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que les diverses provinces de l'Egypte expédient au Temple d'Edfou pour leur part contributive aux fêtes qui y sont célébrées.
Je rappellerai que cette procession de personnages allégoriques n'est pas la seule qu'on trouve à Edfou. Je rappellerai aussi que la plupart des temples nous en font rencontrer d'autres; tout aussi étendues et se rapportant à toutes les provinces de l'Egypte. L'importance du service que M. Brugsch- Bey a rendu à la science en débrouillant tous ces noms et en les appliquant à une géographie ancienne de l'Egypte, est par là rendue évidente.
En résumé on voit par ces détails que l'explication de la planche 72 ne donne lieu à aucune ambiguïté. Aux signes qui surmontent la tête du premier personnage à droite , nous voyons que nous avons affaire au quatrième nome de la Haute-Egypte, celui qui aurait Goptos (ou Kept ) pour capitale. La série comprend donc : 1° le nome lui-même qui marche en tête, 2° son Mu ou canal sacré qui s'appelle Nemtaï et qui suit le nome, 3° son Uu ou division territoriale qui s'appelle Khel-hesep et qui suit le Mu, 4° le Pehu qui se nomme Kam-ur. Quant au cinquième personnage qui occupe l'extrémité gauche de la planche, il est facile de voir que nous recommençons une autre série, et qu'un autre nome, qui est le sixième et qui s'appelle le Nome Tentyrite, fait son apparition dans le cortège.
Planche 73. — Il s'en faut que les deux planches précédentes épuisent la collection des sujets vraiment dignes d'attention que le voyageur studieux peut rencontrer dans cet admirable Musée do tableaux et d'inscriptions qu'on appelle le mur d'enceinte d'Edfou. Une description trop minutieuse nous ferait sortir des limites qui nous sont tracées. Je me contenterai de signaler les trois points suivants :
1° Couloir de ronde, mur d'enceinte du Nord. Notre planche 73 reproduit une partie de la procession des divinités qui forme la décoration du soubassement de ce côté du temple. Cette fois ce no sont plus les provinces et leurs divisions qui apportent leurs offrandes à la triade locale. La liste est toujours géographique; mais les nomes y sont représentés par les divinités sous l'invocation desquelles ils sont placés. La géographie administrative de la planche 72 est ainsi remplacée sur la planche 73 par une sorte de géographie mythologique. Je n'ai pas besoin de faire ressortir ce que les renseignements de cette nature offrent de particulièrement important pour la science.
2° Couloir de ronde . mur d'enceinte de l'Est. Le soubassement est
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garni d'une longue suite de tableaux. M. Jacques de Rongé me permettra de lui en emprunter la description (1).
Horus d'Edfou, Hathor de Dendérah, Hor-sam-ta-ni sous sa forme d'Ahi, sont représentés à l'extrémité gauche. Un Ptolém.ée et une Cléopâtre « amènent au dieu tonte la terre et ses trésors pour enrichir son temple ». Toute la terre et ses trésors, ce sont les peuples que les Nils qm suivent sont censés amener derrière eux. En voici la nomenclature. Il est curieux de remarquer que les peuples sont caractérisés géographiquoment par les eaux qu'ils boivent. L'eau du Nil, l'eau de pluie, l'eau de citerne, l'eau de source, sont successivement citées.
Le premier personnage amène « les barbares des pays du Midi, nom qu'on donne aux Ab-mut qui boivent de l'eau du Nil ». Il amène encore «les barbares du Nord, des pays du Nord, nom qu'on donne aux nations de Syrie (Kharo) qui tirent leur vie de l'eau du ciel et des voies qui leur
viennent de la grande mer ... ».
Le second personnage amène «les barbares Anu qu'on appelle Senli-u et Nehesu. C'est la montagne qui est à l'Orient de Hannefer; ils vivent de l'eau du ciel et de l'eau (de citernes ou de puits) qui les arrose ».
Le troisième personnage amène « les barbares Menti-u, nom qu'on donne au pays des Amscheru, qui vivent de l'eau du Nil à son orient et de l'eau du ciel à son couchant ». Gomme le remarque M. J. de Rougé, ce sont les peuplades qui occupent les contrées du Sinaï, du Nord de l'Arabie, et qui arrivaient jusqu'à la branche orientale du Nil.
Le quatrième personnage amène les Tahennu (Libyens), « qui vivent
de l'eau du ciel » .
Le cinquième personnage amène « les barbares Ah-amu » , placés au Nord-Ouest entre l'Egypte et le pays des Tahennu. Ils vivent de l'eau des pluies » .
