‹ Voyage dans le FinistèreChapitre 86 sur 159 · MŒURS, USAGES. SUPERSTITIONS , ETC · texte numérisé non relu

MŒURS, USAGES. SUPERSTITIONS , ETC

lemens d*ns les beaux jours de l'été , conduisent à ces fermes qui, noyées dans la feuillée, ne . se font voir que lorsqu'on y est arrivé. Des crU d'en fans )ouant dans l'aire ou se disputant avec des poo» dans la cour , aux étantes , des aboiemens de chien et le battement régulier du ribot , voua avertissent souvent seuls de leur existence, quoique tous n'en soyez plus qu'a quelques pas.

Les fermes brelounes sont habitues par des familles ordinairement fort nombreuses. 11 en est qui ne contiennent pas moins de huit personnes, bien que leur étendue ne dépasse point vingt à trente journaux. Tous vivent sur un pied d'égalité, sauf toutefois la distinction des sexes, dont nous avons parlé plus haut, et l'autorité pairiarehale du chef de famille à laquelle tout doit se soumettre. Pour comprendre comment tant de gens peuvent se loger dans no espace aussi étroit que celui de nos fermes bretonnes , il but savoir que presque toute leur vie se passe à l'extérieur. Ils ne rentrent guère que pour le repas et le soir pour les veillées. Quanta leurs lits, ce sont des espèces d'armoires qui tiennent peu de place , et qui d'ailleurs sont quelquefois superposées l'une à l'autre , de secte que la famille perche par étage , les filles au-dessus du Ht des pareus , les garçons du lit de leurs sœurs; ou monte à K>ur aMer dormir.

l>es femmes s'occupent des travaux du ménage; elles soignent les bestiaux et aident aux cultures à l'époque des grands travaux. Ce sont elles qui préparent les repas. Ils sont habituellement de trois ou quatre au moment de la moisson. Ces repas se composent presque uniquement de bouillies de blé noir, de froment ou d'avoine; de crêpes , de pommes de terre et de lait Les fermiers aisés ont deux fois par semaine du lard et du far de nié noir, mais jamais de bœuf, de veau oi de mouton. Au bord des baies où l'on pêche la sardine, les paysans ont pris l'habitude de se nourrir de ce poisson. Leur boisson ordinaire est l'eau ; en CornouaiUe, ils consomment le cidre qu'ils récolteuL

L'économie des bretons est poussée jusqu'à l'avarice. Sobres dans leur nourriture, simples dans leurs vêtemens, ils aiment à thésauriser et ne comprennent rien au jeu des intérêts que peut produire un capital. Des sommes considérables pièce à pièce, de père en iils, depuis

nombre- de nos fermiers, et celui qui trouverait moyen de rejeter dans la circulation ces trésors inutiles , rendrait uo immense service à l'agriculture et au pays. Du reste, l'avarice des paysans bretons est comme chez tous les gens ignorans,

tiennent jamais aucun compte de leur temps, et emploient une journée entière pour aller vendre an marché use denrée qui ne représente pas la moitié du temps perdu. Peut-être aussi leur erreur de calcul est-elle volontaire à cet égard, et ne veulent-ils pas soumettre au raisonnement une habitude qui leur est douce. Ces voyages à la ville sont en effet une de leurs plus vives jouissances ; ils y trouvent les moyens de satisfaire la seule passion qui puisse vaincre leur parcimonie sévère : l'ivrognerie. 11 est rare qu'ils quittent le marché sans avoir laissé derrière eux soucis et raison chez l'aubergiste du faubourg; mais fidèles à leur caractère d'économie , même dans leurs excès , ils choisissent l'ivresse la moins chère et laissent le vin pour l'eau-de-vie. Nous avons vu des familles entières se rendre ainsi à la ville avec l'iutention arrêtée d'une orgie. La partie était projetée d'avance comme aurail pu l'être un dîner sur J herbe; femmes, enfants, vieillards , partaient joyeux dans la plus grande charrette de la ferme, se rendaient au marché et de là à la taverne, qu'Us ne quittaient qu'à la nuit. Un seul moyis soûl, parce qu'on lui avait imposé d'avance celte obligation, prenant le fouet, tournait les chevaux vers la route à suivre , et la charrette ramenait au foyer la famille endormie et ivre morte.

