‹ Voyage dans la Macédoine [microform]Chapitre 29 sur 66 · REMISIT · texte numérisé non relu

REMISIT

HOSTILIVSFRILADELPHVSINS. .

D£NTIBVSlKrEMPLOPETRAM£XCIDITOL«.;..t '

Cette inscription telle que je la donne, étant incomplète, on pourrait supposer que Gruter a suppléé à la lacune qui se trouve dans mon texte ( tom. II de son recueil , pag^ i.2^> n"" i o);

par une cop»' que ce savant avait trouvée, dans les papiers de Belon, naturaliste, lequel voyageait au levant, dans le xvi* siècle, et n'était pas très-profond dans la connaissance des monumens antiques; mais je dois faire observer que la portion d'inscription donnée par Gruter n est nullement la suite de la mienne. Elle est elle-même incomplète, et] ajouterai que, si Bélon avait vu' celle que j ai copiée, il ne se sçraît pas contenté de n'en prendre que les dernières lignes. Il est bien plus vraisemblable que ce voyageur a trouvé la sienne isolée , et qu elle n'est point la même que la mienne. Je suis d'autant plus autorisé à m'en tenir à cette opinion qu'avant de copir mon inscription , j'en avais observé plusieurs autres , semblables, quant aux faits quelles rapportent, à celle de Gruter, et que j'aurais copié la mienne en entier sans le coup de carabine.

Pour mettre le lecteur mieux en état de juger , voici , mot-àmot, l'inscription de Gruter:

PHOSTILIVSPHILADELPHVS PETRAMINFERIOREMEXCIDITTITULUM FECITVBINOMINACVLTORSCRIPSIT ETSCVLPSITSACVRBANO. S P.

L'opinion que conçut le savant Mafiei de cette inscription isolée fut qu elle était fausse. Voyez son Ars critica lapidaria , {lib.. . . cap. /F, édition de Seb. Donati, ante suppL ad Thesaurum Muratorii, tom. T, Lucas i7<^5 t în-fol., col. 2^2). Je n'ai pas besoin de dire que c'est là une erreur , et que l'inscription de Gruter donne plus de prix à ma découverte ^ quoique la copie de la mienne soit imparfaite (i).

(1) Du reste, il ne serait jms impossible que la vérité se manifestât dans peu, si sur qtrelqu un des l>atimei\s du Roi qui abordent parfois à rSe de Thasos pour

Dans ie peu de temps qtiefàr donné à i'exameiv des nilnes de Philippi , j'y ai fait d'autrcs observations dont la géographie pourra tirer quelque avantage.

On ne nous a fait connaître jusqu>à présent cette vHie que comme un point isolé autour duquel n'existait qu'un ^territoire très -circonscrit : cette Wée n'esit.pds juste^ > ' ) .

Les motifs qu'avait eus Philippe d'y former une cdlonie qui devînt un rempart contre des- petiples indomptables , durent agir également sur l'esprit des Romains. Lfii cok>nie de Phiiippi était une des plus importantes de "l'empire et des plus difficiles à gar^^ der, à cause du voisinage des barbares de i'Hémus méridional. De là nous devons conclure que toute la plaine, qui s'étend depuis les gorges Sapéennes , ou en d'autres termes , depuis les hauteurs de Cavala jusqu'aux sources de l'Angitas, et qui renferme un espace de neuf ou dix lîeues de longueur sur une largeur de cinq lieues environ , formait le domaine territorial de là colonie. J'ai déjà dit un mot sur ce sujet , lorsque je sortais de Cerdîlinm.

Je n'avais pas moins à cœur de reconnaître les dernières bases de l'Hémus du côté du midi, et de déterminer la vraie position du Pangée. Il s'agissait aussi de savoir si le Strymon était le fleuve que Palma fait passer sous le pont à'Anghista^ pont destiné à Tusage des habitans de la côte du Cercîne , et de diverses parties de la Thrace supérieure qui se dirigent vers Constantinople.

couper du bois et pour faire la lessive des matelots, il se trouvait des officiers amateurs d'antiquités qui fissent une excursion jusqu'aux ruines de Philippi. Non -seulement ils y verraient d'autres monumens , mais encore ils pourraient pousser leur course jusqu'au couchant de Pravista^ ven les camps de Cassfus et de Brutus , reconnaître le terrain où se trouvaient ceux (f Antoine et d'Auguste y à Pouest du Pangée, visiter Amphipolis» et faire, dans toute cette route, la découverte de plusieurs anciennes villes et une riche moisson de médailles en tous métaux.

