‹ Voyage dans la Haute-ÉgypteChapitre 34 sur 49 · CO = O · texte numérisé non relu

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traitent des sacrifices, des prémices, des hymnes, des prières, des pompes religieuses et autres sujets analogues. Après tous les prêtres, marche le prophète, portant le seau sacré, suivi de ceux qui portent des pains; comme le supérieur des autres prêtres, le prophète apprend les dix livres quon appelle sacerdotaux, où est contenu ce qui concerne les lois et 1 administration de l'état et de la cité, les dieux et la règle de l'ordre sacerdotal. (Glém Alex., Strom. Liv. VI) ». Et Clément d'Alexandrie ajoute immédiatement • «Il y a en tout quarante-deux livres principaux d'Hermès, dont trente-six où est exposée toute la philosophie des Egyptiens, et qui sont appris par les prêtres des classes qui viennent d'être désignées. Les six autres sont étudiés par les pastophores comme appartenant à l'art de guérir, et ces livres parlent en effet de la construction du corps humain, de ses maladies, des instruments et des médicaments, des yeux, et enfin des maladies des femmes (Glém. Alex., ibid) ».

Tels sont les livres que, selon Clément d'Alexandrie, les Egyptiens attribuent à Thoth. Y a-t-il quelque rapport entre les trente-six premiers livres de cette collection et les trente-six livres conservés dans les coffres de la bibliothèque d'Edfou? Evidemment quelques points de contact communs se font remarquer. Mais peut-être approchera-t-on d'un peu plus près de la vérité si on considère la bibliothèque d'Edfou, non comme un recueil des livres hermétiques, mais comme le dépôt des seuls livres spécialement réservés aux besoins du temple.

En tous cas, il n'est personne qui, à la lecture de ce catalogue, ne se sente saisi de regrets profonds en songeant que tout cela a péri , et que de tant de documents qui seraient aujourd'hui la ressource et le trésor de la science, il ne reste que les deux trous percés dans le mur où ils étaient conservés.

V. La décoration d'un temple égyptien n'est pas si compliquée qu'elle semble l'être au premier abord. On l'a vite comprise, on en a vite trouvé le fil conducteur, quand on s'aperçoit : 1° qu'elle se compose en principe de tableaux mis les uns à côté des autres et superposés par étages horizontaux, comme une galerie ; 2° que chacun de ces tableaux est conçu sur un plan uniforme : le roi est d'un côté, faisant une offrande, une ou plusieurs divinités sont de l'autre. Pris tout ensemble , le temple dont toute la décoration n'est qu'une suite de ces actes d'adoration qu'on appelle des proscynèmes, n'est ainsi lui-même qu'un proscynème monumental et immense.

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En quelques rares occasions, le tableau, sans abandonner complètement son caractère religieux, prend une tournure épisodique. Le roi a toujours la première place; c'est toujours lui qui est en scène, s'adressant aux divinités du temple; mais plusieurs tableaux sont réunis pour nous montrer le roi passant successivement par les phases diverses d'une action qu'il accomplit.

Tels sont les tableaux qu'on trouve à hauteur de l'œil en faisant le tour de la moitié gauche des deux salles A et B d'Edfou.

Il s'agit des cérémonies de la fondation du temple, et de ce qu'on appellerait aujourd'hui la pose de la première pierre du monument. La série est divisée en dix tableaux.

Le premier tableau montre le roi sortant de son palais, précédé des guides protecteurs. Il a le bâton de la marche en main.

Au second tableau, le roi saisit la houe et trace sur le sol le sillon destiné à limiter l'aire du temple. Légende : « Action de piocher la terre. Action de donner de l'eau pour la construction du temple » .

Au troisième tableau, le roi verse le contenu d'une coufïe sur le sol. Légende : « Action de verser le sable. Action . . . pour la formation du temple d'Horus ».

Quatrième tableau, le roi fait une brique. Légende : « Action de faire des briques. Je saisis le manche du moule. Je mêle la terre avec l'eau . . .».

Cinquième tableau, le roi tasse une pierre dans les fondations. Légende : « Action de bâtir le grand siège du soleil, en pierre blanche, bonne et dure ».