Si vons concluez de ce dégoùtaui les bretons de notre département sout des soumis à leurs seuls appétits et hébétés par i'ivrovous vous trompez étrangement. Ces si grossiers dans leurs orgies, si sau-

ligence, d'imagination, de poésie. La vie qu'ils mènent daus leurs habitations isolées rappelle celle des patriarches de la Mésopotamie et des arabes des déserts. Allez un soir d'hiver quand la ûlerie est réunie autour du foyer ou dans l'étable , et que le couleur est assis au milieu des femmes attentives; allez écouler leurs traditions, leurs légendes, leurs poésies populaires, et vous demeurerez émerveillés de la richesse

ta prestigieus* naïveté et l'originale rudesse . J'ai fait connaître précédemment quelque» • unes des histoires racontée* dans do* campagnes ei qni nuiieut rouvrit' la trare ou «irtiidi^inc , |e veux ajouter ici quelques-unes des traditions nées de f inspiration chrétienne. A In «ItfT* rence du drame, -dn détails rt de l'altare , on sentira la diversité

« Il y avait autrefois an Poothou une auberge

la façade en «Mail toute blanche. Les aubergistes étaient d'honnêtes gens qui faisaient leurs pàque>. tons les ans, et on n'avait point besoin de compter après eui. Ceux qui passaient descendaient à l'Auberge Blanche, et les chevaux connaissaient si bien la porte de l'écurie qu'ils s'y d'eux-mêmes.

• le rrmjtlitsfitr de toffre ( rai ardi j commencé à rendre les (ours tristes et court s. lin soir que Flocb, le maître de l'Auberge Manche, était à la porte, il s'arrêta près du seuil no voyageur <|iii avait l'air d'un homme d'importance, et qni montait un ttean cheval qui n'était pas du pays II porta la main à son et il dit à l'aubergiste :

. Je voudrais à souper et m moi seul.

• i'Ioch tira sa pipe de sa bourbe et « de dessus m* tète, et il dit :

• ~* sDtcu ^f*u*» Ix/ni^w , nif>fi^ipur « à souper, mais pour une chambre à vous seul, nous ne potnnns mu« en donner . rar nous avons là haut six muletiers du haut pays qui s'en re-

a Redon, et ils ont pris les six tits

• Le voyageur dit alors :

» — Mon Dieu , brave homme, tâcher pourtant que Je ne couche pas dehors Les chiens troment un chenil ; il n'est pas juste que les ne trouvent pat a coucher par ni celui-ci.

• — Monsieur l'étranger , reprit Floeh bien marri, je ne sais que vous dire , sinon que l'auberge est pleine, sauf la chambre muge.

• Mais a res mots lauhergistr >e mit à se gratter la tête et à tremMer ; car il ne pouvait

• — Depuis que je suis a I Auberge Db»< s

», ère- 105 •

dit-il enBo , il n'y a jamais eu que deut nom nu s qui ont couché dans la chambre ronge, et le lendemain leurs cheveux éuient blancs, de noirs qu'il* avaient été la veille.

• Et le voyageur regarda l'aubergiste.

• — Avei-vous donc des roenaus chez tous, brave homme? demanda-t-H.

. • — Alors, a la grâce de monsieur le bon Dieu et de madame la Vierge. Faites-moi du feu dan» la chambre rouge et bassinet mon lit , car j'ai

• L'aubergiste fit ce qui lui était ordonné.

• Quand il eutsoupé, le voyageur souhaita unibonne nuit à tous ceux qni étaient à table, et il monta dans la rhambre rouge. L'aubergine rj u femme se mirent en prière, car leur effroi était grand.

• Cependant l'étranger était armé a l'endroit où il devait coucher, et il regarda autour de lui.

» C était une grande rh.iml>re toute rouge avec de grandes taches luisantes sur le mur, si bien que l'on aurait dit qu'elle avait été barbouillée avec du sang qui n'était pas encore sec. Dans le fond U y avait on lit carré entouré de grands rideaux. Le reste était vide, et l'on entendait le vent qui soufflait tristement dans la cheminée et

■mit* jiy corritiun* «»uiiiiie ir* uMi UrS «HUrs

demandant des prières.