Le sixième personnage amène «les barbares Schou, nom qu'on donne aux barbares Schasou et au pays des Atemi-tu ». Cette mention fixe la place géographique des Schou. Les Schasou sont en effet connus depuis longtemps comme les Bédouins du désert qui avoisinent la frontière Nord-Est de l'Egypte, et c'est avec raison que M. Brugsch-Bey a proposé d'identifier les Atemi-tu aux Edomites. Les Schou vivent de l'eau du Nil et de l'eau des sources.
(1) Voyez les textes géographiques du Temple d'Edfou, publiés dans la Revue Archéologique, mai 1805.
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Le septième personnage amène les peuples de Naharaïn, c'est-à-dire de la Mésopotamie. Ils vivent de l'eau de source et de l'eau de citernes ou de puits.
Le huitième personnage amène « les barbares Ha-nebu, nom qu'on donne aux lieux de la mer et aux pays du Nord très-nombreux, qui tirent leur vie de l'eau de source ». Au temps des inscriptions d'Edfou, les Ha-nebu sont les Grecs.
Vient enfin Thoth qui, à la suite des huit peuples «voisins de l'Egypte», offre à la triade du temple le livre 011 il a écrit tout ce qui concerne la division géographique du pays, ses dimensions, avec rémunération des productions de la terre qui doivent être employées pour augmenter les splendeurs du temple. Etudiée, commentée avec tout le soin et tous les développements qu'elle mérite, cette dernière partie du tableau sculpté sur le soubassement du mur d'enceinte d'Edfou, sera le complément le plus précieux de toutes les notions géographiques que les autres soubassements du même mur nous ont déjà livrées.
3° Couloir de ronde, mur d'enceinte de l'Ouest. Il s'agit cette fois d'une grande composition mythologique dont les vingt tableaux, rangés sur deux lignes horizontales superposées, couvrent toute la surface de l'immense paroi qui s'étend de l'extrémité Nord du couloir, jusqu'à son point de rencontre au Sud avec l'extérieur de la salle hypostyle. M. Naville, le premier, l'a signalée au inonde savant (1). Je n'ai pas de meilleur guide à suivre.
Les vingt tableaux forment comme les vingt chapitres d'un même livre qui se rapporte à Horus et à sa lutte contre les esprits malfaisants. Ce livre contient deux récits différents, « l'un montrant plus spécialement comment Typhon est châtié du meurtre d'Osiris, et l'autre les conquêtes d'Horus qui lui assurent la royauté de l'Egypte ».
Le premier récit se développe à travers les onze premiers tableaux du registre inférieur ( en commençant par le Sud ) . Il a pour titre général : La justification d'Horus contre ses ennemis. Un simple coup d'œil suffit pour pénétrer le sens général de cette partie de la composition. Horus y paraît armé de la lance avec laquelle il doit combattre l'hippopotame, symbole de Typhon. Des génies à têtes de lion le suivent pour l'aider dans sa lutte, à laquelle Isis elle-même ne dédaigne pas de prendre part. Le dieu navigue
(1) Voyez Textes relatifs aux mythes d'Horus, recueillis clans le Temple d'Edfou, et précédés d'une introduction, par Edouard Naville, Genève et Bâle, 1870.
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sur le Nil où il rencontre son ennemi. An neuvième tableau, « Typhon a été vaincu,il a été percé (cle dix coups de lance) et lié; mais la vengeance n'est pas suffisante: il faudra qu'il subisse le même traitement qu il a infligé à Osiris. Son corps sera divisé entre différentes villes d Egypte, ou plutôt entre les dieux qui y résident ».
Les neuf autres tableaux (rangée supérieure de la paroi) appartiennent au deuxième récit et complètent le livre. Ici nous serrons de plus près l'histoire, si toutefois on peut considérer comme historiques ces dynasties antérieures à la fondation de la monarchie que Manéthon appelle les dynasties divines. Armachis règne en Nubie. « En l'an 363 de son règne, son fils Horus d'Edfou rassemble une armée, et, accompagné de son père, descend en Egypte pour en faire la conquête ». Le voyage des deux divinités sur le Nil est le sujet des neuf tableaux. Typhon a pris la forme de l'hippopotame, de l'antilope, du porc; il est même représenté par des hommes, probablement roux, ce qui les assimile aux animaux typhoniens. Les deux divinités le poursuivent le long du Nil. Le premier combat est livré à Edfou, le dernier dans une ville de l' extrémité septentrionale de l'Egypte. Typhon succombe enfin. Le mal est vaincu, le pays est délivré, et en même temps qu'il est proclamé roi, Horus devient le dieu principal d'Edfou. Les deux derniers tableaux nous le montrent, en effet, coiffé de la double couronne, assis à côté cle ses parèdres sous l'ombrage des arbres du jardin sacré de la ville à laquelle il donnera désormais son nom.
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