‹ Voyage dans la Macédoine [microform]Chapitre 15 sur 66 · SUITE DU CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

SUITE DU CHAPITRE IX

Deux mscriptions trouvées à Serrés, — Temples dont elles font mention. — Divinité honorée dans ce temple. — Monnaies d'Alexandre.

Les deux inscriptions, presque contemporaines, que j'ai copiées dans la maison de Tévéque de Serrés, m'ayant paru de nature à ne pouvoir être expliquées que par les monnaies qu'on trouve dans la Macédoine, j'avais annoncé que je réserverais mes observations sur ces deux monumens pour la fin de la relation de mon voyage , afin de les réunir à d'autres du même genre; mais, après de mûres réflexions, il m'a semblé que je nuirais à l'unité et à l'intérêt de mon travail , si je séparais en deux parties ce que j'ai pu recueillir sur l'état ancien et moderne de la ville de Serrés. Je n'hésite donc pas à entrer dés à présent en matière pour l'explication de ces antiquités.

En voici le texte , suivi d'une traduction. J'ai eu soin, pour la satisfaction des amateurs de la paléographie grecque, de faire graver en fac simile le texte d'après la copie exacte que j'en ai faîte sur les lieux; et si les lettres n'y sont pas figurées dans la grandeur de l'original , je puis certifier que je n'en ai pas moins conservé fidèlement la configuration.

OINEOI APXIEPEAKAIArONOeETHN TOTKOINOTMAKEAONaN APXIEPEAAEKAIArONOOETHN KAITHSAMOinOABirnNnOASaS

Ff

^i6 WOYAGE

nPaTONAEArONOOETHNTHS .

2IPPAiaNnOA£a£AISEKTaN

lAiaNriMNASIAPXON

TIKAATAIONAIOFENOTI

KTPINAAlOrENHAPETHSENEKEN

EniMEAH6£NTO£KA2ANAP0T

TOTKA2AKAPQT.

Les jeunes gens honorent par ce monument, à cause de sa vertu , Tibère-Claude Dîogène, de la tribu Quîrina, fils de Diogène, grand-prétre et agonothète de la communauté des Macédoniens, de plus, grandprêtre et agonothète de la ville d'Amphipolis , premier agonothète de la ville de Sîrris , dont il fut deux fois gymnasiarque à ses frais.

Cassandre , fils de Cassandre , faisant fonction d'épimélète.

HnOAIS

TaNAPXIEPBAKAIArnNOeETHN.

TONZEBASTON TIKAATAION^AAOYIA

NONATSIMAXONTION

TIKAATAIOTAIOTENOTÏ

APXIEPEaSTOTKOINOT

MAKEAONÛMTONENnA

SIKETEprETHNETNOIAS

EHBKEKTHSfilSEATTHNKAITH^

AIHNEK0TS«XA0A0^IA2 AIEniMEAIHTaN

AIOSKOTPIAOTTOTnOîElAinnOT HEAOnOSEISIAOPOT

El2IAOPOTQT^ASPJ»« •

La ville honore par ce monument, i cau^e die s^ bîpfiveiilance envers

elie» «t de ia contiiiiielle noblesse de ses sentimens , le grandprdtre et agonotbète des Augustes , et son bienfaiteur en toute circonstance , Tibère Claude Flavianus Lysiiha<fue , fils de Tibère- Claude Diogène, grand -prêtre de la communauté des Macédoniens.

Par l'entremise dés épimélètes , Diosc^oride, fils de Posidippe, Pélops , fils dlsidore , fils de Valer ....

La première de ces inscriptions est celle que M. le comte de Choiseul - Goufiier a publiée dans son Voyage de la Grèce , tom. II, pag. 168.

La seconde , plus récemment découverte, parait ici pour ia première fois; l'original se trouve encore aujourd'hui dans la cathédrale de Serrés , ainsi que celui de la première.

Ces inscriptions prouvent qu'il existait dans la Macédoine un temple consacré à une divinité quelconque, depuis l'époque ou le royaume était tombé sous la domination romaine» et où Paul Emile l'avait divisé en quatre départemens égaux en droits , formant ensemble les états de Macédoine ( i )• '

Il s'agit de savcHj- quelle était la divinité honorée daj)s ce temple, et que les inscriptions ne nomment point. Je crois qu'une médaille d'argent , de grand module , frappée à Thessalonique, sous l'empire romain , très-remarquable à plusieurs égards, peut nous la faire connaître* Les types de cette médaille, nouvelle quant à la Macédoine, semblent ne pouvoir se rapporter qu'à la fondatiidn du temple dont il s'agit. Elle ofire, d'un c6té, la tète d'un jeune homme avec un menton arrondi, ayant unb toufi^ de cheveux élevée {perpendiculairement sur le. front, et les autres cheveux un^ peu épars sur les càtés ; elle est ornée de

(1) Th. Liv.» Hist. lib. XLV» cap^ 29.

rf*

2i8 VOYAGE

là corne d'Ammon. Derrière la tête se voit constamment le mot MAKEAONÛN, et entre la tête et la légende se trouve toujours un thêta , lettre intiale du mot Thessalonique,

Le revers de cette médaille présente le nom du xjiiesteur iEsîHas , écrit en latin ; de sorte qu elle offre deux particularités rares et même extraordinaires; lune, que les légendes sonten deux langues; l'autre, quelle porte le nom d'un questeur, quoi-* qu elle soit en argent. Une cyste mystique , une grande mateue , sont placées dans Taire ou le champ , comme des attributs d'une divinité, et non comme des symboles propres aux Macédoniens , ainsi que le veut Eckhel ( i ) ; une chaise curule et la lettre Q qui accompagnent ces attributs, désignent l'autorité d'un questeur. Ces symboles sont entourés d'une couronne de- laurier.

Ces nouveautés annoncent une circonstance particulière , <lont la médaille a dû conserver le souvenir, et l'on est en droit de supposer qu'elle a été frappée à l'occasion de la fondation du temple dont les inscriptions font mention. Le caractère de la tête, qui est évidemment un portrait , semble prouver aussi que le Dieu à qui la médaille et le temple furent consacrés était Alexandre; mais le i^it du portrait ayant lui-même besoin de preuves , et, ^sillas ayant vécu entre l'époque de Paul Emile ^ celle d'Auguste , ce qui nous éloigne de trois siècles de l'époque où régnait le héros macédonien , il est nécessaire que je remonte au temps de ce roi , que j'expose mbn opinion sur son système monétaire, sur celui que suivirent les rois d'Egypte, de Thrace, de Syrie, de Macédoine, ses successeurs, et que j'arrive, par un enchaînement chronologique, le moins interrompu qu'il se pourra, jusqu'à ^sillas, et de celui-ci jusqu'à Caracalla. Alors

(i) Eckhel, Doct. mon. vet., tom. Il^pag. 6i.

DANS LA MACÉDOINE. lap

nous pourrons reconnaître quel était le dieu dont Diogène iet son fiis furent successivement les grands-prêtres ; et , si je ne me trompe , nous parviendrons à nous faire des idées justes sur le culte rendu à Alexandre» sur le portrait de ce héros » et sur l'époque où Ion a commencé à imprimer son portrait sur la monnaie i sujet intimement lié avec l'histoire de la Macédoine.

MONNAlfs d'aLEXANDRE.

Lorsque j'ai soutenu précédemment ( i ) que leffigie d'Alexandre se trouve sur des monnaies frappées sous les successeurs de ce prince , et m^e de son vivant , je n'ai fait que lui attribuer des monnaies marquées de son image à une époque plus ancienne que celle où £ckhel et Neumann en ont admis de semblables. On sait qu'ils ont reconnu la tête d'Alexandre sur des monnaies de bronze mises en circulation par les états de Macédoine , sous le règne de Caracalla (2) , lesquelles portent le nom du héros macédonien (3); mais l'adoption de ce dernier fait suppose la réalité du premier; car une foule de princes tels que Séleucus Nicator, Antiochus L**^, Ptolémée Soter, Antîgone d'Asie., ayant euxr mêmes fait graver, leurs propres images sur leurs monnaies , ou bien leurs fils les y ayant placées pour les honorer après leur mort f on est obligé de reconnaître qu'ils n'ont fait en cela que suivre l'exemple donné par le fondateur de leur empire.

Pendant long^ temps la.piété des peuples n'admit sur les monnaies que les images ou les attributs des Dieux : si la gravure n y représentait pas la divinité elle-même , un emblème sacré en

(i) Recueil de lettres à M , Rostan ; lettre IV. Magasin encycl. fihr. iSio, pag. 28). (2) Ecàhel, Doct, num. ver. Tom. II, pag. 1 10 et m. ()) Neumann , Pop. et Reg. Tom. I , pag. 1 56 et 1 57.

prenait la place. Le trident et le poisson rappelaient Neptune ; la foudre, Jupiter; la chouette, Minerve (i). Une opinion retir gieuse telle que celle-là ne pouvait point éprouver de change* ment sans des inconvénients notables et sans une sorte de scandale public^ Pour amener les peuples à voir rimage dun homme, surtout d un homme vivant, empreinte sur la monnaie^ au lieu de celle des Dieux, il fallait qu'un décret positif eût prononcé sa déification , et un honneur fussi extraordinaire, dut bien plutôt être accordé à Alexandre qu a aucun des rois qui partagèrent son héritage.

Quand donc nous voyons l'image de Soter sur des monnaies de l'Egypte, celles de Séleucus et d'Antiochus son fils sur des monnaies de Syrie , celles de Philétaire et d'Eumène son nevm sar des médailles de Pergame , nous devons conclure que , déjà de leur temps et même auparavant, les peuples avaient accueilli ou placé eux-mêmes sur des monnaies la représentation du conquérant de l'Asie. La divinisation monétaire de ces divers princes est une attestation de celle d'Alexandre.

