‹ Voyage dans la Russie méridionale et la CriméeChapitre 3 sur 68 · X DÉDICACE · texte numérisé non relu

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îi faire connaître les contrées que nous avons parcourues, chacun de nous a consigné ses remarques et ses études, chacun a exposé ses modestes conquêtes scientifiques. Ainsi cette œuvre commune est destinée à dire à tous ceux qui aiment les progrès des sociétés humaines, les merveilleux résultats et les brillantes espérances de ces peuples et de ce sol (pii, il y a un demi-siècle, n'étaient encore connus que sous leurs noms fabuleux.

Qui pourrait dire combien d'âges avaient vu se succéder sur ces plaines immenses l'invasion , le ravage et la destruction, jusqu'au jour où la grande Impératrice Catherine, cette ferme volonté qui a suivi celle de Pierre le Grand et précédé la Vôtre, Siue, poussa fièrement les confins de l'Empire jusqu'aux flots de la mer Noire, étonnée de baigner une terre pacifiée et chrétienne? Le génie qui s'empara à leur profit de ces contrées, avait légué ses plans à ses glorieux successeurs; mais longtemps encore ces plans restèrent inachevés, car la guerre était venue embraser l'Europe ; et cependant, telle était la terreur qui planait sur ces tristes régions , que les peuples éperdus n'osaient pas se fixer sur cette terre féconde qu'ils n'étaient pas assurés de fertiliser pour eux.

Cependant d'importantes fondations vinrent rassurer ces ])rovinces nouvelles et témoigner du prix que la Russie attachait à sa belle conquête. Alors les plaines méridionales virent arriver des colons qui se groupèrent autour d'un puissant rempart de cités: NicolaëfF, Kherson, Odessa; et plus tard Kertch, sortant rajeunie des ruines de Panticapée pour dominer encore une fois sur ces deux mers et sur l'hé-

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ritage de Mithridate, rebelle à un grand peuple, aujourd'hui faible part d'un immense empire.

Dès ce moment un essor créateur s'empara de ces jeunes colonies. Pendant que Nicolaëif lançait de ses chantiers improvisés une flotte si grande que ces mers n'en avaient jamais vu de semblable, Odessa ouvrait son port libre, et appelait à elle toute la navigation de la Méditerranée. Cette fois, le Bosphore étonné pensa être revenu aux temps glorieux des Génois de Kaifa. Autour de ce mouvement intelligent que la civilisation avait placé là, comme dans un centre excellent, arrivaient une vie et une activité qu'augmentaient encore la merveilleuse fécondité du sol et les populations croissantes attirées par la sage protection accordée à tous, sans distinction de race ni de culte.

Mais c'est surtout dans ces derniers temps, depuis la paix glorieuse conquise sur la Perse et sur l'empire Ottoman, que les gouvernements méridionaux, incorporés désormais à la Russie d'une manière irrévocable, ont ressenti l'impulsion ascendante donnée à leur prospérité, et se sont élevés à la consistance d'un grand corps social, tout prêt à recevoir sa noble part des progrès du siècle et à la mettre à profit.

Des villes nombreuses et florissantes fondées dans tous les gouvernements composant la nouvelle Russie, l'accroissement progressif de la production agricole dans toutes ses branches, la multitude des transports à l'intérieur, l'activité croissante de la navigation des côtes, les bienfaits du commerce compris par toutes les classes d'habitants, l'état formidable de la flotte Impériale, l'ordre et la facilité avec lesquels fonc-

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tionnent sur les points les plus reculés tous les ressorts du Gouvernement, enfin, l'esprit de progrès sage et conservateur qui est la vie réelle des peuples : telle est l'esquisse rapide du bien opéré jusqu'à ce jour dans cette nouvelle Russie, (jui naguère n'était qu'un désert sans lois, sillonné par des hordes sans frein.

Il est un besoin, SniE, qui se fait sentir aux nations comme aux individus, lorsqu'une somme de prospérité suffisante est venue récompenser les travaux et les agitations d'une vie longtemps occupée. Ce besoin, c'est celui de fonder pour soi-même, de bâtir sur son propre sol, de s'entourer de ses propres créations, et de s'afi'ranchir du tribut importun qu'on paie à l'intelligence étrangère.

En effet, l'industrie. Sire, et qui le sait mieux que Votre Majesté Impériale? c'est l'exercice libre des facultés que la Providence nous a départies; elle rapproche entre eux les peuples et les hommes ; elle réunit dans un seul et même faisceau tous les intérêts : l'industrie, c'est l'ordre, le travail, l'obéissance, l'autorité, le bien-être matériel , la force des Etats et des Gouvernements.

Et comme à tout prendre, de l'industrie du fer, dont se fabriquent les charrues et les épées, procèdent toutes les autres industries, il était tout simple que les esprits prévoyants portassent d'abord leur attention sur la richesse minérale des contrées de la nouvelle Russie. La Russie méridionale aura-t-elle ou n'aura-t-elle pas une industrie qui lui soit propre ? Telle était l'importante question qui se présentait d'al)()rd. (Quelques indices favorables annonçant la pré-

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