LES FAUVETTES
i< J'ai rendu aux dames , durant un demi-siècle, un culte religieux; et, devenu iniirme à leur service , j'imite aujourd'hui ces vieux idolâtres qui , les yeux fixés sur de vaines images, adorent toujours et ne sacrifient plus. J'ai loug-temps cherché parmi tout ce que la nature forma de plus aimable quelque chose qui pût me rappeler mes anciennes idoles , et je n'ai rien trouvé qui ressemblât plus aux femmes que les fauvettes. Dans les deux espèces, même élégance, môme légèreté, même vivacité, môme babil, môme constance dans l'incubation, même attachement pour les nouveau-nés, dirai-je même fidélité dans les amours? C'est aux époux
des dames et aux mâles des fauvettes à répondre.
» Mais ce qui ajoute encore à la ressemblance des portraits, c'est que les deux espèces se laissent également piper au miroir, au lacet, à la fossette , au fond des bosquets les plus solitaires, derrière les charmilles les plus épaisses, le matin sur des tapis de verdure, le soir au bord des plus limpides ruisseaux.
a Lorsque le printemps et les zéphyrs arrivent, fillettes et fauvettes doivent se tenir en garde ; les oiseleurs et les galans tendent de tous côtés leurs filets, etils prennent aux mêmes trébuchets les Sj-lvies emplumées et les Sylvies en jupon. C'est en vain que les unes laissent leurs plumes dans les pièges, et les autres leur innocence, rien n'avertit les imprudentes; et lorsque la raison leur conseille de s'arrêter , la saison nouvelle
dit aux unes qu'elles ont des ailes pour voler, et aux autres qu'elles ont des cœurs pour les donner.
» J'ai réuni dans cette volière toutes les espèces de fauvettes , afin de réchauffer en moi des souvenirs qui , sans elles, se refroidiraient. J'ai du plaisir à les voir, à les nourrir, à les entendre. J'assiste à leur toilette , à leurs repas , à leurs amours; et lorsqu'elles se baignent je me tiens à côté de la baignoire. Cette sjhia alpina me rappelle la bergère des Alpes qui me fut chère , et dont la chaumière était située tout près du nid de l'oiseau; la sylvie des joncs, autrement sjlvia arundinacea , me rappelle les jolies paysannes que j'ai vues dans les marais de Flandre et de Hollande.
» La syU'ia Jlarnmœa est l'image de l'ardente créole des Antilles, et la sjlçia casta celle de la jeune novice ré-