En efiet , si l'on considère les actes successifs de ce roi , depuis son entrée dans l'Asie jusqu'à sa mort, on voit scm orgueil s'accroître avec l'étendue de son empire , et Ton sV perçoit que , s'il ne conçut pas d'abord l'idée de se donner pour un dieu, cette idée du moins ne dut pas tarder à naître dans son esprit séduit par de rapides victoires. Rien ne prouve que, dans les premières années de son règne , ce prince ait employé des coins qui lui fussent particuliers. Nous ne pouvons, au con-

(i) Ce principe religieux n'empêchait pas que les peuples, les villes et lei rois n'employassent quelquefob sur leurs monnaies , comme symboles ou comme emblèmes, des objets propres à rappeler des faits particulien de leur histoiie , ou qui faisaient allusion à leurs noms.

DANS LA MACÉDOINE. lyi

traire , nous refuser à croire qu'en entrant dans l'Asie » il ne se soft borné A mettre en émission la monnaie de son père dans les trois métaux. On sait que ia monnaie d'or de Philippe représ«ite, d'un c6té, ime tête d'Apollon laurée» et, de l'autre, un athlète conduisant un char à deux chevaux. Celle d'argent oflfre la tête de Jupiter laurée, au revers un jeune homme mi, . à cheval, tantôt tenant un rameau de la main droite, et tantôt la même main étendue vers les oreilles du cheval. Divers symboles se voient dans l'aire de ces différentes monnaies.

Après le passage du Granique, le vainqueur dut aussi Élire usage des dariques d'or et d'argent que la victoire versait en abondance dans ses mains^; mais il ne cessa pas d'employer les monnaies de son père, soit par respect pour sa mémoire» soit à cause du crédit que ces monnaies avaient acquis partout où le nom de Philippe était parvenu. Ce qui nous le prouve , c'est la grande quantité de ces pièces qu'on ne cesse de décou* vrir dans toute l'Asie. A mesure que le vainqueur étendait ses progrès dans les provinces nuiritimes, il dut éprouver le désir de se former un système monétfure qui lui fût propre. Stralk>n nous apprend qu'après avoir passé le Granique il retourna à Hium pour rendre un nouvel hommage à Minerve, sa déesse favorite , en action de grâces de la victoire qu'elle venait de lui ^accorder (i). Il enleva les armes dont la statue était revêtue, et il les faisait porter devant lui les jours de combat. Ce fut vrai^ semblablement à cette époque qu'il commença à honorer cette divinité tutéiaire , en faisant frapper la monnaie d or où nous voyons empreinte, d'un c6té, la figure de cette déesse casquée, et, de l'autre, une victoire tenant de la main droite une cou-

(i) Strab., lib. xiii,pag. 59).

ronne et de la gauche un mât de navire. £n cédant ainsi ia monnaie d'or à Miner ve , pour n'imprimer sa propre image que sur les pièces d'argent, Alexandre semblait vouloir déclarer qu'il ne se regardait point comme l'égal des Dieux, et qu'il n'agis* sait, dans ses conquêtes, que pour l'exécution de leurs ordres. Que la fabrication de ces pièces d'or ait eu lieu d'abord à llium même, ou plutôt à Sardes, comme je serais tenté de le supposer, la connaissance de ce fait nous importe peu : ce «qui est à remarquer , c'est que la multiplication de la monnaie d'or donnait une grande facilité pour le paiement des troupes dans des marches continuelles ; et c'est là un motif de plus pour nous faire croire que les monnaies où se voit Minerve sont les premières que nous puissions l'egarder comme propres à Alexandre.

La marche de ce héros dans l'Asie-Mineure était un triomphe continuel. Les villes grecques, dépouillées de leur liberté par les rois de Perse, et qui la recouvraient au moyen de ses victoires, lui témoignaient la plus vive reconnaissance, et dans leur lenthousiasme, rappelant leurs anciennes mœurs, elles crurent voir en lui un dieu , ou le fils d'un dieu. Descendant d'Hercule , il leur parut un Hercule nouveau, qui conquérait l'Asie pour briser leurs fers.

L opinion qui le fait aller directement de Sardes à Êphèse me paraît peu probable, attendu que, pour conduire son armée en ligne droite d'une de ces villes à l'autre, il aurait fallu qu'il franchît avec elle le mont Tmolus, un des plus hauts de l'Asieoccidentale , tandis qu'une route un peu plus longue , à la vérité, mais unie et commode, pouvait le conduire de Saides à Smyme, de Smyrne à Éphèse, et lui éviter la peine de revenir sur ses pas , quand il voudrait visiter la première de ces villes , ainsi que celle de Clazomènes qui , à cause de son port et de sa situation , lui of&ait un grand intérêt.

Quoi qu il en soit , Alexandre ayant trouvé les habitans d'Ephèse occupés à rebâtir le temple de Diane , brûlé la nuit même de sa naissance , leur offrit de payer la totalité de la dépense, à condition que son nom serait placé seul dans Hnscription votive, et ils lui répondirent que ce n'était pas à un dieu d'élever des monumens à un autre dieu (i). Ce mot, employé peut-être comme un honnête prétexte pour refuser une offre qui blessait lamour-propre national , encouragea l'esprit d'adulation dans les villes qui voulaient capter par des flatteries le roi vainqueur, et dut faire naître ou développa chez Alexandre l'orgueilleuse idée de sa propre déification, qu'il n'avait pas manifestée jusqu'alors. Nous pouvons supposer aussi que ce prince, si avide de grandes choses, et si prompt à en apprécier l'utilité, conçut dès cette époque le projet de transporter les habitans de Smyme , épars aux environs du Mélès , sur l'emplacement où elle se trouve aujourd'hui (2), et celui d'ouvrir, au pied du mont Mimas, un canal qui, en joignant le golfe de Clazomènes à celui d'Erythrée , aurait fait de cette première ville le point central d'un grand commerce, et, de sa rade, l'entrepôt d'une partie des flottes royales. Le plan relatif à Clazomènes ne fut jamais exécuté. La reconstruction de Smyme n'eut lieu vraisemblablement qu'à la paix , lorsque le conquérant fut maître dç l'Asie ; mais l'époque n'est pas ce qui nous intéresse : ce que nous avons à remarquer, c'est la célébrité de ces grands bienfaits et les témoignages de reconnaissance que les habitans de Smyrne et de Clazomènes donnèrent à Alexandre (3). Strabon nous appfend qu'ils lui consacrèrent un autel aux confins respectifs de leurs terri-

(i) Strab.,Iib. IV, pag. 640.

(2) Aristîd. , Orat., tom. i,pag. 265.

(3) Strab., lib. xiii , pag. 644, éd. Casaob.

2j4 VOÏAGE

toires. Or la consécration de cet autel suppose la déification du héros à qui il fut dédié ; et en générai ia dédicace d'un autel » comme celle dun temple, étant accompagnée» chez les Grecs, de rémission d'une médaille destinée à perpétuer le souvenir de cette solennité , il est à croire que les Smyrnéens et les Clazoméniens en firent frapper une dès ce moment, dont le type, quel qu'il fût, renfermait un hommage adressé à leur bienfaiteur.

Il faut ici se rappeler que toutes les villes grecques de l'Asie Mineure avaient été privées, par les rois de Perse, du droit de frapper des monnaies, lorsqu'après la prise de Sardes, Darius s*eii était rendu maître , qu'elles n'en jouissaient du moins que rarement et par intervalles; et que la restitution de leur liberté civile, |>ienfait qu'elles durent à Alexandre, les fit rentrer dans la pleine jouissance de ce droit , regardé de tout temps comme un des plus précieux qui fussent attachés à l'autonomie. Dans l'excès de la joie que leur fit éprouver une si heureuse réintégration , l'idée dut se présenter naturellement d'imprimer sur la monnaie de consécration l'image d'Alexandre lui-même, vraisemblablement revêtue ou accompagnée des attributs d'Hercule ^ et il est assez probable qu'entre les médailles de ce genre répandues dans nos cabinets, il en est quelqu'une qui appartient à cette première époque.

Les Clazoméniens allèrent encore plus loip dans le culte qu iis vouèrent à leuj: libérateur : ils lui consacrèrent un bois » commç à une divinité , dé concert avec les états d'Ionie » et établixent en son honneur, dans ce bois même, des jeux périodiques, qui fiirent appelés Alexaftdreens (i). Cette institution rie dut avoir lieu qu'après sa mort, mais elle nous montre l'esprit des peuples

(i) Strab., lib. XIII, pag. 644, loc. cit.

qui ia décrétèrent; nous y voyons combien lis étaient portés à honorer fe vainqueui* du roi de Perse cortime uh dieu.

I^â bataille d'Issus, qui assura définitivement ia liberté des colonies grecques de l'Asie Mineure , dut leur inspirer une nouvelle confiance dans leur afl&anchissement , et une nouvelle admiration pour le héros auquel elles en étaient redevables; Alexandre, dé son côté , maître désormais de ces vastes contrées , et possesseur de trésors immenses, ne modérant pas plus son orgueil que son ambition, put commencer à croire de bonne fi)î à sa propre divinité , ou du moins à respirer sans répugnance Tencens que lui offraient les Ioniens , ecgnme à un nouvel Hercule. La prise de Tyr accrut ces sentimens d'arrogance chez le roi, de crainte et d'admiration chez les peuples. Soit respect, soit terreur» les villes maritimes, les îles mêmes que les flottes du vainqueur pouvaient ou enrichir ou ravager, s'empressèrent de saluer le nouveau dieu , et scellèrent sa déification par leur culte monétaire.

