‹ Voyage dans la Macédoine [microform]Chapitre 12 sur 66 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Des Yailas en général dans la Turquie.

Ce qui concerne ies Ydilas ou séjours d'été dans la Turquie , n'ayant été spécialement traité par aucun voyageur, je croirais mon travail imparfait , si je n'ajoutais à ce que je viens d'écrire sur les Yaïias de Serrés quelques remarques au sujet des étabiissemens de ce genre qu'on rencontre dans diverses parties de l'empire ottoman.

Dans la langue turque , le mot Ydila si ffiiûe prairie , pâturage sur des lieux élevés, ou bien montagne ou l'on trouve en été des pâturages pour les troupeaux. Dans un sens plus étendu, ce mot désigne en général un séjour d'été , une habitation de plaisance. Dans l'un et l'autre sens, le mot yaila est l'opposé de kchla^ séjour d hiver, ou lieu d'hivernage.

Les yaïias sont donc de deux genres : les uns of&ent des plaisirs à l'homme riche , dans la belle saison , les autres des ressources aux bergers , qui chaque année vont séjourner sur de hautes montagnes où l'herbe est abondante.

Le kchla, ou habitation d'hiver, ^st l'établissement que les peuples pasteurs , soit en Asie ; soit en Europe , forment dans le plat pays , ou sur des coteaux exposés au midi , en y dressant leurs tentes et y réunissant leurs troupeaux.

Le terme de kchla est plus particulièrement employé pour

désigner le logement des troupes 'tjur sont ^ forcées de tenir la campagne en hiver. Le 'grand visir assigne , en pareil cas» aux divers corps qn'il a sous ses^drdres, des villages qmtieonent lieu de camps, et que sous ces rapports on appelle ie^kèila.

L'Asie présente encore à ^ cet égard le même ! spectacle que dans les âges les plus reculés Op sait qu'Abxaham et Laban voyageaient avec leurs immenses troupeaux ; mais nous pouvons présumer de plus, par ce qui se passe au|ourd'Iiui sous nos yeux , que ces anciens pasteurs changeaient souvent de station , suivant que les pâturages étaient plus ou moins abondans.

Trois peuples errans et iiombreux , tels qu'on nous peint ies Mèdes avant Darius ^ Als d'Hystaspes , mènent une vie pasto*raie. Ils se rendent concurremment dans les marchés voisins de leurs habitations , et ils y vendeait leurs moutons à des commerçans qui les distribuent dans tout lempire. La pr^nière de ces nations est celle des Curdes ; elle occupe la partie frontière de la Turquie, qui prend aujourd'hui le nom de Kurd-istan* Les Curdes s'étendent dans plusieurs provinces de l'Assyrie et de T Arménie, depuis les rives de TEuphrate jusqu'à celles de TAraxe.

La seconde est celle à laquelle on donne le nom de Turcomans , et que par cette raison on regarde comme originaire de la Turcomanie, pays qui occupe l'intérieur des terres , depuis la mer Noire jusqu'à l'est de la mer Caspienne , et qui sépare la Perse des possessions russes.

La troisième de ces peuplades est celle des Yuruks , nom qui signifie les marcheurs. Ces peuples sont toujours errans ; ils sV donnent rarement à l'agriculture , vivent sous des t^ites , et font paitre leurs troupeaux sur des terres incultes très ^étendues dans des pays qui se dépeuplent tous les jours. Leur origine n'est pas connue. Ils exercent différentes professions , comme celles de

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bergers , de voituriers , de sdeui» de bois dans les forêts où ils campent, et se rendent utiles au commerce par ces divers genres d'industrie : singulière existence, qui ne peut être tolérée que dans des pays privés de toute civilisation.

Parmi ces trois peuplades , les Curdes sont en même temps nomades et sédentaires. Les plus grands propriétaires des terres et des bestiaux habitent dans les villes ou dans les villages; les simples bergers vivent sous des tentes, soit dans les plaines, soit sur les hautes montagnes^

Les Turcomans et les Yuruks séjournent ensemble dans ia basse Asie , fréquentent les mêmes villes , font paître leurs troupeaux sur des coteaux voisins les uns des autres , sans se mêler en aucune manière. Ils ne s'allient jamais par des mariages ; et quoique leur religion soit la même , ils ne pratiquent jamais leur culte en commun.

Ce sont des tribus répandues depuis long -temps dans la plus grande partie de l'Asie mineure. On croit qu'elles ont la même origine, et que les Turcomans sont leur souche commune. Ces deux peuples parlent en eflet ia même langue ; ils ont les mêmes habitudes et les mêmes mœurs , et quant à leurs croyances religieuses , plongés dans ime égale ignorance , ils ne sont les uns et les autres musulmans que de nom. ;

Si le gouvernement &vorîse ces peuplades errantes , et qui semblent lui être étrangères , ce ne peut être qu'en considération du commerce des bestiaux , auquel elles sont particulièrement adonnées.

