‹ Voyage dans la vallée des originauxChapitre 12 sur 12 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le Spiritualiste.

On nous signala comme habitant de la même vallée un gentilhomme fort distingué qui s'y était retiré pour soigner sa santé fort altérée dans Paris par une idée fixe qui s'était emparée de son intelligence . Un soir que nous nous promenions avec lui sur les hauteurs qui dominent la combe des Originaux , et que la nuit était étincelante , nous remarquâmes qu'il observait les étoiles avec une sorte de ravissement. Il nous parla de certains voyages qu'il disait avoir faits , de certaines constellations qu'il disait avoir visitées , mais il ne s'expliquait sur ces choses qu'à demi, et

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ses paroles entrecoupées expiraient sur ses lèvres. Rien ne soulage les esprits malades comme le récit des maux qu'ils éprouvent. Nous le conjurâmes de nous raconter les siens , et de nous faire connaître la cause des agitations auxquelles il était en proie.

Il se recueillit durant quelques instans, puis ilrompit le silence, et il versa son ame vaporeuse dans le récit qu'on va lire.

« Depuis long-temps j'avais l'ame oppressée sous le poids de la matière qui l'enveloppe et la retient captive. La substance qui en moi pense et réfléchit se plaignait des rapports pleins d'imposture par lesquels la substance qui perçoit et agit pour elle au dehors la trompe et la subjugue. Il me semblait que mon ame était semblable à ce maître qui, retenu dans son hôtel parses infirmités, n'a po iule servir au dedans et pour faire ses com-

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missions extérieures , qu'une livrée menteuse , insubordonnée , impertinente , et qui n'attend que l'instant de sa convalescence pour la congédier et s'afïrancliir ainsi de sa tyrannie.

» J'étais plein du système de ce spiritualisme enseigné par le diacre Evagrius, sous la protection d'une princesse grecque, des pensées béatifiques de Molinos , arraché au bûcher par la reine Christine , du moyen court e\. des torrens de madame Gujon , protégée par madame de Mainlenon, et j'avais lu les lettres onctueuses de ce religieux Provençal qui, ayant voulu étayer de quelques innocentes pratiques la théorie des extases, fut injustement condamné , comme si sa révérence avait pu répondre d'une matière que l'esprit avait abandonnée , et qui ne savait ce qu'elle faisait.

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» Il me tardait beaucoup d'arriver à ce moment où l'ame , dégagée de sa prison, pourrait se livrer sans partage à cet éx.2Ll à' amour pur ç^m comprend à lui seul tous les amours, puisqu'il renferme tout ce qu'a de respectueux l'amour filial , tout ce qu'a de tendre et de passionné l'amour béni et légitime , tout ce qu'a de désintéressé l'amour de la vertu, tout ce qu'a d'héroïque l'amour de la gloire; et de contempler enfin celui qui est, parce qu'il est, qui est le type universel de toutes les beautés, le modèle éternel de toutes les orâces , le milieu de toutes les circonférences , le centre de toutes les gravitations , la source intarissable de tout ce qui est grand, noble et généreux.

Dieu, qui se sert des voies les plus extraordinaires pour parvenir à fexécution de ses décrets, voulut bien permettre qu'un moyen profane s'offrît à

moi pour remplir les vues auxquelles sa sagesse m'appelait.

» Je fus invité h un banquet expérimental où de savans convives étaient chargés d'apprécier des saveurs nouvelles, de fixer quelques points de doctrine sur des mets alors inconnus , et d'étendre enfin le domaine de cette science dont l'observatoire est au palais guttural et le sanctuaire dans l'organe digestif.

» Je me rendis de bonne heure à la salle du festin. Nous étions nombreux.

Les savans convives ayant nettoyé les instrumens avec lesquels ils allaient procéder à de brillantes expériences , on mit sur table tout ce que les quatre parties du monde pouvaient offrir de plus nouveau.

» On servit plusieurs nids de l'oiseau du paradis , tels qu'on les apprête pour les tables impériales de l'Asie ; une de-

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moiselle deNumidie, farcie de champignons- un cochon de lait élevé par les Antonins dans le jardin d'Éden; le kalaloLi qui fait les délices des créoles des Iles-sous-le-Vent ; une carpe pêchée dans le Jourdain j un merle tué sur les murs de Jéricho ; des huîtres de la mer de Marmara, et des oursins des Palus- Méotides; un kangouros de la Nouvelle-Hollande j le strachino , la polinta et les macaronis d'Italie; des Chinois confus par les carmélites de Santo-Domingo; la moutarde des Hébrides , fabriquée dans la grotte de Fingal; le cinamomum de Notre-Dame d'Atocha; le genièvre de St. -Patrice, importé en France par un moine hibernois; l'huile de Sainte- Perpétue , introduite en Europe par les pères de la Rédemption; la crème des cordeliers du Chimboraco; le genetpi des trappistes ; l'élixir des chartreux , et le guignolet des dames d'Angers,

« Nous avions en outre à essayer une bouteille de la véritable eau de FAchéron, telle qu'elle avait été puisée dans ce fleuve infernal. Au dessert nous devions nous parfumer avec de l'eau des carmes , fabrique'e en Palestine , et avec le myrrlie d'Egypte, tel qu'il fut brûlé par les mages.