J'avais, derrière moi des collines presque entièrement inhabitées, qui aboutissent à la dernière chaîne méridionale de l'Hémus » lequel s étend » vers le nord dans Tintérieur de la Thracë» jusque sur les côtes de la Mer-Noire.

Une grande et haute montagne isolée me présentait toute sa partie nord et nord-ouest à une lieue et demie de distance.

Vers la partie de louest, je découvrais le passage de la rivière d'Anghista » qui coUie entre les dernières hauteurs de cette montagne et les bases du Cercine ; j'étais à cinq lieues à i est de ce passage. Le fond de la plaine, à ma gauche, m'offrait , audelà des marais , une étendue de belles terres auxquelles les Turcs donnent le nom de Bérékietli , Campagne fertile. C'est là que Xercès dut camper avant de franchir le Pangée , et ttst là aussi que les troupes de Cassius furent mises en déroute.

Virgile devint mon guide pour la position du mont Hénius. Ce poète nous dit (i) que le sang dts Romains coula dans le voisinage de la ville de Philippi , per latos Hami campas , sur les vastes champs de f H émus, il devait donc être évident pour moi que les monts auxquels je me trouvais presque adossé formaient la croupe méridionale du mont Hémus , puisque Virgile désigne les campagnes qui entourent la ville de Philippi par les mots latos Hami campos (i).

L'extrémité sud du mont Hémus étant connue , il s'agissait de reconnaître le Pangée : c'est Hérodote et Thucydide , expliqués l'un par l'autre , qui me l'indiquèrent.

(i) Georg. I, vers, 49^.

(2) Les auteurs du Dictionnaire universel abrégé de la géographie ancienne, comparée, se sont trompés, en faisant commencer la grande chaîne de THémus ven les soiii-cçs de i'Hebre. Virgile nous présente plus de venté en plaçant la naissance de l'Hémus auprès de Philippi. Il est d'ailleurs d'accord avec Strabon, et d'autres auteurs qui après \\\\ ont eu occasion de parler de cette fameuse montagr.e.'

«< Les peuples de Thrace , dit le père de rhîstoîre , dont » Xercès traversa le pays , sont les Poétîens , les Cîcîonîens , » les Bistoniens , les Sapéens , les Dessaeens , les Édonîens , les » Satres. Les habitans des villes maritimes le suivirent par mer, »> et Ton força ceux qui habitaient l'intérieur du pays , et dont je >* viens de parler, à l'accompagner par terre, excepté les Satres. » Les Satres n'ont jamais été soumis à aucun homme , autant que nous pouvons le savoir; ce sont les seuls peuples de Thrace qui aient continué à être libres jusqu'à mon temps. '» Ils habitent en effet de hautes montagnes couvertes de neige , » où croissent des arbres de toute espèce , et sont très-braves. » Ils ont en leur possession l'oracle de Bacchus. Cet oracle est » sur les montagnes les plus élevées. Les Besses interprètent, parmi ces peuples , les oracles du Dieu. Une prêtresse rend des oracles , de même qu'à Delphes , et ses réponses ne sont » pas moins ambiguës que celles de la Pythie.

»f Après avoir traversé «ce pays , Xercès passa près des places » des Pières , dont l'une s'appelle Phagrès , et l'autre Pergame , '> ayant à sa droite le Pangée , grande et haute montagne , » où il y a des mines d'or et d'argent qu'exploitent les Pières , « les Odomantes , ejt surtout les Satres. Il passa ensuite le long ^ des Péonîens, des Dobères et des Poèples qui habitent vers y>Ae nord', au-dessus du mont Pangée, marchant toujours à »> loccîdent , jusqu'à ce qu'il arrivât sur les bords du Strymon » à la ville d'Eione. »

Cet auteur dît plus bas : « Le pays aux environs du mont » Pangée s'appelle Phyllîs. Il s'étend , à l'occident , jusqu'à la » rivière d'Angitas, qui se jette dans le Strymon, et du côté « du midi, jusqu'au Strymon même (i).»

