CHAPITRE YIH
Arts et métiers. — Langue. — Musique.
Ijes ornemens d’architecture employés à Coumassie me rappelèrent fortement le mémoire de sir James Hall , inséré dans les transactions philosophiques d’Edimbourg, qui fait remonter l’architec- ' ture gothique à l’imitation des ouvrages d’osier. Parmi ces ornemens variés et singuliers , il en est plusieurs que les Aschantes avouent n’avoir pas inventés eux-mêmes; ils conviennent qu’ils les tiennent des peuples plus reculés dans l’intérieur des terres.
Quand on bâtit une maison , on fait une espèce de moule , au moyen de deux rangées de pieux et de claies séparées par un intervalle égal à l’épaisseur que, l’on veut donner au mur ; on remplit cet intervalle d’une argile sablonneuse imbibée d’eau * et l’on en revêt aussi la surface extérieure du moule, de manière que le tout ne paraisse former qu’un mur de terre. Le toit de toutes les maisons est saillant , il se compose de trois poutres qui en forment , l’une le faîte, et les deux autres les bases on côtés inférieurs. Ces poutres soutiennent des encadremens en bambou , qui sont couverts de feuilles de palmier
entrelacées et attachées par des branches flexibles , d’abord aux poutres, ensuite aux encadremens en bambou qui sont peints en noir et polis : ce genre de plafond n’est pas sans agrément. Les piliers qui soutiennent le toit forment une espèce de corps de logis avancé aux maisons des capitaines : eux seuls ont le droit d’en avoir de cette espèce. Ces piliers sont formés de gros pieux auxquels on donne une forme carrée , en les couvrant d’un enduit de terre glaise. Les ^Caliers qui conduisent dans les maisons , et les planchers , élevés au-dessus du niveau des rues, sont d’argile et de pierre, et revêtus d’une couche épaisse d’une terre rouge qui se trouveen abondance dans le voisinage. On a soin de / les laver tous les jours avec de l’eau dans hufhelle on délaye de cette même terre. La quantité de mines de fer qui se trouve dans les environs me fait penser que c’est de l’ocre rouge à laquelle cette terre ressemble beaucoup.
Avant que les murs soient secs , on y trace divers dessins en relief avec de jeunes tiges de canne à .sucre qu’on y applique, et qu’on recouvre ensuite d’un enduit. J’ai vu des piliers auxquels on avait appliqué de ces jeunes liges en ligne perpendiculaire et à égale distance les unes des autres , ce qui leur donnait l’air de colonnes cannelées. Les murs sont barbouillés d’une peinture blanche qu’on renouvelle souvent , et qui se fait avec une argile du voisinage. Les portes sont d’un seul morceau de bois de fromager taillé avec beaucoup de travail dans le
tronc de cet arbre. On y cloue ensuite des ornemens en bois de différentes formes et de diverses couleurs.
Le prix de la main-d’œuvre est si peu en proportion avec celui des denrées, que je ne payai que deux tokous pour une planche de fromager longue de cinq pieds sur trois de large. Les serrures dont on se sert viennent d’Houssa , et sont d’un genre toulà-fait singulier. Quand on élève un premier étage au-dessus du rez-dç- chaussée , la pièce de dessous est divisée en deux par un mur destiné à soutenir les solives qui forment le plancher de la chambre supérieure , qu’on couvre généralement de la terre ronge dont j’ai déjà parlé. Je n’en ai vu qu’une seule qui eut un plancher en bois de cotonnier façonné àla hache, et ressemblant à peu près à celles qui forment le pont d’un bâtiment. Les lenetres consistent eu treillagesàjouren bois peint en rouge, et formant divers dessins assez compliqués ; les encadreinens en sont souvent revêtus d’une feuille d’or de l’épaisseur du papier à cartouche.
La chose qui me surprit le plus , et qui me prouva la grande supériorité des Aschantes sur la géné-‘ l'alité des Nègres , fut de découvrir qu’il y avait dans chaque maison des cabinets d’aisance, indépendamment de ceux qui sont établis hors de la ville pour les classes inférieures. Ils sont ordinairement placés dans le coin le plus retiré du bâtiment, et quelquefois au premier étage dans une petite chambre séparée des autres; le grand pilier creux j qui les forme sert encore en ce casa soutenir l’étage
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supérieur. La circonférence n’en est pas considérable, mais les fosses sont creusées à uneprofondeur surprenante; l’on y jette tous le$ jours de l’eau bouillante, ce qui empêche la mauvaise odeur. Les ordures et les immondices de chaque maison sont brûlées tous les matins dans la rue , et les habitans sont aussi propres dans leur demeure qne sur leur personne.
