‹ Voyage dans la MacédoineChapitre 1 sur 19 · M DCCC XXXI · texte numérisé non relu

M DCCC XXXI

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AVERTISSEMENT

Deux dissertations sur la numismatique thracico-macédonienne , et les planches qui les accompagnent, ont dû être placées séparément, étant en quelque sorte indépendantes du corps de l’ouvrage.

La première de ces dissertations a pour objet les monnaies en argent et en bronze d’Alexandrele-Grand, offrant son effigie, et qui ont paru les unes avant, les autres après sa mort.

La seconde traite des monnaies, pour la plupart inédites, frappées dans le mont Pangée et dans le mont Bertiscus , de Ptolemée‘, ou qui ont

‘ Voyez $a géographie au sujet de cette montagne, qui est parallèle au mont Bons.

AVERTISSEMENT

des rapports avec les monnaies des rois de Macédoine. Cette division numismatique en deux parties, dont Pune est à la fin du tome premier et l’autre à ia fin du second, ne se trouvant séparées que par i’ordre des matières, doivent d’autant plus être regardées comme un seul objet, qu’en les rapprochant, elles forment en totalité une sorte d’abrégé chronologique nouveau de l’histoire des rois de Macédoine , à commencer par Amyntas I" jusqu’à Alexandre -le- Grand , dernier rejeton de la dynastie de Caranus, issu d’Hercule, qui en était le fondateur.

On a réuni en masse, à la fin de chaque volume, les planches qui sont relatives aux deux sujets; chacune comporte cinq feuilles, y compris les inscriptions qui comptent pour n** 1 et 2; en tout dix feuilles.

L’auteur n’a pas cru devoir comprendre dans ces dix planches la description des monnaies de la colonie de Néopolis, puisque celles-ci appartiennent plus particulièrement à la partie géographique dont traite l’ouvrage; d’ailleurs, ces monnaies sont des imitations de celles d’Athènes,

AVERTISSEMENT

faites par une de ses colonies j et leur comparaison avec les pièces de la métropole ayant donné Heu à la publicité des monnaies athéniennes primitives, il était nécessaire de faire connaître séparément des médailles qui n'ont pas été assez observées.

Les monnaies de Philippi n’ont pas dû non plus être comprises dans ces planches; l'auteur a le premier désigné cette ville comme ayant pris trois fois consécutivement le nom de colonie, sous divers fondateurs, d’abord par les Thasiens, sous la dénomination de Crénidès ; en second lieu, sous le nom de Philippi; et la troisième fois, sous le même nom, à cause de la victoire d’Auguste et d’Antoine sur Brutus et Cassius.

Trop souvent l’homme a parcouru le monde, sans autre but que celui de le ravager et de le conquérir : heureux encore les peuples, lorsqu’à la suite d’une grande expédition militaire , ils ont vu quelques nouvelles connaissances se répandre parmi eux, quelques nouvelles communications s’établir pour l’utilité commune !

Nous devons sans doute de la reconnaissance à celui qui, abandonnant sa terre naule, et bravant les dangers inséparables d’un voyage de long cours , va visiter les deux hémisphères avec le noble dessein d’étudier la nature dans les différens climats, d’observer les astres, le gissement des côtes, de reconnaître tout ce qui concourt à perfectionner l’art de la navigation, de nous faire connaître les mœurs, les usages de l’homme de chaque pays.

Le voyageur géographe porte particulièrement ses regards sur l’ancien monde; il compare les relations des auteurs avec l’état actuel des lieux, recherche l’emplacement des villes qui n’existent plus, restitue aux montagnes et aux fleuves les noms primitifs que les révolutions ont changés ou défigurés.

Jamais l’étude de la géographie, sous quelque rapport qu’on la considère , ne fut plus favorisée qu’elle ne l’est aujourd’hui; jamais on ne s’occupa davantage d’en étendre les

INTRODUCTION, brandies. Comment louer assez le zèle de ces sociétés libres , dont le but principal est de répandre de plus en plus les lumières que des correspondances lointaines ne cessent de leur procurer!

Nous voyageons aujourd’hui avec beaucoup plus de moyens de succès que ne faisaient nos pères; mais, malgré les secours de tous genres que nous trouvons dans la navigation, dans le commerce, dans l’assistance des gouvernemens et des savans de toutes les classes , nous avons encore de grandes difficultés à combattre, soit à cause du plus grand cercle qu’il nous est permis de parcourir, soit par la grande diversité des recherches auxquelles le savant doit se livrer.

