‹ Voyage dans le Levant... 18171818Chapitre 7 sur 23 · C.^ et par conséquent jdus de cinquante ans avant · texte numérisé non relu

C.^ et par conséquent jdus de cinquante ans avant

(1) Suidas , voce AïoynTiîç,

(2) Crœc. DescK \\h. vil, 12.

(3) foy. Pind. Fmgm. ined» XVI et LXXl , td. Heyn. ,

IIOTIS DIVERSES. s 347

téaagatàan ioiiieiiiie; et- ce serAit- ytn fépoque de *

l'arrivée des Ioniens (1130 avant J. C.) qu'il y •unit ea «ne seamde oa peut-iétre une troisîème

' reconttrpction du temple. La seconde époque serait celle d'une foncfatioa que l'on peut attribuer à des afchitecles grecs connus. La troisième époque de ia v

• reconstruction ou de ia restauration du temple, qui est celle sur laquelle nous avons- le plus de notions, pourrait être rapportée au temps ou r^jnait Alexandre le Grand.

On ne peut bire remonter au«delà du milieu

du vu/ siècle avant J. C. ia fondation du temple d'Éphèse, td qu'il est décrit par les auteurs anciens^ qui iui donnent pour premier architecte Ch&t" eipbron, aidé par Ahœcus et Théodore de Samos. On ne trouye le nom de Oieraîphron que dans Strabon et^ians Yitruve^ Pline ie nomme Ctésiphon, Ces auteurs n'indiquent pas l'époque de cette fondation ; mais on peut ia connaître par celle de Tliéodore, qui avait gravé l'anneau de Polycrate, ^ran de Samos (1) , dont on pkce le règne vers h XL.* oiym« piade [6.20-617 avant J. C.]. £t comme Pline et Vitruve prétencknt que» pour rendre plus solides et à i'abri de l'iiumidité ies fondations du temple, • ' Iiàti dans, un terrain *%||urécageux ^ Rhœcus et Théo-

. (j) Païuan. Crœc. Descr. lib. viA, «ip. i4>

dore eurent f idée de faire mettre du eiiaiixni pilë et

,des toisons de laine dans les fondations^ on voit qu'ils croyaient que ces deux architectes avaient commencé f édifice de concert avec Chersiphron. A celuici succéda^ dans la construction du temple^ Métagène^son fils ; et par ce que Vitmve dit (1) des procédés cm* ployés par cet architecte pour transporter et placer ks pierres de lentabiementy qui étaient très-grandes^ il est clair que^ sous la conduite de Métàgène^ le temple était déjà presque terminé^ du moins quant à f élévation et à ia masse. Chersiphron et Hétagène Jaissèrent des ouvrages sur l'ordre ionique, qu'ils avaient employé au temple d'Éphèse (2). La manière dont Vitruve décrit les machines qui servirent à voîtarer les colonnes^ porterait à croire que le fût était d'un seul morceau^ ou du moins de très-grands blocs. Il y eut une pierre immense , destinée au dessus de la porte, qui embarrassa beaucoup Tarchitecte; mais Diane vint à son secours, le rassura, et, pendant la nuit, plaça la pierre de sa propre. main.

Le procédé auquel on eut recoiirs poiu* mettre en place les architraves, ne donne pas une idée avan« tageuse de l'habileté des machinistes de cette époque, et montre qu'on ne connaissait pas , ou que l'on con-

(i) De Archiiect. iib. ii, cap. 2, ediL Schneider, (a) Ibid, praef. iib.. vu.

NOTES DIVERSES; 849 naissait très-peu, l'art des échafaudages, des graes et des autres appareils. On établit, le ioog des coionnea et jnacpi'au -dessus de leur sommet , des couches de sacs remplis de sable ; et , lorsqu'on avait amené les piètres de l'architrave au-dessus des cdomies et sur cé lit de sacs, on vidait peu à peu ceux des couches inférieures, et la pierre descendait à la phce qui lui était préparée. Il fallah donc que ces pierres fussent tirées d'une carrière plus élevée que le haut des co« knines, et qu'<m les fit glisser sur des phns incliné?. De quelque manière que ce fiit, et quelle que fût la distance des carrières jusqu'au temple, il était né-^ cesMiire d'établir, ou des talus très^onsidérables en V^rre, ou des ponts de service en bois, très^evés,> pour .amener ces pierres à une hauteur aussi consi-^ dérable au-dessus du terrain du temple.

Cet édifice employa plusieurs générations d archi* *lèctes , parmi 'lesquels on nomme Démétrius et Poi* nius, qui continuèrent les, travaux de Métagène, 11 parait, d'après Vitruve, que les marbres furent tirés d'une carrière que le hasard fit trouver, près d'Éphèse, à un beiger aooai^é Pymudore; on lui sut si bon gré de cette découverte, qui évitait de ftire irenh* des marbres de Thasos , de Paros ou de Proconnèse^ I qu'<m faii décerna de grandes récompenses, que son nom fut changé en celui dJEvangelos [qui annonce une bonne nouvelle.], et que, chaque mois, le ma-

gistiat offrait èn soh honneur un sacrifice^ ét qait

eût payé une amende sii y avait manqué, v Le temple de Diane ëtait cTabord près de la mef ^ qui depuis s'est retirée (1) : alors il se trouva situé Ams les terres^ à sept stades de la ville. Précédé d*iin portique d'un'stiide longueur, il s'élevait^ à ce qu'il parait (2)^ sur dix marches qui formaient «ne espèce dé soubassement. Ce temple octostyle diptère^ ou qui, ayant huit colonnes aux façades^ * «I avait un douMe rang autour de la ceto, ou da corps du temple, avait 425 pieds de longueur (3) [^386 de nos pieds 8^"" 9^], sa largeur était de - ISO pieds [ 1 \^ était d'oidre ionique,

et orné de cent vingt -sept colonnes de 60 pieds [54^' S^o ] de haut> données paer autant <fe rais ou de princes. On ne conçoit pas bien comment ces cent vingt-sept colonnes avai^t été données par cent tîngt-sept rois. Quoiqu'il y eût dans FAsiie mn neuré i>eaucoup de petits princes à qui Phne a pu donner le titre de roi, eepen<fant b nomhte en paraît considérable; et ion ne peut guère admettre b suppo^oH du manjttis Polem-^ que> b Construction dv^ tempb ayant duré deux cent vingt ans,' les

^ (») PhiU» l^faant De st^ptem speeUmU^

(3) Je suis le système^ métrique de M*, GosseUm, tpk donne fer pottcet 1 1 lî^és 34^ dU pkRLde'i^Mur tomiiiti;

NOTES DIVERSES. 8ôl

rois qtii se sont succédé pendant cette ypiriode, ont donné successivement leurs colonnes : les travaux •nasent été 80UT«nt et longtemps intflnrânipœ; <ét nous avons vu que Métagène, fils de Chersiphron k fonchteur du temple » piaçi l'^tablsment. Ainsi, à cette époque, la plus grande partie des colonnes, . et du moins celles du douUe rang du pourtour, cinrent «voir été Hvrée» et .pkoëes* TrentMX <fe ces colonnes étaient travaillées et ornées de ba&>reliefs; on 6B admirait surtout ime. qur était tmmge de Scopas (1). Il est probable que ces colonnes, couvertes d'om^nensi' étaient cell^ de l'intérieur du temple , .à Fabri de lair; les rois qui les finfintr travailler, voulurent y déployer une grande magnificence.