(1) Herodot. lib. Vil, cap. cxi. (Traduction de M. Miou)

D'après cette description des lieux que traversèrent les Perses, l'avoue que les géographes modernes ont dû éprouver de l'embarras pour assigner à la Piérie et au Pangée leur véritable position géographique.

Comment en effet l'historien peut-il faire marcher les troupes de Xercès près des places des Pières , ayant à leur droite le Pangée , et dire que l'armée passa ensuite le long du pays des Péoniens, qui habitent vers le nord au-dessus du mont Pangée, marchant toujours à l'occident jusqu'à ce qu elle arrivât sur les bords du Strymon à la ville d'Eione î

Quand l'armée eut marché le long du territoire àe,s Pières , et jusqu'à l'extrémité de leur pays , ayant à droite le Pangée , elle était arrivée sur les bords du Strymon , à la ville d'Eione; car le Pangée et le pays des Pières se prolongent jusqu'à cette ville. Il me paraît donc certain que le texte d'Hérodote a été altéré , ou que l'historien était mal instruit sur la topographie de cette partie méridionale de la Thrace , ce qui est plus vraisemblable.

Thucydide raconte un fait qui concerne l'habitation des Pières, de manière à ne laisser aucun doute sur cette inexactitude du texte d'Hérodote. Il dit que les descendans de Caranus commencèrent par vaincre dans un combat, et par chasser de la Piérie les Pières, qui dans la suite occupèrent Phagrès* et d'autres pays au-dessous du mont Pangée , près de la mer et au-delà du Strymon. La côte au pied du Pangée , ajoute-t-il , embrasse ce qu'on appelle encore aujourd'hui le golfe Piérique(i).

D'après cet éclaircissement, il est évident, i.° que le Pangée et la Piérie ne forment qu'une seule montagne;

(i) Thucyd. lib. Il, cap. XCIX.

2.'' Que les Pîères habitaient les bases de cette montagne, depuis les bouches du Strymon, en-deçà duquel commençait le goiphe Piérîque,qui se forme par les côtes de la Pîérie, celles de Cavala , et les rives septentrionales de Tîle de Thasos;

j.*" Qu'en traversant la montagne, Xercès avait réeilenrient les hauteurs du Pangée à sa droite, et le pays des Pières à sa gauche, jusqu'à Eione; et enfin qu'en cet endroit, ayant atteint le Strymon , il avait entièrement dépassé l'An gîtas et toute la partie nord du Pangée, dont, au rapport même d'Hérodote, son armée avait occupé le centre. J'ajouterai , d'après l'inspection des lieux , que rien n'était plus convenable et plus naturel que la route par où Xercès dirigea son armée , ou du moins une bonne partie de ses troupes, en leur faisant franchir le Pangée.

Au témoignage de Thucydide, on peut encore ajouter celui d'Arrien , lorsqu'il décrit la route que prit Alexandre en quittant le lac Cercine ; voici le passage de cet auteur :

« 11 tire [le roi], dit l'historien , le long du lac Cercine, » vers Amphîpoiis et l'enjbouchure du Strymon , le traverse « et franchit le mont Pangée par la route qui conduit à Abdère « et à Maronée, villes grecques de la côte maritime (i). »

Par ce récit, quoiqu'il soit sans doute trop rapide, on peut concevoir non-seulement que le Pangée est placé près du Strymon , mais encore qu'il étend sa base sud jusqu'à Eione, puisqu'en allant d'Eione à Maronée , si on suit la route de l'orient , il n'y a plus à passer, jusqu'à Abdère, que deux petits défilés, qui s'aperçoivent l'un et l'autre sur l'Hémus, et dont je parlerai plus bas.