Parmi les pays fameux qui attirent les voyageurs on ne cessera de comprendre les malheureuses provinces où les Ottomans ont fait succéder l’ignorance, le fanatisme et la destruction , aux sublimes créations des lettres et des arts. Notre imagination nous ramené sans cesse vers cette terre célèbre.

Déjà, dès nos premières études, nous sommes impatiens de porter nos regards sur ce Pyrée , autrefois si peuplé, orné de tant de monumens , riche d’un si grand commerce, orgueilleux d’une si puissante marine, et qui a offert tant d’alimens à l’histoire. Nous voudrions présenter notre hommage aux propylées, admirer les colonnes à demi renversées et les sublimes sculptures du Parthénon.

Cette noble curiosité fut un sentiment profond dans le cœur du célèbre Winckelmann et du savant et judicieux auteur d’Anacharsis. Les amis de Barthélémy l’ont souvent

INTRODUCTION. j

entendu se plaindre de ce qu’il n’avait pas profite de son séjour en Italie , pour entreprendre le pèlerinage de la Grèce. Que nous en connaîtrions bien mieux les richesses, si nous avions pu les voir par les yeux de ces deux respectables antiquaires! Quant à moi, admirateur comme eux des chefs-d’œuvre de l’antiquité, mais trop loin de leur vaste savoir, ce n’est pas de la Grèce proprement dite que je veux entretenir mes lecteurs; c’est d’un peuple qui , malgré son origine pélasgique et ses liaisons avec les Hellènes , était regardé comme barbare ; c’est de l’ancienne et de la houvelle Macédoine. Mais je suis d’autant plus encouragé à publier mes observations , que ces pays , rarement visités de nos jours, étaient mal connus dans les beaux temps mêmes de la Grèce. Deux rois de Macédoine ont rempli le monde de leur renommée: l’un n’a cessé, pendant tout son règne , d étendre les limites de ses provinces; l’autre, après avoir subjugué l’Asie, soumis l’Égypte , et livré la Grèce elle-même à la domination de ses successeurs, a causé, par cette excessive ambition, l’anéantissement de sa dynastie.

Mais, indépendamment de cette célébrité, combien ce beau royaume ne mérite-t-il pas d’être connu, soit qu’on l’étudie tel qu’il est aujourd’hui dans son état politique, moral, industriel et commercial, soit qu’on y cherche les traces de son ancienne splendeur!

Le plus distingué de nos géographes du dernier siècle , Danville, a dit avec raison, au sujet de cet ancien royaume, qu’il était surprenant que nous fussions plus instruits sur la géographie de l’Inde et de la Chine , que sur celle des

contrées où régnèrent Philippe et Alexandre. Ce regret était tellement fondé que cet auteur, bien loin de pouvoir nous donner des éclaircissemens convenables sur un pays situé très-près de nous, a lui-même commis plus d’une méprise, et a égaré tous ceux qui, après lui, ont voulu s’occuper de la topographie de cette province ottomane. Faute de connaissances locales, le mont Pangée s’est trouvé dans nos cartes au nord de Philippi, tandis qu’il est au midi ; le Strymon a pris le nom de Pontus , et la ville d’Amphipolis, qui se trouve placée sur une éminence, a été faussement partagée par un fleuve.

Parmi les anciens, Hérodote, ainsi que je le prouverai, a suivi , relativement à la topographie de la Macédoine , des mémoires quelquefois inexacts. Il vint à la vérité y séjourner à la fin de sa carrière ; mais il ne se trouvait plus en mesure de corriger les erreurs où il était tombé dans le cours de son récit. Thucydide, plus à portée d’être instruit à cause de son exil dans file de Thasos voisine de la Thrace méridionale, n’a pas eu assez occasion de parler de ce pays ; mais ce qu’il en dit est toujours d’une exactitude parfaite : de sorte qu’il faut lire souvent avec défiance le premier de ces auteurs , lorsqu’il s’agit de l’intérieur de ce royaume, et qu’on doit accorder une pleine confiance au second.

Plus j’ai parcouru la Macédoine, mieux je me suis convaincu de cette vérité.

Aux instructions que les auteurs anciens m’ont offertes, j’ai joint mes observations, fruit d’un séjour de plus de trente années. Mes fonctions de consul du Roi , m’ont

obligé de me transporter plusieurs fois dans l’intérieur du pays , et d’en fréquenter les chefs.

