‹ Voyage dans la vallée des originauxChapitre 3 sur 12 · T. II · texte numérisé non relu

T. II

5o PLAISIRS D'UN GRAND SEIGNEUR ])reuvage qui nous assoupit , et nous ne nous réveillâmes que lorsque nous entendîmes une voix semblable à celle de Dérivis qui nous criait : « Caron t'appelle ! » La barque arriva ; nous débarquâmes en un instant sur l'autre rive ; nous y trouvâmes un Pluton fort aimable et des diablesses charmantes; chacune d'elles exhalait par la bouche, par le nez, par les oreilles , et par tous les organes que le ciel a départis aux diablesses comme aux mortelles , des bouffées d'hydrogène sulfuré . Proserpine s'approcha du comte, l'enveloppa avec des couleuvres de soie , et le pressa si vivement qu'il en était suffoqué. Lorsque M. le comte fut délivré, nous observâmes que sa figure conservait l'empreinte d'une midtitude de baisers stygiens formant des cercles noirs , d'un diamètre égal à celui d'un sou de cloche.

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Nous sortîmes de cet éloufïbir, nous débouchâmes dans une forêt composée de myrtes et de peupliers ; nous y trouvâmes une foule de bienheureux ivres de l'ambroisie céleste et trébuchant sur leurs jambes , et une troupe de bienheureuses en corset et en jupon court , se promenant nonchalamment , cherchant à réveiller les endormis, et elles disaient en bâillant : « Ah ! qu'on s'ennuie ici * ! w

^ 11 est probable que le seigneur russe dont il est ici question avait assiste à la fètedonne'e dans un clii^teau situe aux environs de Paris pour l'anniversaire de la naissance de l'un des plus excellens et des plus magnifiques seigneurs de l'empire français. Le seigneur russe en a reproduit tous les de'tails dans son paysage suisse, en y ajoutant les accessoires que la nature des lieux comporte. Plus de six cents personnes qui assistèrent à la fête française qui fut donnée sous la direction de l'un de nos peintres les plus spirituels pourraient attester au besoin que les diverses scènes décrites dans cette relation ne sont nidlement exagérées , quoiqu'elles semblent appartenir à la féerie.

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En débouchaiiides Champs-Elysées , îious iroiu^âmes un escadron de baudets inagnîfiquenienl harnachés; selles à l'anglaise , brides en cuir de Russie , housses en maroquin de l'Orient, caparaçons andalous , rien ne manquait à leur toilette ; ces ânes étaient charnians. M. le comte chausse ses éperons , endosse un autre vêtement , et quand il fut sur sa bête : «Francs ânes de Montmartre, gentilles ânesses de Montmorency!» s'écria-t-il ; et il se trouva tellement oppressé par le souvenir des promenades qu'il avait faites sur ces douces montures dans la forêt qui porte le nom du premier baron chrétien , qu'il ne put jamais achever sa phrase. Après une heure ou deux d'une marche égayée par tous les lazzis obligés dans de telles chevauchées , nous parvînmes au pied du glacier , et nous vîmes sortir de leurs huttes de petits

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hommes et de petites femmes au teint blafard , aux cheveux de filasse , et aux yeux de perdrix qui nous haranguèrent en glapissant , après quoi ils rentrèrent dans leurs trous , laissant l'air infecté par l'odeur de l'huile de poisson.

Nous descendîmes jusqu'à mi-côte, et nous pénétrâmes dans une plaine fertile par la brèche d'une grande muraille, à l'extérieur de laquelle nous aperçûmes une horde de Tartares qui menaçait le pays d'une prochaine invasionj et dans l'intérieur une jolie bourgade ornée de kiosques , de pagodes, de jardins, de terrasses, dans lesquelles étaient assis sur leurs jambes , comme des tailleurs, une troupe de magots jouant au bilboquet , tandis que leurs femmes faisaient passer leurs nez carrés et dirigeaient leurs yeux ronds au travers des jalousies poiu' nous voir passer.

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Un mandarin, vêtu d'une longue robe de soie , et accompagné d'un certain nombre de lettrés , vint nous haranguer en langue chinoise , et en même temps il nous invita à accepter chez lui un festin. Comme nous étions à jeun , nous acceptâmes de grand cœur , et nous nous disposions à franchir le seuil de sa porte et à nous mettre à table , lorsque son excellence chinoise nous représenta qu'elle nous portait trop de respect pour nous adresser une invitation si brusque j qu'elle devait auparavant nous écrire vingt-deux lettres, nous faire vingtdeux visites a quelques jours de distance l'une de l'autre j et que lorsqu'elle aurait ainsi rempli les formalités prescrites par le cérémonial chinois , elle espérait que nous lui ferions l'honneur qu'elle ambitionnait , et qui se trouvait ainsi ajourné jusqu'à l'année suivante; et sur ce il rentra chez lui et ferma sa porte en dedans.

