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CHAPITRE III

Langue et Poésie.

Après avoir bit connaître le pays , les qui riiabilenl et leurs usages , oous croyons utile de dire quelque chose de la laogue qu'ils parlent et de leur littérature. La laogue et la littérature d'un peuple fournissent toujours les traits les plus aaillaiis de son caractère.

Tandis que la bugue française est devenue générale dans tontes nos provinces , trois départemeus, Je Morbihan , le Finistère et une partie «les Cotes- du -Nord ont présenté seuls le curieux phénomène d'un langage particulier conservé depuis un t« tnps immémorial. Oit* singo-

reciiercbes et d'observation*. Les anliquoirr* et les historiens se sont efforcés de découvrir qu'elle était cette bogue qui Vêlait défendue entre toute* les

«l utte rate aotttiue au inilteu de nos mki. té* modernes. Quelques philologues, par préoccupation «u par ignorance , ont bien prétendu que ce n'était q«un patois; moi. leur opinion, qui dn reste n était appuyée sur aucun document , ne soutenant pas le plus léger eiamen , nous ne nous y arrêterons pas. Nous pouvons en dire autant de certains autiquairrs qui ont vu dans le bat- breton ou dialecte punique , et ont regardé b population armoricain* comme une colonie de carthaginois. I or douzaine de phrases, que I on croit appartenir a b langue de ces derniers, et que Pbnte met <bn* b bouche d'un escbve dons ta comédie

intitulée PœnuUu, ont été , tant bien que mal, rapportées au bas-breton et expliquées par sou moyen ; mais ce sont b des tours de force qui révèlent plutôt un esprit iogénieux et une imagi notioo paradoxale, qu'uoe érudition iudtcieose et sincère. Les éludes historiques réduisent d'ailleurs a néant cette prétendue identité du celtique et du carthaginois ; car Polybe nous apprend ( liv. m , chap. » ) que : . Margile, peut roi celte, étant venu trouver Annibal , ce général fit aux gaulois les résolutions que les avaient prises. • Le même Polybe cite , comme un cas rare et exceptionnel , que b gaulois Autarhns apprit le punique et put s* taire entendre de* carthaginois. Comment supposer , d après eeb que b carthaginois et le celtique étaient une a» m langue ?

relé , et qui désormais nous semble inattaquable, c'est que le bas-breton n'est autre rhose que l'ancien celtique. Celte opinion est loin d'être ir>u vefle : les plus anciens historiens de b Bretagne et de l'Angleterre l'ont soutenue et développée à plusieurs reprises ; mais , dans ces (fermiers temps , fes travaux de HM. Miorcrr de kerxbnet , de Frémiutille, Weher, Atbrnas, Mahé, , Pool mbe tout-i-fait hors de douta, et, pour les hommes de \*>nnt f>>i , nous pensons que c'est une question déeidée. M. LrBoyer, de Nantes, est le «ferra peu rmjrt|uaMe qu'ait eu

LANGUE ET POÉSTT.

celte opinion de l'identité du celtique et du basbreton. En 1823 , il publia, dans le Lycée Armoricain, plusieurs articles dans lesquels il attaquait cette identité avec l'orgueilleuse assurance et les lourdes railleries qui distinguaient sa polémique ; mais réduit bientôt aux injures , et plus tard au silence , par les réponses accablantes de MM. Richer et Miorcec de Kerdanet , il laissa à ses adversaires le champ libre et au public la conviction que la parité des deux langues ne pouvait plus être contestée. Depuis, M. Michelet , dans un article publié par la Revue des deux Mondes, a de nouveau mis en doute l'antiquité du bas-breton. Mais comme M. Michelet parlait évidemment d'un» chose qu'il ignorait, et qu'il n'a donné aucune raison à l'appui de sa décision , nous ne la regardons que comme une boutade artistique conforme du reste à l'ensemble de son article , dans lequel la Bretagne était si curieusement et si savamment appréciée. Comme nous ne nous piquons point de relever toutes les bouffonneries sérieuses qui ont pu être débitées sur notre province, nous laisserons de coté l'opinion de M. Michelet , ne nous croyant obligé de réfuter que les raisons et non les phrases. Mais pour que l'identité du celtique et du bas-breton puisse être comprise par ceux de nos lecteurs qui n'ont point fait une étude spéciale de ces questions , nous rapporterons ici les principales preuves historiques qui attestent cette identité.