Ce sont principalement les Curdes qui fournissent à Constant tinople les moutons dont on fait une immense consommation dans cette capitale. On connaît le peu de goût que les Turcs ont pour la viande de bœuf; ainsi on peut aisément calculer ce qu'une ville de neuf cent mille âmes consomme de moutons.

On seiait dam IWeur si on se persuadait que; rexpédition des troupeaux se fait direttemënt^par ies provinces du Curdistan ies pius éloignées , et qui s'étendent » ainsi que je l'ai dit , jusque sur les bfords de l'Euphrate. Cette voie serait trop longue et fatiguel-ait trop ies bestiaux. L'exploitation de ce commerce a lieu y comme dans la plus iiaute antiquité , par des marchés intermédiaires , tels iqué ceux de Moussoi , Cutaia , Caesarée , Angora, villes importantes où se centralisent toutes les bra!nches du comnierce de iempireiturc» depuis Smyme jusqu'à la Perse.

C'est dans la grande Arménie , à six lieues à l'est d'Erserum , et sur une longue étendue de- l'est à l'ouest , que se trouve le Yaïla le plus remarquable de l'Asie , à cause de la quantité de sourcesi qui découlent des lieux où il est établi, et qui se portent danf les cantons de Knous , de Tekman et de Guéghui. Cette abondance d'eau , qui surgit de tous ies cotés de la montagne, et jusque sûr son plateau, lui a fait donner par les Arméniens le mun de PiaurogA, composé de deux mots de leur langue, celui de piou^ myriade, et celui de ogh, source , c'est-à-dire montagne aux mille ^sources, nom que les Tiu'cs ont traduit par bin gueu/p mille lacs.

Parmi ces sources on en trouve de minérales. L'herbe est partout très-aI>ondanté , et oh peut aisément se figurer le concours de pasteurs que tant d'avantages attirent sur ce beau territoire. Après que ies eaux ont rafraîchi les prairies » elles vont se répandre dans les plaines voisines, et en fécondent les terres.

Il est encore à remarquer qu'on trouvé sur cette montagne des ruines d'anciennes habitations et même de vieux châteaux. Ces édifices prouvent que dans des temps plus heureux la beauté du terroir et la sécurité y avaient attiré une nombreuse population.

Les Yuruks ne s'étendent pas dans la haute Asie , et ils ne

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constituent pfts, uii. sent jcorps de nation, quoique Jes Turcs leur donnent à tous ie même nom* On dit même quiis en formaLeitt prigîâatrement plusieurs. Je serais d'autant plus pooté à ie croire , qu'il n'existe: entre ce& peuplades de Yuruks aucune liaison politique et bien peu de resseniblancedans les habitudes. Toutes ont seulement le même mépris pour le séjour des villes et des villages. On peut les comparer aux Arabes: comme eux, les Yuruks ne voilent m^ leurs femmes ni leurs filles ; icomme eux ils sont toujours prêts: à changer de place. Ils ne feéquentent pas les mosquées ; des religieux errans viennent seulement les trouver pendant le ramadan , pour leur réciter des prières en usage pendant cette espèce de carême^

Parmi ces Yuruks il en est de plus distingués les uns 'que les autres^; quelques-uns . sont divisés en tribus^» qui obéissent à un* chef et en * portent coUectiv^nent le nom«

Les Yuruks d'£ui:ope n'habitent qi^aux environs de Salonique et de Serrés ; ils sont cultivateurs , bergers ou voituriers comme ceux d'Asie^ Dans leurs villages, les maisons vsont > isolées , et offrent les apparences d'im campement sans ordre (i).

La plupart envoient leurs troupeaux sur ie numt Rhodc^e, qui est leur imique yaïla« Ce sont les en&ns des propriétaires , ou bien des bergers à gages qui conduisent les. titDOpeanx dans ces pâtura^. Les seuls Yuruks des environs ^ de. Drame > ville voisine de Serrés y abandonnent leurs chétives demeures peit^ dant l'été, et vont à. Leur yaïla avec leurs. âoniHes.

Le petit nombre des Yuruks d'Europe ne pouvant suffire à Tapprovisionnement des moutons: nécessaires à la ooiisommatron de la Macédoine et des envir(Hi8>, on:pe comptrpas' beaucoup

( I ) Beaucoup de villages > de la Hongrie mffr^nt Ja ni^notsi

sur leurs troupeaux. C'est rAlbanie illj^îenne qui étale chaque année ses richesses pastorales dans: les vastes plaines du Strymon , et surtout dans celles de Salonique; et ce sont les bergers des yaïiasidu Pinde qui amènent leurs troupeaux dans les plaines de la Thessalie.