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Mais un Arabe qui était à notre suite ayant voulu escalader la terrasse de son jardin pour y prendre sa part d'un piiau qui avait fort bonne mine, le mandarin sortit avec ses gens , présenta à l'Arabe ses excuses les plus respectueuses , le fit saisir et lier, et lui fit administrer vingt-cinq coups d'étrivières avec une grâce et une politesse qui firent l'admiration de tous les assistans , le patient poussant un cri , et le mandarin tirant une révérence à chaque coup.

Nous descendîmes de nos montures.

Monseigneur endossa un costume grec , et il exigea que nous fissions en quadriges notre entrée dans la ville de Minerve. Les archontes nous attendaient sous un portique décoré de rubans et de guirlandes. Une théorie de prêtres et de pontifes nous accompagna

processionnellement jusqu'au temple de la Vierge; on y officia ce jour-là en. grande tenue. Athènes était alors dans sa plus brillante époque. On nous présenta successivement Socrate , Alcibiade , Périclès, et nous trouvâmes Aspasie auprès du trépied des Grâces.

Nous visitâmes rOdéon et l'édifice qu'on nomme Lanterne de Diogène. Lorsque le cynique aperçut M. le comte, il souffla la bougie de la sienne. Nous allâmes bâillerdans les jardins d'Acadème; nous mortifier au Portique , nous rafraîchir sur la Tour des Vents; après quoi nous montâmes par les Propylés jusqu'à la citadelle , du haut de laquelle nous aperçûmes un étang que l'on nous dit être la mer Egée, Nous nous embarquâmes au Pyrée , et nous prîmes terre dans un désert où était campée une tribu de Bédoins. Nous nous disposions à aller leur demander des vivres et

l'hospitalité , lorsqu'un escadron de Maures fit irruption sur les logemens et les tables qu'on nous préparait , et nous força à rebrousser chemin.

Après maintes et maintes courses , toujours à jeun (notez bien ce point-ci), nous arrivâmes vers un village suisse ; c'était bien le moins qu'on pût trouver quelques traces helvétiques dans l'un des vingt-deux cantons. Ce jour-là il y avait foire dans le village; buffets, mâts de Cocagne, jeux de bague et loterie de comestibles. Des Ilots de vin coulaient dans un ruisseau au milieu de la foire; nousycourùmes,etnous trouvâmes que ce vin n'était que de l'eau rougie avec du bois d'Inde. La rivière de lait qui coulait d'un autre côté n'était autre chose que de l'eau de chaux , et le ruisseau de miel qui tombait à grands flots

du haut des ruches était composé d'une eau épaissie avec de la résine et teinte avec de l'ocre ; nous aperçûmes au sommet du mât de Cocagne des chapons et des dindes rôtis qui avaient fort bonne mine, mais ils étaient inaccessibles pour nous. Nous tirâmes plusieurs fois à la roue de fortune : nous y fûmes malheureux , et nous n'en retirâmes que des billets noirs. Nous nous décidâmes à monter sur des chevaux de bois pour enfiler à la bague quelques volailles ou cervelas ; mais le garçon du manège retirait les vivres au moment où nous les touchions avec nos baguettes. Il semblait que M. le comte eût d'avance disposé les choses pour nous désespérer et nous faire mourir de faim.

Nous nous répandîmes alors pèle -môle avec tous les gens de la foire j mais nous y fûmes assaillis par des ruades , par des coups de pied et de corne , et

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par rirruptioii spontanée d'un troupeau de moutons qui avaient la fureur de passer entre nos jambes pour nous culbuter.

» Lorsque la foire fut finie , M . le comte appela son intendant auprès de lui.

(( Monsieur Lucas, lui dit-il , combien y a-t-il de mâchoires brisées, de bras et de jambes fracassés dans cette fête? — Un seul Lapon , répondit M. Lucas , en dégringolant du mât de Cocagne , s'est cassé le cou , et un Chinois a eu trois côtes enfoncées dans le mouvement qui a eu lieu lors de l'ouverture des buft'ets. — C'est bien peu pour un si grand jour! » s'écria M. le comte.

En sortant de la foire , nous nous acheminâmes vers l'Ile -d'Amour (et notez en passant que vous ne pouvez vous dispenser d'avoir dans votre jar-

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din paysagiste une île d'amour à rivages escarpés j que si votre île a des liàvres commodes et une langue de terre qui communique avec le continent, appelez - la franchement presqu'île d'Hymen).

