CHAPITRE IH
Audience donnée par le roi. — Colère qu’il manifeste. — • Menaces de 9es capitaines. — Division entre les députés anglais. — Lettre du roi au. gouverneur du Cap - Corse. — Les affaires prennent un aspect moins inquiétant.
Le lendemain matin (jeudi), le roi nous fit dire de nous rendre près de lui sur la place du marché pour l’informer du sujet de notre mission , en présence de tout le peuple. Nous le trouvâmes entouré de tout l’éclat de son rang', et enviroùné de ses principaux cabocirs. Il nous accueillit avec bonté. M. James, par son interprète, déclara à celui du roi (le seul à qui il soit permis de parler- en public) que notre mission n’avait d’autre objet que le commerce et l’amitié. Il appuya sur la grandeur de notre nation, sur les sentimens que le comité et le gouverneur avaient pour le roi, ce que prouvaient les présens que nous lui apportions, et finit par lui témoigner le désir qu’un chemin direct fût en droite ligne entre Coumassie et le fort du Cap-Corse. Le roi demanda si nous venions pour régler l’affaire de Commenda. Sur notre réponse négative , il nous dit qu’il désirait que le gouverneur réglât pour lui toutes
les difficultés avec les babilans des forts; qu’il avait cru que nous étions venus pour faire ce qui était juste, et lier amitié avec les Aschantes. Il nous avait dit précédemment, suivant la version littérale de l’interprète, que « les forts lui appartenaient »; mais sa conduite et la teneur générale de ses' discours prouvaient qu’il ne cherchait point par là à humilier notre dignité et notre indépendance, et qu’il voulait seulement exprimer que les avantages que les Fautes avaient autrefois retirés des forts devaient maintenant lui appartenir. Il demanda quel était celui de nous qui devait rester comme résident dans sa capitale, s’informa si nous n’avions rien de plus à' lui dire, et nous annonça qu’il nous ferait connaître sa détermination le lendemain.
Peu après notre retour dans nol£e logement, l’interprète du roi nous apporta le message suivant : « Le roi sait que le roi d’Angleterre lui à envojé des présens. Si vous désirez être ses amis, il faut les porter chez lui,. les lui montrer, ainsi qu’à ses amis, et ne pas les lui donner devant tout le peuple. » Nous regardâmes cet ordre comme un acte de politique. Le roi ne voulait pas que le corps des cabocirs et le peuple Se prévinssent favorablement à notre égard avant* que son conseil et luimême fussent satisfaits sur les motifs de notre arrivée et nos protestations d’amitié.
Nous nous y rendîmes; mais, tandis qu’on débab lait nos présens , quelque curieux que lût le roi de
les voir, il ne voulut pas y jeter les yeux avant de savoir bien positivement si c’était le roi d’Angleterre • ou le gouverneur qui les lui envoyait. On lui dit que c’était la compagnie à qui les forts appartenaient sous l’autorité du roi. Il paraît que l’interprète ne lui parla que du roi d’Angleterre, et le roi en sembla agréablement flatté. Rien ne peut égaler la surprise et le plaisir qu’il montra 'en examinant les présens, si ce n’est la franchise avec laquelle il exprima ses senlimens. « Les Anglais », dit-il, en admirant le travail de différens objets, « savent comment tout doit être fait », et il se tourna vers ses favoris avec un sourire qui nous était aussi favorable, qu’il était mortifiant pour ceux qui intriguaient déjà contre nous. Une grande partie des glaces étaient brisées. M. James en témoigna ses regrets, et lui offrit de lui en envoyer d’autres. Le roi reçut ses excuses avec une politesse parfaite, et lui répondit que nous étions venus par de mauvais chemins; que nous avions bien des gens à surveiller; qu’il voyait que les Anglais étaient une grande nation; qu’ils désiraient être ses amis, et ne faire qu’un avec les Aschantes; que cela lui faisait grand plaisir: il répéta plusieurs fois qu’il remerciait beaucoup le roi d’Angleterre, le gouverneur du Cap-Corse et les officiers qui lui avaient apporté ces présens. Il fit ^distribuer du vin de palmier à nos gens, et remit en notre présence à ses quatre principaux cabocirs les présens qui leur étaient destinés.
