‹ Voyage dans la Haute-ÉgypteChapitre 38 sur 49 · BUS · texte numérisé non relu

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OMBOS

Planches 75 et 70

Le passage du nom géographique ancien Nub ou Nvbi au nom moderne Kom-Ombo, n'est pas difficile h suivre. Nvb ou Nubi, est devenu Unbi, puis Umbi, puis 'Q^ëoç. C'est "Op.êoç qui a formé Kom-Ombo, lequel ne signifie rien autre chose que «la butte d'Ombos ». Ombos était d'ailleurs le nom profane de la ville; son nom sacré était Pa-Sebek « la demeure de Sebek». On sait que Sebek est le dieu à tête de crocodile.

Ombos est bien justement appelé « Kom-Ombo » par les Arabes. Ce qui reste des temples et de la ville s'élève on effet au sommet d'une haute colline de grès et de sable qui s'avance dans le lit du fleuve, dont elle semble vouloir barrer le cours. Aussi le fleuve s'y brise-t-il comme à un obstacle, au point de produire clans les hautes eaux un véritable bruit de

cataracte.

Ombos possédait deux temples, enfermés comme d'habitude dans une grande enceinte commune. L'un, bien que très entamé par le temps et la main des hommes, est encore plus ou moins debout dans le sable qui l'a submergé. L'autre, situé trop près du fleuve, y est tombé, et ses débris entassés jonchent la pente do la colline. La façade du premier regardait l'Ouest, la façade du second regardait le Sud. Celui-ci possédait un nilomètre

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dont la haute tour éventrée qu'on aperçoit du fleuve esl toul oe qu'oi m

en voir encore.

Les deux temples sont d'origine ptolémaïque.

On trouve dans les ruines du petit les cartouches fréquemmenl répétés de Ptolémée IX (Évergète II) et ceux do Ptolémée XIII (Dionysos). L'étude du grand fait voir que le sanctuaire est de Ptolémée V (Epiphane); que la partie médiale porte les légendes de Ptolémée VII (Philométor); et enfin que la salle hypostylo et la façade sont au nom de Ptolémée IX (Évergète II) et de Ptolémée XIII ( Dionysos ). On voit par là, que le fait observé déjà par Champollion dans la plupart des temples égyptiens, trouve ici sa vérification : je veux dire que lorsque la construction d'un temple était décidée, on commençait toujours par le sanctuaire, les autres parties s'ajoutant à ce noyau comme autant d'enveloppes successives.

Quelques particularités concernant le temple principal sont à noter. Je les résumerai ainsi :

1° Le Temple d'Ombos se compose de deux moitiés de temple juxtaposées dans le sens de la longueur de l'édifice, disposition dont on chercherait en vain un autre exemple en Egypte.

L'une de ces moitiés est dédiée à Aroëris, c'est celle de gauche; Aroëris y forme la triade avec la déesse Ta-sen-nefer-t et le dieu enfant Pa-neb-ta-ui Pa-kliruti. L'autre, celle de droite et « la plus noble » comme l'appelle Champollion, est dédiée à Sebek, auquel se joignent comme parèdres Hathor et Ghons.

Pourquoi, le temple étant divisé en deux moitiés et en deux triades, chacune des deux triades prend-elle indifféremment sa place dans une des deux moitiés ? Pourquoi la triade d' Aroëris apparaît-elle quelquefois sur la partie droite du temple qui est réservée à Sebek, et réciproquement, pourquoi Sebek se montre-t-il sur les parois de la moitié du monument réservée à Aroëris? La détermination du mythe que, pris tout ensemble, le Temple d'Ombos représente, servira peut-être à expliquer cette apparente confusion. Sebek en effet est la nuit, les ténèbres, le désordre, le chaos primordial, antérieur à l'ordre et au jour : Aroëris est le jour, la lumière, le inonde formé. Le bien et le mal n'y sont pas en lutte comme à Edfon: l'accord s'est fait, l'équilibre s'est établi, et l'univers, obéissant à l'ordre du Créateur qui a voulu le pétrir d'une pâte moitié bonne et moitié mauvaise, poursuit à travers les siècles sa destinée. C'est donc l'origine en quelque sorte cosmogonique du Temple d'Ombos qui sert à expliquer à la

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fois, et sa division en deux parties, et son attribution à deux triades qui. bien que distinctes, n'en sont pas moins toujours confondues.

2° Nous savons déjà que Dcndérah, Edfou, sont des monuments d'époque ptolémaïque qui ont remplacé des édifices plus anciens démolis, soit pour cause de vétusté, soit parce qu'ils n'étaient plus en rapport avec l'extension donnée au culte par les nouveaux maîtres du pays.