■ l.e xoyageur se mit a genoux, parla tout lias à Dieu, puis se mit an lit sans crainte. Bientôt il s'endormit

■ Mais voila qn/ao moment ou minuit soanait à l'église éloignée, U se retrilla et il entendit les rideaux qui gli&viienl sur leurs gaules de fer et qui s'ouvraient tout en grand à sa droite. Le voyageur voulut sortir du lit, mai* ses pieds

beurtereut quelque cho*e de froid. Il se recula

Il y avait U devant lui un cercueil avec les

le grand drap noir semé de larmes blanches. L'étranger s'élança de l'autre coté de son lit.... Aussitôt le cercueil y passa et se trou» a detani lui. Cinq fois il essaya de sortir ainsi, et cinq fois la chasse se plaça sons ses pieds a*cc ses ciergeu et son drap noir. Le voyageur vit que c'était un mort qui mit » demande à faire. Il se mit * genoux dans son lit, et après s'être

MOSrHS, USAGES, SCPERSTITIOXS, ETC.

» — Qui es-tu , mon? dit-il ; parle, c'est un îrétien qui l'écoute.

» Une voix sortit de ta châsse et dit :

» — Je suis

un

voyageur qui a été assassint'

ici par ceux qui tenaient l'auberge avant l'homme qui y est maiutenant; je suis mort en état de péché et je brûle dans le purgatoire.

» — Que veux-tu t ame en peine , pour te soulager?

• - Il me faut dix messes dites à l'église de Notre-Dame du Folgoat par un prêtre en étole noire et blanche, puis un pèlerinage fait en mon intention, par un chrétien, à Notre-Dame de Rumengol.

» — Tu auras les dix messes, ame en peine, et moi, qui suis un chrétien, j'irai en ton intention faire un pèlerinage à Notre-Dame de Rumengol.

» A peine le voyageur avait-il parlé ainsi que les cierges s'éteignirent, les rideaux se fermèrent, et tout rentra dans le silence. L'étranger passa toute la nuit en prières.

> Le lendemain, il raconta tout à l'aubergiste et lui dit :

» — Brave homme, je suis messire de.Rohan, de famille noble s'il en est en Bretagne; j'irai faire un pèlerinage à Rumengol, et je ferai dire les messes. Ne vous inquiétez donc plus car l'ame sera délivrée.

» Un mois après la chambre rouge avait perdu sa couleur de sang; elle était redevenue blanche et gaie comme les autres, et l'on n'y entendait plus d'autre bruit que celui du vent, on n'y voyait plus autre chose que trois lits et un crucifix sur la cheminée.

» Le voyageur avait tenn sa promesse. »

J'ai déjà parlé de (isolement des fermes bretonnes; cet isolement est un empêchement aux rapports de voisinage et par suite une difficulté très-grande pour la propagation des idées que l'on chercherait à répandre dans nos campagnes. Cluque famille vit dans ses préjugés et dans ses traditions sans pouvoir les user dans le frottement avec d'autres familles, sans pouvoir profiler du progrès fait par un voisin. Les seules occasions de réunion pour nos paysans sont les pardons, les marchés, les foires et les oflices du dimanche à la paroisse commune. On ne s'étonnera donc pas s'ils saisissent avidement ces occasions et s'ils perdeut un temps précieux