Josèphe l'historien dit que Gomer fut le père de ces nations que Ion appela gâtâtes ou gaulois. Ils se répandirent dans toute l'Europe et la peuplèrent sous dilTérens noms. Primitivement ils avaient sans doute la même languemais celle-ci dut s'altérer, se modifier a la longue, et se partager enfin en idiomes divers-

Cependant une partie de cette race s'établit au nord-ouest de l'Europe, et, conservant son nom primitif, elle donna au pays qu'elle avait adopté le nom de Gaule.

Ces gaulois, qui bientôt furent les seuls connus sous cette dénomination, se partagèrent en une multitude de petits peuples unis par la mCnie religion, les mêmes intérêts politiques et la même langue , comme nous le verrons bientôt. Plus tard , on commença à les appeler indifféremment gantois ou celtes, parce que ce dernier nom était celui d'un des peuples les plus illustres qui s'étaient formés parmi eux. Slrabon le dit

positivement : Nomen Celtarum unhvrsis Galtis indilum, ob gentis clarilatem (lib. it). Aussi verrons-nous les auteurs anciens parler indifféremment des celtes et des gaulois, de la langue celtique et de la langue gauloise, comme d'une seule et même chose.

Lorsque César fit la conquête de la Gaule , elle était divisée en trois grands peuples, qui étaient eux-mêmes subdivisés en une infinité d'autres. Ces trois grands peuples étaient, les aquitains, les belges et les celtes. Mais il est clair que ces trois nations, qui avaient une même origine, les mêmes institutions politiques, la même religion, parlaient, à peu de chose près, la même langue; et quand César dit : Ui omnes linguà, instituais, legibus, inter se différant, il faut traduire ici le mot linguà par dialecte; sans cela , ce que dit le même César serait incompréhensible, lorsqu'il assure, sans distinguer entre les belges , les celtes et les aquitains, qu'Arioviste , roi des germains, avait appris la langue gauloise par un long commerce avec ce peuple. Que signifierait la langue gauloise, s'il ne s'agissait d'une langue parlée dans toutes les Gaules? serait-ce la langue des belges, celle des aquitains ou celle des celtes?

Ulpieo dit que les fidéi-commls peuvent être faits en grec, en latin, en gaulois, ou dans la langue de toute autre nation. (Legeii, ff.de Légat, et fldei-com.; lib. ui). Le gaulois était donc la langue d'une nation; c'était la langue commune à tous les peuples des Gaules, sauf les différeos dialectes. Strabon dit positivement que la langue parlée par les celtes et les belges était la môme, a quelques variations près : Eadem non usque quâque linguà utantur omnes, sed paululum variatd. (Strab., lib. rr). Or, la langue des celtes était aussi parlée et comprise chez les aquitains; car, fort longtemps après, au commencement du V* siècle, Sulpice Sévère nous apprend qu'un orateur parlait en celtique aux aquitains. Les aquita ins entendaient donc le celtique ou gaulois , quoiqu'a cette époque ils commençassent à l'abandonner. Il est donc évident que le celtique et le gaulois ne formaient qu'une seule langue, qui était parlée, avec de légères variations, chez les trois peuples des Gaules,' les aquitains, les belges et les celtes.

Du reste, si uou

divrisv>ion , (unis ponrrions prouver par trois on quatre cent* citations que \»ui 1rs habitait» des 8 ijii^I<|U£ peuplé i|ti iJ& fl|t|Ftrf ittvtt*ril , étaient désigné* srm» lr nom générique de gaulois •'I fiarlairiH la langue gaulois. El comment eoncevuir 53fi5 cela que? les druides rendissent la |u«lirr maqae année , dan* le pays t.nartrain, au* particuliers qui »m»ieiil de toutes In partie de la (Jaiile porter leurs affaires à ce tribunal? Hue omnes undique nui rontroteriins habent con-

{César, lit. vi, rh. 1.1 • Il fallait bien qu'il y eûl «Mire lr» Juges f' ,w plaideurs un moyen dr s entendre , une langue commune ; sans cela lotit* la (.aule n'eût pu Hit smunise à une seule juridiction. Rcçebtittiur {itdlkf omîtes unira jnridiotione. y A m m Marrrl. , lit. w . rliap. Il ). D'autant plu* que l'on nous apprend dan* une comédie nue devaiil lr tribunal dis druide* le* paysans haranguaient! ... haiis quelle langue miraient- il* pu lur initier, sinon dans une langui* commune rt usuelle ?