Nous apprîmes de Quashie, l’interprète d’Accra,
les rapports favorables qu’il avait obtenus de quelques personnages iinportans avec lesquels il était lié. Tous les cabocirs, nous dit-il, avaient pensé que nous étions venus dans de mauvaises intentions, et * que nous n’étions que des espions. Le roi le pensait lui-même. Mais on avait consulté les fétiches, et ils avaient annoncé qiie nos intentions étaient bonnes, et maintenant le roi le croyait aussi. Le mulâtre, envoyé par le général Daendels immédiatement après M. Hydecoper, et qui était arrivé pn peu avant nous, avait fait demander au roi la permission de repartir, et le roi lui avait dit qu’il lui donnerait ce message : « Le roi avait pensé à rendre service aux Hollandais; mais à présent qu’il a vu les hommes blancs, il rendra service aux Anglais. » Ce mulâtre, qui n’est pas au service de la Hollande, mais qui est un habitant libre d’Elmina, vint nous voir ensuite, et ses plaintes nous confirmèrent les dispositions favorables du roi à nôtre égard.
Le mercredi matin, les sœurs du roi, dont l’une est cabocir d’une des plus grandes villes du royaume près des frontières, nous rendirent une visite de cérémonie, et sé retirèrent à quelque distance pour ' recevoir la nôtre à leur tour. Leurs manières étaient pleines de politesse et de dignité, et les capitaines qui les accompagnaient n’étaient pas dépourvus de •grâces en leur donnant la main.
M. James étant indisposé, nous allions sortir pour aller voir les chevaux du premier capitaine qui nous
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y avait invités, lorsque le roi nous lit dire de l’attendre, parce qu’il allait sortir et qu'il viendrait nous voir en passant. Dès qu’il nous aperçut, il fit arrêter son cortège et nous prit par la mlin. Ce cortège, qui consistait en plus de deux mille hommes, offrait toute la splendeur de la royauté. Les cabocirs ne portaient pas, comme la veille, leurs vêtemens de soie, mais. avaient le costume militaire. Le chef des exécutions, le maître de la mustqqe et le cuisinier marchaient à la suite du roi avec toutes les marques de leurs dignités. Le cuisinier était précédé par un service d argenterie.
Le 22 , dans la matinée , le roi nous envoya encore son messager pour nous répéter qu’il remerciait beaucoup le roi d’Angleterre et le gouverneur des présens que nous luf avions apportés.
Le roi avait paru enchanté quand Quashie, l’interprète d’Accra , le seul qui fût en état de nous rendre service, essaya de lui faire comprendre l'usage du sextant. En conséquence ayant vu le premier capitaine du roi dans la matinée, je lui offris d’en indiquer l’usage au monarque, et de lui faire voir la chambre obscure ainsi que le télescope. Le capitaine me répondit que le roi en serait charmé, qu’il nous aimait beaucoup, qu’il voulait' être ami des Anglais, et qu’il désirait nous être utile. J’appuie sur ces circonstances minutieuses, parce quelles prouvaient les sentimens dont le roi était animé, et quelles nous donnaient lieu d’espérer que nous réussirions dans notre mission, malgré les préjugés qui nous
étaient contraires elles intrigues qu’on nous opposait. 1
Le roi nous envoya chercher presque aussitôt. Il n’avait près de fui que ses conseillers privés : la vue de la chambre -obscure et de nos instrumens parut lui faire grand plaisir. Il nous dit «.que les. Anglais savaient plus de choses que les Hollandais et les Danois, et que les hommes noirs ne savaient rien. Il nous ordonna alors de renvoyer notre suite,, nous dit qu’il verrait une autre fois le télescope sur an terrain qui offrirait une vue plus éleudue, -mais qu’en ce moment il avait à nous parler. Alors il pria M. James de lui expliquer deux notes qu’il lui montra, et qui lui avaient été écrites par le gouverneuren chef, à la requête d’Amouney, roid’Annamabou etd’Adokou, chef des Braffoesj ils abandonnaient à Saï, roi d’Aschantie , quatre ackies (1) par mois delà paie qu’ils recevaient de la compagnie, le priant de les recevoir comme un gage de leur soumission, et pour obtenir la fin des hostilités. L’opinion qui parut dominer sür-le- champ dans l’esprit du roi, fut que cette proposition partait du gouverneur lui-même, ou du moins était faite à son instigation. Sa figure changea tout-à-coup, ses con-
(i) Tous les paiemens, en Aachantie, se font eu or, qu’on pèse chaque fois qu’un paie ou qu’on reçoit. L’once vaut environ gG fr. Elle se divise en 1 6 ackies, dont chacun par conséquent représente 6 fr.j six tokour valent an ackie: a onces 4 ackies se nomment un beuda, et a onces 8 ackies un périguin. '
seillers devinrent furieux, l’impatience brillait dan* leurs regards, et l’inquiétude s’empara de nous. « Dites aux blancs, » cria le roi à son interprète, «qu’ils me firent hier grand plaisir, que jetais charmé d’espérer que nous deviendrions amis; mais aujourd’hui je vois qu’ils viennent pour couvrir mon front de honte : c’est plus que je ne puis supporter. Les Anglais savent qu'avec ma poudre et mes balles, je chassai les Fanles jusque sous leurs forts; que, mon sabre s’étant levé sur eux, ils' périrent tous, et par conséquent la paie que le fort leur accordait m’appartient aujourd’hui. Je puis faire pour les Anglais tout autant que les Fantes; ils le savent bien. Ils savent que je n’ai qu’à envoyer un capitaine pour me rapporter les têtes de tous les Fautes. Ces blancs me trompent. Ils veulent faire une düpe du roi des Aschantes. Us prétendent être mes amis, et ils se joignent aux Fanles pour me tromper, pour couvrir mon front de honte! Cela me lire tout le sang du cœur. » Ce discours nous fut rapporté par l’interprète avec des gestes et un ton de violence qui annonçaient presque autant de colère que le roi en avait montré en parlant. L’irritation se communiqua à tout le cercle , et l'assemblée devint presque tumultueuse.