Ombos est un nouvel exemple à l'appui de cette observation. En étudiant pierre à pierre les débris du petit temple, il n'est pas rare d'y rencontrer des fragments dont le style trahit une époque antérieure aux Lagides, et qui ont été employés comme matériaux dans la nouvelle construction. Un témoin plus monumental se rencontre à la face Sud de la grande enceinte où s'élève encore aujourd'hui une porto dont le linteau est ptolémaïque, comme l'enceinte elle-même, mais dont les doux montants, revêtus des cartouches de Thoutmès III, sont les débris de cet autre édifice que les monuments actuels d'Ombos ont remplacé. Cette porte s'appelait Ra-ma-ka nun-meri dans le Temple de Sebek.

3° On lit cette dédicace, en caractères élégants et profondément entaillés, sur le listel de la corniche qui surmonte la porte d'une pièce intérieure, dans le Grand Temple d'Ombos :

TTuèp Baaaiwç IrrolefAaiou xal Ba<nVw<nqç Oeo-rcàrpaç tyjç àSeXfyjç, Oetov 'fLXo^Tdpcov, /m twv toutwv Tex,voiv, ApoVipei Geô (AsyaX'w,. ArcéXXwvt, x,ai toîç suvvàoiç Oeoïç, t&v <npcov oî sv tw OfAbuTT] Tocao-opLevot, raÇoi x,od imzéïç x,at oî àXXoi, eùvotaç ëvejtev eiç auTouç.

Ce que M. Letronne a traduit :

Pour la conservation du roi Ptolémée et de la reine Cléopâtre sa sœur, dieux Philométors, et de leurs enfants, à Aroëris dieu grand, Apollon, et aux divinités adorées dans le même temple, les fantassins, les cavaliers, et autres personnes stationnées dans le nome d'Ombos, [ont fait] ce sécos à cause de la bienveillance [de ces divinités] envers eux.

C'est, comme on le voit, le même point de départ que celui de ces deux autres dédicaces, gravées également en grec sur les murailles do Dendérah, l'une se rapportant à la porte d'enceinte du Sud et ainsi conçue, toujours d'après M. Letronne :

Pour la conservation de l'empereur César, fils du dieu (César), Jupiter libérateur, Auguste, Publius Octavius étant préfet, Marcus Clodius Postumus étant épistratège, Tryphon étant stratège, les habitants de la métropole et du nome [ont élevé] ce propylône à Isis, déesse très grande, et aux dieux adorés dans le même temple, la XXXP année de César, du mois de Thoyth le jour d'Auguste.

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l'autre se rapportant à la magnifique salle hypostyle qui précède si magis-

tralement le grand temple et ainsi conçue :

Pour la conservation de Tibère César, nouvel Auguste, fils du dieu Auguste, Aulus AvilHus Flaccus étant préfet, Aulus Fulvius Crispus étant épistratêge, Sarapion Trychambe étani stratège, les habitants de la métropole et du nome ont élevé ce pronaos à Aphrodite, déesse très grande, et aux divinités adorées dans le même temple, la XXP année ,1e Tibère César, d'Atbvr le 21.

Il n'y a donc pas de doute à avoir sur le sens à donner à la dédicace d'Ombos. Les habitants de la métropole et du nome ont élevé à Irais communs et comme un témoignage de leur piété., la porte du Sud de Dendérah et la salle hypostyle du grand temple de cette ville : peut-être môme, ainsi que nous l'avons dit plus haut,, est-ce à un simple particulier, celui que les inscriptions appellent Amen-hotep, que le Temple de Deir-el-Médineh tout entier serait dû. Nous ne sortons pas à- Ombos de cet ordre d'idées. Toute la partie de ce temple qui porte les cartouches de Philométor a été érigée, non par ce roi, mais par ses contemporains., fantassins, cavaliers et autres, qui se sont cotisés pour faire les frais de la construction. Trouverons-nous jamais sous les Pharaons un exemple de cet empiétement sur les attributions royales ?

Le Grand Temple d'Ombos est représenté dans notre collection par les deux planches dont voici l'explication :

Planche 75. — Vue prise dans la salle hypostyle. Les sables ont gagné peu à peu les colonnes qu'ils finiront par engloutir. Notre planche 75 est à elle seule toute une démonstration. Plus de puissance ne s'est jamais alliée à plus de fini et à plus de légèreté. Nous n'avons pas eu jusqu'ici une meilleure occasion de montrer dans ses qualités et dans ses défauts la vraie colonne ptolémaïque.

Planche 76. — Autre vue prise dans la mémo salle, mais en regar-. dant f Ouest à travers deux des colonnes de la façade.

Le paysage qu'on aperçoit au fond est bien le paysage égyptien, triste. mélancolique, immense comme le désert qui le borde, mais en même temps empreint d'une douceur qu'on ne saurait définir.

Abd-el-Kérim est assis sur le sommet d'une porte, à gauche du tableau. C'est par bien des qualités qu'Abd-el-Kérim se recommande à ceux qui auront la chance de le rencontrer autre part que sur une planche photographique. Ce fils de l'Etbaye et de la nombreuse tribu des Bichâris serait

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V'WvSi'lwïSUi

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