Les bâtimens qui composent une grande maison sont disposés autour de différentes cours ordinairement en grand nombre. Lorsque nous allions rendre visite à un personnage de distinction , l’étiquette était f de nous faire attendre quelques minutes à la porte de chaque cour et de nous recevoir dans la dernière. La chambre à coucher d’Odoumata était petite, n’ajant environ que huit pieds carrés, mais elle était décorée d’une profusion d’ornemens d’or et d’argent qui lui donnaient un air de magnificence et de richesse.
Le lit qui a généralement cinq pieds de hauteur, est entièrement composé* de grands coussins entassés les uns sur les autres. On dit que le roi de Gaman a un marchepied d’or massif pour monter dans le sien.
Le roi nous questionnait fréquemment sur l’architecture anglaise ; nous lui en donnâmes une idée par des dessins. Il aimait beaucoup à nous parler d’un projet attribué àSaïCoudjo, etnoüsditqu’iU’exécu» terait dès qu’il aurait terminé la guerre contre leGanian. C’était de se faire bâtir une maison qui serait couverte en lames de cuivre, posées sur des encadre-
mens en ivoire que l’on verrait en dedans ; les portes et les croisées seraient ré veines en or ; les jambages des p arles et les piliers en ivoire. Les Mores, qui racontaient souvent des histoires du genre de celles des Mille et une Nuits, lui inspiraient peut-être ces idées de niagniGcence par les descriptions brillantes dont elles étaient remplies; peut-être aussi prenaient-elles naissance dans son imagination «pii se livrait aisément à tout ce qui lui paraissait nouveau et imposant. Quoi qu’il en soit , il revenait souvent sur ce sujet, et ses chefs paraissaient prendre autant d’intérêt que lui-même à ce projet. Il avait dessein de faire de grands embellissemens dans sa capitale à son retour de la guerre , et de donner à chacun de ses capitaines une somme tirée du trésor public , pour qu’il l’employât à orner et à agrandir sa maison. Il comptait faire rebâtir les rues qui tombaient en ruine entre celles d’Assafou et de Banlama ; détruire cinq ou six petits villages épars entre Coumassie et Baramang oii est sa maison de plaisance , et loger leurs habitans dans une nouvelle rue qui y conduirait. C’était son projet favori, il avait déjà fait tracer la route quiétait droite et large. Un grand nombre d’ouvriers y travaillaient.
Les tisserands asehantes se servent de métiers construits sur le même principe que les nôtres; on les fait mouvoir par des cordes attachées aux orteils. L’ouvrage n’a jamais plus de quatre pouces de largeur. Us se servent pour filer de fuseau et non de quenouille ; ils le tiennent d’une main , et de l’autre
tordent entre le doigt et le. pouce le fil dont le bout est attaché à un poids. La finesse, l’éclat et la variété de leurs belles étoffes ont de quoi surprendre: il y en a dont l’envers est absolument semblable à l’endroit. Ils teignent , pour le deuil , avec du sang mélé à la décoction d’un bois rouge, les étoffes blanches qu’on fabrique surto.it dans lïnta et le Dagoumba. Leurs dessins offrent de la variété et de l 'élégance; ils sont peints avec tant de régularité avec une plume de poule , qu’à quelque distance on les prendrait pour une impression grossière. J’ai vu tm ouvrier peindre aussi vile que je pourrais écrire.
Ils ont deux espèces de bois qui servent à teindre, l’un rouge, l’autre jaune. Ils font le vert en mêlant le dernier avec une teinture bleue dans laquelle ils «excellent et qu’ils tirent de l’acassie, plante qui n’est certainement pas l’indigo; elle croît en abondance le long de la côte. L’acàssie s’élève à la hauteur d’environ deux pieds, .et, suivant les Nègres, porte une fleur rouge; la feuille est mince, terminée en pointe, longue de cinq pouces et large de trois ; elle est d’un vert foncé. Elle n’était pas en fleur quand je l’ai vue • elle est commune dans les bois. La couleur quelle donne est aussi belle que durable, saçs avoir besoin d’aucun mordant. On recueille une certaine quantité de feuilles, on les broie dans un mortier de bois, et on les étend ensuite sur une natte pour les faire sécher. On les conserve dans cet état pour s’en servir au besoin; alors on en met une portion infuser dans un vase rempli d’eau, et on l’y laisse pendant six