PHOTOGRAVURE & IMPRIMERIE GOUPIL & CV
THEBES __ KARNAK
THÈBES - KARNAK
mains de Thoth et le grand sceptre des dizaines de millions et des centaines de mille panégyries, ce qui exprime symboliquement le nombre considérable d'années de règne que le dieu accorde au roi. L'inscription placée entre Isis et Séti nous apprend qu'en définitive le tableau représente tout simplement l'entrée du roi dans le temple, au moment où il franchit la porte du pylône sur lequel ce tableau est placé.
La scène se recommande par un détail d'exécution qu'il est bon de signaler. Quelques retouches se font voir çà et là, et le profil du roi est double. Dans l'inscription qui accompagne la figure d'Ammon, où tous les hiéroglyphes sont sculptés en relief, le cartouche prénom de Ramsès II est gravé en creux.
L'histoire de la construction du pylône peut seule expliquer ces anomalies. Le pylône a été construit et en partie décoré par Ramsès Ier; la décoration a été achevée tout entière par Séti Ier; dos constatations faites minutieusement sur les lieux, il résulte enfin que Ramsès II, bien qu'il n'ait pris aucune part à l'édification de cette partie du temple, ne craignit pas de faire effacer, çà et là. les cartouches de son père et de son aïeul, pour y substituer les siens.
Ainsi s'expliquent les anomalies dont je viens de parler.
Le cartouche prénom de Ramsès II est une surcharge maladroitement exécutée. On en trouverait facilement sur le pylône, et surtout à la porte d'entrée, d'autres exemples.
En étudiant la face intérieure du pylône qui regarde le côté Nord de la salle hypostyle et qui est celle où est placé le tableau dont nous nous occupons, il n'est pas difficile de se convaincre qu'on était en train de décorer cette face quand Ramsès Pl mourut. La figure en pied de Ramsès était déjà faite. Pour faire de ce Ramsès un Séti, on se contenta de quelques retouches, parmi lesquelles figure en première ligne le remaniement du profil.
Planche 44. — Le fragment que reproduit la planche 44 n'a pas moins de quatre-vingt centimètres de hauteur. Il provient par conséquent d'une statue colossale.
Cette statue, dont nous n'avons retrouvé que des débris, avait été originairement placée dans la chambre L du Grand Temple. Aucune des inscriptions dont elle a été sans doute décorée n'est venue jusqu'à nous, ce qui nous empêche de savoir directement à qui nous devons l'attribuer.
Nous ne sommes pas moins certain cependant que la tête royale (elle a
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l'urœus sur le front) dont le plâtre a été photographié pour notre collection, est celle de la reine Tara, femme d' Aménophis III. Une ressemblance, qu'on ne saurait contester, existe en effet entre cette tête et celle de la statue de la même reine, qui décore le devant du socle de l'un des colosses d'Aménophis III, sur la rive gauche de Thèbes. La même expression douce, les mêmes yeux à demi fermés, la même grande bouche, se retrouvent des
deux côtés.
Il est curieux d'étudier, au point de vue ethnographique, le portrait de la reine que nous décrivons ici. Gomme nous le savons déjà, Taïa n'était ni de race royale, ni de sang égyptien. Touaa, Jouaa, le nom de son père et le nom de sa mère, ne sont ni égyptiens, ni sémitiques, ainsi que le remarque M. Pierret(l). A quelle race appartenait la reine Taïa? C'est ce que son portrait nous aidera peut-être à deviner. En attendant, on comparera ce portrait à celui du mari de la reine que nous avons reproduit plus haut, d'après un bas-relief de Louqsor (planche 38). Aménophis III avait aussi quelques gouttes de sang étranger dans les veines. Une parenté éloignée l' unissait-elle à la femme de race non-égyptienne qu'il se choisit comme épouse, et qui eut sur la marche des idées religieuses de son temps une si singulière influence ?