• Je ne sais- jusqu'à quel point on peut adopter la disposition des colonnes de Imtàrieur de là cêila, dans 'far plan du. temple foint à h belle dissertation ' du marquis Poleni, qui, dans ia 2/ partie du tome I/' des AÉéntmtreê de l'acadénfit de Corfone, a traité ce sujet avec une grande érudition et beaucoup de

(i) Ptil). Hùt. nat. lib. xxx^« fV^^l » <diL Bipont.^D api^.iinft leçon très'plausibie et généralement adoptée, au iieu fie lire dans lô texte do Pline toui à Sccpa, "\f Ikudrait lire uao è scapoj et les fâts. éar tta^-tiMeiiix ooldmiet, au Ii«a d^Ètte ùâu ét fldiiieta» tamiwnrff, sci^*, enaaept.été d*iuie seule pièce , et il ne sei^t pim question de Scopaa et des raisonii qui a*oppoient 1 ce qu*îl ait tra* vaHIé à oes colonnes. •

sagacitë. Celte disposition ne me paraît paa être eeO»

qu offrent les temples antiques, sur-tout à cette époque^ tù ils devaient être d'une grande simpiicitë. Ne pour» rait-on pas croire que ie plan de Chersiphron avait quelque rapport avec celui du grand temple de Pœs* tum ? Le marquis Poieni ne suppose qu'un bos-cdtê 4ans l'intérieur de la ceUa : il ne met de l'autre côté qu'un mug de oobnnes aoeoléea à des pilastres ; -ce qui 6i\i&e d'une manière inégale la iargeui* de la nef, et ne pnxluit pas un bon effet. Pour pouvoir trouver l'emploi du nombre nnpair de cent vingt*sept colonnes donné par Pline, il suppose un emplacement tîircubire derrière. le sanctuaire , dans i'opîsthodeoie, où H place sept colonnes. Cette disposition circulaire se trouve-t-eiie dans les temples de cette époque ? £st4l bien certain que le nombre de cent vingt -sept de Pline soit exact ? S'il n'y en avait que cent vingt-six, en en prenant soixante-douze pour bs cobnnés dea façades et des portiques autour de la c^Ua, on pourrait trouver, f emploi des qiinnuite^uatre. Outrés dans rintërieurife fa ceUa, en les disposant, en partie , sur deux r a ng s s un nontés de col onne s pl us pet i t es, comnift • à AetAmt. Au reste, tè t^plè- d^ApoDon Bpiûourto^ [.sècourabie] à Phigalie, eaArcadie, offre un exemple du noivbte impair des colonnes ; il y en « .une au milieu de deux autres d'un ordre différent. L'édifice connu sous le nom ôl Atrium, à P<e$ti/Lm,p a. neuf

eolonnes aux façades^ et le temple d'ancien dorique dont ii ne reste que quelipies ruines à Pampeii, d après le reievë Ixact du pian, avait sept colonnes aux çades. U est plus ({ue probable que ces cent vingt^pt colonnes n'avaient pas toutes 60 pieds de hauteur, et que, sur ce point, Pline ne s'est pas expliqué clairement. On ne pourrait pas disposer ces cent vingt^ept ou cent vingt-six colonnes de h même hauteur autour . d'un temple octostyle, dans une longueur de 42o pieds sur une iaif[eur de 240; ii ny aurait pas de pbce , pour les entre-colonnemens. Ainsi dans le nombre de ces colonnes sont comprises celles de l'intérieur ^ , et certainement ceDesJà devaient être beaucoup moins élevées : il ne devait y avoir que celles des portiques . extérieurs qui eussient 60 pieds de hauteur. On n'est pas moins embarrassé par rapport aux entrecolonnemens. La colonne ionique, selon Vitruve, avait de hauteur huit (ois son diamètre à la base; . des colonnes de 60 pieds de hauteur auraient donc . eu 7 pieds 6 pouces de diamètre. En plaçant huit de ces colonnes dans une largeur de 240 pieds, on trouve près de 23 pieds ou plus de trois diamètres pour les entre-odonnemens ; ce qui est beaucoup trop considérable, sur-tout pour cette époque, où l'on espaçait moins les colonnes qu'on ne la fidt depuis. Mais, puisque Vitruve donne six diamètres de hauteur à la colonne dcnique, et que Iok sait que celles de

Pmêtum, cTiui temple de Corinthe^ de ceux de-SicSey n'en ont pas même cinq, ne se pourrait-il pas que i ancien ionique empfeyë par Chersipliron n eût pas les mêmes proportions que celui des temps postérieurs, et que, comme ie dorique de cette époque, il eût été plus écrasé ? et alors , les coionnes étant plus Ibrles, les entre-colonnemens eussent été moins grands. Lies médailles ne peuvent jeter aucune lumière- sur les dispositions du temple : le monétaire indique un monument sans prétendre en donner ni les prc^rtîons ni le plan. Les fnédailles qui portent le temple d'Éphèse, offrent des û'ontons à deux, quatre, six ou huit colonnes ; et, malgré ie peu d'accord, elles n en rappellent pas moins la mémoire de ce magnifique temple* ^

II n'est pas fiicile d'accorder ce que dit Pline, au sujet de la colonne travaillée par Scopas et de l'époque de ce célèbre statuaire: û ie fiiit fleurir dans la LXXXVU/ olympiade [de 432 à 428 avant J. C.]. Scopas serait alors un des derniers sculpteurs em^ ployés au temple de Diane, en admettant qu il eût été commencé vers ie milieu du vu.'' siècle avant J. C. , deux cent vingt ans avant Soôpas. Selon Pausanias , il aurait travaillé au temple de Minerve Aléa à Tégée, Jorulé la dernière année de la XCVL* olympiade [ 393 ans avant J. C. ]. Pline et Vitruve rapportent qu'il fut chargé des sculptures de la partie .oriental^

NOTES DIVERSES. 35â

tombeau de Mausole, mort la seconde année de I4 *'çvi/ olympiade [ 355 ans Bvant J. C. ]• Ce monuf ment demanda plusieurs années de travail ; et Scopas , en ne lui supposant que vingt-cinq ans lorsqu'il flo* rissaît dans la LXXXVII.* olympiade , aurait ëtë cente* paire lors de la coi)s^ruction du mausolée. Peut-être^ conme le pense le marquis Poleni, y a-t-il eu deux Scopas. Cependant Pline ne le dit pas; et la manière dont il relève le mérite de la colonne du temple «l'Éphèse et les sculptures du mausolée, fiiit croire que c'est du célèbre Scopas qu'il a voulu parier. Au ïeste , n'est-ii pas permis de croire qu'ici Pline ou ses cf)pistes se sont trompés de date, et que celle de la Lxxxvii/ olympiade n'est pas exacte?

Lan 356 avant J. C, le jour même de h nais> sance d'Alexandre le Grand, un insensé nommé ÉroS' irate, voulant, à quelque prix que ce tàt, rendre son nom célèbre en l'attachant à quelque grand événement , mit le feu au temple d'Éphèse. Lie sacnl^e fut livré au supplice, et les Éphësiens défendirent par une loi que son nom fût jamais prononcé. Ce moyen maladroit ne }ui donna que flm de célébrité , et Théopompe consigna dans son Histoire l'incendie ^u temple et le nofa d'JËrostrate (1). Cet événe*

(1) StraJb. Ceegr, iîb. ziv. Vtl. Max, De dwHsfretitfue mt^omi^ lib. vui, cap. •t4' Enstath. ad Di^s^ f^neg. p. 1%^.

Oigitized

3ôa NOTES DIVERSES*. '

ment avait fourni l'occasion d'une mauvaise plaisanterie ou d'une basse flatterie à H^ësias de Magnésie, Où à Timée de Tauromenium , surnommé Epitimée . ou PÉpilogueur, U n'est pas étonnant, disait-ii, que Diane 9 occupée des couches d'OIympias, n'ait pas pu venir au secours de son temple. Les mages . .qui se trouvaient à Ëphèse, alors soumise aux Perses; . furent effrayés de cet incendie, et publièrent qu'il devait être né un en&nt qui porterait un jour le fer et le feu dans l'Orient (1).

' U est à croire que l'incendie ne consuma que les charpentes et lé toit, et que te reste du temple ne fut pas assez endommagé pour ne pas servir lorsqu'on le rétablit. Les Éphésiens voulurent avoir seuls ia gloire de le reconstruire. Us contribuèrent tous à l'envi aux' frais de cette entreprise ; les femmes mêmes donnk'ent leur or et leurs bijoux* Suivant Strabon, Ton vendit les colonnes de l'ancien temple. Il est probable qu'on suivit le plan de Chersiphroll en lui donnant . plus d'étendue, et te nouveau temple f emporta en magnificence sur celui .que toute l'Asie mineuie avait élevé à frais communs Timée accusa même les Éphésiens d avpir employé à sa construction les richesses que l'on y avait, mises en dépôt ; mais

(i) PIttUrch. in Akxtmdm, Cic. De naturu Dean lib. Il» çip. aj. (2} Gallinwcb. Hymn, m Di9tu

Aitëmidore et Stnbon prouvent h fiiusseté de cette

accusation. On ne sait pas positivement à quelle époque commencèrent ces grands travaux. Selon Strabon -^ Cheîromocrate fut Farchitecte auquel oh les confia. Les auteurs ne sont pas d accord sur son nom : Vitmve le nomme Dinocrate; Plutarque^ Stasicraie; et Pline, Dinocharès, Malgré la dilîérencc des noms y il paraît que c est le même architecjte dont H est question ; c'est ce Dinocrate qui , probablement, lorsqu Alexandre vint à Éphèse (334 ans avant J. C), iuî proposa de tailler le mont Athos, et d en Cure une statue qui le représenterait laisant une libation , et versant un fleuve dans une coupe : de chaque côté; 3 devait y avoir une ville de dix mille ames. Alexandre n adopta pas ce projet bizarre ; il s attacha cependant Dinocrate, qui le suivit en Égypte, et qu'il chargea de la fondation ou du rétablissement d'Alexandrie (331 ans avant J. C« )• Ainsi le temple d'Éphèse, à cette époque, devait être commencé depub plusieurs années.