Dès que l'hiver approche, les plaines de Salonique se cou-* vrent de nombreux troupeaux de brebis. Tous les ans > oh y renofttvelle les parcs avec des cannes dont le pays fournit d'abondantes récolter Ces cannes » serrées les unes contre les autres avec leurs feuilles » forment des cloisons qui mettent les bes-* tiaux et les pâtres à Tabri des vents de nord.

Au printemps , les Turcs viennent dans les pâturages ; ils y achètent les agneaux et les moutons vieux qui doivent être remplacés par de plus jeunes, et après ces acquisitions , les pasteurs albanais , ainsi que ceux du I^nde » retournent dans leurs montagnes.

Quant aux Yuruks d'Asie , rien de plus pittoresque et de plus intéressant que leur marche, quand ils vont à leurs yaïlas : je parle des tribus les plus nombreuses.

Lors d'ime dernière course que je fis dans la Phrygle pen-r dant le mois de mai de Tannée 1801, en compagnie d'un négociant arménien très-instruit , j'allai visiter les ruines de Hicropoiis , auxquelles on donne aujourd'hui le nom de Pamlxmk^ Calési, Château de coton (i). Chandler a vu ce pays trop à la

(1) Hiévù^lîSyviHede Phrygîe , est située sur un plateau à demi^côte; elle est entourée tfun cardon de montagnes, qui séparent les sources du Méandre de celles dti Lyciis. Cette rrvtère traversera plaine de Laodicée, quiest en face de HiéropoHs à quatre lieues de distance de cette ville, et va se jeter dans le Méandre, auprès des rames de THpoHs, qur méritent Fattention du voyageur. Ces ruines sont isolées comme celles de HiéropoKs; celles-ci ont pris le nom de Pambouk-Calési , lequel tire ion origine de Tefi^t que prodirisent des cascades d*eaux minérales en se précî-

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hâte. La solitude qui a succédé à son ancienne richesse peut avoir intimidé ce savant, qui voyageait dans des temps de troubles.

En sortant des ruines de Pambouk-Caiési, nous primes une route^ qui conduit au bas de la plaine où le Lycus que nous avions à notre gauche , se jette dans le Méandre. Nous longeâmes cette plaine pendant près de trois heures , sans rencontrer ni aucune habitation ni aucun signe de culture , sur un des plus beaux territoires de TAsie ; mais un incident inattendu vint nous dédommager de cette monotonie du site.

Un nuage de poussière s'élevait devant nous ; on eût dit qu une armée marchait dans la campagne. Je demandai à notre conducteur ce que ce pouvait être ; il me répondit que nous étions dans la saison où les Yuruks de première classe , divisés par tribus , et qui habitent les plaines pendant l'hiver sans les cultiver, se transportent sur de hautes montagnes, et quune de ces tribus allait défiler devant nous.

A mesure que nous approchions , Je tableau devenait plus curieux. Des chameaux , chargés de bagages , et portant les enfans et les berceaux, formaient une file centrale (i). D'un côté

pitant dans la plaine sur des rochers escarpés. Ces eaux y déposent un sédiment aussi blanc que le plus beau coton. On trouve sur ces rochers des plantes sèches couvertes de cette concrétion , mais qu'il est impossible de transporter, i cause de la finesse de la couche pétrifiée qui les couvre. C'est ce que Chandier n*a pas plus remanjué qne les belles ruines des bains qui subsistent encore , ainsi que les milliers de tombeaux de tout genre qui composent la Nécropolis de cette ville entièrement abandonnée. On peut croire que les habitans des villes voisines choisissaient Hiéropolîs» comme une ville sacrée y pour le lieu de leur sépulture, à en juger par la richesse de ces tombetux et par leur grand nombre ; c*est ce qu'on ne voitpas dans les environs de Laodicée > ville capitale de la Phrygie. Ces tombeaux n'ont pas encor.e été visités ; jpo y trouverait des dessins à faire et des inscriptions à copier.

( I ) Un groupe de six chameaux de file, qui marchent ordinairement avec un

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de ia plaine , étaient des troupeaux de bœufs et de vaches ; de l'autre , des brebis et des chèvres , qui couvraient le terrain. Tout marchait sur un front très- étendu. C'étaient généralement des femmes qui conduisaient les files ^ tenant des chameaux par le licol; quelquefois un âne marchait seul devant le chameau, dont le licol était lié à son hamois.