)) Nous restâmes long-temps à table.

Nous mangeâmes et nous bûmes beaucoup. Nous dînâmes comme des hommes qui devaient souper à l'empyrée et coucher chez les Pléiades.

» Ces liqueurs et ces essences me portèrent à la tête. Je me couchai et jelaissai brûler toute la nuit, dans ma chambre, qui était fort étroite , des cassolettes remplies de tout ce que l'Ethiopie peut offrir de plus aromatique. Les corpus > cules qui s'en exhalèrent agacèrent si vivement toutes les fibres de mon individu mate'riel , que je sentis en moi

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quelque chose qui descendait de la glande pinéale, et quelque autre chose qui remontait par le canal vertébral , et ces deux choses s'élant rencontrées, sortirent ensemble par le bout de mon nez au bruit d'un éternuement.

» Je sentis fort bien que je m'en allais, et je me dis à moi-même : Bon!

la voilà qui déménage ! et lorsque j'aperçus une flamme du bengale voltigeant sur mon visage, je me rappelai qu'un nez lumineux fut toujours le signe distinctif des prophètes , et je compris que j'allais voir du nouveau.

» Lorsque mon ame fut élevée au ciel du lit , elle s'y arrêta et elle contempla la matière qu'elle venait de quitter avec ce mépris que l'on témoigne , lorsqu'on est arrivé, à un homme de mauvaise compagnie avec qui le hasard vous a forcé de voyager.

» Ma faculté pensante ainsi émanci-

pée sentit aussitôt sa puissance et sou indépendance. Elle pénétra tous les secrets des corps organisés , et se fixant sur celui qu'elle venait d'abandonner , elle vit très-distinctement et elle contempla avec admiration plusieurs systèmes qui entrent dans la composition de cette singulière mécanique,

w Premièrement , un système pneumatique qui donne le jeu et le mouvement à tous les autres ; un système hydraulique qui conduit les liquides du centre aux extrémités , et qui les ramène des extrémités au centre par une multitude d'écluses , de valvules et de canaux ; un système de décomposition chimique qui emploie un certain nombre de filtres placés le long du canal alimentaire pour s'approprier quelques parties du liquide qu'il contient, et pour leur imprimer des caractères assortis à la destination de chacun j un système de

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charpente osseuse , qui donne de la solidité et de l'aplomb à tout l'édifice ; un système ligamenteux, composé de tégumens , de tendons, de cartilages, d'aponévroses, qui lient ensemble toutes les parties ; un système mécanique composé de leviers , de roues , de ressorts de toutes les espèces; un système reproductif chargé de l'incroyable puissance de reproduire et de multiplier la machine elle-même tout entière j un système nerveux contenant un fluide subtil qui est chargé de porter les ordres de l'entendement et d'accomplir ses volontés , nécessaires à la conservation du tout; et je ne pus m'empêcher d'admirer comment ces nerfs et ces muscles s'épanouissant en houppes et en mamelons , se roulant en spirale ou s'étendant, par d'imperceptibles chevelus, sur toute la surface extérieure, nous mettent en communication avec tout

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ce qui existe, nous font voir, entendre, goûter, sentir, toucher, et comment ces perceptions , portées dans un invisible sanctuaire , y deviennent des sensations, ces sensations des pensées; comment ces pensées combinées entre elles produisent la faculté qui se souvient, la faculté qui imagine , la faculté qui juge ; et comment cette vile matière , animée d'un souille divin , marque bien sa double origine en digérant et en pensant, en faisant de la poésie et de la pituite.

» Tout cela me parut un produit bizarre , un de ces ouvrages sublimes et burlesques échappés au Créateur dans un instant de gaité. Mais comme mon corps était l'instrument avec lequel mon ame accomplissait ces prodiges, et qu'on se lasse de tout, et même de faire des miracles, je fus charmé d'être enfin délivré de ce souci , et je ne songeai plus

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qu'à faire rendre quelques honneurs à la machine pneumo-hydro-chimiconévro -mécanico-psjchomadque que j'avais fait si long-temps jouer.

