‹ Voyage dans le pays d'AschantieChapitre 23 sur 31 · GG · texte numérisé non relu

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jours; on y plonge ensuite le fil; on l’en retire pour le faire sécher au soleil une fois par jour, et au bout de six jours il a acquis une couleur bleu-foncé trèssolide ; si l’on veut un bleu-pâle , on rie l’y laisse que trois jours. . .

*Les Aschantes excellent dans les ouvrages de pplerie. Ils y emploient une argile très-fine qui, après avoir été cuite, est polie à force de frottement ; ils ont aussi une poterie noire, si bien polie, qu’elle semble vernissée.

Les habitans du Dagoumba sont plus habiles que les Aschantes dans les ouvrages d’orfèvrerie. Ceux-ci ne sont pourtant pas sans mérite en ce genre.

Pour faire le modèle de l’objet qu’on veut exécuter, on met un morceau de cire sur un bloc de bois uni que l’on place près d’un feu sur lequel est un vase rempli d’eau bouillante; on trempe dans celle eau une espèce de spatule de bois dont on se sert pour amollir la cire; quand le modèle çst terminé, on l’entoure d’une composition d’argile mouillée et de charbon réduit en poudre qu’on a soin de presser tout autour pour en former un moule qu’on fait sécher au soleil ; ce moule est terminé à sa partie supérieure par une espèce de petit entonnoir composé des mêmes matières; on y place l’or qui doit être fondu, on le ferme soigneusement, puis on lepose sur v n leu de charbon, l’en tounolr placé en bas ; quand on suppose que l’or est fondu, on retourne le moule pour que l’or prenne la place de la cire fondue ; quand le

moule est refroidi, on le brise; et si l’ouvrage n’est pas bien fait, on recommence l’opéralion.

Leurs soufflets sont imités des nôtres ; niais, la peau de mouton dont ils sont faits étant attachée au bois par des lanières de cuir, l’air s’échappe par les interstices; de sorte que, lorsqu’ils ont à foudre une quantité d’or un peu considérable, jls sont obligés de faire jouer en même temps deux ou trois soufflets. Leurs enclumes sont, en général, une grosse pierre ou un morceau de fer placé par terre. Leurs forges sont en terre, élevées à la hauteur de trois à quatre pieds et ouvertes dans environ le cinquième de- leur circonférence. Dans la partie fermée, au niveau de terre , est un trou pour y faire entrer le bout du soufflet. Leurs poids sont en cuivre et représentent * presque tous les animaux, les fruits et les végétaux connus dans le pays. Les poids et les balances du roi étaient de l’or le plus pur qu’il soit possible de mettre en œuvre.

Les forges des serruriers sont semblables à celles que je viens de décrire ; mais ils ne savent pas , comme leurs voisins de l’intérieur, extraire le fer des mines. Leurs sabrés sont en général creusés avec symétrie comme des truelles pour servir le poisson. Souvent ils ont deux lames qui sortent parallellement de la même poignée, et qui sont fort bien travaillées. La pierre qui contient le fer est d’un rouge foncé, tacheté de gris, et mêlée d’une matière qui a tous les caractères de la lave. Les As-

chantes ne savent pas Taire une serrure comme les habilans d’Houssa ou du Marrooua.

Les Aschantes savent tanner et teindre les cuirs, et sont plus habiles dans cet art quon ne l’est à Houssa et dans le Dagoumba. Les ceinturons elles gibernes des soldats sont en peau d’éléphant ou de cochon. . •

Le trône ou siège d’honneur des chefs est une preuve du talent de leurs menuisiers. Ils le taillent dans le tronc d’un arbre nommé zessoj dont le bois est blanc, doux eùusceptible d’un très-beau poli. Un siège semblable coûte environ trois shillings ; on le vendrait vingt à Accra et chez les Fantes. Les oiseaux et autres animaux qui surmontent les parasols, sont très-délicalemenl sculptés. Les sankos, espèce de guitare , offrent un travail très-délicat qui peut se comparer aux plus beaux ouvrages étrusques.