Comment voir sans intérêt ces marches pastorales , qui réproduisent , après tant de siècles , les habitudes des patriarches I Deux fois chaque année , ces tribus se transportent à des distances de cinquante à soixante lieues. Je compris aisément que ies Yuruks, peu sensibles aux attraits du luxe et aux commodités de la vie , préfèrent leur indépendance et leur frugalité aux jouissances que des passions de tout genre peuvent faire éprouver au commun des hommes. J entrevoyais , dans ce genre de vie , moins de besoins , plus de venus » et ce qui est encore bien précieux, une santé presque inaltérable.

Je faisais ces réflexions , lorsque je vis , à la queue de la caravane , une quarantaine de jeunes gens bien armés qui entourai^it en bon ordre leur chef. Celui-ci portait toutes les marques de sa dignité , c'est-à-dire qu'il était monté sur im beau cheval , et habillé comme un des premiers agas du pays. On eût dit, en le voyant, qu'un homme si honoré devait habiter un palais ; mais il est bien certain , au contraire , que sa tente est pour lui l'habitation la plus belle du monde.

Cette troupe me présentait une antique race perpétuellement indépendante, une noblesse asiatique, qui ne déroge jamais, et

ine devant eux, s'appelle en langue cuique Katar, mot qui veut dire enfilade. L*âne sert de temps en temps au chamelier, et le plus souvent à des vieillards qui ne peuvent supporter la longueur de la marche. Les vieilles femmes sont, ainsi que les enfans, sur des chameaux.

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sur qui les révolutions ne peuvent rien. Du haut de leurs montagnes , ces peuples entendent gronder au-dessous de leurs pieds les orages politiques ^ et , en payant une rétribution au vainqueur, ils conservent, sans opposition, des droits qui leur sont chers, et que l'autorité , qui apprécie leur industrie , ne cherche poiiit à leur ravir.

La tribu que nous avions sous les yeux était partie, suivant sa coutume ordinaire , des environs de l'ancienne Thiatyre , et elle allait passer l'été sur de hautes montagnes qui sont audelà de Colosse.

Peu après l'avoir rencontrée , le hasard me mit à portée de visiter l'intérieur de l'habitation d'un personnage distingué parmi ces pasteurs. En traversant une plaine de la Carie , où se trouvait une tribu qui n'était pas encore partie pour son yaïla , je fus , par une méprise fréquente en Turquie, pris pour un médecin. Mon conducteur me conseilla d'en jouer le rôle ; je m'y prêtai d'autant plus volontiers, que je pouvais être utile, du moins par quelque simple conseil.

Il s'agissait d'un chef de tribu incommodé par une toux opiniâtre. L'invitation d'aller le visiter me fut faite par le frère de ce chef, qui vint au-devant de moi srur le grand chemin. Je me rendis tout de suite sous une grande tente , où je trouvai le malade , âgé de quarante à quarante-cinq ans , qui me pria de le soulager d'un rhume violent qui le fatiguait depuis trois mois. Son pouls était très-élevé , et je crus reconnaître que sa poitrine était fortement enflammée. J'ordonnai de la tisane de fleurs de mauve et de camomille , ce qui fut exécuté à l'instant. Je fis observer que le local humide où se trouvait la tente nuirait beaucoup au malade ; je prescrivis un régime. Toute la femille s'était rassemblée dans la tente ; on me regardait comme un oracle, pour avoir ordonné seulement le changement d'un

lieu humide pour un autre que j^ndiquai à quelque distance du campement. Les femmes , vieilles et jeunes, me servirent diverses sortes de laitages assaisonnés avec du miel. J'examinai l'intérieur du ménage ; rien n y manquait en vaisselle de cuivre , en linge fabriqué sous la tente , en cuiUers de bois. Au dehoi's, paissaient des chameaux et des chevaux ; on y voyait aussi beaucoup de volailles. L'abondance et la simplicité régnaient AU dehors comme au dedans de cette habitation. La tente était faite d'un tissu de poil de chameau. Le propriétaire avait bien le droit de dire , avec le philosophe grec : Que de choses dont je puis me passer!

Je venais de voir cet intérieur d'une des principales tentes des pasteurs ; j'avais été témoin de la marche d'une grande tribu ; il ne me manquait plus que l'occasion d'en trouver une campée sur une des hautes montagnes où s'établissent ordinairement les Ydilas. £lle se présenta bientôt pendant un petit séjour que je fis à Brousse , l'ancienne Prusias , située sur

l'Olympe en Bithynie, et sur la route qui va de Smyme à Constantinople.