» Je donnai des ordres pour qu'un bon prêtre bénît mon enveloppe. J'envoyai des billets de faire part au nom de la substance éthérée qui venait de déloger; puis, disposant en dernière volonté de mes propres, j'instituai le directeur de l'amphithéâtre du Jardin des Plantes légataire universel de toutes les parties qui composaient ma dépouille mortelle ; je le chargeai d'en extraire les divers sels , gaz , terres et métaux , et de réserver le gaz hydrogène intestinal au profit du docteur Berengarius , médecin allobrogique , que j'instituai , quant à ce, mon légataire particulier.

)) Après avoir ainsi fait mes petites affaires, j'eus tout le loisir nécessaire pour prendre l'air, et j'allai faire un

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tour en ville. Mon esprit comprenait tons les mystères, perçait toutes les enveloppes , pénétrait toutes les profondeurs. Comme il traversait les couches qui composent l'épaisseur du globe , j'aperçus distinctement , dans l'hémisphère opposée à la nôtre , les hommes et les femmes marchant , par rapport à nous , la tête en bas et les pieds en haut ; et craignant qu'ils ne fussent doués d'une perspicacité égale à la mienne , je courus dans mon quartier avertir les filles à marier qu'on pourrait jaser d'elles aux Antipodes.

» Je planai sur plusieurs hôtels de la capitale; j'en vis un dans lequel on s'amusait à composer des contes, mais des contes d'un genre sombre et à la manière écossaise. Ces contes commençaient par des triangles, des épingles et des pétards , et ils finissaient par des fers, des cachots et des échafauds : on

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j reconnaissait l'école de miss Radcliffe.

» Je vis un autre hôtel où tous les gens étaient perchés aux lucarnes; ils regardaient venir du midi de grosses bulles gazeuses produites avec de l'eau et du savon noir, et portées sur l'aile des vents. Ils recueillaient ces vessies aériennes, les divisaient, les subdivisaient , et ils en formaient des globules noirs dans un nombre si prodigieux que l'horizon eu était obscurci.

» Je m'arrêtai sur une assemblée d'hommes plutôt attroupés que réunis , et qui paraissaient en colère * ; une partie d'entre eux demandait depuis trente ans la même chose. On leur accordait ce qu'ils désiraient , et on leur relirait le lendemain ce qu'on leur avait concédé la veille : c'était le moyen d'éterniser la dispute, w Dites-nous donc

* Session de 1820.

ce que vous voulez , » disaient les uns : « Nous ne cessons de vous le répéter depuis trente ans , » répondaient les autres. « Nous ne vous comprenons pas, » répliquaient ceux-là. « Dites plutôt que vous ne voulez pas nous comprendre , ajoutaient les demandans , car si de votre côté vous ne nous comprenez pas , nous vous entendons fort bien du nôtre. » Et là-dessus c'étaient des disputes à ne pas finir, et un tapage à faire trembler.

« Je me dis à moi-même : Ces gens-ci sont comme des ananas placés sous une calotte de verre , ils mûriront trop vite ; la fragilité de leur enveloppe devrait être pour eux une leçon qui les avertît de la fragilité de notre espèce , et Dieu veuille qu'ils ne la brisent pas dans une confusion générale. Je suis heureux de quitter un pays 011 on ne sait auquel entendre , où l'on commence tout et où

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l'on ne finit rien, où l'on défait le soir ce qu'on a fait le matin, où la résistance déraisonnable des uns et l'inquiète vivacité des autres brouillent et gâtent tout. C'est bien le pays le plus agréablement constitué , le plus négligemment institué et le moins sensément administré qui existe au monde. . .

Et je partis.

» Lorsque je fus élevé à une certaine hauteur, je vis ces petits individus, autrefois mes semblables , s'agiter sur la terre comme un tas de fourmis, se détruisant entre eux par milliers pour avoir quelques grains de plus dans leurs magasins, pour ajouter quelques portioncules de terre à leurs imperceptibles fourmilières; et je ne pus m'empêcher de leur dire avec une affectueuse compassion :« Mes chers petits vermisseaux^ songez que votre existence ne dure qu'un moment; n'en accélérez pas le

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terme par vos bruyantes inimitiés ; la mort naturelle ne vient-elle pas pour vous assez vite? demain peut-être elle vous mettra tous d'accord. Attendez-la sans la provoquer ! Songez d'ailleurs que le plus excellent microscope , le cornet acoustique le plus développé saisissent à peine ce que la plus héroïque d'entre vous peut faire , et ce que la plus éloquente peut dire. Cessez donc de vous consumer en efforts impuissans et ridicules. Pourquoi ne pas vous supporter entre vous lorsque la nature ellemême vous souffre tout irritables et tracassières que vous êtes? N'avez-vous donc pas assez d'ennemis hors de votre espèce sans qu'il vous faille encore vous haïr et vous entre-détruire? Je vous aime, mes chers petits vermisseaux, et c'est pour cela que je vous dis qu'il faut vous aimer un peu entre vous , ne pas vous emparer de plus de

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terrain qu'il ne vous faut, ne recueillir que les provisions que vous pouvez consommer, et ne pas troubler vos voisins par des turbulences qui les inquiètent , et par des ambitions qui font pilié. Songez que pour vous il n'y a qu'un instant , et qu'il y a trois choses à faire dans cet instant : naître , se reproduire et mourir. «

» Mais il y avait des fourmis qui voulaient qu'on se disputât pour avoir l'occasion de faire les importantes, et d'autres qui, remuant un peu de terre , et transportant un fétu sur leurs petites épaules, en étalent tout enorgueillies, et croyaient imiter Atlas supportant le monde , ou Jupiter entassant Ossa sur Péllon.

