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CHAPITRE XI

Retour de Philippi à Salonique par les sources de l'Ângitas , faussement regardé comme le Strymon, et par les montagnes de la Bisaltîque. Découverte de Lété, ancienne ville de cette province; ses monnaies. Conjectures sur celles de la Crestonie adjacente à la Bisaltîque.

Le iendemain de notre retour à Drame, nous fîmes nos adieux à Tévêque qui nous avait si bien accueillis, et nous primes la route la plus voisine des montagnes situées au nord de la plaine de Philippi , pour nous rendre aux sources de TAngitas. Peu après , nous reconnûmes les ruines d'un vieux château , situé à demi-cote , à l'entrée d'une gorge qu'il a dû défendre.

£n nous étendant ensuite sur la gauche » et à une heure de distance de Drame , nous repassâmes le grand ruisseau qui alimente les rizières , où déjà, nous nous étions frayé une route pour parvenir à cette ville.

A peu de distance de là , nous traversâmes une pelouse , où des rochers à fleur de terre laissent échapper de petites sources dont les eaux se réunissent vers le moulin à riz que nous avions visité au bas de la plaine.

Après trois heures et demie de marche , depuis notre retour de Drame , à travers des vignobles et des terres bien cultivées ,

que la plante du tabac et celle du coton enrichissent à I envî , nous arrivâmes au village de Prosotchénî, marché très-fréquente par les habitans des pays environnans.

Le docteur Messico avait droit d'hospitalité chez un des primats du lieu, qui s'empressa de nous- recevoir avec tous les signes de 1 ancienne franchise hospitalière de l'orient. Dès qu'il eut appris le but de notre voyage , il voulut être notre guide , et partager le plaisir que nous aurions à visiter la nymphe dans sa grotte.

Il fallait plus d'une heure pour arriver à cette source. Les campagnes ne perdaient rien de leur agréable aspect. Devant nous im immense rocher très-élevé, taillé à pic, qui fait partie du Cercîije, et qui est couronné de bois , arrêtait notre vue à la distance d une lieue, et sous ce rocher, un rideau de verdure indiquait la petite rivière que nous allions franchir. : ^ '

A l'approche de ses bords , le passage devenait plus solitaire;* Nous n'apercevions plus que des cabanes de luruks qui se*, journent dans ce lieu sauvage pendant l'hiver» avec leurs familles et leurs troupeaux.

Cet aspect changea aussitôt que. nous eûmes <lécouV€rt les rochers qui forment la grotte : une ombre fraîche nou^ environnait; des eaux limpides qui coulaient leûtement, une perspective prolongée sur notre gauche', entre les coteaux qui bordent la rivière, des rochers escarpés, couverts de plantes et d'arbrisseaux , formaient à notre droite les premiers plans du tableau dont je donne un dessin ( Voyez planche i ).

A cent pas de la grotte , nous traversâmes la rivière , et nous mîmes pied à terre sur une grande pelouse. L'entrée de la grotte n'est visible que lorsqu'on y aborde. Des blocs d'un marbre grisâtre , amoncelés vraisemblablement par des tremblemens de terre , ont obstrué tous les passages. Nous n'y pénétrâmes qu'en

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nou^ traînant sur nos mains ; mais le spectacle qu'elle nous offrît nous dédommagea de cette peine. Nous crûmes entrer dans un temple , où quelque nymphe avait autrefois reçu les hommages des peuples voisins.

La grotte est à -peu -près circulaire; sa partie supérieure forme une voûte presque régulière , dont le diamètre est d'environ vingt-cînq pieds, et la hauteur de quinze (1). A la gauche se prolonge une file de blocs de marbre, de la qualité de ceux qui cachent l'entrée; ils servent de siège aux spectateurs. Du fond de la grotte sort une eau limpide qui, glissant d'abord sans bruit sur un lit de sable de cinq pieds de largeur , commence à murmurer en arrivant au dehors. Dans un enfoncement se voient les restes d'ime maçonnerie antique, construite au-dessous d'une ouverture par où s'introduit un jour mystérieux. Il paraît que cette maçonnerie appartenait à un escalier par lequel on descendait dans la grotte où la nymphe du lieu devait être honorée. On ne peut en efîët douter que cet antre n'ait été consacré à u. e de ces divinités. On sait avec quelle persévérance les anciens honoraient les fontaines et les fleuves. Je ne crains donc pas de reconnaître ici un lieu destiné au culte d'une divinité des eaux. Les habitans de la plaine ont conservé pour cette grotte une sorte de respect qui semble se rattacher à quelque solennité antique.