Beaucoup d’ouvriers sont occupés à casser, arrondir et percer des coquilles d’escargot qui sont eti général de la grosseur d’un œuf de dindon et quelquefois plus fortes. On commence par les casser en plusieurs morceaux , ensuite on les arrondit de ma*» nière à leur donner, la grosseur d’un bouton de chemise ; alors on les perce avec une pointe de fer fixée dans un manche de bois , enfin on les enfile , et on les étend par rangées sur un bloc de bois , où on les frotte avec une pierre d’un gris bleuâtre > trempée dans l’eau, jusqu’à ce que les grains deviennent parfaitement ronds.

Us font , avec les filamens de l’ananas , différentes espèces de fils, depuis la finesse d’un cheveu jusqu’à la grosseur d’une corde à fouet. Ce fil est très- /

fort, et devient d’un blanc parfait. Il est excellent pour coudre tous les tissus forts ; mais , quand on s’en sert pour la mousseline , il est sujet à la couper, attendu sa dureté. Les femmes couvrent souvent les coulures de leurs étoffes , et ornent leurs mouchoirs de dessins faits avec des fils de soie de différentes couleurs.

Un auteur anglais suppose que la confusion des langues, lors de la construction de la tour de Babel, fut un fléau qui ne frappa que la postérité de Cham dont l’Afrique est devenue la demeure. Celte hypothèse, fondée sur les affinités radicales qui ont été remarquées entre l’arabe , le russe et le grec , le persan et l’allemand , le quichua ou la langue des Incas et le sanscrit, et beaucoup d’autres (1), trouve un fort appui dans la multitude de langues qu’on rencontre en Afrique , et qui, n’ayant aucun rapport les unes avec les autres , défieraient tous les travaux

(1) Les Esquimaux et les Tschouktchis, malgré l’cnorme distance de huit cents lieues qui les sépare, sont réunis par l’analogie intime qui existe eutre leurs langues; elle s’étend même , comme on l'a prouvé récemment de la manière «.

la plus évidente, aux habitans du nord - est de l’Asie ; car l’idiome des Tschouktchis, à l’embouchure de l’Anadjr, a les mêmes racines que celui des Esquimaux qui habiteut la côte de l’Amérique opposée à l’Europe. Les Tschouktchis sont les Esquimaux de l’Asie. ( Humboldt.)

des philologues les plus habiles. Depuis Apollonia jusqu’au Volta , dans une étendue de côtes qui n’est que de 5oo milles , on parle six langues différentes.

L’art oratoire est plus cultivé en Aschanlie que dans les contrées qui l’avoisinent, aussi la langue de ce pays peut^elle être considérée comme le dialecte attique l’était en Grèce. L’oreille est frappée de son euphonie , comparativement aux autres idiomes; ce qui doit être attribué au fréquent emploi des voyelles et à la rareté des aspirations.

Dans les langues de Fantie et d’Accra , on reconnaît encore une simplicité primitive. On y trouve peu de conjonctions , encore moins d’adverbes. Les prépositions y sont souvent remplacées par un verbe. Les degrés de comparaison se forment de la même manière. Au lieu de dire : Paul est plus riche que Pierre , on dira : Paul passe Pierre en richesse ; et, pour exprimer le superlatif, on dira : Passe tout. On y trouve les pronoms personnels, mais il n’y a pas de distinction de genre pour, celui de la troisième personne, et le même mot signifie il ou elle. Les verbes passifs sont inconnus; on exprime l’idée du passif par une circonlocution qui ramène le verbe à l’actif. Les Fautes ne connaissent le verbe être qu’au présent. Oh.jea, il est. Nos interprètes même, qui parlent anglais assez couramment, ne savent pas employer ce verbe , et ils y substituent presque toujours demeurer, disant par exemple: / ôs clefs demeurent dans voire poche.