Mai* à tout ce que nous venons de dire on petit encore répondre :

Ouc même en admettant Ihahitiide de la langue critique chez tiii» le» peuples de la Gaule , la question de l'identité du i eltiqur rl du Iwvl'relim serait loin d'être décidée. En effet, lr* armoriiains actuels ne sont point 1rs riesrrndans dirrrls de» celte* de la (jaule. I~a l'elitc-ltrrlagne fut

Conau et Mutine, et eeui-ci durent néee*.sairement imposer leur langue auv vaincus. l>e bas -breton arltirl n'est doue pas un reste de

ritrr à prouver I identité du gaulois ou celtique et du la* breton , il faudrait prouver d'abord • elle de la langue gaulois rl de ta langue que

rr poé&ik. lia

a samir quelles nations du continent fournirent sa population a la (irande-Rretagne.

l ésar dit que ce furent I* I plèrenl celte Ile; or, les belles étaient gaulois rl parlaient |e critique . comme nous l'avons démontré plus haul. L'opinion de César déciderait

l'ellotilicr pense, lui, que ce fui t'Anuoriquc qui peupla la (irande- Bretagne. Dans ce cas encorr la communauté de langage est évidente.

coniniunaulé. Drttannonun Gattontmqiu termonem haud mtiito etse dkenam , dit-il dan<la tie d Agricola. Ij langue bretonne était dont un dialecte gaulois.

Ou trouve dans I histoire d'Angleterre de Dcde ;

• \jt\ bretons , qui ont douoé le nom a celle

• Ile, en onl élé les seuls habitant. Ils vinrent

. partir» méridionales de celle lie. I 'est la ira

■ dition du pays. ■

I)ans un passage de Malmesburv , on voit que ~

» siècle, allant de l'Ile de llrrlagne à Home. > débarqua dans I \rmorique près Saint-Pol-de- » l>on , et que va suite et tni virent atec élon-

■ nemcnl qti ou y parlait la nu' me langue que » dans l'Ile. ■

W. Temple «lit eYpresséiiirnt dius vin ifjir.. duction a l'boloire d'\nglr(ernf : ■ (Jue la langue .

■ éUieul généralement le. nkui.-s que » gaulois atant la (Muquctr di- leur pays p.ir

de la

ternies, il faudrait

dAUnott tique.

(/est ce que nous allons démontrer jusqu'à

D'abord, le b^n sens indique que la (iraode- UrHagne dut être peuplée priinili«ement par des volontés tenant de la Irrre ferrae. Il est dans

l«*i>| lient |e> Un, cl soutenir le cunlrairece serait vrilontairetneat dans l e

Ul l \II-MI. HVMIL

dans la (irandc de leur religion. Dr . comme les instructions druidiques étaient toulrs tériJable*. il fallait bien que la langue gauloise fui la même que la langue pour que les élevé* n les maitm pussent s'entendre.

Nous pourrions multiplier ces preuves si l espace ne nous manquai l ; mais re que nous atow

tiraode-ilrrlagne avait été peuplée par des celles , et que la langue celtique y était parlée.

Ainsi quand (>onao et Hatime passèrent dan»

, ils u*y apportèreni pas une nouvelle . seulenwnt ils purent mod ^

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lecte qni y était eu nsage, et qui n'était peutêtre pas le leur. La conquête de l'Armorique par les bretons de Pile ne change dooc rien à la question. Nos bas-bretons actuels sont, ainsi que les gallois, des restes des celles de la Grande-Bretagne, et la langue antique qu'ils ont continué à parler est bien par conséquent le vieux celtique.

