‹ Voyage dans le FinistèreChapitre 79 sur 159 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Mœurs, Usages, Superstitions, etc.

Nous (ourlions an moment où la vieille Armorique ne sera plus qu'un souvenir. IMji l'en)' preiole antique qui la frappait an coin «lu passé s>ffa< e chaque jour. Le commerce, les intitulions rnmniunatet , les école», et surtout le recrutement , tendent à faire disparaître le caractère primitif de notre province, et nous touchons sans doute à l'époque où ce sera , comme toutes les autres parties de la France, une contrée' axant pour règle morale le code pénal, pour croyance le procureur du roi , et pour prêtres les gendarmes. Notre opinion est que la population aura peu à gagner de ce changement sous le rapport de la probité et du bonheur. Nous préférous, nous l'avouons, notre paysan tel qu'il est, avec ses wres ei son in'in rv 1 1 ^; i i*ti \ . an |>r<>iruin* tiriur»', mais non éclairé, qui a mis de coté toute foi, et n'a plus d'autre barrière que la crainte de la prison ou de La guillotine. Tant qu'une religion n'aura pas élé constituée pour le peuple, Util qu'on ne lui aura (us dressé un autel devant lequel il puisse retremper son am« ci la poriflrr, nous déplorerons la chute des croyances chré-

j-lus que nous ii appelle La civilisation dans les provinces arriérées; mais la civilisation ne se i^iiDif pas à nos yeux par un maître d'école et un conseil municipal : La civilisation, c'est le «lévrloppenienl progressif de l'élément moral , intellectuel et industriel d'une population; la

I civilisation doit avoir pour base première troi> assise» sur lesquelles on puisse construire l'avenir: une croyance, une science, une association. Sans ces trois pierres fondamentales rien de solide ne peut être élevé. On pourra bien accroître l'adresse de l'être viciai actuel, pallier ses inllnuilés, Ini mettre une ïambe de bois s'il Imite , un bras artificiel s'il e>l manchot; nuis on n'arrivera pas a lui donner le complet développement de ses facultés, si l'on ne change complètement son hygiène morale et ph\>ique. Il ne s'agit pas seulement de l'instruire, son éducation est a faire. Ce n'e%t point perfectionner les iuslrumens qu'il dut, c'est changer les méthodes. Apprendre a lire au peuple est bon sans doute, mais une foi» qu'il le saura, ou «m le litre que tous lui donnera ? ou est le nouvel évangile que voos lui présenter ez ?

Vous lui livrerez des traités de géométrie, de chimie, d'arithmétique; c'est bien, vous en lerei ainsi un bon ouvrier, un commerçant habile; mais l'homme, mais le ritoyen! Agir sur le peuple comme vous le (ailes, ce n'est point civiliser, c'est rarrauger, c'est traiter l'ordre social comme une mécanique dont ou graisse les rouages sans changer le système. La mécanique pourra aller plus vile et faire moins de bruit, mais elle ne sera ni pins solide ni meilleure.

Si nous exprimons ici ces opinions, qui peuvent sembler étrangère» à notre sujet, c'est que nous

avons -voulu formuler clairement d'avance notre pensée, afin que l'on puisse nous comprendre parfaitement lorsque nous parlerons de l'état du Finistère et des essais d'émancipation sociale qui ont été ou qui pourront y être tentés.

Le Finistère résume à lui seul ce qui nous reste de la Bretague. Les Côtes-du-Nord et le Morbihan ont subi en partie cette francisation qui a déjà envahi depuis long-temps l'Ille-et- Vîlaine et la Loire-Inférieure, notre département est le seul qui ait conservé presqu'enlier sou caractère antique. On conçoit dès-lors combien il doit être intéressant à étudier.

In double cachet marque le Finistère dans ses mœurs, dans ses habitudes, dans ses monumens, dans ses paysages : le cachet celtique et le cachet chrétien.

Tout le monde sait que notre département faisait partie de l'ancienne Armorique, habitée par les celtes. Il est probable v que les lieutewros de César pénétrèrent dans le Finistère lorsque celui-ci conquit les Gaules. En tous cas, les peuples qui habitaient ce territoire prirent part à la guerre, en envoyant des secours aux autres peuples qui combattaient les romains. Pins tard, la Bretagne ayant été conquise par Maxime et Conan-Mériadec , qui venaient des Iles Britanniques, le Finistère se trouva inondé , comme le reste de l'Armoriqoe. par les soldats bretons de ce dernier. Conan- Mériadec leur partagea le territoire, et les liabitans primitifs devinrent des colons ou serfs, tandis que les vainqueurs formèrent la noblesse.