Les Aschanles font beaucoup de gestes en par-

lant-, mais ne sont pas dénués de grAces. Leurs inflexions dé voix font de leurs discours une sorte de récitatif. En prononçant le même mot, ils varient fort souvent de ton, parce qu’ayant plusieurs significations, ils le prononcent- suivant lé sens qu’ils veulent lui donner. Ils n’ont aucune tournure pour adoucir la dureté des mots : f^ous mentes. Un jour qHe j’essayais d’expliquer au roi la différence qui existe entre un mensonge et une erreur ou une méprise, il parut fort étonné, et me répondit que dans l’un comme dans l’autre cas on ne disait pas la vérité, et que par conséquent on mentait. Us considèrent le fait et non le motif. -

De même que les langues de l’Amérique , celles de cette partie de l’Afrique sont pleines de figures hyperboliques et pittoresques. Un roi de l’intérieur, dans les états duquel les Ascbanles menaçaient depuis long-temps de faire une invasion, envoya à Goumassie quarante pots d’huile de palmier, en leur faisant dire qu’il craignait qu’ils n’en trouvassent pas le chemin , et qu’il leur envoyait de l’huile pour les éclairer. A Accra, au lieu de vous souhaiter une bonne nuit , on vous dit : « Dormez jusqu’à ce que le monde soit éclairé. >»

La musique sauvage de ces peuples ne peut se juger d’après les règles ordinaires de l'harmonie ; cependant leurs airs sont doux et animés. .Leurs instrumens, pris séparément, ne rendent pas des sons très-mélodieux ; mais plusieurs, combinés ensemble, produisent quelquefois un effet surprenant.

Leur flûte est faite avec un long roseau creux -qui n’est percé qu’en trois endroits. Les tons en sont toujours bas; mais, quand plusieurs musiciens en jouent en même temps, ils savent en graduer les sons d’une manière agréable ; l’on y reconnaît souvent des tierces, mais rarement des quintes. Les nègres de ces pays prétendent qu’ils peuvent faire une conversation par le moyen de leurs flûtes. Quelqu’un qui avait résidé à Accra m’a assuré avoir entendu de ces dialogues et en avoir eu l’explication.

C’est surtout sur le sanko qu’ils déploient la variété de leurs talens en musique ; les Aschantes passent pour en jouer plus habilement que tous leurs voisins. Le corps en est étroit , il est en bois creux , couvert par-dessus d’une peau d’alligator ou d’antilope. Un chevalet s’élève à l’un des bouts; il en part huit cordes qui vont joindre un long manche garni d’entailles profondes dans lesquelles ils les font entrer pour en baisser ou en hausser le ton , suivant l’occasion. Ces cordes sont quelquefois accordées suivant l’ordre diatonique, mais tes Aschantes ne sont pas assez instruits pour en profiter; le plus souvent, c’est le hasard seul qui préside à l'accord. J’essayai fréquemment de les convaincre qu’ils ne jouaient pas un tel jour le même air qu’ils avaien t joué la veille , mais ils ne manquaient jamais de me répondre: « Je touche la même corde , je dois produire le même son. » Les cordes sont faites des jets d’un arbre nommé enta, qui est très-commun dans les forêts. On ne joue sur cet instrument que des airs très-vifs;

il est presque impossible d’obtenir du joueur même le plus habile qu’il ralentisse la mesure ; quelque vive qu’elle soit, elle est soutenue d’une manière d’autant plus étonnante que^haque air est chargé d’ornetnens. Ils ont une manière d’arrêter la vibration des cordes avec le doigt , dont l’effet est agréable à l’oreille.