» La substance hydrogène dont mon ame était revêtue étant vingt fois plus légère que l'air atmosphérique , je le traversai avec une rapidité extrême j je

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compris que l'atmosphère n'était qu'un vaste alambic écliauffé par deux fourneaux, la chaleur de la terre et les rayons solaires , er, qu'il s'opérait dans ce vaisseau chimique des décompositions , des fermentations , des sublimations , des transformations en grand comme on les fait en petit dans les laboratoires de chimie. Je compris l'électricité, la pesanteur, les affinités , le magnétisme , les aurores boréales et la lumière zodiacale; je vis que l'atmosphère de la terre a véritablement trente- six mille toises de hauteur, et que ce qu'il reste d'air en dessus ne doit être compté que pour mémoire ; que tout ce qui s'expliquait autrefois par l'horreur du vide s'explique plus naturellement par la pesanteur, et que chacun des vermisseaux humains porte sur ses épaules douze mille cinq cents kilogrammes

( nouveau style ) , ce qui ne les em-

pêche pas d'être fort lestes , et de faire, malgré ce fardeau, de la géométrie fort précise, de la chimie fort exacte et de l'astronomie fort savante.

» Arrivés au point où cesse l'attraction de la terre , et où commence la puissance centripète des autres corps célestes, je sentis comme un torrent qui m'entraînait sur cette limite , et qui imprimait un mouvement de rotation à tout ce qui tombait sous son influence ; et ne voulant pas tourner autour de la terre comme une petite lune , je fis un mouvement eu arrière pour observer ce qui se passait sur cette frontière.

» Je remarquai sur l'un et sur l'autre rivage de ce courant des avant-postes composés d'esprits aériens , espèces de gardes -côtes ou de pilotes lamaneurs qui , si vous aviez bien vécu, vous aidaient à franchir le passage et à pénétrer dans des sphères plus heureuses,

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OU Lien , restituant à tous les malvivaiis leurs formes et leur pesanteur premières , les abandonnaient à la fureur d'un mouvement qui est de deux cents lieues par seconde. Je compris que ce pouvait être là l'enfer, qui , ne trouvant plus une place suffisante au centre de la terre, avait par ordre de Dieu été jeté sur la circonférence.

» Et bientôt j'entendis s'élever de cet horrible et désolé rivage les cris les plus lamentables. Je vis une multitude de grands etde miziistres emportés parce torrent impétueux sans pouvoir jouir d'un seul instant de repos , parce qu'ils avaient opprimé les peuples et trompé les rois , et les hypocrites qui s'étaient servis du prétexte de la religion pour satisfaire leur ambition et se livrer à d'indignes vengeances, et des juges et des jurés qui avaient fait intervenir des intérêts de parti ou cédé à des in-

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fluences politiques en prononçant les oracles de la justice, et les parricides qui avaient porté le fer et le feu dans leur patrie, et les hommes au cœur de bronze qui , chargés de veiller sur les destinées de leurs semblables, les avaient accablés du poids de leur dureté. «< Je suis gentilhomme, disait Fun , et je tourne avec mes trente-deux quartiers, parce que j'ai jeté , contre le cri de ma conscience et pour l'intérêt de mon parti, vingt-quatre boules dans l'urne législative. — Je suis de la religion évangélique et du pays des Allobroges, disait l'autre , et je tourne à cause des cruautés que j'ai commises sur mes subordonnés. — Je suis condamné , disait un autre , parce que j'ai été coloriste au parquet, chimiste à la poste, et machiniste à la police. »

» Et de toutes parts on entendait les pleurs et les gémissemens de ces âmes

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infortunées déplorant leurs crimes passés et invoquant la miséricorde divine.

» Revêtu, par le soin des archanges, d'un gaz éthéré mille fois plus léger que l'hydrogène le plus pur, je montai avec un petit nombre d'autres âmes en causant avec elles sur la sérénité de Fair, les agrémens du voyage et la félicité dont les consciences pures et les cœurs bienveillans sont tôt ou tard récompensés.

