‹ Voyage dans la Russie méridionale et la CriméeChapitre 4 sur 68 · DEDICACE. XIII · texte numérisé non relu

DEDICACE. XIII

sence du minerai de fer, répondirent aux vœux des premiers observateurs; mais une autre recherche, décisive au plus haut degré, restait à entreprendre avant que de pouvoir résoudre la question : Si donc la nature a refusé à ces vastes solitudes méridionales les sapins et les chênes, on pouvait espérer que le sol se montrerait moins avare, et livrerait à l'industrie naissante la houille, cette âme nouvelle du monde matériel, et qui, mieux que l'or, fait aujourd'hui la richesse des peuples. La nature des terrains dans quelques parties des gouvernements non loin du Don et du Donetz, faisait croire à un important gisement; bien plus, dans ces mêmes localités, une découverte déjà ancienne avait signalé la présence de la houille ; c'était d'aiUeurs une des espérances de Pierre le Grand, ce vaste génie qui n'a guère espéré en vain. « Ce minéral, avait-il dit, deviendra une richesse pour nos descendants. »

Mais la question était restée encore dans le vague et indécise. C'est pour essayer de la résoudre , que Votre Majesté Impériale daigna me permettre de me vouer à des recherches qui, dans tous les cas, ne resteront pas sans résultats.

Sire, en entreprenant cette tâche difficile et consciencieuse, j'ai voulu m'entourer de toutes les lumières que fournissent les sciences, de tous les secours que peuvent prêter les beaux-arts; car il m'a paru qu'une exploration comme celle que je tentais devait embrasser toute l'histoire physique du pays. En même temps j'ai cru accomplir une œuvre utile et patriotique ; l'Auguste approbation de Votre Majesté

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Impi'iuai.i:, qui est l'expression vivante de la pensée nationale, m'a déjà récompensé de mes travaux.

Par une faveur dont mon cœur ressent tout le prix, Votre Majestiî Impériale veut bien permettre que ce récit de notre voyage et ces observations scientifiques lui soient dédiés, afin que rien ne manque à l'honneur d'une entreprise faite, pour ainsi dire, sous les yeux de Votre Majesté.

J'ose donc offrir à Votre Majesté Impériale cet ouvrage, comme le résultat de longues études, de patientes découvertes et d'un labeur obstiné pendant deux années consécutives ; trop heureux, Sire, si les savants, les artistes et les écrivains qui ont pris leur digne part dans ces travaux et dans ces fatigues, obtiennent, ainsi que moi, qui les ai partagés tous avec eux, un de ces regards tombés de si haut du trône de Pierre le Grand et de Catherine Première.

C'est avec le plus profond respect, Sire, que j'ai l'honneur d'être,

De voire Majesté Impériale,

L(! tivs-luiiuhlc, très-dévoué (>t fidèle sujet

Anatole de DEMIDOFF.

Le projet d'un voyage dans les provinces méridionales de l'Empire de Russie m'occupait depuis longtemps.

Je ne saurais dire quel invincible [J,Ji/i|;| besoin me poussait à étudier avec le soin qu'elles méritent, des contrées si longtemps incultes et barbares , ^>\<^ aujourd'hui obéissantes et civilisées. Cette large zone, tant de fois dépeuplée et qui semblait vouée à jamais à la dévastation, a déjà conquis un avenir. En effet, grâce aux derniers traités, les provinces réunies à l'Empire au commencement de ce siècle et qui forment aujourd'hui le gouvernement général de la nouvelle Russie, ont échangé leurs destinées, si longtemps incertaines et précaires, contre une organisation stable et uniforme que

le temps ne peut manquer de cimenter. Encore quelques années , et le voyageur aura peine à retrouver parmi le peuple de la nouvelle Russie les caractères distinctifs de ces races nombreuses que les migrations armées d'Orient en Occident abandonnaient sur leurs bords.

De ces races errantes sont issues vingt peuplades que chaque jour voit s'éteindre; il me semblait curieux d'arriver justement assez à temps pour saisir les derniers vestiges de toute cette couleur historique qui s'efface , et d'étudier en même temps comment cette barbarie s'était changée en civilisation, comment ce terrible passé était devenu déjà plus qu'une espérance.

Mon but n'était rien moins que d'apporter à cette entreprise tout ce que je puis avoir de volonté, d'activité et d'influence personnelle. Je comptais aussi , et avec raison, sur le puissant appui d'un gouvernement qui sait comprendre toutes les tentatives honorables.

Mon plan de voyage était médité depuis longtemps lorsque j'eus l'honneur de le soumettre à Sa Majesté l'Empereur, en sollicitant son auguste approbation pour cette espèce de pèlerinage , où chaque voyageur devait avoir à explorer un champ spécial d'études et d'observations. L'assentiment le plus entier, le plus généreux, accueillit mon projet. Bien plus, Sa Majesté impériale, qui se plaît à encourager tous les genres de mérite, sans distinction de patrie, daigna accorder à mes compagnons , presque tous étrangers , un témoignage de sa protection spéciale , par les ordres exprès que reçurent les fonctionnaires des gouvernements que nous devions parcourir. C'est ainsi que nous avons rencontré , grâce à cette haute sollicitude qui nous suivait partout, l'accueil le plus empressé , l'assistance la plus complète.

Le printemps de 1837 s'était rapidement écoulé parmi les préparatifs et les opérations préliminaires de l'expédition. Aussitôt {|ue la navigation fut ouverte entre le Havre et

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Saint-Pétersbourg, je dirigeai vers cette capitale des contremaîtres et des instruments de sondage propres à exécuter les recherches minérales, but principal de ce voyage. Ce premier convoi se composait d'un habile chef de travaux , M. Ayraud, et de quatre contre-maitres sondeurs, sous ses ordres, munis de neuf appareils au grand complet. Cette caravane , avec son volumineux attirail , dont le poids dépassait quatre-vingts milliers , fut confiée à la direction de M. Paul Kolounoff , administrateur éprouvé par de longs et utiles services. Une fois débarquée à Cronstadt, l'expédition devait traverser tout l'Empire, dans la direction du nord au sud, pour aller dresser ses baraques non loin de l'embouchure du Don : longue et pénible entreprise assurément, accomplie avec autant de zèle que de persévérance.

Au commencement du mois de mai, les directeurs de cette exploration minérale quittaient la France à leur tour, et se dirigeaient par la ligne la plus directe, c'est-à-dire à travers F Allemagne centrale et les gouvernements de la Russie méridionale, vers les territoires du Don et du Donetz, où ils devaient trouver la première expédition déjà installée et prête à agir sous leurs ordres. Cette seconde division se composait de M. Le Play, savant ingénieur du corps royal des mines de France, de M. Lalanne, ingénieur au corps royal des ponts et chaussées, et de M. Malinvaud, ingénieur civil, ancien élève de l'École des mineurs de Saint-Etienne, chargés l'un et l'autre, sous la direction de M. Le Play, des études topographiques et chimiques relatives aux terrains qu'il s'agissait d'explorer.

Lorsqu'il fut question d'organiser le départ de la section dont je m'étais réservé la conduite , je songeai aux inconvénients et aux retards qui nous attendaient sur la route , surtout en Allemagne , si nous restions réunis. Je me déterminai donc à diriger sur Vienne, dès le G juin, MM. Iluot',

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