Le cor est celui de leurs instrumens qui produit les sons les plus forts. Il est en général fort grand et fait d’une défense d’éléphant; étant gradué comme une flûte , son effet est martial et imposant. Les cors de chaque chef ont un air qui lui est particulier, et que tous ses soldats reconnaissent. On y attache même des paroles que les sons de l’insttumertt suffisent en quelque sorte pour exprimer.

Le beutoua est un bâton courbé, en forme d’arc, ' en travers duquel est attaché et fixé à une extrémité un morceau de roseau très-mince et fendu, que celui qui joue de cet instrument tient entre les lèvres et frappe avec un petit bâton , tandis qu’avec un plus gros il en touche de temps en temps l’autre bout. On ne joue sur cet instrument que des airs vifs, et il doit aux lèvres la variété des sons qu’il produit.

Les habitans du Mosie , du Mallooua , du Bomou et d’autres pays de l’intérieur, ont une espèce de violon grossièrement fabriqué. Le corps en est une callebasse dont la partie supérieure est couverte d’une peau percée en deux endroits pour en laisser sortir lo son. Les cordes, ou, pour mieux dire, la corde, est faite de poils de vache, et de-même gros-

seur que celle de l’archet dont ils se servent, et qui ressemble assez à un archet de violon. Ils font en jouant des grimaces semblables à celles d’un bouffon italien. Us s’accompagnent ordinairement de la voix, et augmentent la gaieté par un accent nasal fortement prononcé.

L’oumpoukhoua est un instrument dont le corps est ouvert par un bout; deux chevalets plats y sont attachés , et de l’un à l’autre régnent cinq bâtons de bois courbés , très-minces et très-lisses , sur lesquels on frappe assez fortement avec le pouce.

Les Aschantes ont un instrument qui ressemble assez à la cornemuse, mais à peine le son s’en fait-il entendse.

Leurs autres instrumcns de musique méritent à peine ce nom. Ce sont des tambours , des gonggongs, des castagnettes, et même de vieilles casseroles de cuivre.

Les tambours sont des troncs d’arbres creusés , souvent sculptés avec beaucoup d’art, presque toujours ouverts par un bout, et de différentes grandeurs. On frappe avec des bâtons recourbés ceux qui sont couverts de peau commune, c’est-à-dire de toute autre que celle de léopard. Les plus grands sont portés sur la tcle d’un homme, suivi d’un ou plusieurs autres chargés de battre l’instrument. Les plus petits sont suspendus au cou , ou bien se placent par terre. Dans ce dernier cas, on les bat avec les doigts , exercice auquel les Nègres sont fort adroits. On n’en emploie que deux pour ceux qui sont couverts en

peau de léopard, et l’on s’en sert comfne du doigt du milieu en jouant du tambour de basque, mais il en résulte un son beaucoup plus fort.

Les gong-gongs sont en fer creux , on les frappe avec des baguettes de même métal ; les castagnettes sont aussi en fer.

Ils ont aussi des gourdes auxquelles ils laissent la tige pour servir de manche, èt dans lesquelles ils placent des pierres et des coquilles. Les grimaces qu’ils font en les agitant sont plus divertissantes que le bruit que produisent ces instrumens.

Le chant n’est qu’une espèce de récitatif ; c’est la seule partie de la musique à laquelle les femmes prennent part. Elles forment les chœurs; <t,aux funérailles d’une femme , elles entonnent elles-mêmes le chant.funèbre. Les conducteurs de pirogues ont des airs qui leur sont particuliers et qui tiennent du chant d’église; mais ils sont toujours dus à l’inspiration du moment, il serait très-difficile de les retenir.

Je finirai par donner la traduction littérale d’une chanson aschante , assez longue et fort remarquable. Les hommes sont assis d’un côté, sur une rangée, avec leurs sankos etd’autres instrumens ; les femmes sont placées en face , et un homme et une femme chantent alternativement.

UNE l'EUMC.

Mon mari m’aime trop, 11 est bon pour moi.

Mais je ne puis l’aimer , .

11 faut que j’écoute mon amant.'

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