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1° On apprend par la première l'histoire et la date des temples que Phike montre encore aujourd'hui aux voyageurs. Etudiés au point de vue chronologique, ces temples appartiennent à trois groupes.
Le groupe pharaonique est représenté par ce qui reste d'un temple de Nectanébo IL II a en effet existé dans l'île un temple construit tout au moins par Nectanébo, et qui doit être plus ancien que ce prince, puisque nous n'en avons plus que la partie antérieure et que, dans tous les temples, la partie antérieure est toujours celle qu'on a construite la dernière. Il est vraisemblable que ce temple a été remanié, agrandi par les Ptolémées, et que les petites colonnes situées à la pointe méridionale de l'île sont, avec la porte encastrée dans le grand pylône, tout ce qu'on peut en voir encore
aujourd'hui.
Le groupe ptolêmaïque est représenté par le grand pylône, le grand temple du Nord, les temples plus petits qui bordent de chaque côté la cour située entre les deux pylônes. En d'autres termes, ce qui constitue la partie principale et le noyau des édifices religieux de l'île, appartient au groupe ptolêmaïque. Philadelphe, Epiphane, Philométor Ier, Évergète II, Ptoléméc Dionysos, ont laissé leurs noms sur les murailles qui font partie de ce
groupe.
Le groupe romain a disséminé çà et là dans l'île des constructions qui ne sont pas toujours sans importance. Quelques petites chambres situées sous la colonnade du bord de l'eau à l'Ouest, sont du temps de Tibère. Trajan a construit l'élégant édifice de l'Est que les voyageurs appellent « le Kiosque ». Sur la rive opposée, Adrien a élevé une ou deux chambres dont des représentations très curieuses, relatives au mythe d'Osiris, occupent les parois. On trouve enfin dans le groupe ptolêmaïque, quelques murailles sur lesquelles Auguste et Tibère ont fait sculpter leurs légendes.
2° On n'a qu'à jeter les yeux sur la face méridionale du grand pylône pour y apercevoir, mêlées aux figures et aux inscriptions hiéroglyphique*, une multitude d'inscriptions grecques gravées rapidement et plus ou moins négligemment à la pointe. Tantôt elles sont touchées et effacées par les légendes hiéroglyphiques, ce qui prouve que celles-ci sont postérieures à celles-là, tantôt elles en épousent les contours, ce qui prouve que l'égyptien est antérieur au grec. Si maintenant j'ajoute que d'autres inscriptions grecques se trouvent, avec des inscriptions en écriture démotique, et même en écriture éthiopienne, répandues en assez grand nombre dans diverses parties de l'île, on aura une idée de la richesse des documents do toute sorte que cette seconde source d'informations peut fournir à la science.
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Ces inscriptions ne sont le plus souvent que clés proscynèmes, c'est-àdire des actes d'adoration ou des prières à Isis, la déesse principale de l'île. Mais il faut lire dans le Recueil des inscriptions grecques et latines de M. Letronne, l'admirable mémoire sur les inscriptions de l'Ile de Philœ, pour voir tout le parti qu'une critique sagace et pénétrante, aidée de la plus vaste et de la plus sûre érudition, peut tirer de matériaux en apparence si insignifiants.
Un point très curieux, mis habilement en lumière par M. Letronne, est celui qui se rapporte à la vitalité dont fit preuve la religion égyptienne, alors que solennellement proscrite par l'édit de Théodose en 381 de notre ère, on la trouve encore debout dans l'Ile de Phihe en 453, c'est-à-dire soixante et douze ans après l'édit. On lit sur une des murailles de l'île un premier proscynème ainsi conçu :
Ceci est le proscynème de Smetchem le protostoliste : mon père Pachumius, prophète; ma mère Tsensmet. J'ai été protostoliste la 165e année de Dioclétien. Je suis venu ici et j'ai rempli ma fonction en même temps que mon frère Smet, successeur du prophète Smitchis , fils de Pachumius, prophète.
Puissent m'être favorables notre maîtresse Isis et notre maître Osiris.
Pour un bien, [écrit] cejourd'hui 23 Choïak de l'an 165 de Dioclétien.
La seconde inscription se rapporte à un membre de la même famille. On la lit à côté de deux pieds gravés sur la pierre et vus par la plante :
Pieds de Smetchem, fils de Pachumius, prophète d'Isis, à Philae.
On lit le troisième proscynème au-dessous du précédent.
Smetchem, le protostoliste, fils de Pachumius, prophète, le 15 de Choïak, l'an 1G9 de Dioclétien.
Il est évident que rien ne semble moins se prêter à de grands développements historiques que ces trois simples inscriptions. M. Letronne a su pourtant en tirer le parti le plus inattendu. Il y trouve, en effet, la preuve que le culte d'Isis et d' Osiris s'exerçait librement à Philae plus d'un siècle après l'édit de Théodose, et qu'il y était encore confié à 'des familles. « Bien loin de s'en cacher, dit M. Letronne, elles s'en faisaient gloire. Les desservants du culte d'Isis ne craignaient pas d'inscrire leurs noms et ceux des membres de leur famille sur une partie visible du temple, en marquant avec soin le degré qu'ils occupaient dans la hiérarchie sacerdotale. Rien n'annonce mieux un culte célébré ouvertement, sans crainte d'aucune per-
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