à courir ces assemblées. Les marchés sont faits

portent à la ville les menus produits de la ferme , mais ce n'est guère que pour la vente des grains que les hommes y viennent Quant aux foires , il en est tout autrement. La plupart de maison se rendent a celles qui oc trop éloignées , sous le prétexte de vendre ou d'acheter, mais en réalité fort souvent pour trouver occasion de voir des hommes des paroisses voisines, de causer et de boire avec eux. Aussi ces foiras présentent-elles un spectacle aussi pittoresque qu'animé. La multitude de bestiaux de tout genre, les, chants des metidians qui exposent leurs plaies sur le bord du chemin, les cris de dispute des ivrognes, la variété des costumes, des attitudes, tout leur donne un aspect original et vivant. Ou aperçoit au milieu de cette foule d'hommes aux longs cheveux , des normands eu blouses, venus pour faire des achats de chevaux, et des gendarmes que l'on trouve là comme partout où il y a fêle, représentant l'ordre public en buffleleriee jaunes et en pantalons gris. Les marchés se concluent verbalement. A chaque proposition du vendeur ou de l'acheteur, celui qui l'a fait frappe dans la main de sa partie adverse , et ce geste est comme une signature apposée à sa proposition , c'est une attestation qu'il ne reviendra pas sur son offre. Si la livraison ne suit pas immédiatement l'achat, des arrhes sont données. C'est au cabaret que se concluent toujours les marchés , mais ils ne $e terminent qu'après de longs débals et un long examen de l'objel à acheter. En général acheteurs et vendeurs n'ont d'autre but que celui de se tromper. Les paysans bretons sont devenus habiles à leurs dépens dans ce grand art, grâce à leur long commerce arec les maquignons normands. Hs opposent à (a ruse déclarée et à l'effronterie de ceux-ci une niaiserie admirablement jouée et une stupidité sublime, dont les plus habiles spéculateurs du Cotentin sont fort souvent dupes.

Outre les foires, les distributions de primes sont l'occasion de réunions nombreuses dans certains' bourgs et à certaines époques de l'année. Voici comment un des rédacteurs du journal le Finistère rendait oompte , en 1833 , d'une de ces solennités. Nous ne pourrions qUe répéter les détails contenus dans son article ; nous urôfénwis , en conséquence, le transcrire.

KXVRS, IUCU, 5CPtRSTm»M, CTC

• Le jour de U distribution des primes aux

it.iidiwnjenl , je me hilai d arriver a (kwesnou. >o m attendais a un mouvement extraordinaire dans le bourg, a une affluence prodigieuse d'hommes et de chevaux ; je demeurai stupéfait eu me trouvant au milieu de la place dan* le .silence et dan» la solitude ; je cru* m rire trompé de jour ? ma» je vu arriver quelques gendarmes i cheval, et de* lors je fus convaincu qu'il y avait ftte. ie n'entendais autour de moi que les prières plaintives ei moitotones de quelques iueuduns q«i cherchaient a me faire remarquer 1rs

selon l'usage ne nie demandaient rien qu'au' diminutif : eur tatnic luira ( un peut niorreau de |iaiu ) , eur Hardie ( un petit liard ). Déjà sur la roule j'avais rencontre au bord des ftissés pluMfurs de ces pauvre» a plaies dégoûtantes; un d'eux gisait étendu au milieu de la chaussée, et découvrait tout un coté de son corps percé trous... Ges mendiai» soet aussi

a J'entrai dans une chaumière ou je fus accueilli comme l'est toujours I étranger par h? paysan hospiUlier. l'ae jeune fHIe déploya la nappe , retira le pain de te serviette qui le préservait des mouches , et choisit , dans le bahut , le morceau de beorre le plus Irais. L'aleul m'offrit la place d'honneur , et je remarquai que plusieurs paysans me saluaient, d'après l'antique usage , en se découvrant la téte d'une main et sela grattant de l'autre. Ils se remirent a table et activèrent leur reils mangeaient «le la bouillie à ta bassine.

f, cootre le large mutenil de bois de l'aleul , un pauvre qui fronçait le sourcil, et dit très-insolemment au maître de la chaumière: — Ah ça I... est-ce que vous oublier que je oui pas mangé ? - Une paysanne s'empressa de lui porter une jatte de lait et de pain noir. On |>arla des primes , des beaux chevaux , des espérances de chaque concurrent.

- Qu'eat-ee qu on dit dans les S?demaoda-t-ooau me„d,a„t.

• Le mendiant, allant de ferme en ferme, est le nouvelliste des campagnes... — Eh bien, répondit le pauvre, ou prétend que tel de trllr paroisse, tel de telle antre, ont donné à dîner et »M des radeaux anx metubres du jury pour avoir la prime.

unies! juré?