( 1 ) Arriea , Histoire des expéditions d'Alexandre, t. P' p. 52 ( traduction de M. Chaussard. )

Si, malgré ce que je viens de dire, on ne regardait pas encore la position de Pangée comme suffisamment déterminée » je trouverais de nouvelles preuves dans Dion-Cassius et dans Appien. Je vais même rapporter les textes de ces auteurs ; car il est nécessaire de fixer à cet égard l'opinion , incertaine jusqu'aujourd'hui sur le gisement de cette montagne.

Dion- Cassius, lorsqu'il décrit les mouvemens militaires que la guerre civile occasionaît entre les partisans de la république et ceux du triumvirat , s'exprime en ces termes : « Avant que la âotte » commandée par Statius [ pour Antoine et Octave ] fût arri- » vée , Norbaniis et Décidius , leurs généraux , avaient déjà M contourné la mer Ionienne , et avaient devancé , sur les cotes » de la Macédoine , l'armée de Brutus et de Cassius. Ils avaient » en même temps occupé toute la région qui est à l'est du » Pangée , et établi leur camp auprès de Philippî. Cette ville » tient au Symbole. Les Grecs ont donné le nom de Symbole » à la partie des collines qui lient le Pangée à d'autres montagnes de l'intérieur (j). Ces collines séparent l'une de l'autre les villes de Néapolis et de Philîppi ; la première de ces villes » est située sur les plages qui avoisinent l'île de Thasus , et » l'autre dans la campagne qui appartient au Symbole , au- » quel la ville est adossée. Comme Norbanus et Décidius « avaient pris le devant et s'étaient emparés de cette position » avantageuse , Brutus et Cassius n'osèrent pas même en tenter

( I ) Ces montagnes sont les dernières sommités méridionales du mont Hémus, dont la partie nord du Symbole forme ia base sud , tandis que les gorges des Sapéens et leurs environs, forment celles du mont Pangée, au nord, sur une étendue de quatre lieues. Sur ce terrain , le lieu de campement de Norbanus est aujourd'hui connu sous le nom de Dervent de Cavala, ville ancienne dont il sera encore question.

DANS LA MACÉDOINE. ip

*> Tattaque. Ils eurent recours à un autre passage plus long » à i'entour de Crénidès (i). »

Cest ce que nous allons bientôt apprendre par le récit que va nous faire Appien du passage de Tarmée républicaine par les monts Symbole.

Brutus et Cassius avaient passé le Mestus ; ils étaient campés sur les bords de la mer, dans le pays des Sapéens ; il s'agissait pour eux de contourner les bases de i'Hémus et de venir atta* quer Norbanus et Décidîus , à Test du Pangée.

Dion -Cassius ne fait pas mention des difficultés que l'armée républicaine eut à vaincre , pour atteindre celle de Norbanus ; mais Appien supplée à ce silence , en faisant connaître d'autres circonstances , tant sur cet événement mémorable que sur la situation des lieux.

Après avoir raconté quelles^ dispositions Norbanus avait faites pour arrêter l'armée commandée par Brutus. et Cassius, il rapporte que ce général se repentit d avoir laissé une partie de ses forces à son collègue Décidius pour garder les gorges des Corpilles (2) ; qu'il lui donna ordre de venir le joindre ;

(i) Antequam Stathis euro classé advenisiet, lonûni mare transmîserant , ac ante Bnitî Cassiique in Macedoniam advencuniy omni earegione usque ad Pangaeum montem occnpata y apud Philippos castra posuerunt. Philippî oppidum est Pangeo et Symbolo adjacens; Symboium autem vocatur i$te Kocus a Grsrcis juxta qtieni is mons alH in terram interjectani se extendenti committitur, Estque is locus inter Neapolim et Philippos : quorum oppidorum illud quidem ad mare e regione Thasi silum erat : hoc vero ad campum inter montes. Quamobrem quum compendiosissismum eorum montium transitum Saxa et Norbannus ante cepissent,ea trautire ne conatf quident Brutuset Cassius y ad alium transitum longiorem justaCrenides circumiverunt. (Dion, lib. XLVII, pag. 215.) La traduaion est dans la page 28 , et finit à celle-ci.