Il serait difficile de marquer ici avec précision les époques où cet hommage, offert à Alexandre , prit naissance dans les divers pays où nous en retrouvons les traces, à cause du silence absolu que les historiens ont gardé sur ce point comme sur beaucoup d'autres du même genre. L'histoire métallique de l'antiquité est la branche la plus pauvre de la littérature ancienne , et la science de la numismatique est cçlle où il faut le plus souvent procéder par induction et par conjectures; mais il est un fait remarquable et qui ne peut manquer de fi-apper les antiquaires qui voudront y porter leur attention , c'est que , vers le même temps , et pour ainsi dire toutes à-la-fois , plus de vingt villes de l'Asie Mineure et des îles environnantes ont émis une monnaie portant la même tête et le même revers. D'un côté on Voit la figure d'un héros jeune , sans barbe , ayant sur le front une touffe de cheveux qui

Gg*

s'élève perpendiculairement, comme la clievelure de Jupiter, un menton arrondi , un nez presque droit , mais fin , et formant une légère cavité à sa racine au-dessous du front. De l'autre côté est un Jupiter assis portant l'aigle sur sa main, <Iît Jupiter ^^/o/^Aor^ j image presque nouvelle, et dont les monnaies n'avaient offert jusqu'alors que bien peu d'exemples. Les types ordinaires et distinctifs de chaque ville sont employés seulement comme symboles , et placés auprès de Jupiter Aëtophore. La tête du héros est coîffèe d'une peau de lion , ce qui est cause qu'on Ta prise jusqu'ici pour une représentation d'Hercule ; mais la question est de savoir si elle présente en effet ce demîrdieu , ou bien , comme je le crois, Alexandre paré des attributs d'Hercule.

Or , loin d'offrir les traits qui distinguent Hercule , cette tête ne présente rien d'idéal, si ce n'est la touffe de cheveux perpendiculaire sur le front, signe nécessaire de la déification d'Alexandre , et propre à le faire connaître pour fils de Jupiter. La physionomie annonce manifestement ,un portrait ; on ne voit de différence , entre une médaille et une autre, que celle qu'a dû y apporter la main de l'artiste ou bien celle du pays et du temps. S'il s agit d'une répétition postérieure , le type est toujours le même ; ce type est un homme jeune , beau, robuste comme était Alexandre.

Le revers ne mérite pas moins d'attention que la figure principale. Ce Jupiter Aëtophore, le même dans vingt villes, à la même époque, et à peu près nouveau pour toutes, suppose une pensée première, un type identique. Ce type ne peut avoir été conçu que par les premiers magistrats qui eurent l'idée de consacrer une monnaie à un roi victorieux ; et puisque nous le voyons paraître dans plusieurs villes à-la-fois, à l'époque d'Alexandre, à quel prince pourrait-il faire allusion, si ce n'est au conquérant de l'Asie î Jupiter Aëtophore est ici le dieu qui a conduit le héros à la victoire, et qui l'a rendu maître de la terre, comme il est

lui-même le maître des cieux. C'est toujours Alexandre que rappelle le revers , comme c'est Alexandre que représente le type principal de ces monnaies uniformes.

Les villes qui offrent ces singularités sont celles qui avaient le plus gagné à la conquête de l'Asie» ou celles qui avaient le plus dlntérêt à flatter le conquérant. On distingue dans ce nombre Ciazomènes, reconnaissable à son symbole, qui est la partie antérieure d'un sanglier allé ; Smyrne, caractérisée par son bœuf corhupète ; Mîlet, avec son lion qui regarde un astre; Éphèse, avec sa mouche à miel ; Myiasa, avec son trident. Parmi les îles ou les capitales des îles , se trouvent Ténédos , qu'indique sa bipenne ; Lesbos» que fait connaître son Arion sur un dauphin ; Chio, qui n'abandonne pas son sphinx accroupi sur une amphore ; Rhodes » désignée par son balaustium ; quelques villes encore reconnaissablés à leurs symboles accoutumés, et d'autres, en assez grand nombre , dont les monnaies sont rangées parmi les incertaines.

Plusieurs de ces médailles portent des noms de magistrats ; ce qui annonce quelque chose de grave et de solennel dans leur émission ; car les magistrats ne plaçaient leurs noms sur les monnaies que dans des occasions importantes : d'autres portent des chiftres qui ne peuvent indiquer qu'une ère particulière, et cette ère ne s'étend pas au-^lelà de trente*trois ans , ce qui me parait devoir faire entendre qu'elle date du passage du Granique ou de la bataille d'Issus, ou de quelque autre fait appartenant à l'histoire d'Alexandre, et particulièrement intéressant pour les villes Ioniennes , qui seules ont marqué cette ère sur leurs monnaies. Une circonstance enfin également singulière, et que je croîs être le premier à faire remarquer, c'est qu'aucune de ces dernières monnaies, qui indiquent une ère, et de celles qui portent des noms de magistrats, ne présentent le mot BAZIAIIQZ, roi ; ce qui sert à prouver que celles qui ne donnent pas à Alexandre

cette quaiifîcatroTi ont gértéralement été frappée^ dfe son vi^âiit , et que celles où elle est exprimée ont toutes, smîs exception , été publiées après sa\mort (i).

Si les monnaies qui portent d un côté l'image de ce prince , et de l'autre le Jupiter Actophore, étaient moins uniformes, si elles offraient quelques caractères distiilctifs^, on pourrak peut-éiré déterminer lepoque de leur émission et reconnaître si ce fut SLprès la bataille dessus ou plus tard qu elles commencèrent à entrer dans la circulation ; on pourrait voir encore si Alexandre attendit» pour en faire frapper lui-même de semblables , qu'elles se fussent abondamment répandues dans les villes ioniennes, éoliennes et cariennes , et dans quelques autres provinces , à mesure qu il les subjugait ou les rendait libres ; ou si enfin , comme le présume Tabbé Le Blond, ce prince les faisait frapper dans tou^ les lieux ou il établissait ses campemens.

Pour ce qui concerne les monnaies d'argent, il n'y a pas à douter que les villes qui avaient élevé des autels et consacré des bois au culte de leur bienfaiteur , n'aient les premières émis une monnaie d'autant plus agréable à Alexandre, que le Jupiter Aëtophore et sa propre image devaient le flatter également.

Je ne puis admettre l'opinion de Le Blond que relativement à la monnaie d'or. Sll s'agissait de la monnaie d'argent , il serait impossible que , dans le grand nombre qui nous en est parvenu , quelques-unes de celles qui ne portent pas le nom de roi, et qui sont les plus anciennes , ne nous of&isseitt pas des signes de cette fabrication castrense.

(1) Alexandre suivait en cela l'exemple de son père. Quand on rencontre <fes monnaies de ces deux princes, soit en or, soit en argent, qui portent le titre de BASIAEns, il faut les donner à Philippe V, qui se plut i renouveler les coins de Philippe 11 et d'Alexandre.

' DANS LA MACÉDOINE. z^p

Enûn, ce qu'il y a de remarquable dans toutes les mon-naies d argent frappées pendant le règne d'Alexandre, ce$t qii elles présentent toujours les mêmes traits ; son portrait est partout dessiné daprès le même modèle, partout il est reconnaissable au même accent de vérité : il est inutile d V jouter qu'une pareille uniformité serait impossible s'il s'agissait d'une tête . idéale ; d'autant que l'antiquité nous a laissé plpsieurs têtes d'Hercule qui ne se ressemblent nullement entre

Vouloir reconnaître, sur tant de monnaies qui se ressemblent, ii» tête d'Hercule de préférence à celle du vainqueur de l'Asie , c'est supposer que ce dernier prince tenait plus à l'honneur de desçendrf» du héros thébain , qu'il n était avide pour lui-même de gloire et de renommée.

Quand Neumann , qui reconnaît avec raison la tête d'Hercule $ur 1^ monnaies d'ariitent d'Amyntas ill; de Perdiccas III, de Philippe II • argianente de ce type pour conclure que la tête imprimée sur les monnaies d'Alexandre est encore celle du chef d# la dynastie macédonienne ( i ) , il oublie l'éclat du règne dn fils de Philippe, et il ne remarque pas le Jupiter Aëtophore, emblème des victoires qui ont paru élever ce liéros au rang des di^ix. Jamais cette image ne s était montrée sur , les monnaies des rois ses aïeux : un aigle, un bœuf cornupète, un cheval, un trépied, forment les revers de leurs monnaies. Quel événement eût fait adopter en même temps le Jupiter Aëtophore à tant de villes , plutôt que les importantes victoires du Granique et d'Issus!