Le commerce de la soie entretenait alors plusieurs maisons françaises dans la ville de Brousse , aux environs de laquelle on voit de vastes plantations de mûriers dont on [coupe chaque année toute la tête, et qui sont d'un grand produit. On y trouve aussi les plus bçaux bains de sources minérales qui soient dans la Turquie. Parmi plusieurs marques de politesse et d'attention que je reçus de mes compatriotes , je dois compter l'invitation d'aller faire la pèche des truites sur le mont Olympe , où ce poisson est très-abondant et très-délicat.

Il est inutile de rappeler que le mont Olympe de la Bithynie n'est pas celui dont l'antiquité avait fait le séjour àts dieux , lequel est situé dans la Thessalie, mais celui qu'on aperçoit # Bb

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de Constandnople , toujours couvert de neigie, et où Ton jouit d un des plus beaux points de vue que le voyageur puisse ren* contrer dans f Asie mineure. Ce tableau embrasse au nord toute la Propontide, entre les cotes d'Asie et celles d'Europe, jusqu'à Constantinople ; àfest, la Bithynie; au midi, la Phrygie épictète, et au couchant, une portion de la Mysie. En montant sur rOlympe , on a , au midi , le mont Ida. Toutes les montagnes secondaires des environs ne paraissent plus, à cette hauteur, que des plaines d une vaste étendue. Le plaisir de contempler ces beautés de la nature ne fut pas le seul fruit que je retirai de cette course, à laquelle nous employâmes près de quatre heures. J'y rencontrai , sans en être prévenu, ime tribu de Yuruks qui tous les ans y établit son yaïla. Son domicile d'hiver est dans la Mysie , non loin de Pergame , dans des vallées où elle a l'avantage d'être isolée, et de trouver des pâturages exposés au midi. Cette tribu, ainsi que toutes les autres , quitte chaque année ce territoire , pour aller passer l'été sur le mont Olympe. Je la trouvai occupant plusieurs plateaux.

Le chef ayant eu l'avis de notre arrivée , sortit de sa tente, et fit quelques pas pour venir au-devant de nous ; il nous fit le compliment ordinaire de bien -venue, et nous invita à nous reposer dans sa tente, où aucun luxe ne désignait sa dignité, si ce n'est que cette habitation était grande , et offrait phis d'aisance que toutes les autres. Jl nous fit servir du café. Sa conversation fut prévenante et amicale, et ses attentions^ toujours les mêmes , quoique nous n'eussions pensé à lui apporter aucun présent. Nous remarquâmes avec satis&ction le sentiment de respect que paraissaient éprouver pour lui les personnes dont il était environné. La plupart demeuraient debout. Le chef d une tribu de Yuruks n'exerce pas seulement son autorité sur

les marches » les câmpemèns » la poiice intérieure » la distribution des pâturages ; ce prince des pasteurs est un vrai monarque. Sa puissance est attachée à sa famille ; elle se transmet du père au fils 9 non pas à faîne "tax droit de naissance , mais par le choix du père. Ce chef est le juge de toutes les contestations ; il prononce , assisté par des assesseurs , et ses décisions sont sans appel. Dans les affiûres criminelles seulement , la justice turque reprend ses droits.

Tous les Yuruks de f Asie ont un protecteur commun à Constantinople. II est distingué par la dénomination de Yuruk- Bey, qui signifie Prince des Yuruks. Ce prince n'est pas de la nation errante ; c'est un des grands de la cour à qui le Grand- Seigneur accorde, comme une faveur, le droit de protection. Il en est autrement pour les Yuruks d'Europe ; leur protecteur, bien que nommé par la Porte , et revêtu du même titre de Yuruk-Bey, réside ^bîtueilement à Salonique ; cette différence paraît provenir de ce qu'ils sont moins nombreux, et moins importans aux yeux du gouvernement.

La protection du prince des Yuruks ne dispense pas ces tribus de payer les droits du péage , chaque fois qu'elles passent des terres d'un aga dans celles d'un autre. En arrivant à Brousse , par exemple , la tribu que nous visitions avait acheté du gouverneur de cette dernière ville le droit de prendre son établissement sur le mont Olympe.

Elle se composait de cinq à six cents personnes , en y comprenant Içs femmes et les enfans. Les tentes étaient placées à quelque distance les imes des autres ; j'en examinai la forme et l'intérieur , et je ne m'aperçus pas qu'elles difiërassent en rien de celles que j'avais vues dans la Carte.

Le costume des hommes ainsi que celui des femmes était semblable à celui des Yuruks cariens et ioniens. L'accueil que

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nous reçûmes fut également très-hospitaiier de la part des personnes des deux sexes , au point que i on nous invita à passer la nuit dans le yaïia.

Nous étions au temps du ramadaa (i). Le motif de l'invitation était de nous faire jouir des divertissemens que les Turcs même les plus grossiers prennent pendant la nuit, après avoir jeûné rigoureusement et dormi pendant presque tout le jour.

