‹ Voyage dans la Macédoine [microform]Chapitre 30 sur 66 · MONNAIES DE PHILIPPI · texte numérisé non relu

MONNAIES DE PHILIPPI

Jusqu'à ce joiu-, les antiquaires qui ont traité des monnaies de la Macédoine ont compris dans cette classe celles que les villes libres de la Thrace avaient fait frapper avant d'être soumises aux Macédoniens. Ces villes avaient conservé leur liberté pendant plusieurs siècles. Depuis l'origine de la monnaie, dies en avaient frappé beaucoup, et souvent de très -belles. Mendé, Scîone,

( I ) Quand on a vu ce marais , Topération qu'avait projetée Antoine parait

impossible.

(2) Lib. IV, cap. XIV, 5 129, p. 4^1.

Aphitis» Chalcis, Toroné, Acanthus, Uranopolis et d'autres villes de la Pallène et de la Chalcidique étaient de ce nombre. Il en était de même d'AmphîpoIis , dePydna, de Néopoiis, qui formaient des états particuliers. Les Bisaltes» les Crestoniens, la nation des Satres, celles des Pîères, des Edoniens, des Odomantes, jouissaient de Idmême faculté, ainsi que je le prouverai dans mon dernier chapitre.

Quand Philippe s'empara de ces différentes provinces , on conçoit qu'il les dépouilla de leur autonomie. Seulement il n'usa pas de ce droit de conquête envers toutes les villes d'une manière uniforme. Toute la Paliène , toute la Chalcidique, toutes les autres villes de la Thrace, tombées en son pouvoir, perdirent totalement leurs droits régaliens. Amphi* polis , au contraire , colonie d'Athènes , protégée par cette métropole, fut d'abord traitée avec plus de ménagement. Le vainqueur lui laissa sa liberté ; ce qui eut lieu la cinquième année du règne de ce prince , ou la deuxième de la cvi.^ Olympiade. Mais dès le commencement de la campagne contre les Thraces , il reprît Amphipolis , et subjugua tous les pays situés entre le Strymon et le Mestus. Dans cette occasion , Amphipolis perdit son droit de monnaie , pour ne le recouvrer que sous le gouvernement romain.

Le sort de Pydna fut à-peu-près le même. Cette ville , conquise par Amyntas , père de Philippe , fut maintenue dans son autonomie par ce conquérant, à cause de son alliance avec Athènes. Le rhéteur Aristide nous apprend que les habitans , en reconnaissance de ce bienfait , honorèrent Amyntas comme un Dieu (1). Mais Philippe, aussitôt qu'il crut pouvoir braver

(1) Aristid. Orat. I de iciec

les Athéniens sans danger, reprit cette vîHe, et Fassimita à tous les pays qu'il avait déjk soumis.

Par conséquent aucune vilie de la Chalcidique, de la Paliène et des contrées adjacentes, faisant partie de la Thrace , ne frappa , de monnaies , dès le moment où elle tomba dans le domaine de Philippe. Toutes celles qu'on a jusqu'à présent attribuées à ces villes , sont des monnaies de la Thrace et non de la Macédoine.

Philippe, après s'être rendu maître de Crénidès, jugea que cette ville, située entre le Pangée, à peine soumis, et l'Hémus occupé par des peuples libres, exigeait, au moins pour quelque temps, un système de gouvernement différent de celui qu'il avait employé jusqu'alors à l'égard des peuples vaincus. II voulut mettre cette frontière à l'abri de toute invasion et en faire le boulevart des mines qu'il venait d'acquérir dans le Pangée. Ce fut apparemment dans cet objet qu'il y établît une colonie, dont les habîtans , sous sa protection, pussent se croire intéressés à la conservation d'un territoire aussi important. Il lui donna son nom, la peupla de Macédoniens, et voulut qu'elle jouît de tous les privilèges attachés aux villes libres.

L'histoire n'a pas fait mention de cet acte de prudence; mais l'existence des monnaies d'or, d'argent et de cuivre, de la ville de Philîppif qui portent la légende OIAiminN, ne laisse pas lieu de douter que cette ville n'ait joui pleinement de tous les droits attachés à la liberté. On voit que les citoyens prennent le titre de PhilippienSf ce qui annonce leur autonomie. Ils ont des magistrats , dont les noms accompagnent la tête d'Hercule , par leurs lettres initiales.

Toutefois, ces monnaies de Philîppî, en or et en argent, sont extrêmement rares. De ce fait , je crois pouvoir conclure que le roi conquérant, aussitôt qu'il fut tranquille sur la possession de cette forteresse , ravit aux habîtans les droits dont il les avait în-

DANS LA MACÉDOINE. ^p

vestîs passagèrement. Si les monnaies de cuivre sont moins rares que celles des autres métaux , cette diflFérence prouve seulement qu'ii en avait été fabriqué une plus grande quantité dans le même espace de temps. Le style uniforme des types annonce d'ailleurs une époque très-circonscrite. Ces monnaies de Philippi appartiennent ainsi à une époque où cette ville était libre, quoique sous la protection du roi de Macédoine , et par conséquent on ne doit point les comprendre parmi celles de Philippe luimême.

Je présenterai , dans le chapitre suivant, mes observations sur les monnaies que j'attribue aux Bisaltes, aux Crestoniens, aux Satres , aux Pières , aux Edoniens et aux Odomantes , peuples thraces , subjugués pareillement par Philippe, et de qui l'autonomie cessa après les conquêtes de ce prince. Ces pays furent ensuite compris, lors de la division de la Macédoine, opérée par Paul-Emile, dans la première des quatre parties de ce royaume, dont Amphipolis devînt la capitale.

Je soumets, en ce moment, à mes lecteurs le catalogue des monnaies de la ville de Philippi frappées à l'époque où elle jouit de la liberté.

J'y joindrai celles de la ville de Pydna , de qui la destinée fut à-peu-près la même que celle de Philippi.

Viendront ensuite les monnaies de Philippi , frappées sous les Romains.

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