Le voyage d'Alexandre dans la Libye confirma de plus en plus

(i) Neiimann , Populorum et regum numi yeteres tmditi i tom. I , pag. 1^6.

lio VOYAGE

l'opinion qu^ii voulait établir de sa divinité. Dès cette époque il ne garda plus lui-même de mesure à cet égard, et soit qu'il n'eut en cela qu une vue politique , comme Arrien veut le faire entendre (i) , soit que l'orgueil du pouvoir l'eût totalement égaré , il est certain qu'il laissa voir , jusque dans sa vie privée , la folie de vouloir être reconnu pour un dieu (2). Aussitôt qu'il eut été déclaré fils d'Ammon , par le grand-prêtre de ce dieu libyen (3), il se qualifia, dans ses lettres et dans ses décrets, du titre de fils de Jupiter Ammon (4). Saint Clément d'Alexandrie assure qu'il se fit représenter avec les cornes qui caractérisent ce dieu (j). Athénée ajoute qu'il avait coutume d'imiter dans sa coiffure cette arme du bélier (6). Les Grecs d'Europe et une partie même des Européens qui servaient dans ses troupes^ se prêtaient difficilement à cette prétention. La proposition faite devant les Athéniens de le reconnaître pour un dieu fut rejetée (7) ; portée devant les Lacédémoniens , cette proposition n'excita que du dédain : « Puisque Alexandre veut être dieu , dirent ces hommes » indépendans, qu'il soit dieu (8). » Cette résistance courrouçait le vainqueur de Darius. « N'est -il pas risible» disait -il, » qu'on veuille m'engager a démentir l'oracle de Jupiter, par » lequel ce dieu m'a reconnu pour son fils? Les réponses des » dieux sont- elles donc en mon pouvoir! Il m'a lui-même déclaré

(i) Arrian., de Exped, Alex., lib. Viii, cap. xxx.

(2) Sainte-Croix, Examen crit, des hisu d*Alex,, pag* 366.

(3) Plutarch. , Alex, vita, t. I, opp. pag. 680.

(4) Varro apud Ayl. Gel., iib. xiil, cap. iv. — Lucîan., Dial. Mon., XII, XlU, XIV.

(5) S. Clem. Alex. , Protrep., pag« 47.

(6) Athen., lîb. xii, pag. 537.

(7) Ibid., lib. IV, pag. 251. — Diog. Laert Vit. Diog., Iib. VI , leg. 63. — i£lian. , Var. hist,, lib. v, cap. xii. — Sainte-Croix, p. 367.

(8) Pluurch., Apopht. lac», tom. Il , pag. 219.

» son fils ; j'ai cru qu'il ne serait pas ««utile au succès de nos en- » treprîses d'accepter ce titre (i). »

Sa persévérance vainquit enfin l'opposition de la Grèce européenne. Plusieurs décrets fiirent rendus à cette occasion (2). Comme il était au lit de la mort, arrivèrent auprès de lui des théories de plusieurs villes de la Grèce, qui venaient poser sur sa tètt des couronnés d'or , et lui décerner aussi , au nom de leur patrie, des honneurs divins (3). Il ordonna lui-même en mourant que son corps fût transporté au temple d'Ammon (4) , et comme ies préparatifs du convoi fimèbre traînaient .en longueur , Olympias , sa mère , s'écriait : « O mon fils ! toi qui desirais si » vivement d'être reconnu pour im* dieu, tu n'obtiens pas même » un peu de terre pour couvrir tes restes comme un simple mor- »» tel ! '> Ptolémée Soter lui éleva un temple où il déposa son corps ; il lui offrit àts sacrifices , et célébra des jeux fimèbres en son honneur avec beaucoup de pompe- (5). L'inscription de Rosette le place à la tête des rois macédoniens qui ont été divi* nisés {6)t ce qui nous montre que l'opinion de sa divinité ne s'était point effacée après sa mort; et Théocrite enfin l'assied dans l'Olympe à côté de Jupiter (7).

Si l'on se rappelle maintenant qu'un des apanages des divinités était de voir imprimer leurs images sur les monnaies , on ne s'étonnera pas que celle d'Alexandre ait .obtenu ce privilège , du

(i) Quint. Curt. , lib. viii, cap. viiï; con£ cap. v.

(2) ^lîan., Var, hist,, iib. ii , cap. XIX.

(3) Ibid., lib. XIII, cap. xxx.

(4) Ibidem.

(;) Diod. Sic. , lib. XVIII , cap. xxvili. — Lacian., Dialog. Mort,, Xlii. — Sainte-Croix^ loc. cit., page J2i.

(6) Inscript, de Rosette , ligne 4*

(7) Theocrit. , /^i/. xvili, vers. \%.

Hh

Mi VOYAGE

vivant de ce héros , et q^ lui-même se soit déçexné un . si précieux témoignage, de sa divinisation. Une seule chose serait étonnante , c'est qu'Alexandre eût été reconnu dieu , et qu'aucune médaille ne nous of&ît son îniage. Quand Rome apothéo^a ses empereurs , elle se hâta d'associer leurs effigies, &ur ses monnaies» à celles des divinités, qu'elle adorp'ît auparavant. Si le^ tétçs dfs Césars se voient sur les types romains , c'est que, cfes princçs avaient été divinisés ; l'un de ces honneurs était la suite de l'autre.

ff

Ëh ! comment l'ionie ^ rendue libre » et qui reconnaissait Alexandre pour dieu, iui eût-elle refusé ce culte monétaire que Rome. ^siervie ne craignit pas d'accorder à Tibère et.à Caligula!

La mort du héros n'apporta pendant iong-^temps aucun changement aux types des monnaies de ses successeurs. En parta^ géant son empire » ils respectèrent son effigie imprima sur iBes monnaies d'argent. L'intérêt de leurs fuianc$$ çt celui du c^inr merce de leurs sujets leur eussent inspiré cette 4*on4uite,. si la vénération qu'ils devaient à leur anciein tnaître ne .les e^t psi^ portés à r^doptec* -

Cassandre , roi de Macédoine f fie fit frapper avec son npm et le titre de roi que des monnaies de bronze ; on y voit tantôt une tête d'Apollon et au revers un trépied ; tan^t ia têts coiâfée de la peau du lion, que \e dis être celle d'Alexandre , çt £tu r^ vers un homme à chevai , ou un lion bûsant une i^upe avçc «es dents.

Antigone , le plus puissant des successeurs îmméiHats d'Aiexandre , paraît n'avoir fait frapper qu'une seule piècç d'argent où il ait pris le titre de roi : elle offre une tête de Neptune, et au revers Apollon debout sur une proûe de galère, tenant un arc dans la main. Mais comme ce tétradragme est très - rare, et que c'est ce prince qui fonda la ville de Smyrne, selon l'ordre que lui en avait donné Alexandre, il est vraisemblable qu'ayant

DANS LA MACÉDOINE. i43

gotiteraé hk Bttw- Aille , il avaît laissé auif villes qui honoraient AfexoïKbç dun cake refîgieiix ià /acuité' de contintier la labri-^ catijra de la monnaie de et prince » depuis long-temps en crédit , av lieu de neproduirfe la sienne propre. On connaît aussi une monnaie d^or d'Antigone; ell« est entièrement semblable à celles qu'Alexandre fit frapper en si grande quantité. La seule difS^ rence qu'on y remarque , c'est le nom de ce roi accompagné du titre de BASIAEnS. *

Démétrîus Poliorcète , fils d'Antigoné , eut aussi une monnaie d argent qui lui fut propre; on y voit dun coté Neptune debout lançant son trident, et de lautre , une proue sur laquelle sont placées , tantôt une Victoire, tantôt une Renomnrée; néanmoins il renouvela la monnaie d'argent d'Alexandre où était imprimée la tête de ce héros coiffée de la peau du lion, et son non? seulement y fut substitué à celui d'Alexandre. Après la ba* taille de Chypre» son père lui avait donné le titre de roi» qu'il aviot pris lui - même en apprenant la victoire que Démétrius avàh remportée sur les alliés. La première de ces monnaies fut frappée" en même ten^ quex^elle d'Antigone» et la seconde» sans doute» le fut dans la Macédoine » lorsque Démétrius s'empara de ce royaume» après avoir fait périr Alexandre» fils de Cassandre» qui l'avait appelé pour le protéger contre Antipater. On doit croire qtfà cette époque les «tétradragmes d'Alexandre étaient encore k monnaie la plus courante et ta plus recherchée dans la Macédoine » non parcequ'elle portait la tête d'Hercule jeune, mais parce quelk représentait celle d'Alexandre.

<Sëleucus Nka«or » devenu maître de toutes les conquêtes fajtes dkfis la Haute-^Asie par les armées macédoniennes» eut deux mcnnaîes d'argent qui lui furent propres ; la première o&e d'un . câté une tète dé Jupiter» de l'autre Pallas dans un char tiré par quatre éléphans; la seconde reproduit la tètt du héros coiffée de

Hh*

ia peau du lîon , ce qui montre que depuis Alexandre cette monnaie n avaît pas .cessé de circuler dans la Syrie : le seul changement qu'y fit Séieucus» en la faisant imiter, fiit d*y,adratettr« un Jupiter qui tient une victoire au lieu d'un argle. .Ce ieruîer signe se voit cependant toujours sur les tétradragmes frappés en TJionneur d'Alexandre, et le nom de Séleucus se trouve aussi toujours sur celles que ce prince faisait imiter, et où il se qualifiait de roi.

Antiochus , premier fils de Séleucus , renouvela d'abord comme lui la monnaie d'argent où se voit la tête d'Alexandre coiffée de la peau du lion , et il y fit graver son nom. La victoire par laquelle il délivra la Basse- Asie de l'invasion des Gaulois donna ensuite un nouvel exemple d'une des plus grandes révolutions que présente l'histoire de l'art monétaire, celle qui avait placé sur des monnaies l'image d'un homme vivant déifié. Les habîtans de la ville de Sigée , non contens d'élever des autels à Antiochus et de lui donner le. titre de Dieu Soter^Dieu sauveur) , frappèrent une médaille d'argent sur laquelle ils placèrent sa tête : nous y voyons jaillir au-dessus du front une touffe de cheveux semblable à celle qui caractérise le héros macédonien couvert de la peau du lion, et, pour mieux exprimer encore la divinisation de ce prince , on adapta des ailes à sa tête.