(2) Les gorges des Corpilles sont à environ dix lieues de distance de celles des Sapéens, sur la grande route qui conduite Constantinople. Abdère n'est pas éloignée de ce passage, auprès duquel se trouve aussi le village de Meyri, où est placée la poste aux chevaux.

que Rascus , frère de Rhescuporîs , roi de Thrace , et roi luimême , ayant pris le parti des triumvirs , tandis que son frère suivait celui des républicains, ces deux princes se trouvaient en personne dans les armées dont ils avaient embrassé la cause ; il ajoute que Rhescuporis , certain que les gorges des Sapéens étaient impraticables , osa proposer un moyen extrême de contourner l'ennemi , « celui de se frayer un chemin autour des montagnes des Sapéens. Il disait que c'était laffàire de trois jours de marche; qu'à la vérité ce chemin serait difficile à établir, à cause des forets; mais il ajoutait que, si les » soldats voulaient porter leur eau avec eux , et disposer seu- » lement un sentier suffisant pour le passage, l'épaisseur des bois » déroberait leur marche, même aux oiseaux; que le quatrième » jour, ils arriveraient sur les bords de ÏHarpesus, qui se jette » dans l'Hèbre^ d'où, en un jour de plus, ils se rendraient à » Philippi , poste dans lequel ils se trouveraient avoir tourné » l'ennemi (i). »

Ce fut le parti qu'adoptèrent Brutus et Cassius. Le succès de ce passage détermina Norbanus à profiter de la nuit suivante pour faire sa retraite des gorges des Sapéens sur Amphipolis (2).

Appîen passe sous silence les embarras qui accompagnèrent la hardie résolution de Brutus et de Cassius , et le danger que courut le roi de Thrace de perdre la vie par l'effet du désespoir de l'avant- gard e , qui avait manqué d'eau. Je ne m'attacherai pas non plus à la recherche du cours de THarpésus qui , suivant l'auteur , se jette dans l'Hèbre , ce qui est une

(i) Appian. lib. IV. cap. xiii (2) Ibid. lib.

erreur inconcevable* Il me suffit d'avoir trouvé , dans les deux géographes cités ci-dessus , les éclaîrcissemens nécessaires à la connaissance du passage des armées romaines.

Ce qui importe , c'est de remarquer que Brutus et Cassius ^ en partant du pied sud de l'Hémus pour atteindre Norbanus qui était campé à lest du Pangée , traversèrent le Symbole, et que Norbanus , en opérant sa retraite sur Amphipolis , traversa nécessairement de son côté le Pangée , puisque , selon le témoignage de Dîon-Cassius , il était campé à Test de cette montagne , au voisinage de Philippi , et qu entre cette ville et Amphipolis il n'y a point d'autres, montagnes que le Pangée. On voit qu'il le traversa dans une nuit, et en effet, la distance des points où il était campé à Amphipolis , est de hi}it lieues, et, selon Appien , de troîscent cinquante stades (i).

Ce mouvement des deux armées nous donne aussi la position des collines du Symbole auxquelles nos géographes avaient fait à peine attention. Dion -Cassius les désigne comme un cordon qui lie le mont Pangée au mont Hémus. Appien est même très-précis sur l'étendue de ce territoire , en nous disant que toute l'armée républicaine contourna les montagnes des Sapéens (2).

Si nous remarquons , d'après l'inspection des lieux , que le Symbole , depuis le Pangée jusqu'au pied de l'Hémus, ne présente qu'une étendue de trois lieues environ , nous aurons d une manière certaine la courbe que décrivit l'armée républicaine , telle qu'elle est marquée dans ma carte , et on sera convaincu que le trajet de cette ^armée ne pouvait être que d une heure par jour.

(i) Appian. lib. IV, cap. xiv.

(2) Ibid.

Ce qui surprendra peut - être , c'est que la traversée, étant à peine de quatre lieues , oh ait pu employer trois jours pour pratiquer un simple sentier dans les terrains par où Ion devait passer; mais si Ion considère quil fallait éviter des précipices et abattre des bois, on concevra que l'armée ne pouvait avancer que d'une heure par jour, ou à peu près.