') Je cherchai durant ma traversée les quarante-sept cieux d'Aristote, les soixante-dix cieux de Fracastor, et ce iroisième ciel où saint Paul fut enlevé, où la gloire est plus rayonnante , et où l'on a une perception des attributs divins plus adéquate. Je m'enquis du firmament incorruptible des Septantes, du ciel héraldique dans lequel de modernes Titans placèrent les magots contemporains après en avoir chassé

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les dieux antiques j et de cette portion du ciel dont parle le Talmud . où la terre et les cieux se touchent , et à la fenêtre duquel le rabbin Brachana posa son chapeau , que le mouvement du ciel emporta , de manière qu'il fut obligé d'attendre qu'il eût fini sa révolution pour le reprendre , demeurant ainsi la tête découverte durant vingt quatre heures , exposé au danger de prendre un catarrhe d'erapyrée.

» Je l'avouerai franchement, je ne vis rien de tout cela; mais je trouvai un vide parfait, et , s'il est permis de le dire, un vide plein de douceur et de sérénité , au sein duquel je m'élançais avec la rapidité de la pensée , et me rappelant qu'un homme bien ne doit visiter dans ses voyages les personnes d'un rang supérieur qui ont leur château sur la route, je me présentai aux douze palais du Soleil

pour en saluer les grands - officiers.

» Je vis au Capricorne des hommes d'un fort bon ton qui causaient avec élégance sur les accidens variés de la vie. Je trouvai à l'Ecre visse une réunion d'ultras qui regrettaient le bonheur dont on jouissait sous le règne du grand Clovis ou du bon Chilpéric. Tout le monde veillait au Sagittaire, et on y attendait, pour le journal du lendemain, la décision de la censiu'e qui délibérait au Scorpion.

» On parlait mal des Pléiades , ces fdles antiques, quoique toujours jeunes, qui sont si redoutables aux marins.

On disait que l'une s'était fait enlever, et que l'autre était grosse d'ime comète. Il n'était bruit au ciel que de cela. J'allai les voirj une d'elles était à la vérité absente 3 mais combien je fus dédommagé par l'aimable présence des autres! Ici je dois vous dire sur

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leur compte toute ma pensée. Maya est d'une beauté parfaite, mais Electre a plus de physionomie ; Electre est plus jolie, maisAlcyone a plus de sentiment j Alcyone est plus sensible, mais Celeno semble avoir été formée par la main des Grâces. J'offris mes hommages à la beauté, Je dis quelques folies à la seconde, je soupirai auprès de la troisième, et je laissai mon cœur à la fille des Grâces.

i> Lorsque j'eus percé quelques millions de myriamètres au-dessus deSyrius , je trouvai une atmosphère nouvelle , un air plus frais , une lumière plus douce, un horizon plus serein.

J'avais vu dans toutes les constellations quelque chose qui rappelait toujours les erreurs de la terre comme on trouve dans les faubourgs l'image des vices qui régnent dans les villes. Mais dans ce séjour élevé au-dessus de tout ce

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que les télescopes de la terre peuvent observer, je sentis mon ame s'épanouir et s'harmonier avec tout ce qui existe de beau clans ce séjour céleste.

» Ce fut là que je vis les entans de l'imagination se jouer dans les vapeurs de mille brillans météores , les enfans des Grâces el des Muses occupés à dessiner et à décrire quelques-uns des traits de cette beauté divine qui les pénètre et qu'ils imitent; les enfans de l'harmonie inspirés par Dieu lui-même , et chantant ses louanges sur des harpes d'or au miUeu des chœurs d'archangesj et les enfans de Flore assis sur un parterre émaillé de fleurs naissantes et observant les phénomènes de l'amour végétal; et les enfans d'Uranie traçant sur les nuages la marche des cieux qui •brillent sous leurs pieds; et vous, femmes adorables, qui vous êtes immortalisées en aimant , en peignant sur un

papier insensible la douceur et le besoin d'aimer.

» Tout ce qui a aimé sur la terre , et qui a associé à ce besoin l'innocence des plus douces vertus ; tout ce qui a pu , au fond des ténèbres terrestres , dérober quelques traits de cette lumière et de celte justice divines, et les enseigner aux hommes- tout ce qui a pu harmonier ses paroles et ses pensées à ce divin modèle , et concourir au bonheur de ses semblables, occupe dans ce séjour les premières places.

» C'est là que tous les genres du beau viennent se réunir et se confondre dans un type unique , dont l'exemple et le régulateur est Dieu lui-même, qui a voulu que le vrai beau fût la vertu dans l'art de vivre , la prudence dans l'art de gouverner , la proportion dans les beaux-arts j et quant à l'amour qu'on doit à sa famille, Dieu n'y a pas voulu

de règle ; il a voulu qu'on s'y abandonnât tout entier^

» Là n'existe point cet instinct grossier qui fait que les mortels replient toute leur activité sur eux-mêmes 3 là, au contraire , toutes les affections sont en dehors j et telle est la sympathie de ces justes vivant dans la lumière, qu'aimer autrui c'est s'aimer soi-même, parce qu'il y a un flux et un reflux éternels entre tous les cœurs , et qu'il n'y a qu'un désir, celui d'aimer j une seule inspiration , celle d'adorer Dieu ; un seul besoin , celui de le chanter.