C'est ici un fait bien remarquable, car, je le répète, jusqu'à Alexandre les monnaies ne portèrent d'autre effigie que celles des dieux, et, quelque grand que le vainqueur des Gaulois dût paraître aux Sigéens , ils n'eussent pas changé en sa faveur un usage consacré par la religion , dès la plus haute antiquité , si un roi plus illustre qu' Antiochus n'eût obtenu auparavant ce témoi-, gnage de l'admiration et de la reconnaissance des peuples. Ainsi la médaille des Sigéens qui atteste la déification d' Antiochus Soter donne elle-même la preuve que celle où la tête est coi0e de la dépouille du lion, successivementrenouvelée par tous les

successeurs -immédiats d' Alexandre , et par Antiochus lui-même , offre en effet l'Image du conquérant de l'Asie.

Antiochus , après la mort de son père , lui décerna les honneurs de Tapothéose , et fit frapper une monnaie d or où se voit Séleucus dont la tête le représente dans un âge avancé et est ornée d'une corne de taureau (i).

Enfin il se fit dieu lui-même, en plaçant son image sur ses monnaies ; mais il fiit assez modéré pour n'ajouter à la figure aucun des signes de sa déification placés sur la monnaie de Sigée, tels que les ailes et la touffe de cheveux qui jaillissent au-dessus du fi*ont. Les monnaies où se voit son effigie le représentent déjà avancé en âge, d'où nous pouvons conclure que la monnaie de Sigée les avait précédées dun assez grand nombre d'années, à moins quen le déifiant on n'eût voulu rajeunir son portrait.

Les successeurs d' Antiochus imitèrent cet acte d'orgueil : ils firent tous firapper des monnaies d'argent et de bronze où ils placèrent leurs propres images. La révolution se trouva ainsi consommée , et il n'y eut plus de difficultés pour les rois dé se faire dieux , après qu' Antiochus se fiit assimilé en ce point à Alexandre.

Successeur immédiat de ce dernier prince, Ptolémée. Soter imita la réserve de tous les généraux qui en partagèrent les états : jamais il ne plaça sa propre effigie sur ses monnaies , non plus que Cassandre , A ntigone, Séleucus etLysimaque. Pieux envers la mémoire du conquérant , uni avec lui par les liens du sang et héritier de ses dépouilles mortelles , il se plut au contraire à lui rendre un culte solennel : nous ne pouvons douter

(1) On a pensé que cette médaille avait été frappée par Séleucus lui-même.

qu'il ne renouvelât d'abord la monnaie d or d' Alexandre et même celle de Philippe (i)* Quant à ceHes d'argent, il esf probable qu'elles furent bientôt remplacées par celles qae PIxiladelphe et ses successeurs consacrèrent à la mémoire de Soter, îHustre ch«f de leur famille» pendant toute la durée de la dynastie. (.2).

Soter publia ensuite une médaHIe d'argent de grand module , qui se trouve ordinarrement très-belle de coin. Elle représehte la tête d'un f&ine héros, coiffèe de la dépouille dW éléphant « symbole de l'Egypte et de l'Afrique ^ le front ceint d'un diadème; à côté de l'œilse laisse apercevoir la corne d'Ammon, dontia partie supérieure est cachée sous la peau de l'éléphant. Au revers est la Minerve d'itone. lançant le dard.

Cette médaille a exercé plusieurs antiquaires, fieger y a re* connu l'image d'Alexandre » et a cru voir la corne d' Ammon à demi cachée, ainsi que je viens de le dire (3). Froelîch s'est montré disposé à adopter eette opinion , mais il a hésité ( 4 ) > Fellerin suppose que ceitte médaille appartient à Alexandre,, fils de Pyrrhus, et qu'elle porte son image (5 )»: Eckhei prend la tête du héros pour celle d'une femme {6), et il se récrie contre Beger,. qui avait reconnu la corne d' Ammon.; mais Eckhei semble n'avoir pas rémarqué que, si la tôte peut être prise,

(i) On eti trouve encore souvent dei unes et ^s-autresdaiis toiute l'Egypte où je m'en sois procuré moi - même quelques - unes ^ dont les symboles désignaient ce pays.

(2) J'ai traité ce sujet historique dans mes fettrei-sur Je monument de Rosette, et je persiste à croire que la tête de Soter, placée ^ur la moiuMÂè d'argent, n^. contriI>ua pas peu à faire cesser le cours de la monnaie d'AIexaiidre dans tous, les pays de l'Asie où ce conquérant Pavait introduite.

(3) Beger, Thes.Brand,, tom. I, pég. ;k4'*

(4) Frœlich ;

(5) Pellerîn, Rois, pag. 31.

(6) Eckhei, Num. Anecd., p4g. i<^r ^ . '

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comme il le fait y pour celle d'upe femme , il suit de là qu elle ne présente pas Hercule , symbole d une force surhumaine. Cet argument s'applique aussi à l'opinion de Peiierin ; car, si le héros peut être pris, comme ii le dit, pour Alexandre, fils de ^

Pyrrhus, il s'ensuit que la tête n'offre rien d'idéal et que ses caractères sont ceux d'un simple portrait ; et si cette tête est un portrait , il ne s'agit plus » pour lui donner un nom , que de savoir à qui elle ressemble.

Or, pour peu quon la regarde, on est bientôt convaincu qu'elle est entièrement semblable à la tête imprimée sur les monnaies d'argent de Clazomènes, de Smyrne, de Miiet, de Myiasa, de Lesbos, de Chîo, de Rhodes et des autres villes que je viens de citer , et à celles des monnaies d'argent d'Alexandre qui portent seulement la légendre AAESANAPOT. C'est toujours la même tête qui a été reproduite sur les monnaies d'argent de tous les successeurs immédiats d'Alexandre, et comme une telle ressemblance entre des monnaies de rois et de pays différens ne saurait être l'effet du hasard, il faut bien conclure que l'image était celle d'un héros qu'ils honoraient tous , et , par conséquent , que ce héros est Alexandre.

H y a lieu de croire que la médaille de Ptolémée Soter dont . il est question fut frappée dans une occasion solennelle, et que ce fut lorsque ce prince reçut en Egypte le corps d'Alexandre. Cette médaille fut ainsi une monnaie de * consécration ou de commémoration.

Elle ne tarda pas à être suivie d'une autre en bronze , où se reproduisit la même tête , coiffée d'une riche chevelure , ceinte du même bandeau, mais ornée seulement d'une corne d'Ammon ; au revers est un aigle vu de face , les ailes déployées , et posé sur un foudre : la légende porte BASIAEaZ IITOAEMAIGT. La ressemblance dé la tête de cçs deux médailles nous prouve

encore que ie dieu qu elles représentent est le même. L'abondante chevelure qui orne cette tête sur la monnaie de bronze empêcherait seule d'y reconnaître Hercule : c'est donc toujours Alexandre que Soter ofFrit à la vénération publique , Alexandre divinisé et fils d'Ammon.

Philadelphe nous a prouvé lui-même que cette tête n'est pas celle de Soter, son père; car, après la mort de celui-ci , il célébra son apothéose à Memphîs , comme nous le voyons par l'inscription de Rosette , et il fit firapper à cette occasion de très-belles monnaies d'or et d'argent, où est imprimée la tête de Soter; il y est représenté dans un âge avancé , et ne ressemble nullement à Alexandre.

Lysîmaque, tant qu'il fiit simple gouverneur de la Thrace, ne put faire usage que des coins d'Alexandre. Devenu roi , il adopta successivement deux systèmes difFérens. Ses premières monnaies d'argent reproduisirent la tête du héros jeune, imberbe, coiffé d'une peau de lion , que je dis être celle d'Alexandre ; et pour légende il y imprima son propre nom. Plus tard , et vraisemblablement après que Soter eut orné cette tête des cornes d'Ammon , il rendît à Alexandre le même culte , en reproduisant ce dernier signe. Ses monnaies d'or et d'argent offrirent d'un côté l'effigie du conquérant macédonien , parée du diadème et de la corne d'Ammon , et de l'autre , Minerve Nicéphore.

Quelques savans ont paru portés à croire que la tête représentée sur ces monnaies est celle de Lysimaque lui-même ( i ). Cette opinion ne me paraît pas soutenable. Je remarquerai d'abord que, si cette tête a paru être un portrait de Lysîmaque, c'est apparemment par la raison qu'elle est un portrait, et qu'elle n'offre point les formes grandioses et idéales d'Hercule ; mais , de plus , si cette tète est un portrait , ce qui me parait incontestable , il ne peut pas être celui de Lysimaque , par

DANS JLA MACÉDOINE. zip

plusieurs raisons : premièrement » parce qu elle est entièrement semblable à celles que toutes^ les villes et tous les. rois dont j'ai

parlé ont répandues avec leurs monnaies dans une grande partie

de TEurope et de l'Asie ; secondement, parce qu elle offre un héros toujours du même âge, et que Lysimaqueayasfit régné plus de vingtcinq ans, ses traits devraient laisser voir les effets de Tâge, si là monnaie dont il s'agit offrait eâFectivement son portrait ; troisièmement , parce que Lysimaque n avait personnellement nui droit de se parer de la corne d'Ammon , et que Soter, ayant déjà adopté ce signe pour la tête d'Alexandre, devait chercher à rendre sa monnaie diâTérente de celle du roi d'Egypte , plutôt que de f imiter ; quatrièmement, enfin, par la raison que, s'il eût placé sa propre effigie sur sa monnaie, il eût' été le seul des suc*cesseurs Immédiats d'Alexandre qui se fut arrogé cet honneur, et qu'on ne peut pas lui supposer une pareille hardiesse, attendu qu'il n'était pas le plus puissant de g€s rois. C'est donc à Alexandre que Lysimaque vou^ son culte monétaire , comme l'avaient fait Séleucus , Antigone , Cassandre et Soter.

