‹ Voyage dans la Haute-ÉgypteChapitre 27 sur 49 · ESNEH · texte numérisé non relu

ESNEH

Planche 66

Il fut un temps où un édifice, qui ne le cédait en rien comme importance aux temples d'Ombos, de Dendérah et d'Edfou, s'élevait au milieu d'une ville que les Grecs et les Romains ont appelée Latopolis, et que les hiéroglyphes nomment Snè. Ce temple a disparu jusqu'aux fondements, ainsi que Champollion l'a constaté « par des fouilles », et il n'en reste aujourd'hui debout que la grande salle hypostyle qui lui servait de façade.

Planche 66. — Ce sont les chapiteaux des colonnes de cette façade que reproduit notre planche 66.

Les observations que j'ai présentées à propos du Temple de Deir-el- Médineh trouvent ici leur application : l'époque des colonnes, et conséquemment de la construction, est révélée par le style des chapiteaux. Encore une fois, ces chapiteaux ont été inconnus à l'Egypte pharaonique, et ce n'est que dans un temple d'origine grecque ou romaine qu'on peut les rencontrer.

Ce qui a survécu du Temple d'Esneh est en effet d'époque grecque ou romaine. Le fond de la salle porte les cartouches de Ptolémée VII (Philométor) et de CléopAtre IL Les empereurs Vespasien, Titus, Domitien. Nerva, Trajan, Marc-Aurèle, Commode: Septime-Sévère, Garacalla, Gréta et môme

KSNKH.

Deoius ont mis çà et .là leurs noms dans la salle et sur les colonnes de la

façade. . , „ .

Sans revenir snr ce que j'ai déjà en plusieurs occasions do faire

remarquer à propos de la route divergente qu'ont suivie en Egypte L'ari du sculpteur et l'art de l'architecte, je noterai ici une remarque faite par Champollion. Il s'agit d'Esneh et du zodiaque gravé sur 1 un des soffltes de la salle. « Ce monument, dit Champollion, a été regardé, d'après de simples conjectures établies sur une façon particulière d'interpréter le zodiaque du plafond comme le plus ancien monument d'Egypte : l'étude que j'en ai faite m'a pleinement convaincu que c'est, au contraire, le plus moderne de ceux qui existent encore en Egypte; car les bas-reliefs qui le décorent, et les hiéroglyphes surtout, sont d'un style tellement grossier et tourmenté, qu'on y aperçoit au premier coup d'œil le point extrême de la décadence de l'art». C'est, à peu près, ce que l'illustre maître avait déjà dit du Temple de Dendérah. « Ce qui était magnifique à la clarté de la lune, l'était encore plus lorsque les rayons du soleil nous firent distinguer tous les détails. Je vis, .dès lors, que j'avais sons les yeux un chef-d'œuvre cf architecture, Couvert de sculptures de détail du plus mauvais style. N'en déplaise à personne, les bas-reliefs de Dendérah sont détestables, et cela ne pouvait être autrement : ils sont d'un temps de décadence. La sculpture était déjà corrompue, tandis que l'architecture, moins sujette à varier, puisqu'elle est un art chiffré, s'était soutenue digne des dieux de l'Egypte et de l'admiration de tous les

siècles ».

Le Temple d'Esneh est situé au milieu de la ville moderne. La salle hypostyle seule peut être visitée. On croit généralement qu'au-delà de la salle hypostyle existent les autres parties du temple , enfouies sous les maisons. Nous savons déjà que Champollion a vérifié le fait, et que ce qui est au-delà de la salle hypostyle est détruit jusqu'aux fondements.

La science n'a pas tiré grand profit des inscriptions gravées sur les colonnes et les parois de la salle hypostyle d'Esneh. La liste des fêtes à célébrer dans le temple qu'on trouve sur la muraille située à gauche en entrant, mérite cependant quelque attention. La mention faite en deux ou trois passages de ce texte d'une stèle de Thoutmès III ne prouve évidemment pas que le Temple d'Esneh fût déjà construit sous ce prince : mais on est autorisé à en conclure tout ou moins qu'Esnch existait sous la XVIIIe dynastie.

La triade d'Esneh était composée de Chnouphis, le dieu de la Cata-

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