La seule objection de quelque valeur qui ait été faite contre l'identité de la langue britannique et de la langue gauloise est tirée de deux légendaires, Geoffroi de Monmoulh et l'auteur de la Fie de saint Gouesnou. Ces deux auteurs prétendent , et Le Baud d'après eux , que lorsque Conan Mériadec débarqua en Armorique avec les brétons insulaires, il tua tous les habitons du pays et ne conserva que les femmes, qu'il maria à ses soldais, après leur avoir fait préalablement arracher la langue, afin qu'elles n'apprissent pas leur langage aux enfans qui naîtraient d'elles. Ce fait, s'il était vrai, prouverait effectivement que le celtique parlé en Armorique était, à cette époque, différent de celui parlé dans la Grande-Bretagne. Mais l'absurdité même du récit le réfute suffisamment. Qui peut, en effet, prendre au sérieux cette destruction de tous les hommes de l'Armorique, et cette mutilation atroce exercée sur toutes les femmes? C'est là un conte à ranger à coté du massacre de sainte Ursule et de ses onze mille vierges, rapporté par les mêmes légendaires. L'abbé Deric dit : « Que c'est la conformité même » qui existait entre la langue de l'Armorique » et celle des bretons insulaires qui donna lieu » à cette fable. Un étranger se serait effectivement » persuadé, en entendant parler les bretons et

• les armoricains, qu'ils avaient toujours formé » le même peuple, ou du moins que les vaincus » avaient disparu de leurs demeures , et que les

• femmes avaient perdu leur langage en oon- » versant avec leurs nouveaux hôtes. » Au reste , il est bon de remarquer que ce massacre de tous les armoricains et cet élanguement de leurs femmes n'est point une histoire nouvelle. Hérodote, au livre u de son ouvrage, rapporte un fait semblable. Or, personne n'ignore que les chroniqueurs du moyen ige compilaient les faite les plus remarquables de l'Ecriture-Sainte ou deshistoires profanes pour les mêler à leurs récits. C'est ainsi que ceux qui ont écrit la vie

ET POESIE

de Dugucsclin ont mis sur le compte de ce .héros ce que Plutarque rapporte de plus mémorable des grands hommes de l'antiquité. Il n'est donc pas étonnant, comme le dil/M. Ricber, que le roman du Brut, qui a transformé le Gog et le Magog de 1 Ecriture en un géant appelé Goémagot, ait emprunté à Hérodote U fable dont il est question. D'ailleurs, nons le répétons, le (ait rapporté par les deux légendaires dont il s'agit est moralement et physiquement impossible. Tuer tous les hommes d'une contrée , égorger les enfans et les vieillards, arracher la langue à plus de cent mille femmes, et tout cela uniquement pour que l'idiome du pays natal passe plus pur à ses descendans! ce sont de ces férocités tellement ineptes , tellement incroyables, que l'on ne peut en accuser aucun siècle sans en avoir de preuves plus certaines que l'affirmation de deux romanciers qui rapportent continuellement mille faits incroyables d enchan teraens , de miracles et de féeries.

Maintenant, faut-il prouver que le celtique n'était pas le français actuel; que c'est folie que de prétendre que le cri jeté encore en Bretagne, ho guUlané , est du gaulois altéré ; qu'il se prononçait autrefois au guy l'an neuf, et que c'était le cri jeté par le peuple au commencement de l'année, lorsque lesdruides coupaient le guy? Nous ne croyons pas avoir besoin de répondre sérieusement à une pareille opinion. Nous ne ferons même pas remarquer combien il est vraisemblable que la Gaule, subjuguée par les latins qui imposèrent leur langue, puis par les francs qui s'y établirent, ait conservé son langage presque sans altération. Mais nous nous permettrons de présenter à ceux qui croient que le français actuel est un dérivé du gaulois, un simple syllogisme.

Les habilans de la Grande-Bretagne qui ont peuplé l'Armorique actuelle parlaient la langue gauloise ou celtique (nous l'avons prouvé ).

Or, cette langue, qui s'est conservée dans l'Armorique, est du bas-breton et non du français.

Donc, la langue gauloise ou celtique était du bas-breton et non du français.

Pour terminer cette longue discussion, dans laquelle nous avons tâché de reproduire en abrégé les pins fortes raisons qui ont été développées jusqu'ici pour ou contre l'opinion que nous dé-

fend nus, nous

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