Le choix de la corne d'Ammon donne sujet à ime autre temarque; car si la même tête pouvait être ornée indlfiî^remmèht de la peau de lion , de la peau d'éléphant, ou bien de§ cornes d'Ammon, le héros ou le dieu qu'elle représentait ne pouvait . pas être Hercule, à qui les cornes d'Ammon furent toujours étrangères. Ajoutons que l'Ammon de Soter et de Lysimaque est tottjovrs imberbe» et ifxe le véritable Ammon de Libye est griC néràlement barbu.

Cet Ammon de Lysimaque et de Soter fut imité par différentes villes, comme l'avait été la première médaille qui afvait offert le pbrtrait d'Alexandre. L'île de Tinos frappa <ieux médailles , l'une d'argent, l'autre de bronze , aujourd'hui d'une ex-

tréme rareté , portant la même tdte , bart>ue sur l'une , sans barbe

siwr lautre , et toujours parée de i» corne d'Ammon ( i ).

Mitylène , viiie de Lesbos , publia , à ia même époque , une petite monnaie de bronze» aujourd'hui très-rare , avec ia même tête et les mêmes attributs (2).

La Cyrénaïque nous fournit plusieurs monnaies de ce genre , en argent et en cuivre ( 5 ) , les unes avec la tête d'Alexandre , 4eg autres avec TAmmon barbu. La Libye, in génère ^ nous donne aussi des monnaies d'argent, avec la tête d'Alexandre, coiffée de la .peau de lion ; elles portent un lion au revers. Voyez aussi celles de Nuceria (4)-

M semble que l'immense renommée de ce prince eût changé les habitq4es morales de l'antiquité , en altérant une anciemie opinion religieuse. Après que les Grecs d'Asie eurent élevé des' autels à leur libérateur, les peuples. s'abaissèrent successivement jusqu'à croire qu'un roi, vivant sous leurs yetçx, le plus vil quel-» ; qudTois et le plus infâme des hommes, était un dieu ou le fils d'un dieu. Lès empereurs romains ne firent que s'appliquer à ewc-mémes une croyance établie en ^veur du héros macédonien. l'ibère et Caligula parvinrent à se faire honorer ccHume des êtres di^ns , parce que long-temps auparavant Alexandre avait été adoré comme fils d'Ammon.

Paul Emile, après la défaite de Persée, ayant aboli ia monw- ^ ehîe macédonienne , et établi une sorte de gouvernement popu-* faûre, la liberté dont j(»irent les Macédoniens favorisa itiir «n-r

( 0 Voyez planche «^ !>.•• 8 , 9.

(a) Veyès idem, n» 10.

(3) Voyez. Uem, n."« 13, li.

(i) Voyez " fdem, n.'ïi.

tbotisiasme pour Alexandre, et fît naître de nouvelles occasiotis de le manifester. La Macédoine fut divisée en quatre départemens qui eurent chacun leurs tribunaux,* leur caisse particulière, leurs monnaies propres, et qui jouirent du droit de former des assèntbiées générales , lesquelles délibéraient sur les intérêts de chaque département, et sur leurs affaires communes (i), Amphipolis devint la capitale du premier départem«it ; Thessalonique celle du second; Pella celle du troisième; Pélagonie celle du quatrième: elles frappaient des monnaies communes aux quatre départemens.

Les Amphipolitains prirent pour type leur divinité favorite, qui était Diane taurobole (2), et joignirent à cette image le mot IIPIITHS , première division. Les Thessaioniciens ne se créèrent aucun type particulier ; ils firent usage de celui des Amphipolitains , avec cette seule différence qu ils remplaçaient le mot nPÛTHD par le mot AETTEPAS, seconde division. C'est ce qu on peut voir sur ma planche III , où quelques - unes de ces monnaies sont représentées du n.** i au n.' 6^ avec dts variétés dont je donnerai tout-à- l'heure f explication. La monnaie At Tbessalonîque, où se trouvé le mot AETTEPAS, est extrême^' ment rare; un seul exemplaire parvenu jusqua nous, est conservé dans le cabinet de Paris ; tandis que la monnaie d'Am^phipolîs , où se lit le mot IIPÛTHS , est tellement commune , qu'on ne peut la vendre en Macédoine qu'au prix du métal.

Qjiant à la troisième et à la quatrième division , je suis trc»^ porté à croître quelles n'émirent aucune nouvelle monnaie, et <|aelles frappèrent des copies de celles d'Alexandre , ou qa'elles. employèrent les anciennes qui circulaient avec aboaduice dans toute la Macédoine. Cette monnaie d'imitation peut se recon-

, <•) Tît-Liv., lib. XLV, Cfp. 29, (2] Ibid I. xuv, cap. 44.

naître à la forme du fian , plus épais et pius étroit que celui des pièces originales, et mieux encore à la lettre II, initiale des nems de Pella et de Pélagonîe. Eckhel en cite une de fâ quatrième division, tom. II, pag. 64 , mais de bronze seulement.

L'assemblée des quatre départemens réunis qui représentaient le pays en masse eut aussi une monnaie particulière ; cette monnaie reproduisît le type d'Amphipolis , c'est-à-dire la Diane taurobole. Le mot IIPÛTHS fut supprimé , et remplacé par le mot MAKEAONÛN , lequel , en y ajoutant le mot KOINON sous-entendu, signifiait communauté des Macédonkns^ Ce mot de MAKEAONÛN fut accompagné des trois lettres latines, LËG. qu'entourait une couronne d'olivier ; mais cette monnaie , propre à la communauté de Macédoine , est extrêmement rare. Vraisemblablement elle ne fut frappée qu'une seule fois, en mémoire de quelque exploit par lequel \me }égion romaine composée de Macédoniens s'était illustrée , et dont la communauté de Macédoine voulut rappeler le souvenir. On pourrait mêtne supposer que la plupart des légionnaires appartenaient à la divisioii qui porte le type d'Amphipolfs.

A toutes ces monnaies qui circulaient dans la Macédoine sous tes Romains , se mêlaient celles Ats Thessaliens , qui ont pour symbc^e une lampe ardente, accompagnée d'un lambda, initiale du nom de Larissa , capitale de la Thessalie , et de fnonogrammes qui varient (i). Il s'y joignait aussi des monnaies de . Chalcis d'Eubée » faussement regardées àujotu'd'hui comme appartenant à l'Achaïe , parce qu'eUes présentent toujours ie monogramme XA , et que je donnée Chalcis , en interprétant le

(1) Eckhel a attribué ces monnaies k Lampiaquei d'antiesamiqaaires ontfuhri cette classification : )e la crois tréi-viciease.

monograYnme XA par XAAKIAEÛN, par la mison que IVilphà •compte pour A et en même temps pour A. On peut encore ajouter à ces. monnaies , devenues familières aux Macédoniens sous tes Romains , celles que Mithridate fît frapper dans une ville de TËubée, siège de son quartier -général, lorsqu'il allait surprendre Athènes où il Avait des intelligences. Ces dernières monnaies se distinguent. par la hauteur du relief de ta tête, et par le monogramme du nom de Mithridate renfermé dans une couronne de laurier. J'ai dû en parler, parce quelles se rencontrent encore aujourd'liut dans la Macédoine.

' De toutes ces monnaies ou médailles , la plus curieuse , sans contredit , est le tétradragme* que j ai décrit au commencement de ce chapitre, et où Ton voit d'un côté ime tête imberbe ornée de la corne d'Ammon, toujours accompagnée de la lettre thêts et du mot MAKEAONÛN* , et , de l'autre cdté , une ciste mystique , une massue , une chaise curule , le mot iESiLLAS et la lettre, q. Les caractères distinctifs de ce tétradragme , malgré ce qu ils présentent de singulier , me paraissent faciles à interpréter. Le mot MAK£AONi[lN annonce qu'il a. été frappé par les états de Macédoine; la lettre thêta, qu'il a été exécuté à Thessalonique. La ciste et la massue sont des emblèmes du culte de Bacchus et de celui d'Hercuie . dieux particulièrement honorés des Macédoniens ; la chaise curule et la lettre Q désignent les fonctions d'un questeur ; le mot iCSiLUAS est le nom de ce magistrat. Après ce que j'ai dit précédemment , il n'y a guère lieu de douter que la tête ne soit celle d'Alexandre. Le r^prochement d'un mot grec écrit en grec , et d'un autre écrit en iatin » no«s démontre f inâuence de Rome : mais , de plus , l'existence du nom d'un questeur sur une médaille d'argent est un fait si extraordinate f qu'il nous oblige de rechercher quelque cause également extraordinaire qui ait pu le motiven Ce médaillon* se rencontre

llrcqUemment , et' de dWférens styles , cf qui prouve (Jîi 'il a été souvent reproduit.