Quoique Dian# d'Éphès^ reçût de nombreuses

offrandes de ses adorateurs répandus dans toute l'Asie minem^ et jusqu'en Syrie^ et roa^|ré les revenus considérables qu'elle tirait de deux lacs près d'Éphèse, les dépenses du nouveau temple étaient si fortes^ qu elles étaient très à charge aux Éph^iens. Alexandre leur abandonna les tributs qu'ils payaient aux Perses^

3âd NOTES DIVERSES.

ëty quelque temps après ^ H leur proposa de prelidre à son compte toutes les dépenses faites et à faire , si Ion consentait à inscrire son nom sur le temple ét à lui laisser Thonneur de l'avoir rétabli. Quelqu'obérés ^e fussent les Éphésiens, ils refusèrent les ofires d'Alexandre, en Ini représentant qu'il ne serait pas convenable qu un dieu tel que lui élevât un temple à une autre divinité. L'excuse ne déplut pas au conquérant.

Tout, dans ce bel édifice, était d'accord avec le hxe de sa constructîcm : fa charpente et les portes

étaient de bois d'ébène, de cèdre, de cyprès et d'autres i>ois précieux qui existaient encore en très-bon état à l'époque oii Mutianus trois fois consul (50, 70, 75 de J. C. ) vit le temple d'Éphèse , quatre cents ans *après son rétablissement (1). Un escalier fait de bois de vigne de Chypre conduisait au Êiîte de l'édifice; Pline (2) croit que c'était de la vigne sauvage. Un grand voile séparait le sanctuaire d'avec la nef (3).

La statue de Diane, adorée dans ce sanctmâre*, passait pour être tTune haute antiquité; Mutianus la croyait même plus ancienne que le Palladium, On serait étonné qu'on ne lui eût pas accordé f honneur d avoir été faite par la main des dieux, et d'être

(i) Piin. Hist nai. lib. XIY, cap. 2; m, cap. 79.

(%) I&td. iib. xrv, cap. a.

(3) Paoaaii. Crac. DcMcr, tib. v, 11.

IDinbée du ciel : en donnant aux premières idoles

une origine divine, on les rendait plus vénérables. Mais, plus d'une fois, et même du tçmps des Ptoiëfnëes, suivant Isidore de Pëluse citë par Suidas (1), pour lionorer les statues , on ût disparaître ceux qui les avaient ÊiiteSy afin d'ensevelir avec eux le secret de l'origine des dieux. Mais ces prétendues statues Tombées du ciel, oii, malgré la grossi è reté du travail , on reconnaissait de certaines formes humaines, ne furent pas ies premiers objets du cuite. Les premières idoles ne durent être cpie des espèces de fétiches ou de bétyles, tels que la pierre noire ton>l>ée du ciel sur les bords du £euve ^anguriut pnès -de Pessinonte, et sous h foroie de laquelle on adorait Cybèie ^n Phrygie et à Rome ; et tels que la Vénus de Paphos, l'ApoUon ûainus, et ia divinité d'Élagabale , le soleil d'Émèse , qui n'étaient que des -pierres brutes. Le phâM>mikie des piems tombé» 'du del, qui, de nos jours, excite encore la surprise, devait, dans des temps moins éclairés^ causer une gnmde frayeur» être regardé comme un prodige ; et il n'est pas étonnant que ces pierres aient trouvé des adorateurs : plusieurs passaient pour rendre des oradea, et même pour être animées. Il y a bien 'quelques rapports entre ces pierres, ies i^étyles et les pierres

« ■ ■— p— — p— ■ liai ■ I I I —

(i) yoee AiOTidiu

huileesL dé fJÉcriture sainfe; et peut-être les cylindrei persépolitains chargés de caractères, et mém^e les zoards^ si estimés et regardés dans TOrient comme des. tafismans, ofirent-îb des restes du calte superstitieux des pierres sacrées et des bétyles (1).

- On sait que les dieux ne furent d'abord repré* sentes en Grèce que par des poteaux ou par des pierres carrées (2). Ce fut sans doute sous cette ANTme" que Diane reçut les premiers hommages à Éphèse ; et c'est peut-être le tronc d'ormeau ou ^e hêtre dont il est question dans fhymne de •Caflimaque et dans d'autres auteurs. Tout ce que i'art ajouta depuis à l'idole^ ne fit pas disparaître isa forme primitive : on voit qu'elle Ait conserve», avec un religieux respect j et l'on peut croire, avec M* de Caylus, que plus les statues de Diane d'JÉ^thèse sont simples, plus elles sont anciennes. Cette forme .primitive tient beaucoup de celle des figures ^;yptiennes debout, les bras collés au corps, et res^ semble aux coffres de bois qui renfermaient les momies, et à ces figurines de brème,, de terre ver* nissée et de bois de sycomore , qu'on trouve en si .grande quantité en !É^ypte. C'est ainsi. que. devait, être fApoOon d'Amydëe&, dont M. Quatremère

(i) Voyez , sur les bétyles , les Mémoires de l'académie des

belles-lettres , tom. VI , pag. 5i3.

(2} Pausaii. G/ic#. Vesçr, lib. vu, cap* 2a.

NOTES BIYERSEg. 361

it Quincy nous offie ia reslamatioii dans ion bd

ouvrage sur le Jupiter Olympien. C'est cette forme qu'on retrouve dans les Hermès qui rappellent k pierre carrée, premier objet du culte, à laquelle on ajusta une téte humaine et des attributs* Lorsqu'on se fut hasardé à séparer les bras du corps, pour leur donner plus de force , on les soutint avec des tringlesoudeboîs onde métal. Ce sont sans doute de paureib supports que l'on voit aux statues de Diane d*£phèse , jet qui ont donné lieu à plus d'une dissertation , qu'on $€ senit épargnée, si Ton neàt regardé ces étais que comme des indices certains de la timidité de l'art dans son enfiudce. On les avait conservés en copiant ces statues à une époque oh l'art, à un haut point* de perfection, n'avait pas besoin de ces ressources. Ne voiton pas d'ailleurs des supports, des tenons, à beaucoup de statues du bon temps , pour donner plus de Solir dité aux membres détachés du corps ? il y a même de ces tenons qui sont travaillés en spirale. On aura voulu aussi orner les supports de la Diane d'Éphèse ; ils auront été plus travaillés, plus légers, selon solidité de la matière de la statue ; souvent même ils .n'étaient, plus que comme im ancien souvenir, u|ie chose de pratique. Les anciens avaient un grand respect pour tout ce qui tenait aux anciennes originqi et au culte : peut*étre aura-t*<m copié souvent ces ftatues d'Éphèse .sans se rendre compte de , ce que

à62 KOTES DIVERSES.

)>oavaîent être ces supports dont on ne voyait {Jus la

hécessitëy et Ion y aura cherché un sens caché et mys* tique; et, de procédé d'art ou de métier, ib aeroat devenus des attributs de la déesse.

Peu à peu la Diane d'Éphèse perdit sa simplicité; les ÉpiiésienSy h regardant comme leur grande déesse et la mrre de toute ia nature, réunirent les attributs de piusieur» divinités à ceux qui «ppartenaient m triple caractère de la déesse sous les noms de Diane, Ariemis chez les Grecs, de ia Lune et d'Hécate; et fidole d'Éphèse devint alors une statue panthéey ou qui rassemblait plusieurs divinités. De sa téte couronnée de tours , ainsi que celle de Cyhtàe, tombait en arrière un voile pareil à celui dont s'enveloppait l'impénétrable Isb, et qu'on donnait à Cérès et à Diane ' ^onsfdérfe •comme la déesse de ia nuit. Les crabes et les lions qu'on voit parmi les attributs de ia déesse, pouvaient avoir rapport au soleil et à ia lune. On croyait que le soleil avait paru pour la première fois dans le éigne du Uon, et la lune dans celui du 'Caiircer. On trouvait d^ailleurs encore d'autres analogies entre ce cnistacé et les phases de la lune par ^sa figure ronde et ses pàttes en croissant; il ressemble aussi au scarabée sacré des Égyptiens, emblème d'bis. Les dragons, espèce de serpens, psor leur' marche onduleu^e , pouvaient faire allusion au cours de la lune; et ils étaient consacrés à Hécate*

Les cerfs indiquaient la vitesse de cet astre, et ils étaient aussi sous la protection de Diane, déesse de la chasse. Le grand nombre de mamelles qu'on donnait à la déesse , {'offrait comme la mère ou la nourrice du genre humain. J'ai tàit remaïtpieTy dans un petit ott« yrage sur Ppmpeii, que presque tous ies vases en métal^ et ceux qu'on trouve dans les peintures antiques qui sé taipporlelit au culte disis , avaient la forme du sein dune femme : on sait d'ailleurs, par Apulée, qu'on leur donnait cette forme. Les tètes de boeuf , les glands , les guirlandes, les roses, ies abeilles , qui ornaient la Diane d'Éphèse, étaient des emblèmes de l'agriculture, de se& bienfaits , et lïes saisons qui parent la terre de productions diverses. Au reste, ces attributs pouvaient encore cacher un sens mystérieux , qui n'était dévoilé qu'aux adeptes. Ménétrier, dans sa savante dissertation (1), a chérché à en donner l'explication : ses conjectures 'sont bien appuyées et higénieuses.