Sixième tableau, le roi et la déesse Safekh battent les pierres. Légende : « Action de jeter les fondements du Temple d'Hathor ... On coupe la tête d'un oiseau ».

Septième tableau. Représentation difficile à expliquer sans le secours d'une figure. Le roi semble répandre des grains tout autour du temple, figuré par un naos. Légende : « . . . Action de verser les essences purificatrices dans son temple ».

Huitième tableau, le roi offre des lingots de divers métaux précieux. Légende : « Action d'offrir les lingots d'or et de pierreries pour les quatre angles du temple ». La concision du texte nous empêche de savoir s'il s'agit ici de l'or et des pierreries dont le roi fait don au temple pour l'embellissement des objets du culte, ou si les lingots dont il est question étaient déposés, au moment de la cérémonie, dans les fondations du temple, comme on y dépose aujourd'hui des médailles.

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Neuvième tableau. Le roi est debout à côte du temple qu'il vient de construire. Légende : « Action de rendre le temple à son maître divin. . . ».

Dixième et dernier tableau. Le temple est achevé. Le roi présente au dieu l'instrument par lequel est indiquée symboliquement la clôture des (êtes destinées à célébrer l'achèvement du temple. Légende : « Action de clore la panégyrie . . . que tes panégyries soient complètes à leurs époques . . . », etc.

VI. Au fond de la salle E et dans l'angle à gauche est encore debout et intact un beau monolithe de granit gris taillé en forme de naos. Une niche, qui avait une porte de bois cYasch garni de bronze, est pratiquée à la face principale. Il a 4m20 de hauteur, sur une largeur de 2m20 et une profondeur de 2m26. Une inscription nous apprend qu'il est dédié au dieu Horus d'Edfou par celui des rois de la XXXe dynastie que nous appelons

Nectanébo Ier.

L'orieine du naos de la salle E n'est donc pas douteuse. Ce monolithe est tout ce que nous possédons aujourd'hui de l'ancien temple dont nous avons déjà retrouvé quelques traces sous Thoutmès III et Ousertasen Ier, et qui fut reconstruit clans son état actuel par Philopator.

Le naos de la salle E est aussi tout ce que nous possédons du mobilier qui garnissait cotte salle. Avec lui devaient se trouver les enseignes surmontées des figures de certaines divinités qu'on portait dans les processions, les quatre barques qu'on venait chercher aux jours de fêtes et qu'on faisait circuler sur le lac. Ces fragiles ustensiles du culte ont disparu; le pesant monolithe est seul venu jusqu'à nous.

Quoique les inscriptions soient muettes à cet égard, on peut regarder le naos de la salle E comme ce que nous avons déjà nommé le sanctum sanctorum du temple. A Dendérah le sanctum sanctorum est la niche percée dans le mur du fond de la chambre Z. La chambre Z d'Edfou n'a pas cette niche, et il y a tout lieu de croire que le monolithe de la salle E en tient lieu. On y déposait un coffre de bois léger clans lequel on enfermait l'emblème sacré que personne ne devait voir, que le roi seul ou son représentant avait le droit de toucher. C'est ce coffre de bois léger qu'au jour des grandes panégyries on sortait du naos pour lui faire faire processionnellement le tour du temple par le chemin de ronde auquel nous arrivons.

Planche 70. — Le Temple d'Edfou est isolé de l'extérieur, non, comme autre part, par un mur d'enceinte très éloigné construit en grosses briques crues, mais par un mur d'enceinte très rapproché construit avec

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les mêmes blocs de beau grès que le temple lui môme. Il s'ensuit qu'une sorte de chemin, que les voyageurs appellent un chemin de ronde, règne tout autour de l'édifice.

Notre planche 70 est une vue de ce chemin de ronde prise de l'angle Nord-Est. Les trois lions dont la partie antérieure semble sortir de la muraille sont les gargouilles dont nous avons parlé autre part. Au fond se dressent d'abord le revêtement extérieur de la salle hypostyle, plus loin la façade intérieure du pylône. Au premier plan à gauche on remarque une sorte de bloc couché en travers, qui marque l'entrée de l'escalier menant au nilomètre, lequel est situé extérieurement.