Je connaissais le genre de plaisir que prennent les Tiu-cs dans les villes pendant les nuits du ramadan , et j'aurais été trèscurieux d'étudier » pendant cette esj^èce de carnaval , les moeurs, la religion et le caractère de ces bergers, de ces hommes qu'on pourrait appeller primitifs , et quil est si rare de pouvoir observer de près. Les Yuruks de l'Olympe doivent peutêtre au voisinage continuel d'une grande ville , et au commerce de bestiaux qu'ils y font , l'urbanité dont nous étions devenus l'objet. Mes compagnons préférèrent le repos de leurs habitations aux observations que nous aurions pu faire chez un peuple

(i) Le Ramadan, temps d'abstinence absolue, qui interdit même Tusage du tabac, est établi sur un calcul lunaire; il a lieu une fois chaque année, et dure un mois; huit jours après Fépoque où le Ramadan a été célébré Tannée précédente, un témoin vient déclarer devant le cadi qu'il a vu la lune nouvelle; sur son dire, on tire le canon , et pendant prés d'une heure tous les habitans du pays déchargent leurs armes. On fait la même cérémonie le mois suivant, lorsqu'un autre témoin vient encore dire qu'il a aperçu la nouvelle lune» Alors on est à la veille du Baïram, qui dure trois jours , et qui est pour les Turcs ce que les fêtes de Pâques sont pour les Juifs et pour les Chrétiens. Si le jeûne du Ramadan est rigoureux pendant le jour, il n'en est pas de même dans la nuit; elle se passe en visites; le peuple se rassemble dans les cafés , où l'on donne des représentations de marionnettes , trèi-obscénes, et ce qui doit surprendre, c'est que les pères y conduisent leurs enfaj/is, et les excitent ainsi; sans le vouloir, au libertinage. Les Turcs qualifiés sont plus attentifs à Féducation domestique; il^ ne permettent jamais que leurs enfants soient témoins de pareilles indécences.

demeuré , en quelque sorte » plus près d* Abraham que de nous , et toujours dans Tenfance de la civilisation ; mais il fut décidé , par mes compagnons , que nous refuserions la veillée.

Les principaux personnages du campement parurent les plu» empressés à nous retenir. Notre refus ne les rendit pas moins obligeans. Ils nous of&irent plusieurs sortes de laitages, que leurs femmes nous servaient de la manière la plus afiable. Ils paraissaient très-sensibles à notre visite.

Je né voyais que peu de bestiaux auprès à&s tentes ; j'en demandai la raison ; on me répondit que les troupeaux paissaient libres , nuit et jour» dans la forêt » surveillés seulement par quelques bergers, et gardés par des chiens capables de les défendre de Tattaque à!^s loups. On m'assura que ces derniers . animaux se montraient rarement dans les environs du yaïla , où Ton faisait une garde assidue.

Le moyen de réunir les bestiaux est de leur distribuer du sel , à époques fixes , auprès des tentes. A chaque distribution , ils s'attroupent au son du cornet qui retentit au loin , et on en fait le dénombrement.

Les Yuruks , en général , ne s'adonnent pas seulement à l'éducation des bestiaux , tels que les bœufs , les moutons , les chameaux , les chèvres ; ils élèvent aussi des chevaux , et en conservent avec soin les races. J'ai vu vendre chèrement , étant à Smyme, des chevaux provenant de la tribu qui campe habituellement aux environs de Ak - Hissar ^ l'ancienne Thiatyre ; c'est celle que j'ai dit précédemment avoir rencontrée dans les plaines de Hiéropolis. La ville de Thiatyre portait dans la haute antiquité le nom de Evippa , qui signifie féconde en beaux chevaux , d'où l'on pourrait conclure que les Yuruks de cette contrée ont conservé la race antique, et que le territoire concourt à favoriser leurs efl^rts.

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Nous quittâmes ces Yuruks hospitaliers , satisfaits de la pèche qui avait eu lieu dans diverses vallées où Teau est courante et très-limpide , et nous arrivâmes fort tard à Brousse , après avoir successivement éprouvé la température de diverses saisons de Tannée.

Le voisinage des marais et une situation trop exposée à Tardeur du soleil , telle que celle de Serrés, ont donné lieu à l'usage fréquent dans la Turquie d'abandonner , pendant l'été, les villes et les villages , pour se soustraire à l'incommodité des insectes et à la trop grande chaleur , et même aux maladies qu elle peut occasionner , et de choisir sur les hauteurs voisines le lieu le plus propre à y respirer un air pur.