Les auteurs varient sur la matière dont était laite la statue de la • Diane d'Éphèse : ils conviennent cependant qu elle était de bois , comme presque toutes les statues les plus anciennes que Ion voyait en Grèce, et que Ton distinguait des autres par le nom de xoana; on y employait i'ébène, le cyprès, le

(i) SjfmMica Diana Ephesi» Siatua, in Gronov. TAesaun tom.Vll.

864 NOTES DIVEâlSES.

.oèdre^ chêne» le lierre de Ciiicie» le lotos et le câtnis (1). Plusieurs de ces bois étaient regardés .conune inoomiptibies. A i époque de Pausanias, qui cite un grand nombre de ces statues, 9 y en avpit ' qjiii remontaient à une haute antiquité. Suivant Vitnive, f idole de Diane était de cèdre. Pline dit .qu'on ne savait pas positivement de quel bois elle ^tait flûte y que la plupart des auteurs la croyaient d'ëbëne; mais que le consul Mucianus, qui Taivaitvue un des derniers, prétendait qu'elle était de bois de vigne y et qu'elle s était conservée intacte > quoique le temple eût été brûlé sept fois. Il paraît, d'après Pline » que les vignes sauvages , sur-tout celles de Chypre, fournissaient des souches assez fortes et assez compactes pour qu'on pût en travailler des statues; et l'on sait que ceUe de Diane n'était fat pwde.

On pourrait croire que celle-ci avait été plusieurs fois airachée du miUeu des flammes, comme l'objet le plus précieux que renfermait le temple. Un passage de la Cyropédie de Xénophon, cité par Ménétrier et Poleniy ferait penser que la statue, du moins ceUe qu'il vit avant l'incendie du temple par Érostiate, était d'or. U se peut qu'il y ait eu dans , le temple deux statues de Diane : l'antique en bois, ou soanon , qui était la plus révérée^ et une en or, où l'on avait dé*

(i) Pausao. Cnec, Dacr. lib. vu, cap. 17.

ployé toutes les richesses et les beautés de fart. Après l'incendie, les Éphésiens ne rétablirent peut-être pas ' celle étor, qui était Tobjet le plus cher, mais le moins important du culte; et ils se contentèrent d'adorer celle de bois, qu'ils avaient reçue dn cieL Quoi qu'il en soit, d'après les différentes copies antiques de la statue d-Éphèse, dont la téte, les mains et les pieds sont ordinairement én bronze ou en marbre nonr, et le reste en albâtre oriental ou en marbre blanc, il est probable que ces parties étaient d'une couleur foncée dans l'original. Cette couleur, que la vétusté donne à plusieurs bois, ajoute au respect que, dans tous les cultes, on porte à des statues et à des images célèbres.

On peut croire, avec M. Quatremère de Quincy,

que l'idole d'Ephèse était du genre des statues polychromes, ou de plusieurs couleurs, et que les omemens ou les attributs se relevaient en or et en ivoire sur un noyau ou une ame de bois. On ne peut guère en douter d'apirès ce que rappcMrtait le consul Mucianus de la manière dont on faisait couler de l'huile de nard dans l'intérieur de la statue pour l'empéclier de se dessécher et pour en maintenir les joints; ce qui convient aux procédés de la statuaire chryséléphantine, ou à compartimens en or et en ivoire, si bien décrits par l'auteur du Jupiter Olympien. On voyait à Corinthe , du temps de Pauwnias / une Diane

d'Éphèse en bois doré, et dont le visage ëtut peinl

en vermillon (1).

Xénophon^ pour s'acquitter dun voeu qu'il avait &it dans h retraite des dix mille y consacra près de Scillunte un champ à Diane d'Éphèse^ il lui éieva^ au milieu d un bois sacré et au bord d'une rivière, un petit tempîe sur le modèle de celui d'Ephèse. La Statue de la déesse était en Ix>i» de cyprès. Le général athénien institua en Hionneur de Diane une féte an* nuelle, céléLi ée pendant plusieurs jours par une chasse générale et par des repas oii se réunissaient les habitans des (^ivirons, et où régnaient l abondance et la joie. Une partie des revenus du champ était destinée aux frais de h féte.

On voit la statue de la Diane d'Éphèse sur un grand nombre de médailles; entre autres , sur celles d'Éphcse , de Colophon , d'Apamëe de Phrygie , de Philadelphie en Lydie, de Magnésie en lonie. Cette dernière ville donnait à Diane le surnom de Let&» cophrys, aux blancs sourcils. Sa statue ressemblait à celle d'Éphèse. Le temple, moins grand et moins riche que celui d'Éphèse, était constiuît avec plus d'art et del^;ance (2); il était, après celui d'Éphèse et d'Apollon Didyme à Bfilet, le plus grand de TAsie*

i ■■■ ■ i ti... I . Il ■ ' ..^

(i) GrcK. Deseript \\h. ii, cap. a.

(2^ §tMb. Gcp^. Uh' XIV.

NOTES DIVÈRSES. 367

■liiieiire. PItisieura cdlections offrent des copies de

•çette statue ; une des plus belles est peut-éti e celle du musée de Naples : elle est en albâtre oriental; b téte et les extrémités sont en bronze. Une pierre gravée du cabinet de Florence représente Diane d'Éphèse avec de grandes ailes (1).

Les peintres et les statuaires les plus habiles concoururent à orner le temple d'Éphèse de leurs che&* d'oeuvre ; et cependant, suivant Strabon, ce fut au rabais qu'on leur donna à exécuter la plus grande partie des travaûx. On y admirait encore , du temps de Pline, le tableau où Apelles avait représenté Alexandre armé du foudre, flatterie que lui reprocha Lysippe. Plutarquç dît qu î! avait donné au héros un teint trop brun. Ce tableau avait été acheté vingt taiens d'or. Apelles peignit aussi à Éphèse, sims doute pour le temple, une pompe ou cérémonie religieuse conduite par ui| mégabyze ou prêtre de Diane. On ne peut savoir si ce mégabyze est le même que fit Parrhasius et que celui dont le tombeau fut orné de peintures de la main de Micon* Il est singulier que Ton ne trouve pas dans les auteurs anciens que Parrhasius ait travaillé

(l) Voyez, sur la Diane d'i'plièse, outre les ouvrages cités, le comte de Caylus, Mèm. de l'acad. des belles-lettres , tom. XXX; Samnaisc, Eufrcù. Pliri. pag. 8i3 et suiv.; Luc. Holslcnius et Johan. Petr. Bellori , dans le Trésor de Gronovius , tom. VII ; ie Dicttofin, d'anliq. par M. Mondes» daus ïEncyciopedie mtlhodique»

pour le temple (fÉphèse. Son amour -propre, qui était excessif, eût dû être flatté de contribuer à ia* beauté de ^tet édifice , l'honneur de sa patrie. Dans un tableau d*Euphranor , on voyait Ulysse contrefaisant f insensé y et attelant un bœuf et un cheval à sa charme. Pausanias (1) cite le combat des Grecs et des Troyens sur les vaisseaux , peint par Calyphon : la figure de la Discorde quil y avait introduite, était d'après ceiie du coffre de Cypsélus. La Diane, tableau très-ancien de Timarète, fille de Micon, était probablement dans ce temple (2).

• Parmi les sculptures, on remaïquait l'Amazone de Polyclète de Sicyone , qui fut préférée à celles de Phidias, de Ctésilas, de Cydon, de Phradmon.

Au-dessus de l'autel de Diane Protothronia, on voyait la seule statue de Rhœcus qui existât en Grèce du temps de Pausanias ; les Éphésiens disaient qu'elle représentait la Nuit (3).