Pendant long-temps je n’avais pas eu la pensée de rassembler mes notes pour en composer une relation suivie : d’ailleurs la révolution qui, en 1793, m’a ravi ma place, a dû me faire perdre de vue une partie de mes premiers travaux. C’est seulement à l’époque de la resuuration que, par l’effet de la justice et de la bienfaisance de Louis XVIII, j’ai pu revoir la Macédoine ; mais je n’ai point laissé échapper cette occasion de visiter de nouveau quelques-unes des provinces que j’avais déjà explorées, et j’ai cru devoir essayer une description qui m’a toujours paru propre à inspirer un grand intérêt.

Dans ces nouvelles courses, je m’étais proposé de suivre la division du pays, établie par les Romains après la conquête. Chacune des quatre sections de l’administration romaine, devait m’occuper pendant une année; mais des circonstances inattendues et indépendantes de ma volonté, m’ayant fait quitter la Macédoine avant l’entière exécution de mon projet, j’ai borné mon travail aux seules provinces qu’il m’a été possible de revoir. Mon récit est un tableau de diverses courses particulières , plutôt qu’une description géographique méthodiquement suivie.

Après avoir traité de la Macédoine en général, et avoir fait connaître l’ancien et le nouvel état de Salonique en particulier, ma première course s’étendra jusque au-delà de la grande plaine située à l’ouest et au nord de cette ville, et où se trouvent Edesse et Pella, l’une et l’autre anciennes capitales de la Macédoine ; la première , depuis

Caranus jusqu’à Amyntas IM ; la seconde, depuis ce dernier roi jusqu’aux princes de la dynastie qui régna sur les Macédoniens après la mon de Cassandre, fils d’Antipater.

Ma seconde course a pour objet la ville de Serrés, située au midi de la vallée que parcourt le Strymon. Le séjour que j’ai fait plusieurs fois dans cette ancienne ville, m’a mis à même de réformer diverses erreurs qui concernent ses environs , et de fixer l’attention sur ses antiquités, son gouvernement actuel , ses richesses territoriales , et son commerce.

Les ruines de Philippi, et le mont Rangée étaient trop à ma portée pour qu’en sortant de Serres je n’entreprisse pas ce voyage. Les détails qu’il m’a fournis, sont, à ce qu’il me semble, d’un grand intérêt pour la géographie, et il m’est bien agréable de savoir que mes observations ont déjà acquis une grande confiance auprès d’un de nos plus habiles géographes (i). On sera peut-être surpris que je me sois souvent servi des noms anciens qui m’ont paru propres aux lieux par où je passais sans prouver d’abord la justesse de ces dénominations; mais je me fiatte que mes observations finiront presque toujours par justifier l’emploi de ces noms primitifs.

Parmi mes découvertes dans la plaine de Philippi, celle de la source de l'Angitas, ruisseau connu par Hérodote, m’a paru une des plus utiles, en ce qu’elle sert à replacer le Strymon dans la vallée d’où une erreur notable l’avait

(i) M. Lapie, auteur de la belle cane en seize feuilles, qu'il vient de publier, de la Turquie d’Europe et d’Asie.

retiré. Cette dernière partie de mon ouvrage renferme de nouvelles explications des monnaies que l’on trouve fréquemment dans la Thrace macédonienne. La plupart ont été souvent regardées comme étrangères à ce pays peu connu ; je les lui ai restituées.

Ce n’est pas seulement la géographie et les antiquités que je me suis appliqué à faire connaître; mon attention s’est portée aussi sur les débris de ces nations étrangères qui, à diverses époques, ont possédé le territoire macédonien, et qui, tour-à-tour conquérantes et conquises, ont, malgré ces révolutions successives, conservé les traits antiques de leur nationalité : on les reconnaît principalement a des habitudes que le temps a consacrées, bien loin de les détruire.

Il me reste à faire mention des motifs qui m’ont déterminé à occuper mes lecteurs de mes découvertes numismatiques. J’ai voulu d’abord satisfaire un assez grand nombre de savans, curieux de trouver dans ma relation, des apperçus nouveaux sur les monnaies macédoniennes , et en outre inspirer, si je le puis, aux voyageurs qui se dirigent vers la Turquie, le goût d’une science qui doit leur plaire, si c’est en effet le sentiment des arts qui les conduit dans la patrie des Pyrgotèle et des Dioscoride.