Je sais qu'un argument, sérieux en apparence, peut être invoqué contre la parenté de race qui semblerait unir Aménophis III et la reine Taïa : un tombeau de la Vallée des Reines, à Thèbes, nous montre la reine comme une femme de race blanche, puisque ses chairs y sont uniformément peintes en rose. Aménophis III, au contraire, paraît sur quelques monuments le nu peint en brun.
Mais M. Pierret me permettra de lui faire observer que le tombeau de la Vallée des Reines, où le nu d'une reine Taïa est peint en rose, a été jusqu'à présent attribué, sans aucune raison, à la Taïa qui fut la femme d'Aménophis III. Pour se convaincre que cette attribution est fausse, il suffît de remarquer que les inscriptions du tombeau de la Vallée des Reines donnent à Taïa les titres de « royale fille » qu'elle ne pouvait avoir, et que, des inscriptions de ce même tombeau, il résulte que c'est le roi, père de la princesse, et non l'inconnu Touaa, qui le fit creuser dans la montagne. Le tombeau de la Vallée des Reines, que Champollion inscrit sous le n° 3 de son catalogue, peut donc être celui d'une reine Taïa qui, d'après les couleurs dont elle est
(1) Dictionnaire, page 533.
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pointe, m dû appartenir à une race blanche: mais il ne s'ensuit pas que cette reine Taïa « royale fille, royale sœur, royale mère, royale épouse principale, reine des deux Egypte », fût la Taïa d'Aménophis III.
PLANCHE 45. — La face occidentale du pylône VI a été couverte de listes géographiques, analogues à celles que nous avons déjà décrites (planche 42). Cette fois, ce n'est plus Scheschonk qui est triomphateur, mais Thoutmès III.
Ces listes comprennent un total de deux cent-trente noms. Cent-quinze noms appartiennent à l'aile gauche, ou du Nord, cent-quinze à l'aile droite, ou du Sud.
Cette division a été maintenue dans la distribution géographique des noms. Les cent-quinze noms de l'aile gauche sont des noms de localités situées au Nord de l'Egypte; les cent-quinze noms de l'aile droite sont des noms de localités situées au Sud.
J'abrégerai autant que possible les renseignements qu'il est indispensable de donner pour faire connaître ce que chacune de ces listes contient, et le genre de service qu'elle rend à la science.
Liste des pays du Sud. C'est la liste des pays du Sud que reproduit notre planche 45. Thoutmès (dont on ne voit que les jambes) frappe un groupe de prisonniers. Au registre inférieur, cent-quinze personnages portent sur la poitrine les écussons ordinaires, représentant les cent-quinze noms géographiques.
La liste des pays du Sud. telle que la donne l'aile droite du pylône, se subdivise en trois séries.
Kousch, ou l'Ethiopie, est dans la première. Les quarante-six cartouches des deux rangées supérieures lui sont réservés. Chaque nom représentant une des localités vaincues par Thoutmès, il nous est facile de voir jusqu'où se sont étendues les conquêtes du roi égyptien. Tout le littoral, comprenant Adulis (n° 2), les îles Latonies d'Artémidore (n° 3), Arkecko (n° 5), l'archipel de Dhalak en face de Massaouah (n° 6), l'île Bacchias de Pline (n° 7), est occupé. Dans l'intérieur, on cite au Nord : la tribu des Berbers (n°9), la tribu des Bougaïtes (n° 34), la tribu des Agazi (n° 21), Kassalah (n° 12), Adoua (n° 31) . La tribu des Taltal (n° 23) , la tribu des Tangaïtes (n° 10) , le Samen (n° 35), sont au centre. On descend au Sud jusqu'au delà du lac Tzana, et à la montagne où le Nil Bleu prend sa source. Tout ce qui est l'Abyssinie actuelle aurait été traversé par les armées victorieuses de Thoutmès.
La deuxième série du Sud nous fait pénétrer dans le pays des Somâlis,
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