Cet événement était inévitable; -c’était une des difficultés que nous avions prévues. C’était un échec, mais non une défaite. Ici commença notre mésintelligence avec M. James. Nous déclarâmes tous qii’iï avait manqué de présence d’esprit dans un
moment où il aurait dû donner des assurances et
présenter des argumens qui auraient tendu, sinon à effacer entièrement, du moins à affaiblir l’impression défavorable que l’esprit du roi venait de recevoir. M. James se contenta de répondre « que ces deux notes étaient l’ouvrage du gouverneur; que, quant àlui, il n’y avait aucune part; qu’il n’avait été envoyé que pour faire des complimens au roi; que si le roi voulait envoyer un messager avec lui, il était prêta repartir, et qu’il répéterait au gouverneur tout ce que le roi venait de dire. » Cette réponse suffisait elle pour un homme dans sa position? Le roi reprit « qu’il croyait que nous étions venus pour régler toutes les affaires, pour rester et être amis avec lui, mais que nous étions venus pour le tromper. » 11 lui demanda combien on avait payé sur les sommes accordées à Amouney et à Adokou depuis qu’il en avait fait la demande, ajoutant qu’il savait que les blancs avaién t de grands livres qui disaient tout cela. M. James répondit qu’il l’avait vu, mais qu’il ne s’en souvenait pas. Alors l’indignation du roi ne connut plus de bornes. «Les blancs, » s’écria -t -il , « se souviennent du n<?mbre des mois qui se sont passés, ils savent combien d’années ils ont vécu; ils savent aussi ce que je leur demande, mais ils ne veulent pas me le dire. Les autres blancs peuvent-ils m’en informer? » M. James lui répondit que nous ne regardions jamais ces livres. -
Nous ne , devions ni supposer ni désirer que
Digitizéd b
M. James se compromît personnellement en promenant au roi toute satisfaction. Mais, en réfléchissant aux dépenses qu’avait occasionnées notre mission , à l’importance de son objet , aux espérances qu’on en avait conçues; sentant la force du raisonnement du roi, qui pensait que nous devions régler tontes les affaires si nous voulions être ses amis, nous étions surs que nous ne faisions que prévenir les vœux du conseil et du comité , en souhaitant que M. James répondît au roi qu’il écrirait au gouverneur, que nous attendrions sa réponse, et qu’il était convaincu que les instructions qu’il avait reçues d’Angleterre et ses propres dispositions le porteraient à faire tout ce qui serait en son pouvoir pour être agréable atkroi. L’embarras de M. James l’avait porté à se hàteffie se tirer d’affaire individuellement aux dépens de sa dignité et de son bon sens; mais, ce qui était Je plus fâcheux, c’est qu’il rejetait sur le gouverneur tout ce que cet incident avait de désagréable, et que les préventions que le roi concevait contre lui pouvaient nous être fatales et nuire à la prospérité actuelle ainsi qu’à la sûreté future de nos établissemens sur les côtes. Le glaive était en ce moment suspendu sur nos têtes par un fil d’araignée. Jefis sentir toutes cesraisonsàM. James en lui parlant à voix basse; je lui représentai le danger de laisser le roi dans cet état d’irritation, de sacrifier par conséquent l’espoir de uotre mission , et nous déshonorer nous-mêmes. Il me répondit que personne ue con-
naissait mieux que lui les sentimens particuliers du gouverneur. -
Les Mores en crédit saisirent le moment, et ne manquèrent pas d’attiser avec ardeur le feu qui brûlait autour de nous; car le roi , après les avoir écoutés nn instant , s’écria lout-à-conp : « Je sais que les Anglais viennent pour espionner, pour me tromper ; ils veulent la guerre, ils veulent la guerre. » — « Non, répondit M. James, nous ne voulons que le commerce. — « Ils se joignent aux Fantes, « continua le roi d’un ton d’impatience, « pour couvrir mon front de honte. Demain j’enverrai un capitaine prendre ces livres , et me rapporter les têtes de tous lesFantesqui demeurent près de» forts. Les blancs savent que je le puis. Je n’ai qu’à parler à mes capitaines. — Le gouverneur hollandais ne me trompe pas ; il ne me fait pas honte devantlesFantes; il m’envoie quatre onces d’or par mois. — Les Danois ne me font pas honte. — Les quatre ackies des Anglais ne sont rien pour moi, mais j’enverrai un capitaine. Us veulent la guerre. » Il mit dans sa bouche le bout de-sà barbe,, la mordit, se leva brusquement pour nous quitter; et, agitant le doigt vers nous d’un air de menace : « Si un noir m’avait apporté un pareil message, s’écria-t-il , je lui ferais à l’instant couper la tête devant moi. » M. James garda le silence.