Depuis plusieurs siècles l’Europe savante reconnaît que la science des médailles, principalement destinée à multiplier et à épurer les sources de l'histoire, contribue aussi à élever les idées des artistes , et qu’en reculant les limites du savoir, elle offre un noble délassement à l’esprit. Il n’est pas besoin de rappeler les noms des hommes qui se sont distingués de nos jours, dans cette science attrayante, et

les doctes écrits qu’ils ont produits. Le plus étendu et le plus complet de tous ces ouvrages est sans contredit le Doctrina Nummorum veterum d’Eckhel. Prononcer le titre de ce livre, c’est faire son éloge et celui de l’auteur; cependant il laisse encore à desirer : c’est ce que ce savant antiquaire n’a pu s’empêcher de reconnaître lui-même, en disant que le vaste sujet qu’il traitait exigeait de nouveaux efforts et de nouvelles découvertes.

Les sciences, comme les arts, sont les enfans des siècles; il ne faut donc pas s’étonner que l’interprétation des énigmes, si nombreuses sur les monumens de l’antiquité, ait encore tant à attendre de l’érudition et de la perspicacité des savans.

Il eût été à desirer, pour l’avancement de la science, que tous les voyageurs qui m’ont précédé dans l’Orient, avec l’intention d’agrandir le cercle de nos connaissances sur la géographie ancienne et sur les monumens de l’art, eussent admis l’étude des monnaies dans le plan de leur voyage; mais il est bien certain que le plus grand nombre l’a négligée : il en est résulté que des dépôts précieux, retirés du sein de la terre, après tant de siècles, ont souvent été anéantis par le creuset, dans des pays où l’acheteur se présente rarement. Il serait particulièrement bien utile que, dans cette recherche, le voyageur signalât les lieux où il aurait trouvé de ces médailles d’or et d’argent sans légendes, qu’on place ordinairement parmi les incertaines. On comprend assez combien des observations locales de ce genre donneraient de facilité pour se convaincre de l’origine de ces monnaies, dont la plupart sont primitives.

INTRODUCTION. j,

Par ces divers moyens , la science numismatique avancerait de plus en plus, et la géographie ancienne, comparée à la moderne, acquerrait plus de développement et plus d’exactitude.

La découverte des monnaies antiques, faite sur les lieux mêmes où elles se trouvent, est pour un voyageur aussi agréable qu’instructive.

Elle formerait sous ses yeux , par des accroissemens successifs, une galerie d’images de rois, de héros, de philosophes, de temples, de divinités. Il faudrait, dès le premier classement de ces richesses, séparer les monnaies que chaque station aurait procurées. Par cette précaution , on jugerait plus facilement de la position des anciennes villes, de leur richesse, de l’époque de leur décadence. Cet examen presque journalier abrégerait le voyage, et, à son retour dans sa patrie , l’amateur aurait déjà bien avancé les travaux qui peuvent rendre ses connaissances utiles au public.

Dans le nombre des découvertes de ce genre que mes voyages m’ont mis à portée de faire, on verra avec plaisir des monnaies primitives, sans lettres et sans légendes, dont les antiquaires, qui n’en connaissent pas la provenance, n’avaient jamais tiré aucun parti. La plupart de celles que je cite sont dues à des peuples qui habitaient autour du mont Pangée; elles sont sans légendes. Celles qui viennent de Térone et de Chalcis de Thrace, quoiqu’elles portent des lettres ou des légendes, seraient encore dans une classification ou fausse ou douteuse, si, par une suite de mes voyages, il ne m’eût pas été possible d’en découvrir l’origine.

11 en est de même des médailles de la ville de Pytiiopolis deBithynie, quoiqu’elles soient très-communes : on les attribuerait vraisemblablement encore à Pilos de Messcnie, comme les antiquaires l’ont fait pendant long-temps, si je ne les avais découvertes à plusieurs reprises aux environs de la ville de Brousse, l’ancienne Prusias, sous l’Olympe.

On n'aurait pas aisément distingué non plus les monnaies que la ville de Néopolis de Macédoine fit frapper à l’imitation de celles d’Athènes, si je n’eusse trouvé aux environs de Néopolis plusieurs de ces pièces attribuées faussement à l’Attique. Au moyen de cette distinction entre des monnaies qui se ressemblent, et qui cependant appartiennent à des pays différens, on pourra regarder avec plus de confiance les Athéniens comme fondateurs de la colonie de Néopolis , fait qui n’avait pas encore trouvé place dans l’histoire.

Je ne m’étendrai pas davantage, quant à présent, sur ces découvertes numismatiques. C’est dans le cours de mon travail que le lecteur pourra reconnaître quelle attention j’ai apportée à l’examen des questions de tout genre qui m’ont paru neuves.

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