Une statue d'Hécate, par Mënestrate, était d'un marbre si éclatant, que les gardiens du temple conseillaient de ne pas h regarder trop fixement. Strabon attribue cette statue à Thrason, de qui l'on voyait aussi une fontaine et un groupe qui représen*' tait Pénélope et Euryclée.

(l) Gixec. Dcscr. lib. V, 19.

(i) Plin. Hist. nat. lib. xxxiv et xxxv.

(i; PauMi». QriK, Dcscr, lib. x, cap. 38.

• L autel du temple était orné, de sculptures de Pnoir tèle.

Myron, célèbre statuaire en bronze ^ avait fait pour les Éphésiens un Apollon i qui leur fut enlevé par Marc-Antoine, et qu'Auguste leur rendit. La manière dont Pline parle de tous ces che&^*oeuvre, montre qu'ils existaient encore de son temps > quoique plusieurs fussent de statuaires et de peintres d'une époque antérieure à ceUe de l'incendie d'ÉrosIrate/ .

Le temple d'Éphèse jouissait d'un droit d'asile qui tat d'abord très-étendu, et que Ton fut souvent obligé dé restreindre à cause des inconvéniens qui en ré<. jultaient. Alexandre l'avait porte jusqu'à un stade autour du temple. Mithridate avait fixé les limites à la portée d'un trait lancé d'un des quatre coins du toit ; « ce qui;^ ajoute Strabon, paraissait &ire un peu » plus qu'un stade. Antoine doubla la mesure de cette «distance^ de sorte qu'une partie de la ville y était «aussi comprise : mais cette extension du privilège , » ayant paru dangereuse, parce qu'elle livrait la ville à » la merci des malfiûteurs, a été abolie par Auguste. » Daprès un passage de Tacite (1), on pourrait croire nue ce fut Tibère qui abolit ou. réduisit de beaucoup ce droit d'a$ile; il paraît .cependant, par des médailles, que, du temps de Trajan Dèee, ce temple

(i) Annai lib. ni^ 60. .

Aa

jouissftit enooret dhm droit d'asile, D afirès un endroit

d'Ulpien cité par le marquis Poleni, la Diane d'Éphèse aurait eu le privilège de recevoir des legs selon les ioîs romaines.

Les prêtres du temple d'Éphjèse se nommaient mégalôhyzes ou tnégabyzes, nom qui pourrait être venu du persan; ou peut-être fut-ce le nom de celui qui le premier fut prêtre de Diane à Éphèse (1). Quoique ces prêtres fussent eunuques, leurs places étaient rechercliées par ce qu'il y avait de plus distingué à Ëphèse. ^ëraclite, dans une lettre à HeraK^ doré, reproche aux Ephésiens de mutiler ainsi des personnes- consacrées à une divinité rejurésentée comme fa mère de la nature. On pourrait croire , * <f après Hésychius, que les chefs de ceij.mégafayzes se npmmaient Acriiohatœ, ces prêtres étaient associées de jeunes vierges ^ ips novices s'aj^pelaient mellierê , futûre>prêtres8e : ^elles deve}^j(^t ensuite hierè, pré" tresse; etparkierê^^ ex-prétre^e^. tprsque leur temps était fmi.

D'autres prêtres, attachés au temple et nommés

JEssenes, présidaient aux repas ^crés ; c'étaient les

épulons des Romains. Lemr chaige ne durait qu un

an (2): • «

(1) Voyez les notes de la traduction française de Straboo^ iiv. XIV, tom. IV, 2.* partie, pag. 291.

(2) Pausan. Grçtc. Dtscr. lib. VIU.

NOTES DIVERSËS. 371

On célébrait à Éplièse de très-belles fêtes en Thon- Heur de Dianè : il paraît qu'on ne lui offrait que des totlrontieâ et des branches d'olivier, et que le san^ ne coulait pas sur ses autels; ce qui serait une espèce de preuve que son culte à Éphèse ne venait pas des Amazones, qui, des bortls du Pont-Euxin, eussent apporté le culte cruel de Diane Tauropole , adorée dâtis la ChersonèseTaurique, à qui i on saci iliait des victimes, quelquefois même des victimes humaines, et qûé rappelaient lés Dîamastigoses de Sparte célébrées en l'honneur de Diane Orthia d'origine scyttiiqué^ pendant lesquelles on fouettait impitoyablement, et jusqu'au sang, des enfans autour de l'autel de la déesse. Dans les Éphésies, les hommes, s'eiîivrai^t poi* piété, couraient les niës armés, enlevaient les femmes qu ils rencontraient, et excitaient du tumulte. 11 était défendu, sôuaf peine de b vie, aux femmes mariéés éf fibres (Fentrer dans le temple oii la féte était célébrée par les jeunes gens et les jeunes filles, qoi tâchaient de se plaire les uiis aux autres pour trou- Ver à se marier. Les femmes esclaves, mécontentes dé lewtâ iùaîtrès, avaient la liberté de venir dans îe tempïe lég aècusèr auprès de la déesse ; si l'accusation était fausse, on les rendait à leura maîtres, àcondition qu'ils n'en tireraient pas vengeance; si leurs plaintes étaient justes, elles restaient dans le temple attechééi au service de Diane. Dans le bois sacré, derrière le

i»72 NOTES DIVERSES.

temple, était une grotte où. les jeunes filles avaient

la permission cTentrcr, et dont les femmes étaient exclues. Cette féte devait donner lieu à de très-grands excès. Il parait quon h nommait aussi Calagogion, ou du moins que c'était celle que les hommes célébraient pencbint la nuit dans h ville. On voit, par un passage des Amours deLeucippeetde Clitopkon, que, lorsque la théorie ou procession sacrée de Diane traversait h ville y le grand-prétre jouissait du beau privilège de suspendre le supplice des criminels : maïs peut-étr^ était-ce dans des fêtes plus graves que celles dont nous venons de parier^ et oii il se passait beaucoup de désordres (1).

n y avait tous les ans une féte dans le bois d*Ortygie^ et la jeunesse, par un usage particulier, se piquait d y donner des repas magnifiques. Le collée des Curètes avait le piéme usage , et offrait des sacrifices secrets, probablement sur le mont Solmissus.. Oh célébrait aussi à Éphèse des jeux nommés Bar* hillées y et qui, au rapport de Dion Cassius (2), avaient été institués en l'honneur de Barbilius, astroiogue célèbre, très -estimé de Vespasien. Il en est question > ainsi que des Adrianéea d'Éphèse, dans une belle inscription des Marbres d'Oxfi>rd, n."* zxxiV*

(i) Voyez AchilIetTattof , De CUtophcntis et Leucippes amoribvu^ lib. VI, 8, etfib. vii, 12.

(a) Hut. rçm. lib. ui^vi, pag. 1084.

NOTES Dn'ERSES. ^75

Il est à croire que ces Barbiiiées sont les mêmes que les BiAhildées citées dans une inscription de Gruter (1), et qui avaient aussi lieu à £phèse. Des concours de. musique fiusaient une grande partie

de ces fêtes.

Le temple d'Éphèse et ses trésors , respectés par les Perses, furent souvent exposés aux rapines des géné* raux romains. Juies-Cësar rapporte que C. Métellus Scipion, beau-père de Pompée, voulait piller le temple de Diane et en enlever les statues; mais, ayant été obligé de rejoindre en Macédoine Pompée, contre qui marchait Jules-César, il renonça à son projet (48 ans avant J. C). L'arrivée de César dans l'Asie mineure préserva une seconde fois le temple, que T. Ampius s'apprêtait à dépouiller. II est probable qu'il ne fut pas épargné, lorsque Néron envoya Acratus et Carinas enlever les richesses des temples de TAsie mineure* Ils s'acquittèrent avec trop de zèle de leur mission pour que celui d*£phèse leur eût écluppé (2). Lon rie parle plus de ce temple jusqu'à Tan 263. Sous le règne de Ciallien, les Scythes, qui£usaient partie des Goths, dévastèrent alors TAsie mineure et brûlèrent le temple d'Éphèse (3). II paraît cependant qu'il se releva encore en partie de ses ruines, et qu^

(i) JnsctipU antiq. 3i4.

(a) Tacit. jimuU, lib. XV, ifi*

(3) Trebell. Poli. BùU Avg, tom. H, i^j).

ce ne fiit que sous Constantin qu'il fut eiitièrem^t

détruit^ avec la plupart des autres temples païens. Se$ restes ont fourni des colpnnes et de$ nuttéris^ux à plusieurs mosquées de Constantinople. On peut yoir , dans ies Voyages de Spon, de Wheler, de Monconis, de Tournefort et de M. de Choiseui, dans quel état se trouvaient ces ruines lorsqu'ils les ont visitées. Nous pouvons espérer un travail complet sur ce sujet , des recherchés de M. Huyot , qui a relevé tout ce qui reste du pian et des détails du temple. D'après sa belle restauration de Palestrine, on peut croire qu'il répandra un nouveau jour sur les déLris d'Iiphèse, et qu'il la fera sortir de ses ruines, conune U a retiré Préneste de celles qui la couvraient.