Huit cygnes, attelés à un bateau qui avait la forme d'un char, nous aidèrent à traverser l'eau. Une volée de colombes nous servit de guide. Nous trouvâmes l'ile embaumée des parfums les plus suaves. On n'y voyait pas un arbrisseau sans nids de tourterelles, et pas un bosquet sans un couple de pigeons ramiers. Les étourneaux et les lavandières, les hochequeues et les bergeronnettes y prenaient leurs ébats en toute liberté. Les génisses elles-mêmes y étaient sentimentales , les taureaux exhalaient des plaintes galantes , et les bœufs, tout bœufs qu'ils sont, n'y étaient pas sans amour.

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Au centre de l'Ile s'élevait sur des colonnes d'albâtre le temple d'Hymen.

11 était ouvert de tous côtés, et offrait une coupole sur laquelle on voyait les divinités en goguette. Les corniches qui la soutenaient étaient garnies de ])as-reliefs qui représentaient de petits amours, les uns montés sur des sauterelles , les autres traînés dans des chars attelés de papillons ; d'autres naviguaient dans de petites coquilles remplies de mollusques dont ils cachaient les cornes avec leurs ailes ; en sorte que la terre , les airs et les eaux étaient remplis des désordres que produisaient sur leur passage ces petits libertins.

Au milieu du temple s'élevait un autel rustique, sur lequel brûlait le feu sacré dont un couple de colombes avec le battement de leurs ailes entretenait l'éclat et la vivacité. Au pied de l'autel était un jeune enfant au regard malin,

tenant entre ses mains un flambeau ardent , et à côté de lui un adolescent à la figure niaise , à la tournure moile et flasque, portant une bougie dont la pale clarté semblait devoir à chaque iuslani s'éteindre. A la droite du temple était une chaumière décorée de guirlandes, de laquelle nous vîmes sortir à un signal donné une vierge couverte d'un long voile, soutenue par sa nourrice, et accompagnée par ses paranjmphes. Une tente arabe était placée sur le côté opposé, et nous vîmes sortir et s'élancer comme un éclair un jeune homme qui enleva la vierge et la porta au pied de l'autel. Elle y arriva éplorée et mourante. On lui fit respirer une essence conservée dans le temple à l'usage des vierges qui viennent y remplir les formalités prescrites lorsqu'elles veulent cesser de l'être régulièrement. Durant la cérémonie , un chœur de jeunes

liiles entonna un chant qui a le tort de ne pas être grec, mais auquel on ne peut reprocher que celui-là.

Calma ti l'czzosa , niiija , Tu sarai ta sposa dtl Itio Leiic.

Quand les sermens eurent été prononcés sous (es auspices des deux petits garçons , et qu'on eut chanté la cavatine suivante :

cite gusto , che conlento Di ■vcder due cari sposi

Sent ire, senlire

Il primo amore ,

i'épouse , toujours vierge , se déroba aux embrassemeus du mameluckj elle s'enfuyait à toutes jambes , lorsqu'elle rencontra une demi-douzaine de petits enfans qui l'arrêtèrent en lui disant ; « Maman, pourquoi fuis-tu? le marneluck sera notre bon père. »

Après la célébration de ce mariage , M. le comte nous annonça que nous allions nous livrer au divertissement de la pêche. A l'instant même changement de décoration: nous endossâmes

Sarreau de poil de chèvre Et ceinture de joncs marins

Nous arrivâmes dans cet équipage sur les rivages d'un grand étang. Lorsque nous y fûmes étal)lis , un jeune écolier de Château-Thierrj , à qui on donnait par ordre supérieur le titre de vicomte, chanta les vers suivans :

Citoyens de cette onde , Laissez votre naïade en sa grotte profonde ; Venez voir un objet mille fois plus charmant.

Vous serez traités doucement ;

On n'en veut pas à votre vie.

Un vivier vous attend , plus clair que (in cristal • Et quand à quelques-uns l'appât serait fatal , Mourir des mains du comte est un sort qu'on envie.

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Mais le sénéchal répliqua :

Il y faut une autre manière :

La puissance fait tout.

En conséquence , filets^ haliers , tremaillers, lignes flottantes et dormaiite.s, d'entrer en jeu; mais on ne réussissait pas à prendre le plus petit goujon. On présenta à M. le comte un épervier , on lui conseilla de le jeter dans des roseaux, qui formaient une toulTe au milieu des eaux. Il le jeta avec beaucoup de force et de dextérité ; et lorsqu'il le ramena à Itii , il trouva dans les mailles du fdet un joli petit Chinois tout vivant, plongeur de son métier, portant sur sa tête un diadème de coquilles fluviatiles , une anguille pour collier , une écrevisse attachée à chacun de ses orteils , et deux grenouilles vivantes pendant comme des améthystes à se

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deux oreilles. « Ceci a été arrange d'avance, s'écria le comte. — Jetez un second coup , lui répondit-on , et vous trouverez quelque chose de plus fort encore. » L'épervier jeté de nouveau , amena un turbot. « Oh! pour celuici , répliqua le pêcheur , il n'a pas le sens commun. — Dans un si beau jour, et pour un si grand seigneur, les enfans d'Amphjtrite se réunissent aux naïades , » s'écria un professeur de sixième du collège de Lucerne , qu'on appelait impitoyablement Monsieur le baron.