C'est en étudiant notre planche 70, qu'on peut se faire la meilleure et la plus saisissan-te idée de la décoration du Temple d'Edfou, de la profusion vraiment extraordinaire des tableaux dont elle se compose et de l'arrangement de ces tableaux sur les parois du monument. Ce que je viens de dire à propos des salles A et B trouve ici sa complète élucidation. Les tableaux sont rangés côte à côte et sur quatre étages superposés. J'ajouterai que le soubassement a pour point de départ de longues processions de personnages réels ou allégoriques que le roi fondateur amène aux divinités locales.

Planche 71. — Sujet choisi parmi les tableaux de l'un des quatre étages.

L'art ptolômaïque s'y montre dans toute sa laideur. La sculpture est épaisse, sans goût, et je dirais presque sans dignité. A notre planche 71 on comparera nos planches 22 et 23, et l'on verra combien nous sommes loin à Edfou des admirables bas-reliefs d'Abydos. La différence est si choquante qu'elle saute en quelque sorte aux yeux et s'impose d'elle-même à l'attention.

La scène que reproduit la planche 71 appartient à une série de tableaux très-souvent répétée sur les murailles du Temple d'Edfou. Ces tableaux ne sont que le développement des représentations que nous avons rencontrées en abrégé dans le Per-tua de la salle A. Le roi se présente à la porto du temple, et, avant de pénétrer dans l'enceinte sacrée, accomplit les cérémonies prescrites. Il sort de son palais. Cinq étendards, dont la mission est d'empêcher « le mal » de l'approcher, marchent devant lui. Horus et Thoth lui versent sur la tête l'eau de purification, sous la forme de deux jets de croix ansées. Le tableau suivant nous le montre, comme ici/ recevant

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la grande couronne royale des mains de Ouat'i, déesse symbolisant le Nord, et de Nekhcb, déesse symbolisant le Sud, et il est ainsi reconnu comme roi de la Haute et de la Basse-Egypte. Au tableau suivant, le roi est présenté à la divinité du temple, guidé d'un côté par Mont de Thèbes, de l'autre par Atum d'Héliopolis. Les cérémonies de l'initiation sont achevées, et ainsi préparé le roi devient dans le temple le véritable intermédiaire entre le pays qu'il représente et la divinité.

PLANCHE 72. — La planche 71 est un spécimen des tableaux qui forment la décoration des quatre registres superposés du couloir de ronde; la planche 72 est un spécimen des tableaux qui occupent le soubassement.

Les tableaux qui occupent le soubassement à l'extérieur du temple et dans les couloirs de l'Est et de l'Ouest, sont composés sur un plan uniforme. Évergète II amène aux divinités du temple un grand nombre de personnages allégoriques, rangés par séries de quatre.

Ces personnages sont alternativement mâles et femelles. Leurs mains sont chargées des offrandes qu'ils apportent au temple. Leurs têtes sont surmontées de l'espèce de blason qui sert à désigner les localités dont ils sont la représentation figurée. Le caractère hybride des personnages mâles n'est qu'une affirmation de plénitude et de fécondité.

Le premier des quatre personnages dans chaque série est le nome , ou la province elle-même. C'est la province qui envoie son représentant pour subvenir aux frais des grandes panégyries célébrées dans le Temple d'Edfou (voy. la première figure à droite de notre planche).

Le second est le canal principal qui arrose la province et qui est considéré comme une dépendance de la métropole du nome auquel il appartient. Le point de départ est le même. Le produit de certaines terres est affecté à l'entretien du canal. C'est le canal et les terres qui en dépendent qui contribuent pour leur part à l'apport des offrandes destinées à la célébration des fêtes du temple.

Le troisième personnage est le Vu. Le Vu est un territoire et une division du nome.

Le quatrième personnage est le Pehu. La question àù Pehu est encore à résoudre. Le Pehu est-il, avec le Vu, une autre division territoriale du nome? C'est ce que, jusqu'à présent, on ne saurait dire. En tous cas, le Pehu et le TJu, avec le canal et le nome, figurent sur le soubassement du couloir d'Edfou comme une sorte de tableau des richesses de toute sorte

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