Le moment était critique. Les intérêts de l’Angleterre pouvaient être perdus à jamais dans ce pays; une mission importante, au lieu de produire quelque uti-
lité, pouvait avoir les suites les plus fâcheuses ; la clef de l’intérieur de l’Afrique allait se briser dans la serT rure : nous pouvions voir se fermer pour nous , sans retour, les états d’un roi puissant et qui avait paru d’abord bien disposé en notre faveur. Il n’y avait point un instantàperdre; j’adressai la parole au roi, ellcsuppliai de m’entendre. Ma demande fixa son attention , et les.clameurs de ses conseillers cessèrent peu à peu. Nous n’avions d’autre interprète que celui que M. James avait amené du fort où il commandait, et je n avais d’autre alternative que de lui ordonnersoudainement, au nom du gouverneur , de traduire fidèlement mes discours, sans lui laisser le temps de réfléchir si cet ordre serait d’accord avec la volonté de son maître. Je déclarai donc au roi 'que le gouverneur désirait obtenir son amitié plus qu’il ne pouvait le penser; qu’il nous avmit envoyés vers lui , non seulement pour lui laire ses complimens , mais encore pour écrire tout ce qu’il désirerait faire savoir au gouverneur, et attendre sa réponse; pour régler toutes les affaires, et pour arranger les choses de manière qu avant notre départ les Anglais et les Aschantes ne fissent qu’un ; que M. James , étant malade, il était naturel qu’il désirât s’en aller; mais que les deux autres officiers et moi nous resterions avec le roi jusqu’à ce que
nous pussionslui prouver que le gouverneur était son
ami; que nous aimerions mieux nous exposer à sa colère, et perdre tout ce que nous avions au monde, plutôt que de souffrir qu’il crût que le gouverneur nous avait envoyés pour couvrir son front de honte ;
que nous confierions notre, vie au roi, jusqu a ce que nous eussions reçu la réponse du gouverneur qui ne négligérait rien pour que les Anglais et les Aschantes ne fissent qu’un , ce qui prouverait au roi que nous étions venus dans ses états, non comme espions , mais comme ami ; j’assurai alors AL James que nous ne pensions nullement à méconnaître sa dignité, que nous continuerions à le traiter comme notre officier supérieur, mais que nous regardions la démarche que nous venions de faire , comme un devoir que nous imposaient le bien du service et celui de notre patrie. »
L’interprète exprima sansdoute nos sentimensavee fidélité , car la satisfaction reparut sur tous les visages. Le roi , qui s’était T’assis-, me tendit la main , disant que j’avais bien parlé, et qu’il approuvait ce que j’avais di{, Il ordonna alors à son interprète de répéter tout ce qu’il avait dit à M. James relativement à l’offre qui lui avait été faite de quatre ackies par mois. Je lui répondis que tout ce que je pouvais lui dire, c’était que certainement le gouverneur ferait tout ce qui serait convenable, que je lui écrirais tout ce que le roi avait dit , et que le roi verrait que le gouverneur ferait ce qui serait juste. Le roi alors me tendit la main , et nous nous retirâmes.