Le son des cors , le cri des piqueurs , le hennissement des chevaux el tout le vacarme d'une grande meute, nousannon cèrent que nous allions entrer enchâsse. A l'instant, nouveau changement de décoration. Tous les pêcheurs devinrent autant de Méléagres. Nous débu--

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lames par des chiens de plaine. Des couples de bassets se traînant sur le ventre avec leurs jambes torses , quêtant et flairant dans toutes les broussailles, s'emparèrent d'un taillis. Mais leurs recherches furent superflues. 11 nous sortit de dessous les jambes une telle quantité de lièvres et de lapins, qu'on les aurait cru réunis en congres pour mettre fin à leurs antiques débats, et contracter entre eux une sainte-alliance. Nous fûmes obligés de les faire partir à coups de pied et de crosse, tant ils étaient familiers • et lorsque l'un d'entre eux apercevait la carabine dirigée sur lui , il s'asseyait sur ses pâtes de derrière, passait celles de devant sur ses moustaches , et semblait nous inviter à lui faire l'honneur de le tirer. Il en fut de même des perdrix , qu'on avait élevées dans des volières. Elles planaient sur nos têtes comme des

alouettes pour nous procurer le plaisir de les tirer au coup du roi.

Fatigué d'un plaisir si facile, M. le comte demanda les chiens à courre.

On fit le bois , et les limiers eurent bientôt éventé un ours qui vint poliment à notre rencontre , et se mit à danser sur un bâton , comme il avait coutume de le faire lorsque son cornac le promenait dans les villages suisses.

Néanmoins , la dignité de Monseigneur eût Gté compromise si on ne lui eût pas oftert la pâte de l'innocente bête. Pour présenter cette pâte , il fallait la couper; l'ours ne se le fit pas dire deux foisj il la céda, et il s'en alla comme il put sur les trois autres qui lui restaient, jusqu'au moment oii Monseigneur lui ferait l'honneur de l'appeler pour faire les frais d'une curée chaude au flambeau. Véritable plaisir de prince ! . . .

On lâcha ensuite dans les airs un faucon privé; et comme il ne se pressait nullement de chasser et de descendre , on le tira par une ficelle , et ce fut par ce moyen qu'on le détermina à faire une descente fort maladroite sur une pauvre poule couveuse qui se dégagea de ses serres toute meurtrie.

M. le comte, mécontent de son grand fauconnier, ditlouthaut: « Je casserais volontiers ma fauconnerie si un grand seigneur pouvait vivre décemment dans ses terres sans le grand et sans le petit vols.

Nous nous embarquâmes sur une rivière toute neuve. Le mobilier en était si frais et les rives si bien peignées , qu'on s'apercevait au premier coup-d'œil que tout cela sortait des mains du fabricant. La flotille chargée de nous

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recevoir à son bord étaii ornée de festons et de banderolles , et les flammes se jouant au haut des mâts, dévelop paient dans les airs les couleurs les plus variées et les plus brillantes. M. le comte monta sur le bateau amiral , plaça son chef d'escadre au gouvernail , ses officiers de bord aux écoutilles, ses pages dans les vergues, et vint lui-même, armé du trident redoutable , se placer comme un autre Neptune sur le gaillard d'avant. Une brise favorable enfla les voiles, la flotille mit dehors au bruit d'un corps de musique nombreux , et.

elle suivit respectueusement le bateau amiral.

En serrant Tune des côtes de cette rivière nous aperçûmes une tribu de sauvages dont le plus grand nombre était prosterné devant un grand serpent, tandis que d'autres interrogeaient avec inquiétude le murmure des fon-

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laines et les bruits qui sortaient des arbres caverneux. Plusieurs de ces sauvages se mirent à l'eau , abordèrent l'amiral, et offrirent à ses adorations un scorpion qu'ils avaient divinisé , et plusieurs grisgris dont ils lui demandèrent l'explication.