» M le doux frémissement éprouvé sur la terre par les jeunes mortels lorsqu'ils entendent le premier aveu de l'objet aimé , ni les transports d'une mère qui revoit son fils échappé à un combat sanglant , ni le bonheur de sauver une famille entière des horreurs du besoin , ni la noble jouissance de se

vaincre soi-même, de fouler aux pieds ses passions, et d'accabler ses ennemis de bienfaits ; ni le recueillement de cette douce joie qu'éprouve un père au sein d'une famille heureuse sous ses lois... toutes ces félicités de la terre ne sont que des ombres fugitives auprès de cette éclatante lumière dans laquelle une extase éternelle est l'état habituel.

» Dans ces régions éthérées , Dieu permet quelquefois qu'on l'aperçoive sous des formes sensibles , et qui se rapprochent un peu des formes humaines. Vous voyez alors devant vous une immense colonne de lumière dont le sommet se perd dans les cieux , et dont la tète radieuse annonce la force et la puissance; une seconde colonne, égale dans sa hauteur et dans ses proportions, s'élève à côté de la première , et sa tête est toute brillante d'affection et d'amour

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La troisième colonne , égale aux deux autres , n'en diffère que parce que la figure étincelle d'esprit et d'intelligence; et ces trois formes célestes, quoique distinctes, n'en forment qu'une , se confondent l'une dans l'autre, de manière que ce tout divin a les attributs de chacune de ses parties , et que chacune d'elles porte le caractère du tout. . . El c'est ainsi que la puissance est toujours aimante et intelligente, que l'amour est toujours puissant et intelligent, et que l'intelligence est également douée d'amour et de puissance.. .

Et c'est par sa puissance que Dieu précipita autrefois les anges rebelles , et qu'il châtie tous les jours les méchans ; et c'est par son amour qu'il pardonne à la faiblesse qui ne le comprend pas , et qu'il a consenti à se revêtir des formes humaines et à s'immoler pour le salut des hommes; et c'est par son in-

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telligence qu'il gouverne les mondes et qu'il ^^eille aux destinées de tout ce qui respire dans ce million de globes qui ne sont que les lampions qui éclairent le vestibule de son palais... »

Ici M. le vicomte s'arrêta comme oppressé par le sentiment qu'il éprouvait : on lui fit respirer de l'étlier; et lorsqu'il eut recouvré l'usage de ses sens et repris haleine , il continua ainsi son récit :

« Il y avait déjà plus de vingt-quatre heures que mon esprit voyageait dans les régions célestes , et qu'il s'y enivrait à longs traits de cette félicité dont on n'a aucune idée sur la terre , lorsqu'on ouvrit les portes de la chambre dans laquelle j'avais laissé ma dépouille matérielle. On courut aux cassolettes , qui brûlaient encore, et on se hâta de les

éteindre; on souffla les lampes, on ouvrit les fenêtres , on jeta dans la rue les torrens de madame Guy on, qui étaient dans mon lavabo j on me frotta comme un asphyxié , on me fit respirer des essences, et les premiers mots que j'articulai furent ceux-ci : « Mon corps est « à l'amphithéâtre , mon ame est au ï> Cielj laissez-la, s'il vous plaît, con- « tinuer son voyage. « On me répondit qu'il était temps qu'elle prît du repos, qu'elle devait être fatiguée d'une course aussi longue , et qu'elle allait rentrer dans son ancien logis.

« En effet, on ouvrit un étui phosphorique , on l'appliqua sur mon visage , et à l'instant même j'aperçus la flamme que j'avais vue la veille voltiger autour de mon nezj et mon portier, présent à ce traitement , voyant cette lumière pénétrer dans mon intérieur, m'annonça , suivant l'usage de l'hôtel ,

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en disant: « Voilà monsieur le vicomte » qui rentre. »

» Je me tâtai long -temps pour savoir si j'étais l'homme de la veille , et je reconnus en effet une identité personnelle incontestable, mais embellie, mais dotée d'un génie particulier de résurrection ; de ce génie dont furent autrefois doués Hercule , Orphée , saint Ignace, et plusieurs autres mortels chéris des dieux.

» Je m'habillai, je me présentai devant une glace , et je trouvai que mon voyage avait donné à mes yeux vme expression singulière , à toute l'habitude de mon corps une odeur d'empyrée , et enfin à toute ma personne un je ne sais quoi d'indéfinissable qui , en m'annonçant que j'étais toujours le même , m'avertissait cependant que j'étais bien différent de la veille.