Dans la soirée, M.Dutchison et moi, nous allâmes chez le premier capitaine du roi lui demander un messager pour le Cap-Corse, le roi ayant retenu tous les Fantes. Environ deux heures après, il nous ' rapporta la réponse du roi, presque dans les termes
suivans : « Lé roi vous souhaite le bonsoir. Il se rappelle la figure du blanc qui lui a parlé aujourd'hui, et il l’aime beaucoup. Il voudrait qu’il fut chargé de traiter 1’aiFaire. Le roi aime beaucoup aussi les deux autres blancs qui étaient avec lui. Il croit que le dessein du gouverneur d’Accra est de rejeter tout le blâme sur le gouverneur du Cap-Corse,. et qu’ainsi il ne veut rien dire. Le roi estime que cela n’est pas juste, et il voit que vous pensez de même. Celte affaire ne regarde que le roi et vous. Le capitaine du roi lui rapportera fidèlement ce que vous lui direz, et vous aurez un messager. »
Dans la soirée, M. Hutehison , M. Tedlie et moi , nous écrivîmes au gouverneur et au conseil du Cap- Corsé pour leur faire part de tout ce qui s’était passé dans cette entrevue, ajoutant que, dans notre opinion , si nous n’eussions pas pris ce parti , M. James serait retourné sur-le-chatnp au Cap-Corse sans avoir accompli un seul des objets de sa mission. Nous fîmes sentir que nos rivaux politiques , les Mores, employaient toute leur influence sur l’esprit du roi pour lui inspirer des soupçons contre nous, et que cependant toute la conduite de ce prince était pacifique et conciliante, puisqu'il n’avait parlé d’aucune des circonstances qui devaient l'irriter davantage, notamment de la défaite de ses troupes devant Annamabou. Nous ne donnâmes pas notre opinion sur la demande du roi , que la paie accordée par la compagnie à Amouney et à Adokou lui appartint en entier j et nous peignîmes l’adresse avec laquelle le
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roi, en la faisant, nous avait opposé la conduite dn gouverneur hollandais qui 4ui payait la totalité des quatre onces d’or. ' *
Pour ne pas nous exposer aux soupçons, je cessai pendant quelques jours de chercher à me procurer les renscignemens que nos instructions nous recommandaient de prendre. Mais on trouve dans ce pays bien des ressources pour connaître l’intérieur de l’Afrique. Plusieurs personnes avaient été jusqu’à Tombuctou, et avec des précautions on peut recueillir des informations précieuses.
Le 23 mai, ayant été conduits hors de la ville , l’on nous introduisit dans une assemblée de Cabocirs Mores qui mettaient tout en usage pour nous nuirè. On lut un chapitre du Koran, puis l’on nous ordonna de jurer sur ce livre que nous n’avions pas de mauvais desseins , et que nous n’avions pas mis de poison dans la boisson du roi. Nous refusâmes de prêter ce serment sur le Koran , mais nous offrîmes de le faire sur l’Evangile. L’interprète du roi servit de médiateur, et nous demanda si nous voulions frapper trois fois sur le Koran , en faisant seulement uue déclaration au lieu d’un serment, attendu que les Mores disaient que ce livre nous tuerait si nous mentions. Nous y consentîmes, et environ deux heures après nous reçûmes du roi les présens suivans:
Pour M. James, un bœuf, deux cochons et huit onces d’or ;
Pour chacun de nous, un mouton, et deux ouces, quatre ackies d’or ;
Pour chacun de nos messagers fautes, dix ackies d’or ;
Pour l’interprète d’Accra et chacun de nos soldats, dix ackies d’or.
Le roi envoya aussi à nos cuisiniers un assortiment complet de vaisselle de terre du pays, cent grosses pièces de bois, cent ignames, cent bottes de bananes,quatre de cannes à sucre, vingt-quatre gallons d’huile de palmier, et trois jarres de vin de palmier.
Le 24, nous fûmes mandés chez le roi, et nous attendîmes long-temps, suivant l’usage, dans une d'is cours extérieures du palais , qui est un immense édifice composé d’une grande quantité de cours longues et carrées. Une partie de ces cours est garnies d’arcades, tantôt tout autour, tantôt d’un côté seulement , dont les entablemens sont garnis d’ouvrages en treillis dans le genre égyptien. Audessus est une suite d’appartemens , éclairés par de petites fenêtres en treillages de bojs, d’un travail compliqué, mais régulier, quelques-uns sont revêtus de feuilles d'or. Dans les cours carrées, il y a , de chaque côté , un grand appartement , ouvert par -devant, et garni de colonnes qui le soutiennent et- qui le font ressembler au Proscenium des anciens théâtres italiens. Ces apparlemens sont très-hauts et réguliers ; les corniches en sont chargées d’ornemens en relief. Un rideau en cannes entrelacées et d’un travail curieux était suspendu à l’entrée, et nous vîmes, dans l’intérieur, des sièges enrichis d’or, et des lits couverts en soie, portant
les emblèmes de la royauté. La partie du palais la plus ornée est celle qui est destinée à la résidence des femmes. Nous y passâmes une fois. Toutes les entrées des appartemens , à l’exception de deux , étaient fermées, par des paneaux à jour d’un joli travail et un peu ressemblans aux ouvrages gothiques du même genre. Un appartement était entièrement fermé par deux portes cintrées en bois , couvertes d’ornemens en relief et peintes en rouge. Des porteff'que le hasard fit ouvrir pendant que nous passions , nous laissèrent entrevoir de grands appartenions, dans des coins où nous n’en aurions -pas soupçonné. Les plus, retirés paraissaient les plus ornés. Toutes les fois que noqs nous rendions au palais , il se passait toujours un intervalle de quelques minutes avant qu’on ou vrilla porte qui ferme chaque cour. Dans la dernière est la chambre du conseil.