Un peu plus bas , nous vîmes une société de bergers gardant leurs troupeaux , couchés nonchalamment sur l'herbe , observant le soleil , et chantant des hymnes en l'honneur du père du jour. Ils avaient donné aux diverses constellations dans lesquelles cet astre suit son coins annuel le nom des animaux domestiques qu'ils gardaient dans leurs pâturages. Nous remarquâmes que ces idolâtres avaient des mœurs fort douces; qu'ils ne disputaient jamais entre eux , parce qu'ils n'avaient pas de sacerdoce.

Nous filâmes quelques nœuds , et nous

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trouvâmes un peu plus loin une colonie issue de celle dernière peuplade, et qui, par suite d'une étrange méprise , adorait les animaux mêmes qui étaient chez leurs voisins l'emblème de la puissance solaire. Ils avaient oublié l'objet principal du culte ; ils ne se souvenaient que de ses signes, en sorte qu'ils étaient continuellement à genoux devant des dieux à quatre pieds ou des divinités à mille pales. Malgré toute l'absurdité d'un tel système , ils usaient entre eux de beaucoup de tolérance , et laissaient paisiblement jouir de toutes leurs libertés d'autres sauvages qui dans la forêt voisine adoraient le gui de cliêne. En descendant toujours la rivière , nous prîmes terre sur une côte où les hommes vivaient en frères et consommaient sur des tables communes de frugales agapes. Ils ne se prosternaient pas devant les bêtes; ils n'interrogaient

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pas des êtres muets et insensibles , ils adoraient le vrai Dieu, le Dieu unique et auteur de toutes choses. « Une étoile s'est levée dans l'Orient , nous dit l'un d'eux , les prophéties sont accomplies ; le libérateur a paru sur la terre, et sa parole a rempli et fécondé le monde.

Adorez notre souverain Seigneur et maître. « Nous nous inclinâmes avec respect lorsqu'on nous présenta le signe religieux, admis par toutes les communions chrétiennes.

Nous nous embarquâmes de nouveau; nous suivîmes le cours de la rivière , et nous observâmes sur une plage un peu éloignée de la première que les frères qui s'y étaient transplantés oubliant tout-à-fait leur première patrie , se querellaient perpétuellement entre eux, et que , s'étant établis sur les deux rivages, ils se lançaient d'une rive à l'autre des flèches dont plusieurs atteignirent nos

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74 PLAISIRS D'UN GRAND SEIGNEUR mâts el notre voilure. Plus nous avancions , et plus leur animosité et leur fureur augmentaient. Ce qui nous surprit beaucoup , ce fut d'observer que les partis ennemis invoquaient le même Dieu et se battaient entre eux sous le même drapeau.

Quelques misérables , intéressés à propager ces horribles querelles pour se donner du crédit et de l'importance , éternisaient la guerre chez ces peuples par de vaines subtilités. Après avoir lâché quelques bordées sur ces pieux effrénés, nous gagnâmes le large, et nous arrivâmes dans une île située à l'embouchure de la rivière. Les partis, lassés de se battre, et honteux de s'être battus si long-temps, pour d'incompréhensibles mystères , avaient fini par s'entendre et se réunir dans cette île. Ils avaient pris le sage parti de recourir à la source primitive de leur culte ,

et ils en avaient écarté tout ce que l'ambition et l'ignorance avaient pu y ajouter. Après avoir soumis leur intelligence à des traditions révérées , ils avaient triomphé de toutes leurs passions , et particulièrement de celles qui sont les plus turbulentes et les plus furieuses , je veux dire les passions religieuses. Le temple qu'ils avaient élevé à la religion chrétienne était ouvert de toutes parts. On n'en écartait que ceux qui disaient : « Vous avez tort , nous seuls avons raison. »

Ici se termina notre voyage.

M. le comte avait auprès de lui, et à son service , un de ces Italiens officieux que l'on nomme à Piome signor abbate j à Gènes cavalière servante , et que l'on rencontre dans toutes les capitales de l'Europe auprès des grands seigneurs, qui les placent entre le sa-

Ion et l'office , afin qu'ils se rendent agréables dans l'un et utiles dans l'autre. Le personnage dont il s'agit était un Bergamasque fort supérieur par son esprit et par ses connaissances à l'espèce a laquelle il appartenait. Il était membre de presque toutes les académies de l'Italie , des moscatelli de Florence , des battigluoli de Pise , des saltarelli de Plaisance , des cicaleri de Monte-Fiascone, des scarafaggi de Pignerol, dcl/cvespcdi Borna, etil comptait encore parmi les dolti de Bologne depuis qu'il avait publié un traité profond sur les mouches. Il avait étudié jes instincts et les mœurs de toutes les familles bourdonnantes , leurs métamorphoses dans les divers âges de leur vie, leurs appétits, leurs façons de se reproduire; et lorsqu'il eut épuisé la matière sous les rapports analomiques* fît physiologiques , comme il était grand

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musicien, il s'appliqua à connaître et même à noter les diverses bruits , fredonnemens et silflemens que font entendre les diverses espèces j et jaloux , comme le sont tous les naturalistes, de créer une nomenclature qui lui fût particulière , il les divisa en haute-contre , ténors, tailles et basses-tailles.

