan et de ces délicieuses scènes de la vie intime qui, dans les tombes de l' Ancien-Empire , éveillent toutes les idées,
(1) Le Papyrus Abbott a déjà donné lieu à de bons travaux. M. Birch a ouvert la voie (Le Papyrus Abbott, dans la Revue Archéologique , T, XVI, page 257 ) , suivi par M. Chabas, ( Une spoliation des hypogées de Thèbes, III, Mélanges ) , par M. Maspero, ( Une enquête judiciaire au temps de la XXe dynastie, dans le tome VIII des Mémoires de V Académie des Inscriptions et Belles-Lettres) .
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THÈBES — BAB-EL-MOLOUK
excepté celle de la mort, Ici les sombres doctrines du Rituel ont pénétré dans la tombe. Le défunt n'est plus chez lui, entouré de sa famille, vaquant aux travaux des champs. Il accomplit le voyage souterrain à la fin duquel, et après une série d'épreuves sans nombre, il va trouver la lumière et la vie éternelle. Le voyageur remarque à l'entrée de la plupart des tombes un tableau de haut relief qui représente un grand disque occupé par un scarabée, et au dessous un crocodile qui s'enfuit. Le crocodile qui s'enfuit symbolise les ténèbres, le mal et la mort vaincus. Le scarabée et le disque, c'est le soleil qui se lève vainqueur de la nuit et du péché. L'immortalité promise au défunt et les luttes auxquelles il doit se soumettre pour l'obtenir, sont résumées dans ce tableau, qui est lui-même le résumé de la tombe. Quelques-unes des tombes royales de Bab-el-Molouk ont été ouvertes dès l'antiquité, ce que prouvent les proscynèmes en langue grecque qui y sont gravés. Il n'est pas probable que les Égyptiens eux-mêmes aient commis cette violation de sépulture, qui ne peut pas non plus être attribuée aux Ptolémées. On en accusera avec plus de raison Gambyse. « Pendant son séjour à Memphis, dit Hérodote, il lui échappa plusieurs autres traits de folie, tant contre les Perses que contre les alliés. Il fit ouvrir les anciens tombeaux pour considérer les morts. . . » Nous voyons autre part les injures que Gambyse prodigua à la momie d'Amasis. Ge que Gambyse fit à Memphis et à Sais, il avait aussi bien pu le faire à son passage à Thèbes.
Planche 65. — La planche 65 est une vue du chemin qui conduit à Bab-el-Molouk. La Vallée proprement dite est au fond, et on y pénètre par la gorge étroite, probablement percée de main d'homme, qu'on trouve à droite en contournant le dernier contrefort de la montagne.
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