“ Le > après avoir attendu près d’une heure , cérémonial qui paraît indispensable, dans une cour extérieure où entraient et d’où sortaient divers ca- ■bocirs revêtus des marques de leurs dignités , et accompagnés d’une suite nombreuse, nous fûmes conduits dans une grande cour où nous trouvâmes le roi environné déplus de magnificence que nous n’en avions encore vu 11 était assis à l’extrémité de deux ■ longues files de conseillers, de cabocirs et de capitaines, tous placés sous leurs parasols d’étoffe écarlate et de soie ou de coton jaune, des couleurs les plus brillantes, surmontés de figures de panthères, de pélicans, de babouins, de croissans, etc., le tout
en or. Chacun de ces officiers était entouré de sa suite particulière, de ses marques d’honneur, et des officiers de sâ maison, ce qui formait véritablement concilium in concilie ». Tout ce luxe nous semblait l’effet d’un enchantement, quand nous nous rappelions les villes par où nous avions passé avant d’arriver à la capitale. <
Le roi venait de prononcer un jugement qui condamnait à mort un de ses capitaines pour cause de lâcheté; il ordonna alors qu’on reprît l’affaire de9 paiemens au roi d’Annamabou et au chef des Affoes. Les différens messagers fantes furent entendus. Ceux d’Amouney , d’Adokou, et de Payntrie, cabocir de l’intérieur , nous ayant joinls comme nous allions entrer chez le roi, ils s’expliquèrent d’une manière équivoque et embarrassée, ne sachant que dire au£ interprètes du roi , et ne profitant pas des courts intervalles qu’on leur accordait pour parler. Il paraît qu’ils ne voulaient pas déclarer quel était le montant de ces paiemens. M. James, interrogé de nouveau à ce sujet, répondit, « que les têtes des blancs n’étaient pas semblables à celles des noirs, et qu’il ne s’en souvenait pas ; qu’il croyait pourtant qu’on payait quatre onces à l’un et deux onces à l’autre. » Il n’offrit pas de s’en informer du gouverneur du Cap- Corse. Les interprètes du roi et plusieurs de ses conseillers pérorèrent d’un air très-emporté. « Je reçois quatre onces d’or d’Elmina, s’écria le roi, deux d’Accra; n’est-ce pas une honte qu’on me fasse proposer quatre ackies du
Cap-Corse? » Le roi ne pouvait cacher sa colère, et le tumulte régnait parmi ses conseillers. Tous les capitaines se levèrent à l’instant et prirent, des mains des gens de leur suite, leurs sabres à poignée d’or. Le général en chef arracha l’épée de M. Tedlie hors du fourreau ; une foule de parasols étaient en mouvement sur l’arrière, comme si quelques personnages importans arrivaient. Tout annonçait la confusion, la colère, l’impatience. Les capitaines, jeunes et vieux, se précipitèrent devant le roi en s’écriant, suivant ce que nous rapporta Quashie, qui paraît n’avoir pas osé nous dire tout, et qui en fut empêché par Quamina : « Roi , c’est trop de honte pour vous ! Permettez nous de partir cette nuit, de tuer tous les Fanles, et de brûler toutes les villes voisines des forts. » Ils se mirent ensuite en marche successivement avec leurs musiciens et leur suite , se prosternèrent devant le roi qui leur plaça son pied sur la tête, en levant les deux premiers doigts de la main droite ; tandis que, lui présentant leurs sabres, ils juraient sursa tête qu’ils partiraient celte nuit même avec l’armée, et qu’ils lui rapporteraient tous les livres des forts avec les têtes de tous les Fanles. Chaque capitaine répéta le même serment à sa manière, les uns d’un air sérieux, les autres en montrant nos têtes et celles des Fanles qui étaient' avec nous, et en cherchant à nous intimider par des gestes menaçans. Le vieux général , Apokou, prêta ce serment le dernier; et, après l’avoir fait de la manière la plus expressive, il jeta à M. Tedlie," d’uu air de mépris et de colère, par-dessus la tête
clés gens de sa suite, l’épée qu’il lui avait prise.