» — P»r Jésus , je ne sais pat " Un« P«tile Allé prévint sou aïeul qu'on

en dehors de la porte.

» - Ne le bi sse pas lè , répondit le vieillard , dis-loi de se mettre a couvert des injures de l'air.

• En même temps il adressa a sa Mlle aînée des

a... EMe se leva de table, et «i passant engag-a le paysan a entrer et à « couvrir la téte , alin de ne point paraître méprisé... Elle revint portant une petite bouteille qu'elle) déposa devant moi , et qu'on nomma gtat /tarie, de gtac'har, regret, parce qu'on la sert pour retenir a table ceux qu'on ne laisse s'éloigner qu à regret. Je demandai à l'aleul a il présenterait un de ses chevaux an jury.

• — J'en aurai un sur la place, me répondit-il, mais je n'ai plu» de prime depuia que je n'élève plus mes béie* moi-même ; ces jeunes gens, voyea- »ous... , et il me montrait ses enfans ... , ça ne sait

• T entendis le tambour qui battait le rappel , et, me plaçant sur le seuil de la porte , je laissai mes regards se perdre autour de la place : sous toutes les portes des maisons et des écuries parurent des chevaux rubaoés , parés de pompons et de plumets de différentes couleurs. — Il en arrivait aussi des champs emironnans. 1rs jomens poulinières et les pouliches allaient se ranger a rettrémilé de la place opposée a celle assignée aux étalons. Des cabriolets de ville stationnaient de distance en distaure ; les fenêtres se resnplisaajent de regardans ; d autres curieux , tant de la ville que de la pagne , se pressaient contre ht barrière de i tendue le long des arbres par le garde-champétre , ayant la plaque de cuivre au bras et le bâton municipal a la main. — Cest la quatrième autorité locale : - il passe après le curé, le maire et le bédeau. Les femmes s'assirent sur les marches des maisons , prirent les petits enfans sur leurs ge-

, et continuèrent leurs travaux à l'aiguille. Le

mens aigus et prolongés, des piétinemens, des ruade* qui causaient un affreux «lésordre, excitaient les rires de ceux qui paraient les coups de pied , et les juremens des palefreniers qui misaient retentir leurs pat- bat sur le doa des chevaux indociles. — Plusieurs de ces bâtons étaient entourés , dans tonte leur longueur , de cercles de dot» en cuivre qui

NŒIR5, FSACES, SUPERSTITIONS, ETC.

Tonnes et par la jolie couleur de 'sa robe, passa devant moi ; étonné de ne lui voir de ruban ni à la crinière ni à la queue , je demandai au paysan qui le conduisait si c'était parce qu'il trouvait sa bête assez belle par elle-même qu'il n'avait ajouté aucun ornement à sa toilette naturelle.

» — Non pas, voyez-vous, me répondit-il ; mais ma bêle ne peut pas concourir , attendu qu'elle n'a pour père ni Hyiaclor , ni Beau-Garçon , ni le Distrait, ni Démosthènes ; car un cheval ne peut prétendre à la prime qu'autant qu'il a quelques relations de parenté avec un étalon approuvé.

» Je fis le tour de la place, et après avoir examiné les jumens poulinières , je retournais à l'allée où le concours devait avoir lieu , lorsque je lus frappé de la maigreur d'une jument qu'un paysan traînait avec peine. J'apercevais un objet pendant au col de l'animal; je reconnus un sachet. Je l'interrogeai sur la cause du triste état de sa jument.

> — François Lanuel , me dit-il , a jeté un sort sur elle, et il a soufflé l'aët fol sur son poulain qui est mort dans la semaine de la Fêle-Dieu ; j'ai pourtant bien Fait des sacrifices pour ma bêle. Et le paysan se gratta ta tête et poussa un gros soupir.

» Je m'efforçai de le convaincre qu'aucun sort n'avait été jeté sur sa bête, et que le médecin vétérinaire pourrait beaucoup plus pour sa guérison que tous les sachets. Il me répondit qu'il avait encore une ressource : c'était d'offrir un cierge à Su- Eloi , le patron des chevaux.