Éphèse avait un sénat composé, comnie celui des Romains, de sénateurs conscrits, avec lesquels ies épidetesy ou sénateurs surnuméraires, s'assemblaient et adminbtraient toutes ies affaires. On voit sur les médailles les noms d'Eucritus et d*Eutycratès , de Ménippus, de pémétrius, &c., qui avaient probable* ment la charge dasiarque ou de grammateus , greffier, dont les fonctions, à ce qu'il paraît, étaient dç| présider aux fêtes , à certains sacrifice et à ce qui avait rapport au temple de Diane : il est question de ce gramnuUeiAS dans les Actes de& Apôtres (1). U eut

(0 Cap. XIX, V. 35.

NOTES DIVERSES. 375 assez d'autorité pour calmer une ëmcuté excitée contre S. Paul. Ce magistrat d'Éphèse a des rapports ave(^ le grammateuê d'Isis, qui, ^ns Apulée', dirige les fctes de la déesse. M. Mongez pense que cette place était assez importante dans qjudques villes de ÏAsia pour être éponyme, ou pour que l'année prit le nom à%kgramnuUem en exercice, comme à Athènes iolymr piade, celui de Farchonte éponyme (1).

Les médailles d'Éphèse offrent le temple et la statue de Diane; des palmes, des abeilles, desic^rfa, symboles de la déesse ; la lyre d'Apollon Larisséen, honoré à î^phèse. Une médaille de Gordien représente aussi Diane d'Éphèse sur un vaisseau ; ce qui est un rapport de plus avec Isisj, et peut indiquejr l'alliance ou l'union des JË^hésiens avec les habitans d'Alexan» dric. Des médailles de Béotie , qui portent la Diane d'Éphèse, peuvent £ûre croire qu'il y avait àsuaa cette contrée un temple bâti à Fimitation de celui de cette déesse^ ainsi qu'il y en avait dans plusieurs villes de la Gfèce. Une abeille sur une couronne de. laurier, prix des jeux Pythiques , rappelle peut-être un vainqueur éphésien ou des ietes en l'honneur de Diane d'Éphèse ; ce que Ton peut croire, d'après ce que dit Macrobe des prix proposés aux poètes qui célébraient k déesse de b manière ia pfa» digne d'elle. Pausanias

(i) Dictionn. d'aniiq, dans ÏEncifclcpédU nUUwdiftu.

376 KOtËS DIVERSES*

nomme des athlètes d'Éphèse dont on voyait les statues k Olympia. Sur plusieurs médailles , les Éphësi^ prennent ie titre de 7icocores ; ils se disent même néocores pour la. quatrième fois. Ces néocores^ cliargés (fu,«oîn des temples, avaient aussi l'inspection des fêtes, sur-tout de celles en ITionneur des empereurs , qui accordaient ce titre aux villes qui lavaient mérité par leurs services ou par leur dévouement. On croit que ie quatrième néocorat, que l'on ne trouve que sur les «édaiHes d'Éphèse , était celui du temple de Diane (1)."

Épfaèsd donna le jour à plusieurs hommes célèbre»,

parmi lesquels on cite Heraclite , fils de blyson , et #umommé ¥ Obêcur, qui pleurait sans cesse sur les vices et les misères de l'humanité ; il vivait dans b LXIX.* olympiade. Ce philosophe, trouvant les £phësiens trop corrompus, refusa de leur donner des lois, qu'ils n auraient pas suivies ; il rejeta les offres de ser^ vice que lui fit Darius, et, fuyant le conmierce des • bommes,il momvt de chagrin et d'une Biabdié aiguë, à J âge de soixante ans.

Hermodore était ami dVémelite. Ses vcatus fiûsant un trop grand contraste avec les vices des Ephésiens>

1 il I IIW^MM— — i^— ■ I i»

(i) Vayea Jo. Petr. Bellor. Notœ l'n mimtsmata, ti/im Ephcsia, &c..^ Mém. de VatlUnt père, Acad. des belles -lettres , tom. II, pag. 5o7^ l'article Néocore, par M. MoBgez, DicUonn, d'antiff, dans ïEne^

ceux-ci le trouvèrent trop honnête homme pour vivre parmi eux, et le chassèrent : aussi Hérédité prëten-

daît-il que, pour ce seul fait, ils méritaient tous la corde. Cet Hermodore parait avoir été chargé par les Romains de rédiger une partie des lois des décemvirs, et on lui éleva, à Rome, une statue dans le lieu des comices (1).

Le poète Hipponax, dont les satires avaient tant de causticité, était aussi d'Éphèse^ on a vu, dans le cours de cette notice, plusieurs écrivains de cette ville.

Artémidore, Éphésien, écrivit une géographie en

onze livres, dont le Périple de Marcran paraît être un abrégé, li rendit de grands services à sa patrie, en lùi fiiisant restituer par les Romains les lacs dont on l'avait dépouillée ; il lui assura aussi la possession d'une partie importante de son territoire qui lui était disputée: en reconnaissiuice, on lui éleva une statue d'or dans le temple de Diane.

' il y eut encore un autre Artémidore d'Éphèse: celui-ci est auteur des Oneirocri tiques, ou explication des songes»

L'orateur Alexandre , surnommé Lychnus , la Lampe, était d'Éphèse ; il écrivit sur le gouverne^

(r) Plin. Hist nat, iib. xxziv. Dio|[. LaArt Ik vifù cian phihm ttjpA, Iib. IX.

ment : on avait aussi de lui des ouvrages en vm sur la géographie et l'astronomie (l)u

II parait qu'ApeileSy le Raphaël de l'antiquité , était d'Éphose ; honneur que l'île de Cos disputait à cette ville. Ses tableaux étaient répandus dans toute {a Ghrèce ; mais il contribua beaucoup par ses chebd'œuvre à la gloire d'Éphèse^ et il y forma de nom- I>reux «lèves , qui , devenant eux-mêmes de grands maîtres^ firent briller avec éclat l'école d'Ionie. Lors- (|tt'Alexandre vint à Éphèse^ il se plaisait dans late* lier d'Apelles et à le voir peindre. H lui accorda la privilège exclusif de faire ses portraits ; ce fut alors qu'il lui fit présent de la belle Pancaste ou Campaspe, courtisane quil aimait et dont Apelles était éi»ris (2). Parrhasius, Tun des plus grands peintres de I antiquité, était d*Éphèse. On remarque encore, parmi les artistes dont le talent a illustré cette ville^ Pharax, statuaire, qui ne manquait pas d'habileté, mais qui n'eut pas le bonlieur ou l'adresse de la Êûre vak»r. Le statuaire Posidoi^tts, qui vivait du temps de Cicéron , excellait à représenter les athlètes et les chasseurs ; ses ouvrages en argent avaient une grande réputation*

Ce Uémétrius dont il est question dans les Acte&

(i) Voyez les notes de la traduction française de Strabon. (3) Voyez Freinshem. SuppUm, in Curtium, iib. u, cap. 6.

4^ Apdtr^ (1)^ était y à ce qu'il .paraît , le chef des

orfèvres, qui s'occupaient principalement à fabriquer 4e petits temples de Diane en argent, qu'ils vendaient en grande quantité aux voyageurs de tous les pays : aussi, lorsqu'ils craignirent que les prédications de S. Paul ne fissent tort au culte de Diane , excitèrentils un mouvement du peuple contre l'apôtre.

Nous ajouterons à ces artistes (2) Agasias, qui devait être un des plus habiles statuaires d'Éphèse, à en juger pai' la statue du Héros comhatLmt que possède le Musée royal , et qui est connue sous le nom de Gladiateur Borghese. Le nom d'Agasias d Éphcse est gravé sur le tronc d'arbi^e qui sert de support à b statue.

Éphèse fut célèbre dans les prenxiers siècles de l'ère chrétienne : c'était la première des sept églises d'Asie. II paraît que la Sainte Vierge y passa une partie de sa vijÇy après la mort de Jésus-Christ. L'apôtre S. Jean y habita pendant long-temps, et y écrivit son Évangile : ce fut méo^ du noiù de H agios Theologos , le saint théologien, sous lequel il était connu dans ces cpntrées, que vint à Éphèse le nom d Aio-Solouck qu'on lui donne aujourd'hui, et qui n'est qju'une corruption de Hagios Theologos, On y voit encore une

(1) Cap. XIX, V. 24-

(2) On peut voir, sur tous ies artistes cités, Junius» de pictura

fi

380 NOTES DlV£RSfS.

église consacrée à ce saint ^ qui^ à ce quon croit ^ y avait été enterré.