Dion-Cassius confirme ce que dit Appîen à ce sujet, en assurant lui-même que le passage s'eflectua près de Crénidès (i).

Parmi les observations qui naissent ici comme d'elles-mêmes, celle qui concerne là situation du port de NéapoHs, nommée Néopolis sur les médailles, est une de celles qui doivent nous intéresser. Aucun auteur moderne n'assigne à cette ville une place topographique fixe. M. R. R. , dans son Histoire des colonies grecques , n'en fait pas mention. D'après nos deux historiens, elle était sur le golfe Piérique , à quatre-vingts stades des camps de Cassius et de Brutus , ce qui s*accorde parfaitement avec la distance de Pravista au port de la vieille CaVde , Eski-Cavala» Ce port est le seul que l'on connaisse sur cette côte , et je prouverai bientôt que la vieille Cavale est l'ancienne Néopolis.

Je dois relever aussi l'inexactitude du récit d'Appien, qui fait entendre que la plaine de Philippi aboutissait à la mer (2) : cette plaine est entourée de montagnes.

Je reviendrai sur la colonie de Néopolis , après avoir présenté mes observations sur l'île de Thasos.

Du reste, on s aperçoit aisément sur les lieux que la description des deux historiens au sujet du campement des armées est inexacte en divers points. C'est ce qui ne manquera pas

( I ) Appian. lib. iv, cap. xiv.

( 1} /^/df. cap. XI u

tf être observé et rectifié par le premier voyageur qui voudra s'occuper de dresser le plan des camps retranchés de Brutus et de Cassius » et de ceux d'Antoine et d'Octave , qui n'en étaient qu'à huit stades. Il m'a été impossible de m'en occuper. Jl en reste des traces sur la route qui, du pont d'Anghista, conduit à Pravista.

Je reviens à Hérodote » en ce qui concerne l'entrée de Xercès dans la Macédoine.

Ce n'est pas seulement au sujet du Pangée que sa narration est fautive ; on doit remarquer qu'elle est altérée aussi en ce qui concerne la séparation de l'armée persane en divers corps. Suivant cet historien , ce partage n'aurait eu lieu que vers, l'isthme de Cassandre, ce qui supposerait que toute l'armée aurait suivi le roi jusqu'à cet endroit par des routes pénibles et difficiles à approvisionner.

Il dit ensuite que ce prince passa par la.Crestonie pour se rendre dans la plaine de l'Axius. Or, de l'isthme du mont Athos , que Xercès traversa certainement , jusqu'au passage de la Crestonie , la distance étant de près de vingt lieues , le roi ne pouvait se trouver que sur l'un ou l'autre de ces deux points. 11 faut par conséquent demeurer convaincu, qu'il y a dans le texte une nouvelle faute, et interpréter ces passages dans le sens que les connaissances locales paraissent dicter.

Arrivée dans là plaine de Philippi* par les gorges des Sa* péens , l'armée de Xercès dut se partager en deux corps , pour pénétrer plus facilement dans l'intérieur de la Macédoine. La principale division suivit la grande route pour arriver au Strymon. Une seconde division dut prendre la route de l'Angitas ^ au nord du Pangée, en se dirigeant vers Amphipolis. Ce corps d*armée ne vint point aboutir à £ione ; il dut longer le lac Cercine, sur le territoire des Bisaltes» pour arriver à 11. . £

la Crestonie , et de là à la grande plaine de TAxius » où était le rendez -vous des troupes.

Hérodote m'avait indiqué le lieu où se fit cette séparation, en disant : « 11 passa ensuite [ le roi ] le long du pays des » Péoniens, desDobères, des Poèples, qui habitent vers le nord, » au-dessus du mont Pangée, marchant à l'occident (i). » Le commencement de ce passage nous montre la route que la deuxième division dut prendre par le nord du Pangée, qui s'étend réellement de Pravista , à l'occident , jusqu'à la rivière d'Angitas.