■ Le tambour rappela une seconde fois... ; les retardataires arrivèrent les uns à la suite des autres , elà d'assez larges intervalles. Les membres du jury descendirent gravement dans l'allée , les jurés de la campagne appuyés sur leurs peu-bas , l'écharpe tricolore aux reins et la pipe à la bouche. Le tambour déposa sa caisse et s'apprêta à aider le garde* champêtre dans ses fonctions fatigantes.

» La solennité commença et les gendarmes parurent. On lit d'abord avancer les chevaux entiers de ciuq ans; une seule prime leur était accordée. Plusieurs avaient la robe et les formes assez belles, mais les jarrets défectueux; ce vice tient aux coutumes bretonnes : quand un étalon a dix-huit mois , le paysan , au lieu de le promener chaque jour, peudaut quelques heures, le laisse languir six mois daus une écurie...., fausse éducation qui perd les jarrets du cheval.... On a aussi le tort de serrer la bouche de l'étalon avec trop de force et avec uue corde trop grossière : on le force ainsi à

se cabrer et souvent à perdre ses jarrets par ml mouvement à faux. En Normandie, on emploie des cordons de soie qu'on ne fait même poiul passer sous la bouche. — Après l'examen , le choix fut fait à la majorité des voix, et le vainqueur fut proclamé.

> Vinrent ensuite les chevaux de trait de quatre ans. Quatre primes leur étaient allouées j la pins élevée se montait à cent cinquante francs. Les visages bas-bretons n'étaient point impassibles ce jour-là^ L'intérêt les animait; on reconnaissait dans la foule les parensdu propriétaire du cheval qu'on examinait... L'anxiété était sur leurs traits; ils causaient bas entre eux; ils tiraient leurs larges toc ledan pour mieux voir , et se tenaient immobiles , les yeux fixement attachés sur le cheval , et la bouche béante... L'émotion se trahissait aussi dans toutes les paroles et dans tous les mouvements dn paysan qui conduisait le cheval; il suivait avec inquiétude chaque geste, chaque frémissement de lèvres'de l'inspecteur; il écoutait et commentait eu lui-même chaque mot des jurés-; il se roidissait contre son émotion, et disait en souriant : N'est-ce pas que ma bête est belle? Et il la caressait... , et il lui donnait de jolis noms , lui adressait des mots encourageans... Mais lorsqu'il trottait avec elle, il la gourmaodait : Je ne sais pas ce qu'elle a aujourd'hui, disait-il en revenant près des jurés, ordinairement elle va mieux. — L'inspecteur félicita, les jurés cultivateurs sur la beauté des chevaux , et les bas-bretons, toujours soigneux des intérêts de leurs concitoyens, lui rappelèrent que l'administration avait promis une station au bourg de Gouesnou; un d'eux lui apprit qu'il avait nne superbe jument, mais qu'il ne l'enverrait pas à l'étalon du gouvernement parce qu'il y avait-einq lieues de Gouesuou au Commet. L'inspecteur lui répondit que le manque d'étalons avait seul contrarié l'intention du gouvernement ; que l'année ne s'écoulerait pas sans que cette station fût établie , et il leur souhaita Rétnas et Rubeiis. Je demaudaiquei était le parrain des chevaux. On me répondit que c'était l'administration des haras ; qu'elle procédait par la lettre alphabétique : ainsi, cette année , la lettre R est la lettre du baptême, et nous aurons Rémus et Ruùens comme nous avons eu Démosthènes et Duguesclin.

» La scène s'anima et prit une expression encore plus pittoresque quand arrivèrent les jumens poulinières aecompagiiées de leurs eufaus de l'année ,

m «il RS, ISlCES, SCPUtSTITIO*», ETC.