Ëckhel me semble ne lui avoir pas donné toute l'attention qu'il mérite : non-seulement il n'y a pas vu la corne d'Ammon :, ou du mqins ii n'en a pas fait mention , mais encore îi a confondu le nom d'^sillas avec celui des autres questeurs qui le remplacèrent successivement ( i )* Cependant i[ ne pouvait pas ignorer que les officiers du fisc n'avaient pas le droit d'inscrire ieiur nom sur les monnaies d'argent. Ce savant ne dit rien de la lettre tAéta, initiale du nom de Thessahni^ue , qu'on voit constamment sur ces médaillons d'^siiias » à très-peu d'eK- • ceptions près. Il semble aussi n'avoir pas vu un monogramme qui remplace quelquefois cette initiale. Ce monogramme est composé dô6 trois lettres , T O . B, qui me paraissent signifier deuxièfite, et remplacer le mot AETTEPAS, qui désigne le second département. J'ose croire enfin que cet illustre antiquaire ne s est pas suffisamment appliqué à l'interprétation d'un autre monogramme placé au-dessus de la lettre thêta ; celui-ci se compose des lettres initiales latines oae. pr. Eckhel veut y trouver caecilivs pru£tor; j'aimerais mieux dire Casaris provincia {2); premièrement, parce qu'il eût été inconvenant de grouper ensemble le nom d'un magistrat de première classe , tel qu'un préteur, et celui d'ùh questeur qui était son subordonné ; secondement, parce que la Macédoine n'eut jamais pour préteur que celui d'Achàïe , habK tueilement absent. Si cette dernière observation est juste, «lie autorise à croire que la monnaie qui portait le niom d'^sillas fiit reproduite jusqu'après le règne d'Auguste , Jorsque x:e prince se vit délivré d'Antoine. , puisque ce ne fitt qWalors que te

{i) Eckhel, Doctrinci, toni. II, pag. 60, 6f*. (2) Voyez? ma^danthe Ui, n.^ f.

gouvi^rnement de Macédoine put entrer Hans les attributions particulfère^ de l'empereur.

Quoi qu'il en soit de cette observation , Je tétradragme qui , bienqu*en argent, porte extraordînairement le nom d'un questeur et ia tête du fils d'Ammon, ayant dû être frappé la première fois, dans quelque occasion mémorable, l'idée qui me paraît se pré-

senter le plusr naturellement, c'est qu'il a eu pour objet de rap-

peler TinauguratioU du temple élevé dans la ville de Thessaloniquè par la communauté des Macédoniens, et ou Diogène Tibère Claude , et Tibère Claude Fluvien Lysirnaque , son fils , exercèrent successivement les fonction^ de grand-prêtre, ainsi que nous t'apprennent les inscriptions.de Serrés ci-devant citées. Mais,

dans ce cas> le dieu auquel le temple était consacré est Alexandre fils d'Ammon, puisque l'image du dieu imprimée sur la monnaie des états de Macédoine est Alexandre paré de ia coiffure d'Ammon. .

Il fàVLt dé deux choses l'une, ou que le dieu dont ijmage sanctifie cette monnaie soit Amman lui-même , ou que ce dieu soit Alexandre. Or, nous ne pouvons pas y voir Ammon, qui est rarement sans barbe, et qui n'avait Avec les états de Macédoine aucun rapport direct ^ ce dieu 6st donc le fils d'Ammon , ie libérateur de l'Asie, la glohe et l'orgueil des Macédoniens, et il. est au ifloins extrêmement vraisemblable que le tétradragme et le temple appartiennent Au même culte et ont eu poul ob^ d^onofer ie mênie dieu.

fiùûs p(mr€Êm conjecturer que les Ro^iiains , pour s'attacher ia Macédoine et lui^ faire publier la race d'Antigone, se m6ntrèi*nt disposés à favoriser le culte d'un dieu cher au pays , et dont ils n'^avaîént à craindre aucune rivalité. Ils étaient aussi trop superstitieux pour ne {ils chercher à gpaber le génie du héros , qu'ils pouvaient supposer avofr^offemé par leur conquête»

1^6 r ^ VOYAGE

Apparemment i£silias , grec de naissance , solticita et obtint à Rome la permission d'élever un temple au dieu nouveau à qui toute ia Macédoine^rendait déjà un culte habituel ; ce temple fut placé à Thessafonique , par la raison que cette ville , outre les convenances locales, était la capitale d un département maritin)ie ; et la consécration de cet édifice donna occasion aux états de témoigner à iEsillas la reconnaissance de la nation , en se faisant autoriser f à leur tour» à placer son nom sur la monnaie d'argent qui devait perpétuer le souvenir de ce grand acte de ia dévotion des Macédoniens envers Alexandre^

L'époque précise dé la construction de ce temple demeurera vraisemblablement toujours inconnue *,. il est toutefois présumabie que le choix d'un questeur grec de naissance fut un acte de prudence de Paul Emile, qui voulait accoutumer doucement les Macédoniens au joug des Romains. En admettant ce fait, le temple consacré à Alexandre, dans la ville dé Thessalonique , daterait à peu près de Tannée 5^0 de Rome, et sa construction serait postérieure à la. mort d'Alexandre d'environ 155 ou 160 ans.

D'autres questeurs , qui accédèrent à ^sillas , placèrent leur nom sur des monnaies de bronse. J'ai fait graver quelques-unes de ces pièces sur ma planche III» du n."" 7 au n«^ ij. On y vok aujssî les ioxages de différentes divinités honorées datisies qiuitre d<^artémen$« J'ai voulu par là seulçipent faciliter la connaissance des monnaies les plus répandues dans ia Macédoine» vers les. çômmencemens de la dpnûnation romaine, et «pus les premiers empereurs ( i ).

(1) Oh peut |uger, dans le Recueil de M. Mionnet, de h fréquence des renou* veliemens des monnaies macédoniennes sour les Htmaifts.

L opinion de la divinité d'Alexandre s'était consolidée de plus en plus, tant à la faveur des médailles qui reproduisaient les traits de ce héros que par un effet naturel de l'admiration des peuples pour ses grandes actions ; et ce sentiment, répandu parmi les Grecs, s'était propagé chez les Romains. Pausanias nous apprend qu'on voyait , de son temps , dans le bois sacré d'Olympîe , une statue où Alexandre était représenté sous les traits de Jupiter : elle lui a été consacrée, ajoute- t-il, par un Corinthien, non pas de l'ancienne Corinthe , mais de ceux qui ont habité cette ville depuis que César l'a repeuplée (i).

Auguste s'étant emparé pour lui seul du droit d'émettre des monnaies d'or et d'argent , les états de Macédoine réduits, comme toutes les provinces et comme le sénat lui-même, à ne frapper que des monnaies de bronze, placèrent d'abord i'eiiîgie de l'empereur sur la face principale de leur monnaie. Le bouclier macédonien en occupa le revers , comme il avait fait jusqu'alors sur plusieurs de leurs pièces 'd'argent ; et autour de ce symbole natic^al était gravée la légende MAKEAONON SEBASTOS, le vénéré des Macédoniens, ce qui signifiait que le prince divinisé de son vivant recevait sur la monnaie un des hommages réservés long-temps aux dieux.

Sous Domitien , le mot de S£BA£TO£ fit place à celui de KOINON, assemblée, états, communauté, et depuis Domitien jusqu'à Caracalla inclusivement, nous voyons toujours le même type et la même légende sur la monnaie impériale , frappée par le KOINON des Macédoniens.

Quoique Caracalla eût été honoré dans la Macédoine par une monnaie qui présentait le même revers , il changea cet état de

(1) Pausan., lib. y, cap. xxiv.

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choses. A peine fut-ii arrivé dans la Thrace, en allant visiter la Macédoine, qu'il manifesta pour Alexandre un enthousiasme porté presque jusqu'à la folie. Il voulait persuader qu'il en avait les traits, et il marchait, la tête penchée sur Je côté, pour le faire croire (i). Il ordonna que les statues d'Alexandre fussent réparées , ou qu'il en fût érigé de nouvelles dans toutes les villes qui en avaient possédé auparavant. Il voulut qu'il n'existât nulle part aucun temple où l'on ne vit quelque image de ce dieu favori. Caracalla fit même exécuter des hermès à deux faces, qui offraient d un côté le portrait d'Alexandre, et de l'autre le sien propre (2). Il fit célébrer aussi, dans la Thrace, des jeux dits Alexmdréens , sorte de fêtes dont les médailles nous of&ent des exemples, non-seulement dans la Thrace et la Macédoine, mais encore à Alexandrie, sous les PtoJémées {3).

L'arrivée de Caracalla dans la Macédoine fiit marquée par la publication d'une médaille d'un grand intérêt, et dont les exemplaires sont extrêmement rares. Elle présente d'un côté la tête de ce prince avec la légende : ATT.KAI.M.ATP.ANTON6INOC . ï autocrate César Marc-Aurèle-Antonin, et au revers Alexandre domptant Bucéphale , avec la légende : KOINON . MAKCAONÛN . B.N6IÎ. Ces initiales B.N6Û., qui signifient néocores pour la seconde fois, annoncent un néocorat plus ancien , et un temple où il y avait des. néocores (4) , avant l'arrivée de Caracalla dans la Macédoine. On voit de plus que c'était la communauté des Macédoniens qui était elle-même le néocore de ce temple ; le second néocorat en annonce une nouvelle consécration. Il est par con-

var. , pag. 105.

(1) Aurel. Vict. , Episté éd.

(2) Herodîan. , lib. iv.

(3) Inscription de Rosette , ligne 4-

(4) Vo>rez sur le Néocorat la Z)(?fm/îed'Eckhel, tom. IV, chap. Vll,pag. 288.

séquent évident que le temple dont il s'agit est celui dont les inscriptions ', rapportées ci-dessus , font mention ; que ie Dieu est Aiexandre, et que la communauté des Macédoniens se déclare une seconde fois néocore pour répondre au vœu de l'empereur qui enjoignait à toutes les villes d'entretenir ou de relever les images d'Alexandre, et de perpétuer son culte religieux (i).