Le roi quitta le conseiL pendant quelques instans. Durant cet intervalle, Quamina , notre guide, invita Quashie, notre interprète d'Accra, à engager M. James à parler à ce prince quand il rentrerait, et à tâcher de l’appaiser. M. James le fit; mais il n’eut pas le zèle ni la présence d’esprit, et n’employa pas les raisonnemens que ce rnoment de crise exigeait : il ne fit que répéter ce qu’il avait déjà dit. Le roi daigna à peine l’écouter , et dit que s’il ne voyait des blancs devant lui , il ferait sur-le-champ couper la tête de tous les messagers fan tes. Il fit distribuer à ses capitaines des moutons et de l’or, et se leva pour se retirer. Nous songeâmes que le mulâtre du général Daendels avait eu une longue audience du roi, un instant avant que nous fussions admis en sa présence; c’était une raison de plus pour recourir à tous les moyens compatibles avec l’honneur de la nation que nous représentions, et avec ce que nous nous devions à nous-mêmes. Je m’avançai donc vers le roi , et je lui dis , par mon interprète, que j’avais à lui communiquer des choses qui Je convaincraient que le gouverneur était son ami et ferait tout ce qui serait juste. Le roi répondit qu’il m’entendrait plus tard , et nous nous retirâmes au milieu des menaces et des 'insultes de toute l’assemblée.
Deux heures après , on nous avertit de paraître devant le roi, et, suivant l’étiquette, on noirs fit attendre quelque temps. Pendant cet intervalle, M. James nous dit que, dans la situation critique où nous nous
trouvions, la division qui régnait entre nous était fâcheuse, et qu’il fallait nous réconcilier. Je lui répondisque je ne croyais pas que , dans un tel moment, nous pussions être divisés de sentiment; que, par déférence , nous rapprocherions les nôtres des siens autant que ce serait possible ; mais que, sentant la nécessité de déployer la plus grande énergie pour porter la conviction dans l’esprit élu roi, nous continuerions nous permettre de fortifier ses déclarations parles nôtres, jusqu’à ce qu’il plût au conseil et au. gouverneur de nous rappeler; que nous conserverions toujours les égards dus à son rang; mais que, différant d’opinions sur un point de nos devoirs publics, nous ne pouvions transiger sur cet article, et qliè nous consentions à en supporter les conséquences.
Le roi nous fit appeler en ce moment; il avait l’air sévère. Il nous assura» qu’il ne désirait pas faire la guerre aux Anglais, mais que les quatre ackies par mois lui faisaient trop de honte; que ses capitaines lui avaient dit : Roi, ils vous trompent, ils vous insultent , mais nous partirons celte nuit et nous vous rapporterons les têtes de tous les Fantes. » Qu’il leur avait répondu : « Non , je veux voir les blancs; attendez à demain. Ils peuvent encore écrire au gouverneur et me communiquer la réponse qu’ils en recevront : alors , s’il ne m’envoie pas les livres d’Amouney et des Brattoes, vous partirez et vous tuerez tout. Il avait été, ajouta-t-il, obligé de leur donner des moutons et de l’or , pour les engager à attendre
pusqu’à ce que les blancs eussent reçu une lettre du gouverneur. » M. James l’assura que le roi d’Angleterre et le gouverneur désiraient être ses amis , et Faire tout ce qui était juste, et qu’il croyait que le gouverneur enverrait les livres. Le roi ne répondit rien , et son mécontentement ne se calma point. Après quelque instant de silence , je lui adressai 1© discours suivant, après avoir commandé à l’interprète de jM. James de le traduire fidèlement : a Nous avons fait hier un serment dans la forme que le roi nous a prescrite : aujourd’hui, nous désirons en faire un comme nons le ferions devant notre roi. » Le roi leva les deux premiers doigts de sa main droite, comme il l’avait fait pour ses capitaines. Lui présentant alors nos épées parla poignée, et en baissant le pommeau , formalité qui nous parut devoir produire chez lui plus d’impression : « Nous jurons , continuai-je, par notre Dieu et par notre roi, et nons savons que le gouverneur d’Accra en fera autant, que nous ne sommes pas venus en Aschantie dans de mauvais desseins, que le roi d’Angleterre et la compagnie ont ordonné au gouverneur de nous envoyer ici pour que les Anglais et les Aschantes ne fassent qu un. - — « Nous sommes sûrs, ajoutai-je, que le gouverneur fera ce qui est juste; et, en lui écrivant tout ce que le roi nous dit , nous lui écrivons aussi que dans notre opinion Tes prétentions du roi sont justes. Nous avons été envoyés pour que les Anglais et les Aschantes ne fassent qu’un, parce que notre nation est la plus grande parmi les blancs, et
la vôtre la plus grande parmi les noirs, et qu’il est bon que deux grandes nations soient unies. Je suis venu d’Angleterre dans le vaisseau qui a apporté eet ordre au gouverneur; et, en le recevant, il a dit qu’iL l’exécuterait avec grand plaisir. Le roi d’Angleterre et la compagnie pensaient que le gouverneur devint demander au roi d’envoyer au Cap-Corse quelquesuns des seigneurs de sa cour pour garantie de notre sûreté; mais le gouverneur a dit: Non, cela est inutile, et il a écrit au roi et à la compagnie qu’il enverrait sans crainte tous ses officiers en Ascliantie , parce que l’honneur du roi Saï faisait leur sûreté. Nous sommes donc venus sans prendre celte précaution , parce que nous savions que le roi était notre véritable ami.