piétinant autour d'elles ou m* collant à leurs flanc» , cherchant le sein m leurs mères qui les léchaient,

paysan» <|ui le» agaçaient. A chaque instant la l u riére municipale était franchie, briser par les jeunes chevaux qui venaient caracoler autour «les jurés , et soudain retournaient auprès de leurs mères , dont les hennissciuens les rappelaient ; le i i h I ."in et le garde-champètre juraient en renoii aul les cordes, et gourmandaieul les palefreniers, qui dans I onisation de chitier ' Wftett-bat sur le do»

l^e désordre et le tumulte » accrois- I , les ruades se multipliaient ; les chapeaux

en plein air ; les poulains s é- « luppaienl des lira» qui le» enlaçaient et le» |h>ussaienlliors de l'allée; il» s effarouchaient , lançaient des ruades à doite et à gauche ; les mères se déballaient sou» les coup» de leur» conducteurs , se cabraient au-dessus de leur» létes, tournoyaient , beuiiissaient avec fureur; les daines poussaient des cris d'épouvante rt s'enfuyaient; les paysannes rt les enfan» rentraient dans l'intérieur des chaumière» ; les jures se mettaient à l'abri des ruades | l'examen était suspendu. — Puis quand les coups de lanières et les pen-bat avaient tout fait rentrer dans l'ordre, on cherchait le» blesses. Un seul homme avait été renversé , mais ne souffrait pas... On se regardait, on riait ; chacun se remettait aux fenêtres; on sortait des maisons; le» jumeus et les poulain» se tenaient tranquille» pendant quelques minute» , mai» chacune d'elles , quand venait son tour d'entrer daus l'allée , était suivie par trois ou

luppaienl sur le» épaule., le» uns de» autres, trépignaient; le tumulte et la contusion recommençaient... Vingt mères obtinrent des primes, et plusieurs les durent a la beauté de leurs pou-

■ \ int entin l'examen des pouliches... , vous diriez de» demoiselles; et elle» avaient cela de commun avec le» demoi»ellcs qu'elles étaient toute»

vu avec quel v.m le» Minières étaient Ir-We» et flottaient sur le col eu ltoup|>e» contournées de 1 u ha ns ro»es , jaunes et bleus ; la plus élégante de «es houppes retombait sur le .levant de la tête qui elle-même était enlacée dans des brides de U de .oulcur» diûcrvute», cl dou

retenaient enchâssées de petites glaces. — El ce» pompons , les uns en plumes d'oie , les autres en

lançaient sur le sommet de la lete leurs couleurs variées I — Quelques pouliches portaient le plumet ou le pompon tricolore ; leurs mai 1res avaient

le gouvernement, car qu'importe au paysan breton qui demande ses contributions; mais on lui avait dit : mets uu plumet tricolore à U béle,

nemens ont ainsi un but raisonné ; il y a sur la place tant de chevaux remarquables que, pour attirer l'attention sur le »ien , chaque paysan a recours aux moyens que I intérêt lui inspire rt que l'art lui fournit On prie de l'animal au beau plumet , à la queue tressée avec goût , à La robe lisse et éclatante ; on s'intéresse à lui , on espère

et qu'il obtiendra certainement la préférence à mérite égal.

■ Cependant une fâcheuse décision de préfet se jeta eu travers de l'ivresse rt des illusions des vainqueurs ; leur plus douce joie était de recevoir sur le» lieux l'argent de leur prune, de le compter , de le faire sonner en présenrede leurs compatriotes, d'ea employer une partie à fêter leurs amis et à répindre la gaieté, d'abord dans le bourg , rt plus lard dans leurs chaumières ou les attendaient leur» familles impatientes. — Ce sont leurs joies à eux ! — Pérou à tous de les trouver sottes , mais il n appartient a personne «le les contrarier ! — Tous ib s'étaient proposé du bonheur pour la journée, tous ib éprouvèrent un singulier désappointeuieut en eut. 'u. tant lire l'arrêt qui annonçait qu'a l'avenir on ne distribuerait plus que des bons échangeables dans qnin/e jours contre des mandats. Des

rùtés sur U place.

• Le maire deGouesnou proposa d'avancer de sa bourse les sommes des primes \ le *ou*-préfel y consentit , mais il crut de son devoir d'avertir le maire des contrariétés que lui susciterait l'administration des finance» avant qu'il recouvrât ses fonds, et le magistrat complaisant se vit dans la nécessité de retirer son offre généreuse. Le : préfet demeura fort étonné quand tiume» du désappointement éprouvé, rt do

les usages 4e ses |

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