Après cette époque de Caracalla vient une longue suite de monnaies où Ton voit d'un côté la tête d'Alexandre, avec le nom de ce roi , placé en face de la tête , et au revers , des types très-variés, tels qu'un lion marchant, deux temples vus de fece, ou en face lun de l'autre, un Jupiter assis, une ciste, Alexandre domptant Bucéphale, &c., et toujours la légende qui se trouve sur le revers de la monnaie de Caracalla, où le mot néocore est tantôt abrégé , tantôt en entier. Parfois aussi ce mot a été supprimé, comme sur uAe médaille de Diaduménien , citée par Ëckhel dans son catalogue des villes néocores.

Je dis expressément la tête d'Alexandre, attendu qu'il n'y a plus ici de contestation. £ckhei et Neumann, ainsi que je l'ai é€]k observé, ont reconnu sur ces monnaies ie portrait d'Alexandre. Ils semblent ne pas s'apercevoir que le culte rendu à ce demi - dieu ne pouvait pas dater seulement du règne de

Caracalla , et ils paraissent oublier que ce prince était nonseulement alors l'admirateur outré d'Alexandre, mais encore le restaurateur de son culte , ce qui annonce des monnaies bien plus anciennes que celles du règne de cet empereur.

£ckhel distingue les monnaies de bronze, dont l'émission commença sous Caracalla et qui offrent toutes la tête d'Alexandre, en quatre classes : les premières sont celles où la Xèxt porte un

(1) Herodîan , loc* cit.

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26o VOYAGÉ

diadème; les secondes sont celles où elle est coiffée de la peau du lion ; les troisièmes , celles où la tête est ornée d'un casque , • et les quatrièmes , celles où la tête du héros a les cheveux épars, et où le regard paraît se tourner vers le ciel.

Par le diadème, dit le savant antiquaire d« Vienne, Alexandre est honoré comme roi; par la dépouille du lion, comme issu de la race d'Hercule; par le casque, comme un héros. Celles qui regardent le ciel, Eckhel les avait expliquées auparavant, en citant la fameuse épigramme d'Achélaiis , publiée dans les analectes de Brune ( i ) : « Lysippe sut exprimer toute l'audace d'Alexandre. Que présente ce bronze î il est parlant. En tournant ses regards vers Jupiter, il semble lui dire : la terre est à moi ; toi , Jupiter , sois le maître des cieux (2). » A ces quatre classes de médailles, dont la distinction me parait juste, je dois en ajouter une cinquième, dont j'ai découvert trèsrécemment un exemplaire , peut-être unique , qui est passé dans le cabinet du roi. Cette médaille ressemble entièrement à celles de Lysimaque, sur lesquelles la tête porte la corne d'Ammon. La différence consiste en ce que celle-ci est de bronze , et que les autres sont d'or ou d'argent ; en ce qu'elle présente le nom d'Alexandre du côté de la tête , comme toutes celles que j'ai citées ci-dessus, et qu'au lieu d'une Minerve Nîcéphore au revers, elle offre un Jupiter Nicéphore assis (3). Cette pièce doit achever de détruire l'ancienne erreur qui attribuait à Lysimaque lui-même les têtes où il faut reconnaître l'image d'Alexandre.

Il est donc bien certain que , sous le règne de Càracaila , les

(1) Brune. , Analect., tom. I, pag. 53.

(2) Eckhel., Z>ocr., tom. II, pag« m.

(3) Voyez cette monnaie, pi. V, n.® 9. M- Mionnet Ta donnée aussi dans son troisième supplément, pi. x, 1i.® 6.

DANS LA MACÉDOINE. x6i

états de Macédoine changèrent le système monétaire employé en l'honneur des empereurs romains , jusqu'à ce prince înclusîvemeat. Ueffigie de lempereur fait place à la représentation des diverses têtes d'Alexandre que nous venons de décrire, employées» dès cette époque» comme types dominans» à cause de la passion que manifestait Caracalla pour son héros favori. Ce nouveau système monétaire des Macédoniens n'avait, par conséquent, rien de commun avec celui du règne de Sévère Alexandre, comme le voulait Pellerin. Le type d'une monnaie, frappée en l'honneur à^ Caracalla , par les mêmes états et portant au revers Alexandre qui domptait Bucéphale, est une preuve de plus en faveur de mon opinion.

Rien jusqu'à présent ne nous autorise à croire que , sous les empereurs Macrin , Élagabale, Sévère Alexandre et Gordien Pie, la communauté des Macédoniens ait reproduit les types qui portaient la tête d'Alexandre. On voit seulement que , jusqu'à Gordien, inclusivement» cette communauté continua à se qualifier, comme sous Caracalla , de néocore pour la seconde fois. Sous Philippe, les états renouvelèrent les coios marqués du nom et de la tête d'Alexandre , et si l'on considère le grand nombre de ces pièces qui subsistent encore , la variété de leiu: module , et les difiérences qui existent dans la composition des revers , on ne pourra pas douter qu'après le règne de Philippe cette fabrication n'ait été reprise jusqu'à Galiien , époque qui vit détruire dans toutes les villes de la Grèce, le droit de monnaie (i).

Quant aux circonstances qui donnèrent lieu à l'émission de

(i) On sait que Sévère Alexandre naquit dans un temple consacré à Alexandrele-Grand, à Arca, ville située près du Liban. L'époque de la dédicace de ce tomple n'est pas connue ; mais elle devait xemonter fort au-delà de la naissance , ^fde Sévère A&exandre. Ce fait , rapporté par Lampride, a ité cité par fabbé Belley. Académie des inscriptions , tom. XXXII , pag. 686:

x6z VOYAGE

ces monnaies , sous le règne de Philippe , voici ce qui paraât le plus vraisemblabie :

Philippe , désigné par les troupes d'Asie pour succéder à Gordien , se hâta de faire la paix avec les Persans » et d'aller à Rome voir confirmer son élection. Le sénat» non - seulement donn^ son approbation au choix qu'avait fait l'armée, mais encore il invita l'empereur à se rendre sur les frontières orientales de l'empire, où des ennemis de Rome l'appelaient.

Arguntis, roi des Carpiens, ou Carpates, peuples goths d'origine, qui habitaient la Transi! vanie.» avait cru l'occasion favorable pour attaquer les troupes romaines établies dans son voisinage. Déjà il s'était emparé des rives gauches du Danube, et menaçait en même temps la Thrace et la Macédoine , pays que sa nation avait autrefois dévastés, pendant les guerres civiles que se faisaient \<^% successeurs d'Alexandre.

Philippe vola sur le théâtre de la guerre , où Arguntis venait délivrer plusieujrs combats aux Romains; il le surprit, mit ses troupes en déroute , et le força à deniander la paix*

Après celte victoire, l'empereur se rendit dans la Macédoine pour donner du repos à ses légionsi On wxA combien un tel libé-* rateur avait de droits à la reconnaissance publique.

Le nom de la ville que choisit l'empereur pour séjourner dans la Macédoine ne nous a pas été transmis par* les historiens romaine, qui s'occupaient en général très-peu des Macédoniens; mais le nom de la ville de £érée , que portent diverses monnaies frappées à -la même époque , et la conformité qui existe entre la date de quelques-unes de ces monnaies, où se voient l'effigie et le nom d'Alexandre , et la date de celle qui présente une tête radiée de l'empereur Philippe, forment des témoignages convaincans du séjour que ce dernier prince fit à Bérée, pendant tout le temps qu'il demeura dans la Macédoine.

. Si f histoire a passé sous siience le séjour que Philippe et son fils firent dans ia ville de Bérée , elle a dû à bien plus forte raison taire les motifs qui empêchèrent ces deux princes de s'arrêter à Thessalonique. Cette ville était alors la plus remarquable de toutes celles de la Macédoine , par sa population , par son commerce , par sa position topographique et ses édifices publics : tout y était disposé pour y recevoir avec distinction, et pour y fêter les empereurs et les consuls qui y passaient ordinairement, quand ils allaient porter la guerre dans l'intérieur de l'Asie , et il ne faut pas oublier que la voie Appia la traversait. Nous pouvons ajouter que , sous les Romains ,| les quatre départemens s'étaient réunis pour la construction du cirque élevé à Salonîque , et qu'ils supportaient les frais des jçux en commun. Il est même probable que Thessalonique en fît souvent à elle seule la dépense. Quoi qu'il en soit, il n'est pas moins vrai que Pkilip]>e refusa d'entrer dans cette ville ptmr y recevoir les honneurs qu'il savait lui être destiné84 La vue du cirque , où il avait vu naguère Gordien recevoir les hommages des Macédo^iens ,. avec beaucoup d'éclat et d'enthousiasme, blessait la vue de son assassin, et ia piacejqu'il aurait du y occuper aurait- peut-être excité trop vivegnent ses remords. Il serait, je crois, dif&die de trouva d'autres motifs, qui eussent pu déterminer Philippe à préférer Bérée à ThèssaJonque pour y établir sa cour et pour y appeler l'assemblée générale des états macédoniens.

La preuve que ies £!tes et les jeux pubiics décernés dans cette occa^B à PÈdlippe et à son fils furent célélirés à Bérée , se trouve sur plusieurs monnaies de cette époque. Je commencerai par la description de deux de ces monnaies que j'ai possédées. L'une fut frappée pour Philippe le père, et l'autre pour son fils, mais ce qui aura lieu, de surprendre , c'est qu'avec le signe de ht fabrication faite à Bérée. elles oârent. en toutes lettres . le nom de Thessa^

ionique : ii est d autant plus nécessaire de faire remarquer cette singularité, quelle n'avait attiré jusqu'à présent l'attention dé personne.

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