I>ès le troisième siècle, le christianisme pénétra dans la Haute-Bretagne, par le ministère de Saiiil-Clair et de ses disciples Rogatien et Donatien; mais le Finistère ne fut apiielé à la nouvelle foi que vers le sixième siècle. Ce fut en 617 que Saint-Pol aborda à Heussa ou Ouessant. Les progrès du christianisme dans notre département furent lents, et l'isolement dans lequel vivaient certaines familles les retint long-temps dans l'idolâtrie. Aussi voyons-nous encore, dans le dix-septième siècle, Michel le Noblelz occupé à convertir des idolâtres sur nos côtes.

Pour vaincre la résistance qu'ils éprouvèrent dans les populations, les premiers apôtres furent obligés de transiger en quelque sorte avec les habitudes dïdolàirie. Ne pouvant détourner les celles de leur culie profane pour

ETC

les pierres druidiques, les fontaines, le feu. ils donnèrent à ce culte un autre objet, une nouvelle signification: l'habitude d'adoration fut conservée, mais on modifia le symbole. Ainsi des croix furent placées sur le haut des menhirs; des saints et des madones furent aux fontaines; les feux allumés en du soleil continuèrent à l'être en commémoration du martyr de Saint-Jean; en un mot, la nouvelle foi trouvant trop de difficulté à renverser les idoles de l'ancienne les baptisa , afin que le 'peuple put continuer i les révérer sans pitié.

Il résulta nécessairement de ce replâtrage religieux un mélange adultère de croyances druidiques et chrétiennes qui s'est perpétué jusqu'à nos jours. Noiis en retrouverons perpétuellement la trace lorsque nous nous occuperons des mœurs, des superstitions et des usages du Finistère.

Nous ne croyons pas avoir besoin d'avertir que tout ce que nous allons dire des bretons de notre département se rapporte aux babitans des campagnes et non à ceux des villes. Dans le Finistère comme partout, les populations urbaines sont des colonies mélangées, modifiées, triturées dans le mouvement perpétuel des affaires et du commerce, qui n'ont conservé aucune trace de leur caractère et de leurs aspérités primitives. Ce n'est que dans la dernière classe qu'il serait possible de retrouver quelque teinte bretonne, encore est-elle altérée par l'influence des classes plus élevées , par la domesticité et l'affaiblissement des croyances. La vraie Bretagne n'est plus que dans nos fermes et nos villages; c'est là qu'il faut l'étudier et la chercher.

Trois nuances fort distinctes sont à remarquer le caractère du paysan fluistérien. Le léonnard diffère du trégorrois, le trégorrois du kernéwote. Le léonnard est grave et lent; le trégorrois gai, leste, sensuel; le kernéwote rusé et paresseux. La différence des humeurs a établi uue sorte de froideur entre ces trois populations distinctes, qui vivent en assez maovais voisinage. Les kernéwotes, plus pauvres que les léounards et que les trégorrois, sont méprisés par ceux-ci , qui raillent leurs vôtemens de toile rousse f leurs pauvres récoltes de blé noir, leurs petites voitures traînées par deux petits

m4eirs , rs»xr.s ,

Ixriif* que précède un maipre cheval. Ils accusent eu outre les lialnians de* montagnes d'être a I rgani <ie la propnue

siprnsTtTKns, ire.

» ft celai que file vos • loupe.

Le* keinévroles se consolent 4e ces «mutions en répétant qu'ils sont les premiers lutteurs de Bretagne; que leurs danses sont les plus gaies, les plus animées , et que leurs flleuses savent les pins beaux guerx qni se chantent dans le pays. Ils raillent à leur tour les habitant de Léon sur leur stupidité morose; ceux de Tréguier sur leur couardise éhonlée. Nais les trois populations critiquent surtout réciproquement leurs baluludes de nourriture et de vètcuens. Les trégorrois appellent même ordinairement les leouoards cof-iot ( ventre de boulliej.

Il eiiste une chanson a**x longue, intitulée Dis/tut* entre un irt'gotroit et un homme de Léon y qui énuwère une partie de ces nations. Nous en donnons seulement ici couplets.

U LKOMARO.

• Vous autres tiêgorroia , vos culottes soi il m

• serrées que vos deux ïambes oot l'air d'être prises

• dans des maillots; votre chapeau est étriqué; hapeau est campé sur «otre tète, et l'on

prendrait pour des soldats.

Ut imicoRnois.

« Et vous , léonnards , vous avei des vêtement ■ qni ont l'air de sacs ; vos cheveux sont épars,

• et vos ebapeaui » oreilles de peur qii ou

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