Je sortis , j'entendis la messe à Saint-

Roch , je pris im bain chez Vigier, je déjeunai chez Tortoni , je pris du café chez Corrazza , et je me rendis à l'Institut pour l'entretenir des découvertes que je venais de faire dans mon voyage. » Je passai devant la salle des Quarante ; j'entendis le son aigre des varlopes avec lesquelles on y polit , on y amincit tellement les productions de l'esprit , qu'on ne leur laisse qu'une élégance diaphane. Je m'entretins avec plusieurs appareilleurs de diphtongues, gens d'esprit à qui la pudeur académique interdit le péché du génie. Je fus à la classe des inscriptions et belleslettres ; on y était occupé à brûler le pavois de Pharamond et à remplir la phiole de Clovis. On exécutait une chacone à la classe des beaux-arts. Rendu enfin et introduit à l'académie des sciences : « Messieurs , leur dis-je , je viens de faire un long voyage. Dieu a

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permis que je fusse initié dans tous les mystères de la nature. Il a soulevé pour moi le voile qui vous les dérobe. Enveloppés dans les ténèbres de la vie humaine , vous interrogez , et on ne vous répond pas. Vous allumez un.e bougie , et au moment où une cause première semble vous apparaître , les vapeurs de la terre éteignent la lumière , et elles vous couvrent de leur ombre épaisse. Pour voir distinctement, pour comprendre quelque chose, il faut percer son enveloppe , sortir de sa prison, et s'élever jusqu'auséjour céleste. Vous ne sauriez croire combien on rit au firmament de toutes les peines que vousprenez et de toutes les imaginations auxquelles vous vous livrez. Vous avez vu sauter des cuisses de grenouilles, et vous avez créé le fluide galvanique j vous avez vu étinceler des pointes métalliques , vous avez été

LE SPIRITUALISTE. aig

vous-mêmes étincelans, et vous avez créé le fluide électrique; vous avez observé la tendance de ces corps , qui , courtisans assidus du pôle, tournent toujours vers lui , comme un député du centre tourne autour d'un ministre , et vous avez créé le fluide magnétique ; ne concevant pas comment des volontés parties du cerveau parviennent à l'instant même jusqu'aux extrémités de nos muscles, vous avez , pour faciliter la marche de ces invisibles estafîettes, créé le fluide nerveux ; vous avez remarqué que tout ce qui échauffe n'éclaire pas, et que tout ce qui éclaire n'échauffe pas; et de cette observation il est né deux autres fluides, le calorique et le lumineux. Il y avait autrefois quatre élémens; et comme si ces quatre grandes sottises n'étaient pas suffisantes pour satisfaire l'appétit des cervelles humaines , vous avez voulu

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qu'il y en eût cinquante; à chaque embarras que vous éprouvez, vous créez un nouvel élément ou bien un fluide nouveau , comme ces anciens astronomes qui, voyant apparaître sur l'horizon un nouvel astre , créaient à l'instant même un nouveau ciel dans lequel il pût tourner à son aise. Que dirai-je de ce nouveau fluide qui , parlant de chacun de nos organes et se rendant dans un réservoir commun pour perpétuer notre espèce , devrait faire , s'il existait, du genre hamain unç classe hermaphrodite , et laisser la postérité des aveugles et des manchots sans vue et sanspoignets; et de ce système des œufs, qui suppose un emboiîement poussé jusqu'à l'infini? Je l'avouerai, quelque respect que je porte d'ailleurs à notre grand'mère, et quelque idée que je puisse me former de la capacité de ses ovaires, je le dirai avec franchise , le genre hu-

LE SPIRITUALISTE. mî

main tout entier n'a pas dû s'y trouver fort à l'aise. Et ici, je prends la liberté de vous le demander à vous-mêmes , comment, messieurs, se reproduisentils? Comment mesdames conçoiventelles? Est-ce virtuellement ou abstractîvement? Serait-il vrai que mesdames pondent et n'accouchent pas ? Quel rôle jouent messieurs dans ce grand tout ? Il n'y a dans le monde qu'un mystère et qu'une difficulté , vos systèmes en font naitre mille. 11 n'y a au monde qu'une matière et qu'un mouvement , et en multipliant les moteurs et en subdivisant la matière , vous jetez l'intelligence humaine dans les tourbillons , et vous la noyez dans les fluides. » A. ces mots, M. le chancelier de l'Académie m'interrompit en me disant :

« Monsieur , la compagnie délibérera. » Ensuite il se leva , et après avoir parlé mystérieusement à plusieurs de mes-

sieurs, il me reconduisit avec beaucoup de politesse jusque sur l'escalier.