S. Paul prêcha à Éphèse pendant près de trois ans;' il aimait beaucoup les Éphésiens, et l'on a les lettres qu'il adressait aux chrétiens de cette ^iise, qu'il visitait souvent-, et en particulier à Timothée. Ce jeune homme était de Derbe ou de Lystre en Lycaonie. Son père' était païen : mais sa grand mère Loïde et sa mère £unice avaient quitté le judaïsme pour embrasser avec zèle le christianisme ; Timothée fut élevé piHT elles dans letude des saintes lettres. Lorsque S. Paul vint à Éphèse ^ Timothée s'attacha bientôt à lui, et, après avoir été circoncis par l'apôtre, il ie suivit. Après avoir gouverné pendant quelque temps l'église d'Ëphèse^ il en fut fiût évéque, en l'an 64, par S. Paul , qui avait en lui la plus grande confiance , et qu'il accompagna dans plusieurs de ses nombreux • voyages; il visità aussi les ^;lises'de TAsie mineure, dont on lui avait remis le soin. 11 païaît qu'il suivit S. Paul à Rome et qu'il y partagea sa prison. On voit par les deux lettres de l'apôtre à Timothée , qu'il avait pour lui l'amitié la plus tendre. On croit que Timothé* Alt lapidé à Éphèsé, l'an 97 de J. C , sous le règne de Ner>'a, pendant les Catagogies ou fête de Diane, qu'il voulait empêcher de célébrer. Les Grecs pbcent son tombeau auprès de celui de S. Jean sur le mont Libate, peut-être l'ancien Ly^ré'Acté. Les reliques

KOT£S DUmi^ES. ^Sl

ie Tknothëe furent transportées à Constantinopte,

fan 35G, sous le règne de Constance. On trouve des détails sur la vie de S. Timothée dans la Bibliotlièque de Photius et dans S. Jérôme ; P. Pithou a éci^t sa vie sous le nom de Poiycrate (1). UO riens christia" nus^ toin« pag. 662 et suiv», offre tout ce qu'on peut désirer sur i'eglîse d'Éphèse^ où ^ depuis S. Timothée^ son premier évéque, on en compte soixante>neuf jusqu'en 721 : il y en a eu plusieurs accusés d'hérésie.

Grégoire de Tours^ sans, doute d'aprèsxl'anciennes i^endes, rapporte Taventure des Sept Dormons f qui a tout {'air d'une fable. L an 253, sous le règne de Tra|an Dèce , les chrétiens essuyèrent une cruelle per^ sëcutîon : sept jeunes hommes d'une illustre famille d'Ephèse^ pour y échapper^ s'enfermèrent dans une caverne nommée Ochlon, près d'Éphèse. Le plus jeune d entre eux sortait^ueiquefois pour aller chercher des provisions : on les découvrit^ et, n'ayant pu réussir à les engager à sacrifier aux idoles , on les enferma dans la caverne ^ dont on boucha l'entrée , et Trajan Dèce y fit mettre le scellé. On devait les croire morts, et on les oublia. L'an 408, cent cinquante-cinq. ans après, sous Théodose ie Jeune , lorsqu'on s'y .attendait Iç moins, les sept Dormans se réveillèrent comme s'ils se fussent endormis la veille, et se croyant encore

(0 T\\iemfmXfMm.peurFhùt teelésiast Xom. II, p. i5S.

exposes aux persécutions ; ti cs-étonnés de voir la croix selever de toutes parts, de ne réconnaitr6 rien dè ce qu'ils avaient quitté autrefois en entrànt dans fâ caverne, ils y retournèrent; Thëodose et l'évéque d'Éphèse allèrent chercheir ces illustres cénfêsseurâ de . la foi ; mais ils s'endonnirent une seconde fois et ne se réveillèrent plus. On pense bieii qùe cetté aventuré ^ dut feire beaucoup de bruit dans le temps , et depuis on montj e encore la grotte des sept Dormans (1).

On a tenu à Éphèse sept cottcilés ,x ck>n€ un œcuménique, ou général , et (juatre qu'on ne regarde que comme des synodes et des conciliabules. Le premier èn t9è , sous Polycrate/évêqùe d'Éphèse : on y décida que la Pâque serait toujours célébrée le 14 de la luné; 'cette décision fut cbndâmnëe par le pape Victor. Le deuxième, en 245, contre Noët, qui niait la <Ustinction des personnes daiis la sainte Trinité. Lè tît)îsieihé, en 401, concile de soixante-dix évéques d'Asie, p/ésidé par S. Chrysostoime ; pour en élire Uh d'Éphèse : on y déposa six prélats simoniaqués. Le quatrième, en 431 , 22 juin > . troisième concHè (£hmkéni(tue,^ pré^dé par S. Cyrillé, évéque d^/Hexandirië , tènant la place du pape S. Célestin: deux cents évêques y assistèrent; ôn'y con-

«hûinâfe hérésies de Nésferius, des Pélagiens, dè

0) ^<^«»Moi^rî, article IJbrniM.

Jeftii (f Antioche et cTantres sdiismatiques. Le cin»

quième , la même année : pendant le concile , il y eut un conciliftbule tenu par Jean d* Antioche et quelques ëvéques orientaux qui n'étaient pas arrivés au commencement du concile ; ils se décidèrent en &veur de Nestcnius^ en s appuyant du concife de Nicée, et prétendirent déposer S. Cyrille et Memnon, évéque d'Éphèse. Théodore prit part à ces débats : ii y eut quelques troubles ; il finit cependant par ap> prouver S. Cyiille et les actes du concile, qui du reste ne rétablit pas h paix dans les églises d'Orient; Le sixième, Tan 449 : trompé par deux hérésiarques, Chrysaphius et Ëutychès, Théodose fit rassembler à* Éphèse un concile où assistèrent cent trente évéques , sous Dioscore, évéque d'Alexandrie : on y condamna les saines doctrines et S. Fhvien , que i on battit ad point , que , trois jours après , il en mourut ; on ap^» Ipnouva Ëutychès et d'autres hérésiarques; enfin tout s'y passa dans un tel' désordre , que çe conciliabule à conservé le nom de brigandage d'Ephèse, Le sep^ tième en 476 : ii y eut cette année un concile tenu par les Eutychëens, et qui ne fut pas reconnu (1). '

Depuis cette époque^ il n'est presque piua questioii d^hèse : eBe suivit le sorc des autres villes dé

(l) Voyez VOriens christiamu^ l'Art de vcnJUr les dates, et Moréri, article Éphèse. *

l'Asie mineure^ lors des conquêtes des successetii's de Mahomet ; et-, quant à ce qui regarde son histoire dans des temps postérieurs, je me bornerai à rapporter ce qu'en dit Toumefort (1)^ d'après, les histoires d'Anne Comnène, de Ducas^ les historieiis de Constantinople y &lc,

«Éphèse était une phce trop considérable pour «nétre pas exposée aux ravages des Maliométaiis. n Anne Comnène rapporte que, lei; infidèles s étant > rendus les maîtres d'Éphèse^ sous le r^e de son n père Alexis, vers l'an 1 08 1 , il y envoys^ Jean Duças, »son beau*père, qui défit Tangriperme et Marace, V généraux des Mahométans. La bataille se donna dans N la plaine au-dessous de la citadelle ; ce qui &it con<«- » naître que la plus belle partie de la ville était alors p déjà détruite. Les chrétiens eurent tout l'avantage : j>on fit deux mille prisonniers, et le gouvernement *»de la place fut donné à Petzeas. II y a apparence «que la citadelle dont parle Comnène, était l'ancien ^château de marbre abandonné.

j» Théodore Lascaris se rendit maître d'Éphèsç en n 1206. Les Mahométans y revinrent sous Andronic » Paléologue , qui commen(^ à régner en 1283. Man- I» tacbias , un de l&m princes , conquit toute la Carie ; » et Homur , fils d'Asin^ prince de Smyrne , lui succéda.

(0 Voy^ ^ hfHoàp toA. ni.

iiTamerlan, après h victoire qu'il remporta ^ en 1401, M sur Bajazet , près d'Angora , ordonna à tous les petits » princes d'Anatoiie de le venir, joindre à Éphèse, et

• s'occupa pendant un mois à (ixire piller la ville et ies

• environs. Ducas assure que tout âit épuisé, or, ar-

• gent , bijoux ; on enieva même jusqu'aux habits.