Xercès était d'autant plus intéressé à partager ainsi ses soldats , qu'Alexandre I.^*", roi de Macédoine, s'éiant obligé de fournir des subsistances à son armée , il fallait faciliter à ce roi les moyens de subvenir ponctuellement à cette fourniture.

Quand on a acquis des connaissances exactes sur les localités , on est porté à croire qu'il se forma une troisième division démembrée de la première , et qui continua de suivre la grande route. La séparation dut s'opérer au fond du golfe Strimonique . quand on fut parvenu à l'endroit où les eaux du lac de Bolhe se jettent dans la mer.

Ce troisième corps se dirigea sur un passage également commode ; il avait, à sa gauche, au sud, les montagnes de la Chalcidique, et à sa droite, au nord, celles de la Bizaitique ; et il atteignît ainsi, sans gravir des montagnes, l'Antémonte , par des pays très - peuplés , où les vivres furent plus facilement transportés et répartis. Si l'on n'admettait ainsi le partage de l'armée en divers corps , le récit du passage des troupes

(i) On a vu plus haut, par le passage d'Hérodote, ce qu'il faut entendre par les; Péoniens, les Dobéres et les l'oéples. Voyez pag. 2j.

par le nord du Pangée , ne serait qu un roman qui n'aurait pas même le mérite de la vraisemblance : car de Pravista à Amphîpoiis ^ la montagne ne présente qu'un seul cône isolé dont les bases se terminent, d'un côté , àEione, et de l'autre, au Symbole. L'armée innombrable des Perses ne pouvait prendre la route de l'isthme du mont Athos, sans s'engager dans les forêts de la Chalcîdique , où elle aurait été retardée et très-difficilement approvisionnée. Et enfin si le roi se fût dirigé luimême vers les bords de la mer , il n'aurait pas pu se trouver en même temps sur les montagnes de la Crestonie.

Il paraît donc certain que les passages d'Hérodote , qui concernent la marche de Xercès dans la Macédoine , manqueraient de justesse, sous le rapport géographique, si nous n'admettions que le texte a été altéré. J'ai été d'autant plus porté à donner des éclaîrcissemens à ce sujet , que le célèbre auteur du Voyage d'Anacharsisj et M.Larcher, dans ses notes sur Hérodote, n'ont ni l'un ni l'autre suffisamment expliqué le passage de cet historien concernant la division des troupes de Xercès.

Suivant Barthélémy , on pourrait croire que cette division des troupes en trois colonnes s'opéra à travers les montagnes du mont Hémus ou dans les forêts du Cercine, ce qui est inadmissible ; et suivant la traduction de Larcher, cette séparation des troupes n'aurait eu lieu que dans les plaines des environs d'Olynthe , ce qui est également hors de toute vraisemblance.

Il s'agissait de savoir, i."" si une grande muraille, qui de Cavala s'étend dans l'intérieur du Symbole au nord- ouest , ne se rattachait pas à la forteresse de Philippi pour aller ensuite de cette forteresse à Philippi même , où l'on voit en effet un grand mur qui paraît de la même construction , et qui favorisait les communications entre la ville et le château ;

1.^ Si les camps de Brutus et de Cassius , et ceux d'Antoine et d'Auguste » dont les auteurs anciens n'ont donné que des indications vagues, peuvent être reconnus avec certitude aujourd'Iiui 9 soit par des traditions fsoit par des reclierches locales ;

3 •'' Si , dans le camp que Brutus occupait , et où il fut défait le lendemain de la première bataille , on ne trouverait pas les ruines d'un grand trophée très-singulier que nous indiquent les monnaies de Philippi frappées sous Auguste et sous d'autres empereurs. J'en donnerai tout-à-l'heure une description et un dessin. £n traitant de ces monnaies, nous trouverons le modèle de ce trophée;

4.^ De reconnaître si les camps de Cassius et de Brutus , qui bordaient tout le marais de Philippi (i), avaient pu permettre à Antoine de tenter un passage à travers des roseaux du marais, pour couper le chemin des ennemis avec Néopoiis , ville d'où ils tiraient leurs approvisionnemens (2). Je reviendrai sur la question relative à la grande muraille.

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