La ville de Ménémen , dans l'Eolide , que l'on peut regarder comme l'ancienne Temnus, située auprès des atterrissemens de l'Hermus , est tellement assaillie , dans les chaleurs de l'été , par les maringouins qui inondent la ville , surtout pendant la nuit, que les habitans sont obligés d'en sortir tous les soirs. Les uns se répandent sur les coteaux du mont Cypyle , auquel la ville est adossée ; les autres se retirent dans les hautes tours qui couvrent le beau territoire de cette ville. Pendant le jour , les familles ne quittent pas les cabanes ou les tours , et la plupart des chefs reviennent à la ville pour vaquer à leurs affaires ; de sorte que , pour être heureux dans ce pays , il faut y posséder une tour ou une cabane propre à loger une famille entière.

Ces tours sont en grand nombre et entourées de vignes. Le territoire est fertile en vins : aussi voit-on sur les anciennes monnaies de cette ville qu'elle était autrefois sous la protection de Bacchus. Les propriétés sont très-divisées , car chaque famille veut une retraite. La plupart passent la nuit sur le haut des tours comme les Egyptiens sur leurs terrasses.

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A l'embouchure du Caïstre, non loin dXphèse, 11 y a aussi des ydilas, à cause des insectes de la grande espèce dont la piqûre est brûlante , et forme de très-larges tubercules. Ce fléau , dont je puis parler par expérience, tourmente depuis longtemps ce beau pays. Strabon raconte que les habitans de Myus , fune àts douze vilies de là communauté ou Conventus de l'Ionie, située sur les bords maritimes du Méandre» et entourée des atterrissemens du fleuve , se trouvèrent forcés d'abandonner leur ville, pour passer à Colophon , à cause des essaims de moucherons qui les inquiétaient de plus en plus, à mesure que les atterrissemens du Méandre devenaient plus considérables. Il y a lieu de croire qu'auparavant ils avaient recours aux yaïlas^ comme tous les peuples du voisinage, et que ce moyen devint insuffisant.

Quant aux yaïlas en usage pour cause de l'ardeur du soleil , le plus remarquable sans doute est celui où j'ai séjourné pendant deux jours sur le mont Tmolus. Les habitans d'im village voisin , trop exposés au midi , viennent y passer l'été pour y trouver de la fraîcheur.

J'étais parti de Smyrne.en 1 802, pour visiter quelques parties du mont Tmolus avec M. le chevalier Heidenstam , ancien ministre de Suède à Constantinople. Arrivés à Sardes , nous primes la route de la plaine du Caïstre, en traversant le Tmolus (i)>si vanté à cause de ses vins, de ses eaux minérales et des sources du Pactole. Vers le commencement de la nuit, aune demi-lieue de Sardes, nous rencontrâmes les bains tes plus célèbres de ces contrées, et qui sont d'une chaleur

( I } Sardes est située au nord du Tmolus. Cette ville, où l'on ne trouve plus que sept à huit maisons turques et quelques cabanes de Turcomans, a au midi la grande plaine où subsiste encore en son entier le tombeau d'AIyatés , père de Crésus.

brûlante. Nous profitâmes d un beau clair de lune et d'un ciel serein pour gravir la montagne. Plus d'une fois nous nous trou* vâmes exposés , sur des sentiers étroits , à nous précipiter dans des vallées très-profondes.

Ce ne fut qu'au point du jour que nos inquiétudes , de plus dun genre, se dissipèrent, et que nous nous trouvâmes hors des bois.

Nous primes notre gîte auprès d un lac qui a plus d'im quart de lieue de circonférence : ses bords sont tapissés de verdure , et ombragés par des saules et des châtaigniers.

Dans cette position / la vue ne s'étend au loin que d un seul côté , à la distance de dix lieues ; le pic le plus haut du Tmolus s y présente à Torient. Il nous indiquait la place que Philadelphie occupe au revers de la montagne , à huit lieues de Sardes. Du côté du midi et du couchant , notre horizon était borné par de petites collines ; le nord nous donnait, au contraire, lagréable spectacle d'habitations simples et de jardins occupés par des hommes qui semblaient étonnés de nous voir dans un pays si sauvage ; au nord est la forêt que nous avions traversée ; elle s'étend sur les hauteurs, et domine le magnifique plateau où se trouve le lac.

Si Ton pousse la promenade vers les petites collines du midi , on aperçoit la vaste plaine qu'arrose le Caïstre , et qui se prolonge jusqu'à Ephèse. Cette belle perspective a seize lieues d'étendue, et présente un tableau dont le Caïstre forme le centre.