En sortant de l'Institut je trouvai un jeune homme d'une mise très-propre, qui m'aborda du meilleur ton, et me dit avec une civilité affectueuse : « Vous vous portez mal , vous avez besoin de prendre l'air , venez avec moi passer quelques jours à la campagne j on aura grand plaisir à vous y voir. Je connais un aimable seigneur qui a son château à l'extrémité de l'un de nos faubourgs, et qui se fera une fête de vous recevoir. » Nous partîmes, nous traversâmes le faubourg Saint- Antoine , et à 5o kilomètres de distance, nous arrivâmes à notre destination ■*'.

» Le maître du château était un petit bossu à épaules plates, à jaquette noire,

* Charenton.

portant l'oreille rouge et le nez haut , jouant fort bien les manteaux, et chantant avec i^oùt les tabliers. Sa politesse était parfaite , mais son goût extrême pour la propreté avait cela de gênant, qu'il exigeait que chacun de ses hôtes se baignât deux fois par jourj et la crainte qu'il avait qu'on ne fût pas suffisamment nettoyé était telle , qu'il leur demandait la permission de les placer sous une sorte de verseau qui répandait sur toute l'habitude de leur corps une onde salutaire et cristalline. C'est à cette condition qu'on était reçu dans son château j mais à cela près on était chez lui à merveille. Le parc et les jardins étaient pleins d'agrémens.

Je me hâtai d'aller les visiter et de jouir de la magnificence du site et de la douceur de la saison.

» Je trouvai dans un bosquet de jasminoïdes une femme d'une grande beauté

qui jouait de la mandoline. Il me sem • bla voir Erato elle-même tirant des accords de sa Ijre. Il y a dans la sympathie des âmes un instinct secret par lequel elles se devinent en attendant qu'elles puissent se confondre. Le feu brûlant des regards de celle beauté se trouva en harmonie avec la flamme étincelante des miens. Sans nous être rien dit , nous nous étions déjà compris. Je l'abordai, nous causâmes sur l'empressement des deux rivières (la Seine et la Marne) qui venaient de si loin , lui disais-je , pour se réunir , et sur le bonheur qu'elles avaient de mêler leurs eaux sous nos yeux et au pied du châteauj comme pour donner une leçon et servir de modèles à ceux et à celles qui l'habitaient. « Hélas , me dit-elle, je crains bien que mon grand - père ne néglige beaucoup trop ces eaux : il a de si grandes affaires à surveiller ! — Mon-

sieur votre grand-père est sans doute directeur général de la navigation de ces deux rivières? — Mais point du tout.

— ^11 est peut-être chargé de l'entretien des digues et des écluses, ou de la perception des taxes? — Pas un mot de cela; mon grand -père a la surintendance de toutes les eaux qui couvrent la terre j il souffl e les tempêtes et ramène le calme ; il est la Providence et l'efiVoi des matelots , et mes sœurs , ses petitesfilles , sont chargées d'annnocer aux navigateurs ses volontés suprêmes, — Quoi! serait-il vrai, princesse? — Mais oui sans doute ; vous ne savez donc pas que je suis la septième Pléiade qui a disparu du ciel il y a déjà plusieurs siècles? Une comète entra dans la constellation que nous formions, mes sœurs et moi, sur le cou du Taureau. Maya, ma sœur aînée, fut étrangement maltrai tée par une barbe brûlante que portait

la comète. Je me sauvai comme je pus sur sa queue, de là je suis descendue portée par une aurore boréale sur le mont Hécla , et j'attends le rétablissement de madame Blanchard pour me transporter sur le premier arc-en-ciel , et aller ainsi rejoindre mes sœurs, qui ont besoin de moi pour que je partage leurs travaux. — Aimable fille de Neptune, lui répondis- je, je viens de quitter vos sœurs divines; je leur dois les instans les plus délicieux de ma vie. J'ai laissé mon cœur à Cyrano, mais c'est n'être pas volage que le reprendre pour le mettre à vos pieds . En vous l'offrant, j e demeure toujours fidèle aux Grâces.

» — Grand prince, me répondit-elle, on voit bien que vous descendez de fort haut , car vous sentez prodigieusement l'éther. — Et vous , princesse , vous êtes pénétrée de ces gouttes célestes que Hoffman, comme un nouvel Icare ,

a ravies au séjour de vos sœurs. Je sens que vous en nourrissez votre substance étliérée..Voulez-vousbien permettre.. »

Je m'approchai beaucoup... Nos parfums, qui étaient les mêmes , nous attirèrent., nos souffles se confondirent... mes genoux tremblèrent. . .

mon nez devint lumineux... et je crus que j'allais recommencer mes voyages.

Mais je ne sais quel charme secret me retint en ce moment sur la terre , et je sentis qu'après avoir quitté à Paris son enveloppe matérielle, il n'y avait rien de plus doux que de la retrouver à la campagne aux genoux d'une Pléiade. «

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