Comme il avait observé dans la ville des Césars des pièces d'artillerie traînées par des puces, et les descendans des Scipion et des Paul-Emile en admiration devant ces insectes , il pensa que la perfectibilité de ces petits animaux étaitindéfinie dans le chant comme dans la gymnastique , et il se livrait tout entier au perfectionnement de leur organe vocal pour y puiser de nouveaux motifs d'harmonie.

Le Bergamasque avait choisi le lieu le plus retiré du domaine de M. le comte , et il avait consacré à chaque

famille bourdonnante un bosquet, ou , si l'on veut, un orchestre particulier. 11 y portait tous les matins les mets les plus assortis à leurs appétits , et les appâts les plus convenables au développement de leur voix. Il prétendait que chaque espèce porte dans son organe vocal un rhjthme , une mélopée particulière qui répond à un besoin de l'ame, qui inspire telle affection , fait naître tel ou tel sentiment, et nous invite par la puissance secrète qu'elle exerce sur nous à les manifester par des chants. C'est ainsi qu'il avait dérobé aux Muses leur antique héritage pour en doter quelques familles de mouches.

Poiu^ nous démontrer jusqu'à quel point de perfection il avait porté cet enseignement singulier , il nous conduisit dans son observatoire , et il termina son cours d'harmonie zoologique dans un bosquet où tous les insectes ,

confondus, exécutèrent un tutti extrêmement bruyant. On entendait parmi les concertans la mouche vibrante , la mouche bombardière , la météorique , la géante, la méridienne, la carnassière , la mouche taureau-volant , et il profita de cette occasion pour se livrer à une improvisation flatteuse en faveur de M. le comte comparant la douceur de ses mœurs au miel de l'abeille , le piquant de son esprit à l'aiguillon de la guêpe , la dignité de son caractère au bourdonnement mélodieux du taureauvolant j mais se sentant assailli et piqué de toutes parts , il sortit de ce conservatoire tout suant et la figure ensanglantée , en disant : « Phébus a beaucoup vieilli , les Muses ont perdu leur empire : favoris des Neuf Sœurs , accourez à l'école des mouches ! »

M. le comte avait encore à sa suite im jeune savant chargé de la direction de son cabinet d'histoire naturelle j un de ces hommes qui n'ont que du talent , de la science et de la vertu , et qui sont ordinairement traités chez les grands seigneurs comme gens sans conséquence. Le jeune homme dont il s'agit était élève du célèbre professeur Virey , celui de tous nos écrivains qui , depuis BufTon , a écrit avec le plus de charme, de dignité et de savoir sur l'histoire naturelle. Le mauvais état de sa fortune avait obligé le jeune élève à accepter ce désagréable emploi auprès du comte j celui-ci l'invita à nous montrer un échantillon de son savoir-faire ; il s'en défendit longtemps ; mais la pensée qu'il était aux gages de Monseigneur vainquit sa répvignance , et le détermina à déférer aux désirs du comte.

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Il nous introduisit dans un cirque où il avait arrange toutes les parties de la matière animée dans un ordre circulaire et comme la nature les a disposées elle-même, en commençant par les mammifères à squelette articulé, descendant ensuite aux animaux à sang froid ayant des branchies au lieu de poumons j puis aux invertébrés , aux mollusques qui changent l'eau en pierre et la pierre en maison d'habitation sous la forme de coquille , de test ou de caparace j aux insectes sans ailes ou ayant plusieurs ailes j puis aux êtres glaireux ou filamenteux , n'ayant d'autre organe qu'un canal intestinal divisé en ganglions dont chacun a une vitalité propre, quoique tous puissent être réunis dans une sorte de vie commune, tels que les hydres et les polypes. De là il passa par une transition presque insensible aux mimoses , qui paraissent aussi ani-

maux que les animaux mêmes , puisque ces plantes sentent , se meuvent , se nourrissent et se reproduisent; et il s'éleva successivement jusqu'au sommet de la vie végétale où se trouvent les arbres à suc résineux qui semblent répondre dans le règne végétal à ce que sont les animaux à sang rouge et chaud dans le règne animal ; et il descendit par une pente toujours insensible jusqu'aux acotylédons , aux moisissures, qui , au premier coup-d'œil , semblent n'être autre chose qu'une sécrétion de la terre, ou une iranssudation de la pierre j et il trouva sur cette limite le sommet du règne minéral , les bissolites de Saussure, les choux minéraux de Tournefort , les végétations minérales qui, allant en se dégradant toujours , nous conduisirent jusqu'aux roches primordiales , jusqu'à la matière brute qui est douée d'une vie latente

qui ne doit se développer que lorsque de nouveaux moules , de nouveaux principes s'en empareront; et c'est ainsi qu'on voyait dans ce cirque la matière s'animaliser , se végétaliser, se minéraliser, se décomposer, pour s'animer de nouveau dans un cercle qui n'avait ni commencement ni fm , comme l'Etre universel dont il est l'ouvrage.