Revenus sur les bords du lac, nous fûmes bientôt entourés par une nuée de Turcs , très-bonnes gens , plus disposés à nous protéger qu'à nous nuire. Nous formions spectacle pour eux ; on reconnaissait à leur curiosité qu'ils n'étaient pas accoutumés de voir des Européens , quoique nous ne fussions distans

de la mer que d'environ dix-huit lieues. Les plus apparens s'assirent près de nous, et acceptèrent noire café. Parmi eux, ie per^ sonnage ie plus distingué était ilman , pasteur du pays.

L attention qu'on mettait à le laisser maître de la conver* sation .nous annonçait qu'on avait pour lui beaucoup de respect.

Il nous apprit que les maisons voisines de notre campement ne formaient point une communauté politique; que la réunion des habitans avait lieu seulement dans la belle saison , et que ces maisons composent le yaïla de Tûpoi , village que nous traverserions en descendant dans la plaine. C'était alors la saison où le yaïla était habité. L'Iman nous annonça , en même temps, que, dans le village de Tapdi, nous verrions les ruines d'un château d'EsAi-Zemûn, c'est-à-dire, ^u vieux temps, et il voulut bien nous servir de guide pour nous faire visiter le$ divers quartiers du yaïla. Nous remarquâmes avec plaisir la simplicité des maisons et leur propreté extérieure. Autant qu'il me fut possible d'en juger, le nombre ne s'élevait pas à plus de soixante. Les habitans étaient les propriétaires les. plus aisés de Tapoh

L'urbanité qui règne parmi ces asiatiques , et l'accueil amical qu'ils font aux étrangers, tiennent aux principes de l'hospi* taillé que la religion leur commande. C'est dans ces réunions agrestes que les Turcs exercent ce devoir plus que partout ailleurs , et qu'ils se livrent aussi le plus complètement à leur goût pour la vie sédentaire.

La curiosité avait réuni la plus grande partie des habitans; Ils formaient autour de nous des groupes silencieux , attentifs à nous observer. Les Tiu'cs n'aiment pas la promenade à pied : c'était pour eux une rencontre heureuse que des étrangers* ofirant à leurs yeux un spectacle qu'ils n'étaient pas obligés

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d'aller chercher. Mais cette indolence naturelle cède au désir de se montrer hospitalier. Si nous eussions témoigné avoir be^ soin de quelques secours» ils se seraient empressés de nou» être utiles.

Le yaïla du Tmofais , où nous étions , présente un tcmt autre aspect que celui du Cercîne, quoique les réunions de l'un et de l'autre aient le même but: dans celui-ci, aucune perspective pittoresque » auom ensemble , point de [ardin attaché aux maU sons » peu dé variété ; rien de piquant ne s ofïrirait au pinceau de l'artiste qui le prendrait pour modèle : dans celui du Tmolus » au contraire , chaque habitation a son |ardin ; il y a plus dordreV plus de propreté ; tout fait image ; les eaux , la forêt , les loin-^ tains t l^s difiérens effets de la lumière , présentent des oppo^ sitions toujours riches et éminemment pittoresques.

Ces difïerences peuvent naître en partie des localités ; mais elles proviennent bien plus encore des moeurs propres aux habi-^ tans de ces retraites champêtres. Les yaïias des tribus de pasteurs offrent un tout autre intérêt que ceux des habitans des grandes villes : ceux-rci ne sont que des lieux de plaisir et de repos , où se rendent des hommes oisifs dans les ardeurs de la caniaile ; ceux-là nous ofirent dés scènes champêtres toujours mouvantes ; nous y retrouvons la simplicité des premiers âges, les moeurs des patriarches. L'Asie antique brille encore de ses couleurs na^ tives , dans ces séjours des pasteurs , au milieu des débris que le temps et les conquérans ont semés sur sa surface» >

Quant aux ruines de Tapoï, j'ajouterai que la géographie ancienne, désigne dans cette province ia ville d'Hypaipa, et que le mot de Tàpm^ qui n'a aucune signification en turc ^ pou r« i^t provenir du nom de cette ville ancienne, à cause de la difficulté, qu'ont dû éprouver les musulmans à prononcer le 9iot d'j^yp^ipa , surtout en y ajoutant l'articiie. Nous rexnar^

DANS LA MACÉDOINE. ioy

quâmes dans les ruines de cette ville beaucoup de restes de bâtisses , mais tous informes. Nons vîmes aussi , gisante ^u coin d'une rue, une statue antique de femme, plus grande que nature , qui nous parut bien drapée et d'un beau travail , mais dont la t^te avait disparu.

Après cette digression , que l'intérêt du sujet me fera peutêtre pardonner , je quitte l'Asie et je reviens à la plaine de Serres et aux quatre rivières qui entourent cette ville»

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2o4 VOYAGE

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