» Après le départ de ce conquérant, Cineites, grand

• Capitaine turc i fils de Cansiipasi qui avait été gou* «verneur de Smyrne sous Bajazet, déclara la guerre

• aux en&ns JAsin, qui s étaient établis à Éphèse. II

• ravagea d'abord h campagne, à h téte de-cinq cents

• hommes ; ensuite il se présenta devant la citadelle .

• avec un plus grand nombre d'autres troupes, et l'em- . )> porta facilement. Mais, quelque temps après, un autre » fils d'Asin, qui s'appelait Homur, du i^éme nom qu« •son frère , qui venait de mounf , se joignit à Manta*

• chias, prince de Carie /qui l'accompagna à Éphèse

• avec une aimée de kix mille 'hoinmes. Carasupasi,; »père de Cineites, commandait dans la ville, oii ce

• même Cineites, qui était daïis Smyrne, n'avait laissé

• que trois mille homtnés. Malgré la vigoureuse résis- » tance des Éphésiens, les assiégeans mirent le feu à la

• vilie,'et, dans deux jours, tout ce qui était échappé » à la fureur des Tartares , fut réduit en cendres. Ca-

• nmipasi s étant retiré dans la dtadelie, en soutint

• le siège jusqu'en automne ; mais , ne pouvant être » secouru par son fils, il se rendit à Mantacliias, qui

j^i remit le pays dTÉphèse à Homur^ et fit enfermer dans »Ie château de Mamalus^ sur les côtes de Carie, ûuna- )i supasi et ses principaux officiers* Akxn Cineites partit «de Smyrne avec une galère, et fit savoir à son père «son aorivëe à Mamalus* Les prisonniers firent tant I» boire knrs gardes, qu'ils ies enivrèrent, et, profitant «de cette ruse, ils descendirent avçc des cordes et se I» sauvèrent à Smyme. Au commencement de f iiiveri ib «entreprirent le siège d'Éphèse. Homur, à son tour, »se retira dans ia^isitadaUe; Ja.yille fut livrée aux sot* » dats ; on y commit toute sortede crimes et decroautés. » Au milieu de tant de maUiçui», Cineites se récon- »diia avec Homun, ^ lui jkgms sa fille en mariage.

)f Éphèse ensuite tomba entre les mains de Mahoj»met L", qui, ayant vaincu non-seulement tous ses f) firères, mais encore tous les princes mahomëtans qui « 1 embarrassaient, resta paisible possesseur de l'empire. «Depuis ce temps-ft, Éphèse appartient aux Turcs; M mais son commerce a été transporté à Smyme et à sScala-Nova. »

• C'est ainsi que , précipitée du faîte de ses grandeurs , Éphèse a été dépouillée de sa gloire et même de ses Fuines. Diane ne reconnaîtrait plus son temple ; et les ténèbres de la barbarie recouvrent d'un voile funèbre cette vïHe, que Pline nommait la lumière de l'Asie.

F. DE Cl^ARAC.

KOTfid DIVERSES. 987

CÉSAR£rE.

* Césarée, ville de Syrie, sur la Méditerranée^ était primitivement nommée Tour de Straton. Stratoa p ▼enu de Grèce, lui dom» le premier b forme de vilie. Ptoiémée et S. Ëpiphane la nomment Céêoréc d» Straton, Hérode la consâcra à l'empereur Auguste. L'auteur des Novelles dit que ie nom de Césarée lui fut donné par Vespasien; nuûs Vespasien ne lit qu'y envoyer une colonie romaine. Elle sappelait autrefois la Tour de Straton, dit Josèphe ; elle était située au bord de tà mer dans la Pbéoicie, entre Dora et Joppé. Hérode l'orna de temples et d'un port. U y employa dix ans. Les Syriens de Césarée soutenaient contte les Juifr, qu'elle avait été bétie par Hérode. Elle était à six cents stades de Jémsalem, et habitée par les Grecs (1). Vespasien h fit colonie en même temps (\aA^Ua Capitolina [Jérusalem]. II en est souvent parlé dans le Nouveau Testament. Le prophète Agabus avait prédit à S. Paul qu'à serait lié et arrêté à Jérusalem , et qu'il demeurerait deux ans pn« sdnnier à Césarée» attendant qu'on le conduisit devant Néron , à Rome (2). Thcophane assure que, i'an 548 de Jésu^- Christ ^ 29.^ de l'empire de Justi-

' (i) Joseph, dt BtU, Jud, lib. m, cip. i4 «t i6. (a) D. Cdmel , Di^ùmn. U Baie.

nien, elle était peuplée de Juifs et de Samai'itains, qui se révoltèrent contre les chrétiens. La 2.* année de ïustinien (îj 9 ies habitans de Cësarée aBjurèrait le samaritanisme et embrassèrent la foi chrétienne^ mais ceux de la campagne se lévdtèrent^ et plus de cent mille personnes furent tuées, i L'an 1102^ les chrétiens , sous* b conduite de Baudoùm I.*'*^ IVissiégèrent, et fercèrem les habitans de se retirer dans le magnifique temple élevé par le rôiHérode en l'honneur de Césarf Auguste. Les assiégés tinrent pendant quelque temps; mais^ contraints * de céder à la force, ils fâreilC passés au fil de iepée ou* mis aux fers. Les 'Génois eurent pour leur part des » dépouilles un grand bassin<£ût d^ne seule émeraude; quelques-uns afou^t que ifest celur qui servit à la dernière cène. Les Génois le gardent religieusement sous ce titrel

Les chrétiens gardèrent la ville jusqu'au temps de- Saladin , qui la pri^eti'afaànibana après lavoir ruinée. Connidin , après lui, acheva de renverser le château. Quelque temps après , des pèlerins la rétablirent. De* pub encore , S. Louis la releva de ses ruines, et la mit èn état de défense; mais, en 1264, Bondoqdâry la prit par trahison, et, depuis^ quelle est dans la pos;. session des Tùrcs> elle est toute ruinée. Elle était

(i) Procop. Hîst,

la métropole de tout le pays : on y jugeait les chrétiens accusés.. La plupart des martyrs de la Palestine ont souffert à Cësarée (1). Cette ville est la patrie de Procope; Eusèbe en a été évéque. Ce dernier a écrit .l'Histoire de l'Église, k Vie de Conpt^tin , &lc. t. » Et en son premier passade [Sainct Loys], puis .«que il fu délivrez de la, prâm des.Sanaûns^ pour la défense des chresliens et*po«r la garde et pour l'en- ■ » neur de la foi chreslienjpij9> il fist fermer à ^es propres .» despens une cité qmM^ non C^/mr^f* è^.murs si hauz »et si lez, que Ton peust par-dessus mener un char; j> et fist £ûre lesdaMtnÀlim.el à^bre^sidief et défenses .» moult espesses. fl^Masi il fisl.&nner une cité qui a • non Jopen, et Sydoine, et le cfeft^i de Cayphas, .»et une paKtie*tdef>lap«itëedy} é^r»'^(Vûtfez le sire de JoiNViLLE / page 30^. ). t . . i ....

Le pachalrk de Damas , quatrième et dernier de la Syrie , en occupe presque toute Ja partie orientale. II s étend au nord , depuis Marra , sur (a route cT Alep , jusqu'à Habroun , dans ie sud-est de ia Palestine : la ligne de ses limites, à l'ouest, suit les montagnes des

(i).'BaiUet, Tçj^fgir, des Saints, liS*.

Ansârtës, céks de l'Anti-LiiKin , le cours supérieur du Jourdain; puis, traversant ce fleuve au pays de Bîsftn, elle ^vdo|vpe Nabious, Jënuaieni, Hafaroon» et passe à l'orient dans le désert , où elle s'avance plus ou moins 9 selon que le pays est cultivable ; mais, en général , elle s y éloigne peu des demièm montagnes, ' à rexception du canton de Tadmour ou Palmyre, fers lequel elle prend pnrieMgement 4^ cinq jouh nées. Dans cette vaste étendue de pays , le sol et les prodahs sont variés: les plaines du Uauran et celles des bor^s de TOronte sont fes plus fertiks; eHes rendent du froment , de Torge , du doura , du sésame «t du coton. Le pays de Damas et le haut Beqâa sont d'un soi graveleux et nuugre , plus propre aux fruits* et au tabac qu'aux autres dfenrées. Toutes les montagnes sont attribuées mx oliviers, aux mûriers, aux fruits y et^ en plusieurs lieux, aux vignes^ dont les Grecs font du vin , et les Musulmans^ des raisins secs. ( VoLNEY , Voyage en Syrie. ) '

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