Au centre de ce cercle était une statue colossale dont la figure était voilée, mais dont on voyait le bras étincelant qui semblait répandre dans cette enceinte le mouvement et la vie. Sur le socle de cette statue on lisait cette inscription : Au Dieu inconnu.

» Telle était la circonférence que notre jeune naturaliste nous fit parcourir en nous en démontrant toutes les parties par des êtres vivant, volant, nageant , rampant , végétant ou se miiiéralisant dans une suite con-

Sj PLAISIRS D'UN GRAND SEIGNEUR tiuue de loges, de parcs , de baraques , de cages, de filets, de volières , de viviers, de parterres, de bosquets, de mines et de rochers j nous démontrant avec clarté et précision les ordres, les familles, les genres et les espèces en dégageant la science du fatras des nomenclatures et du labyrinthe des synonymies.

Lorsque nous eûmes fait le tour entier, M. le comte s'adressant au jeune démonstrateur : « C'est bien! c'est fort bien! ceci est fort agréablement arrangé j j'aime fort vos bimanes et vos quadrimanes vos cercopythèques, vos félins, vos sauriens, vos mustelins , vos muriens , vos pachidermes , vos onguiculés , vos édentés et vos essorilles; mais je me soucie fort peu de vos glaireux , de vos gélatineux, de vos annelides , de vos ophydiens et de vos batraciens, et, à parler fran chement, vous auriez

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bien fait de ne placer ici que des singes. — Il n'y a déjà que trop de magots dans le monde , » répondit le jeune savant, en portant un œil fixe sur la figure du Tartare.

Cependant le soleil dorait de ses derniers rayons les hautes cimes des montagnes , et , à l'exception de quelques morceaux de pain-d'épice et de quelques verres de limonade que nous avions attrapés à la foire , nous étions encore à jeun. Nous nous acheminions avec rapidité vers la salle à manger, lorsque nous aperçûmes perché sur un roc un vieillard à barbe grise, qui semblait épier notre retour et nous attendre au passage. « Du pain ! des vivres ! » lui criâmes-nous de toutes nos forces. « Je vous demande pardon , nous répondit-il, je ne puis changer mon rôle; je

ne suis point l'être qui nourrit, je suis le Temps, qui dévore j » et il vint déposer aux pieds de Monseigneur sa faux et son sablier.

Un peu plus loin , nous vîmes sortir mystérieusement d'une grotte une nymphe voilée , vêtue d'une longue tunique , qui dit quelques mots à l'oreille du nouveau Numa , après quoi elle disparut. « Se la "verginella y s'écria le M Bergamasque , ha nel suo hisbiglio » consigliato alla S . S . di menarci à ^^ pranzare , brava la ninfa^ hravis- » siina. — Subito^ subito^ répondit » le comte , al suo commando ; » et en effet, peu de moniens après nous entrâmes dans la salle à manger.

On y avait disposé une table de cent couverts , qui était presque entièrement couverte par un plateau garni d'un gazon naturel, dont plusieurs fdets d'eau jaillissante entretenaient la verdure.

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Ces eaux cristallines formaient des ruisselets qui , circulant au milieu de cette prairie , y formaient de petites îles , se réunissaient dans de petits lacs, ou serpentaient autour de quelques corbeilles de fleurs. De petits cygnes de cristal voguaient sur ces eaux, les poissons dorés de la Chine se jouaient dans les bassins , tandis qu'une multitude de papillons et d'insectes pliosphoriques brillaient de tout leur éclat sur les touffes de verdure.

