CATALOGUE DE MEDAILLES
FRAPPEES DANS LES PARTIES DE LA THRACE QUE PHILIPPE, PERE d'aLEXANDRE, JOIGNIT A SES JÉTATS , ET DONT LA PLUPART ONT ÉTÉ CLASSÉES JUSQU'À PRÉSENT d'uNE MANIÈRE INEXACTE.
Je vais maintenant entretenir mes lecteurs de quelques médailles primitives ou paiéographiques , rejetées jusqu'aujourd'hui parmi les incertaines i et qui vont prendre leur place, les unes dans le mont Pangée, les autres dans le. mont BertiscUs; mais je dois auparavant rappeler quelques points de la géographie du Pangée , mal situé sur nos cartes : il n'est éloigné du nK>nt Bertiscus que par urte vallée très oétroite,. où coule le Strymon, en âpprôchaift de Ib mer. Au couchant, ii est tbaigné par.iç^^lfic Gercine, et à l'est, par le golfe Piérique qui le sépare de l'iïe de Thasos. Ses bases plongent d'un c6té sur les marais profonds de Philippî, et de l'autre elles «'étendent jusqu'à Cavalft> où commencent des collines très-boisées. Nous avons déji observé que c'est à ces collines que les Grecs donnaient le nom de Symboles, par ia raison qu'elles liaient les hauteurs méridionales du mont Hémus avec le Pangée; au-delà de ces premières limites, au midi, est la mer; .au couchant, une partie de ia Péonie et la Macédoine entière ; au nord se trouvent d'autres Péoniens de différens noms , et à l'orient est le royaume des Odryses.
Jiimr //, J'ili/r iti'lt.
I MEDAILLES KRAl'l'EES DANS L'INTERIEIK 1)1' MONT l'ANGKE.
I & BUTÉES PAIl LES ATHENIENS, A EIONE.
MEDAILLES Ul" MONT i>.\N(iEE l'ERFE» TIONSÉES PAR LE.» THASIENA. * fAR LES AMI'HH'OI.ITAIN S .
-^jf r™, —V ■x^~3^ " '■
Par une si heureuse position entre de grands peuples, par sa propre fertilité , dont le nom de Pangée ( toute terre) nous donne une preuve; par ie produit enfin de ses mines d'or et d'argent , ie Pangée semblait destiné à dominer ie pays que parcourt le Strymon, et l'on juge que cette montagne, ou plutôt cette province, dut paraître de bonne heure propre à former un centre de communications commerciales entre des nations qui commençaient à se civiliser.
Les médailles peuvent nous faire apercevoir l'importance que les villes du Pangée ne tardèrent pas à acquérir dans toute la partie maritime de la Thrace.
Thucydide , qui , d'après son aveu , séjourna ^lus de vingt ans à Thasos , pendant son exil ( i ) , ne prononce cependant jamais le nom de Pangée; il se contente de dire qu'après avoir été vaincus par Cimon, les Thasiens subirent toute la rigueur des lois que leur imposèrent les Athéniens.
Hérodote nous fait connaître en grande partie la population intérieure de cette montagne : il dit que Xerxès, lorsqu'il ia traversa, passa près de deux châteaux habités par les Pières, nommés , l'un Phagrès . l'autre Pergame ; il cite les Édoniens^ qui possédaient Drabjesque , Éione du Strymon et Énéodos , appelée ensuite Amphipolis. Il fait aussi de Myrcine une propriété édonienne; à ces villes il joint Datos, sans nommer ies peuples qui l'habitaient; il nous dit qu'à l'époque où Xerxès travers^ le Pangée , ies Odomantes , et particulièrement les Satres , venaient en e;KpIoiter les mines. Cet historien nous apprend enfin qu'il y avait dans la partie nord-ouest du Pangée àts montagnards étrangers , Dobères , Agrianes , Poeples et
(1) Thucyd.^ iib. V, pag. 26.
i6S VOYAGE
Péoniens, peuples qui tous avaient leurs étabiissemens hors du Pangée; doù l'on peut induire que ces montagnards étaient des travailleurs qui vendaient leurs services soit aux propriétaires des mines, soit à ceux qui avaient des terres à faire cultiver, et qu'ils s'enrôlaient au besoin lorsqu'il fallait défendre le pays.
Pour se faire une plus juste idée de la population du Pangée, il faut ajouter à ces différentes villes celles de Galepsus et d'Oésime, que les Thasiens possédaient en terre ferme, en face de leur île. Tant de villes et tant d'habitans, sur un territoire qui renfermait à peine soixante lieues carrées, autour d'un seul pic fort élevé , annoncent une grande prospérité , et cet état prospère remonte à une antiquité très -reculée , car nous voyons dans Strabon et dans saint Clément d'Alexandrie , que les mines du Pangée étaient déjà, exploitées au temps de Cadmus (i).
Il est difficile d après cela de douter que des villes qui tenaient le haut rang sur ce territoire n'eussent pas fait frapper des monnaies d'argent bien avant même l'expédition de Cimon dans la Thrace, et notamment avant le siège d'Eione. On peut supposer qu'à l'époque de ce siège, Bogès, général persan qui commandait la ville, avait réuni beaucoup de monnaies fabriquées sur le Pangée ou dans les environs, et que ces monnaies formaient une partie du trésor qu'il fit jeter dans le Strymon , avant de se donner la mort. Jusqu'à présent les antiquaires n'en ont connu aucune, et ils ont rapporté à d'autres peuples toutes celles qui me paraissent appartenir à ce pays riche en métaux; personne même n'a formé aucun soupçon à
(0 Strabon, lib. XIV, pag. 966; Clcm. d'Alex^nd., Siromat,, lijb. l,pag. 307,
DANS LA MACÉDOINE. lé^
qet égard; mais avec un exànuen attentif et par des raisonnemens peut-rétre convaincans » je pourrai restituer ces. monnaies à leurs véritables propriétaires. En voici le catalogue : j'y joindrai des explications.