Si une pareille source eût pris naissance dans tout autre endroit que dans un coin peu fréquenté de la Thrace , il est probable que le nom de la nymphe et la connaissance du culte qu'on lui rendait seraient parvenus jusqu'à nous.

(i) On sait que, dans presque toute la Grèce, il y a chaque année des réunions pieuses aux lieux où il «xistaii autrefois des temples.

L'évêque métropolitain He Salonique » homme anssî recommandable par ses connaissances que par ses vertus , ma confirmé dans l'idée qu'on m'avait déjà donnée , que la source provient des environs de Négrecop, ville dont j'ai fait mention précédemment. Ce digne prélat, qui a possédé pendant douze ans l'évêché de Drame , ma raconté , qu'en parcourant son diocèse , il avait vu, à la distance d'une heure de la ville de Négrecop , le ruisseau qui coule auprès de ses murs se perdre dans des sables , et qu'on a la preuve que ce même ruisseau vient reparaître dans le Nymphaum. Pour m'affermir dans cette opinion , il ajouta qu'un particulier , voulant lever tous les doutes, avait jeté une certaine quantité de gros millets sur les eaux du ruisseau, à l'endroit où il disparaît, et que, trois heures après, des personnes apostées dans la grotte, les avaient vus sortir au-dessus des eaux.

Avant de visiter ce lieu intéressant, nous ignorions qu'il y eût dans les environs une ancienne forteresse ; les rochers qui en cachent l'avenue nous avaient empêché d'en apercevoir les ruines. Notre guide nous en ayant donné connaissance, nous nous hâtâmes de gravir parmi des blocs de marbres semblables à ceux de la grotte , et nous parvînmes péniblement au pied de la forteresse.

Il nous fut impossible de pénétrer dans l'intérieur , attendu qu'il a été encombré par les démolitions du mur ci'enceinte. Nous fîmes le tour de la forteresse sur \es restes de ce mur , sans aucun empêchement; ce qui nous fit reconnaître que cet état de délabrement ne provenait pas du temps , mais d une destruction volontaire, opérée aune époque, et pour des causes qu'il n'est guère possible de découvrir dans un pays que l'histoire a totalement négligé.

Nous n'aperçûmes aux environs aucune trace de sculpture ni

aucune inscription ; mais nous jugeâmes par la maçonnene , pu ne se trouve aucun fragment soît de briques soit de sculpture*, et faîte avec un mortier très-soiide , que cet édifice n appartient pas au moyen âge , et qu'il doit avoir été construit par les Macédoniens. Ce château fut sans doute bâti à l'époque où Philippe , s étant emparé de Crénidès , lui donna son nom , et la fortifia pour garantir les mines du Pangée d une invasion dont les peuples voisins ne cessaient de les menacer. Il est bien possible aussi qu'Auguste , fondateur de la colonie établie à Phîlippî, ait fait bâtir ou restaurer cette forteresse, pour les mêmes motifs qu'avait eus Philippe de fortifier les environs de sa propre colonie. \

1*out le fruit que nous retirâmes de cette dernière course fiit d'avoir aperçu, du haut de la forteresse, au bas du grand rocher du Cercine , d'autres ruines d'anciennes habitations. De grands tas de pierres, quelquefois régulièrement alignés, semblent annoncer des traces de maisons construites en bois, sur des bases formées avec des pierres et de la boue. Cette manière de bâtir est en usage dans une grande partie de l'Orient.

De retour chez notre hôte, nous fûmes traités avec la sim* plicité cordiale des temps anciens. Le maître de la maison avait fait préparer un repas , où plusieurs de ses amis fiirent invités. Tous les convives s'assirent autour d'une table ronde , les jambes croisées , selon l'usage oriental. Un jeune homme debout , te* nant une cruche , ofirait sans cesse du vin du cru du proprié* taire. Les filles de notre hôte et sa femme, respectueusement éloignées, paraissaient seulement pour présenter les plats à des enfans de la maison qui les servaient un à im. A la fin du repas , un des convives prit im instrument ayant la forme d'une mandoline à long manche , et chanta des couplets , tantôt grecs, tantôt turcs : on ne les aurait certainement pas applaudis dans

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