NOTICE SUR LE COMTE KISSELEFF
ment de la dette publique. En un mot, comme un père de famille qui, sur le point de se séparer à jamais de ceux qu'il aime, s'occupe d'assurer les intérêts de tous et de conjurer les orages de l'avenir, le général Kisseleff ne quitta ces pays (|u'il avait adoptés, ces peuples dont il avait fait ses enfants, qu'après avoir, autant qu'il appartient à la prudence humaine, fondé pour eux les plus précieux des biens : la vie légale et la lil)erté individuelle.
Le général Kisseleff quitta les principautés au mois d'avril de l'année 183Zi. J'ai dit quel concours de bénédictions et de regrets l'accompagna jusqu'à la frontière et quelle précieuse mémoire il a laissée dans tous les cœurs.
De retour dans sa patrie, Kisseleff fut nommé général d'infanterie, et, pour couronner dignement une si belle carrière, l'empereur lui confia, en 1837, le département du domaine de la Couronne, ministère important, qui embrasse dans ses vastes attributions le régime et l'administration de près de vingt millions d'individus. Là aussi tout était à créer, car en Russie, malgré les progrès de toute espèce qui ont signalé ce siècle, le sort des paysans de la Couronne était, jusqu'à l'époque dont je parle, resté à peu près stationnaire, c'est-à-dire que c'était la classe la plus obérée et la moins protégée. Cependant, cette classe ne pouvait rester plus longtemps en dehors des réformes que l'empereur Mcolas ne cesse d'apporter dans toutes les parties de l'administration de son vaste empire. De nombreux travaux furent aussitôt entrepris, et, vers 18i0, un corps de lois homogènes vint régler les affaires du département du domaine. Le sort des paysans de la Couronne est notablement amélioré à cette heure, et l'avenir pi-omet à cette classe intéressante une ère de bien-être et de civilisation qui doit avoir la plus haute influence sur les destinées futures de la Russie.
C'est ainsi que le général Paul Kisseleff, placé encore une fois dans un poste éminent , y a retrouvé avec bonheur les moyens d'exercer à la fois ses hautes facultés administratives et son amour éclairé de l'humanité. On peut dire que cette glorieuse vie a atteint son apogée. Les distinctions les plus recherchées sont devenues depuis longtemps son partage, et depuis longtemps aussi la faveur éclairée du souverain, la reconnaissance des peuples, l'estime des gens de bien, ont comblé tous ses vœux et récompensé une des plus nobles individualités politiques dont s'honore la Russie.