Jusque-là tout était simple , naturel et charmant ; mais comme il fallait que l'esprit du Tartare perçât toujours l'épiderme russe, Monseigneur avait placé au centre de cette prairie son image très-ressemblante sous la forme d'Apollon travesti en berger, et conduisant un chœur de bergères ; Monseigneur figurant en porcelaine de Saxe, et les bergères en terre cuite. Le coup-d'œil de

cette table était vraiment séduisant j il ne manquait à ce repas que des vivres. Le plateau en occupait tellement la surface, qu'à peine restait-il sur ses bords un intervalle suffisant pour placer quelques maigres assiettes dans lesquelles on voyait des œufs de perdrix à la mouillette, des pâtes d'écrevisse aux champignons, des cuisses de grenouille à la poulette , des filets de mauviettes aux truffes, des ailerons de rougegorge à la purée , des crépinettes d'écureuil, des soufflés, des sautés, des émincés , des escalopes, des croquettes et des darioUes à la génoise , et le plat le plus substiuitiel consistait en quelques brochetées d'ortolans. Une douzaine de convives de bon appétit auraient avalé ce diner en un instant, et nous étions cent convives aifamés qui (lanes obligés de nous nourrir ])ar le nez avec le parfum qu'exhalaient les cassolettes,

et par les oreilles avec le vacarme que firent successivement dans un orchestre voisin les Chinois en soufflant dans des bambous , les Lapons en entonnant des chants ossianiques , et les Suisses en exécutant avec des cornets à bouquin le ranz des vaches.

Assourdis par ce tintamarre, et l'estomac vide, les Anglais disaiententre leurs dents : « No puddings, no rost-beaf, no rhum, no porter; » les Italiens, « JVo galline , no macaroni ^ no frittale , no sorhetti;^i etles Allemands, «Nibœufde Hambourg, ni jambon fumé, ni choux de Westphalie , ni vin de Hongrie. '> Mais les Français leur répondaient ainsi tout bas : « Quand on a l'honneur de marcher sur des semelles de maroquin rouge , on doit mener une vie de sylphe j on ne mange pas, on suce 5 on ne boit pas, on s'humecte les lèvres, on vit de substances aériennes, d'exta-

ses , de tendresse , si on a le cœur sensible; et si on a de la malice dans l'esprit, on se nourrit des ridicules dont on est l'heureux spectateur. C'est là le dîner le plus friand qu'on puisse offrir à des Français , et on doit cette justice à notre hôte , qu'il nous donne dans ce genre le service le plus complet. »

Nous nous levâmes de table , nous fîmes un tour dans les jardins 3 et comme il était fort tard , ou nous annonça qu'il y aurait dans peu d'instans grande réception chez M. le comte, et que la soirée se terminerait par un brillant coucher. Lorsqu'on a assisté aux premières scènes d'un divertissement de Dancourt , on est curieux d'en voir le dénouement , et nous allâmes nous placer comme spectateurs à ce dernier acte de la farce tartare. Nous y vîmes la contre-partie de la comédie du matin. Les serviteurs alla-

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chés au service de Monseigneur s'emparèrent de sa personne , le dépouillèrent de ses vêtemens, le revêtirent de sa robe-de-cliambre , lui chaussèrent ses mules ; et quand il fut dans cet équipage , il se mit à courir d'un bout de l'appartement à l'autre. «Messieurs les Anglais , les Suédois et les hommes du Nord , dit-il , qui m'avez fait aujourd'hui l'honneur de me visiter dans ma petite chaumière , daignez recevoir mes actions de grâces. Vous vous êtes beaucoup promenés, vous avez besoin de repos, et en conséquence j'ai chargé mon maréchal- des -logis de conduire vos excellences dans mon village lapon pour y passer la nuit. Que la sauvagerie du nom et les formes extérieures des huttes ne vous rebutent point. Vous trouverez dans leur intérieur des appartemens très-frais , des couches douillettes, un mobilier commode. M. Lu-

cas a pourvu avec intelligence à tous les besoins. Messieurs les Italiens auront la bonté d'aller coucher à la Chine, et messieurs les Espagnols sous la tente de mes Arabes. Quant à vous, messieurs les Français , vous irez prendre vos logemens à Athènes. Aspasie vous attend.

Elle a chez elle une grande soirée j mais je plains Alcibiade , il trouvera en vous de dangereux rivaux. Quant aux dames françaises , elles occuperont cette nuit dans la ville de Minerve l'ancien palais des Vestales. On ne doit point craindre que le feu sacré s'éteigne , lorsque de si aimables mains se chargent de l'entretenir.»

Et sur ce, M. le comte de Gorouski-o- PatazhoiF quitta son haut-de-chausses, en disant: « Messieurs, vous voulez bien permettre? » sauta dans son litj etlorsque tout le mondefut retiré, ilsonnases gens. « Monsieur Lucas, dit-il , allez-moi

quérir les Muses. — Monseigneur , amènerai -je Apollon avec elles? — Non, monsieur Lucas, non, vous disje^ qu'Apollon resie sur le Pinde, qu'il enchante le sacré vallon des sons de sa Ijre, tandis que les Muses me berceront. »

9i LE CHATEAU

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