« Le gouverneur a toujours désiré faire pour le roi ce qui est juste; mais les Fantes n’ont jamais voulu lui dire ce qui était juste, de manière qu’il écrivit en Angleterre qu’on lui envoyât des présens , qu’il ferait offrir au roi par quelques-uns de ses officiers qui entendraient de sa propre bouche ce qui était juste, parce que les Fantes ne voulaient jamais lui dire ce qui était vrai, ni ce que disait le roi. Quand le gouverneur lira ce que nous.lui écrirons, il connaîtra la vérité pour la première fois. Nous resterons, afin que les Anglais et les Aschantes ne fassent qu’un. Nous garantissons au roi, sur nos têtes, que nous parlons vrai , et nous ne pouvons craindre en parlant vrai devant Dieu et devant le roi. »
Ce discours , interprété phrase par phrase, parut plaire à toute l’assemblée. Le roi sourit, et me fit
dire par son interprète : « Le roi vous aime, Vous parlez bien , vous parlez en homme. Le roi désire être ami des blancs; il regarde les blancs comme lés premiers êtres apres Dieu.» Ici, il leva les mains au ciel.
« Le roi remercie Dieu et son fétiche de lui avoir envoyé des blancs pour lui parler de cette manière ; et» quand vous serez de retour au Cap-Corse, silegouver-' neur pense que vous avez mal agi, et qu’il vous manque quelque chose, failes-le dire au roi , et il ne vous laissera manquer de rien , parce qu’il pense que vous êtes justes envers Dieu et envers lui, envers votre roi et le gouverneur. Ainsi le roi vous remercie et dit que vous avez bien parlé. •»
Le roi demanda alors à M. James s’il voulait jurer sur son épée comme nous venions de le faire , et il y consentit. « J’aime ces trois hlancs, ajouta -t -il,' « parce qu*xls sont toujours prêts à parler, et qu’ils « savent se mettre en avant quand il le faut. » Plusieurs autres observations' nous convainquirent encore qu’il revenait à des sentimens plus favorables pour nous. Les interprètes fanles cherchèrent à intimider Quashie , mais ils n’y réussirent poiut. Cet homme était inappréciable pour son intelligence , et pour la fidélité avec laquelle il interprétait nos discours et ceux du roi.
Leroi, paraissant enfin satisfait, nous fit alors ud long discours.
* Le roi dit que tous les Fantes sont des coquins;;', le gouvernement le sait fort bien. Il pense qu’ils mettent toujours de mauvaises idées dans, la tête du
gouverneur ï il Va toujours dit à ses capitaines, mais il ne donte pas que vous ne soyez venus pour lui rendre justice. Le roi veut du bien aux Anglais; il jure par Dieu et par son fétiche que si les Anglais savaient comment les Fautes agissent envers lui, et tout le mal qu’ils font , ils conviendraient qu’il a raison. Le roi parle vrai. »
Il entra alors dans le détail des causes de la guerre contre les Fantes ; et ce qu’il nous dit aurait convaincu les gens les plus prévenus, qu’il avait été réellement provoqué; qu’il avait long-temps patienté, et que ses ennemis avaient été aussi injustes que cruels.
« Le roi dit, continua-t-il, que si les Anglais se fient à lui, il rendra plus de services aux forts que les Fantes ne peuvent le faire. Il leur fera beaucoup de bien. C’est sa volonté. 11 enverra le* commerce aux Anglais; il leur enverra de bon or, semblable à celui qu’il porte lui-même (montrant les ornemens dont il était couvert), et non de mauvais or tel que les Fantes en fabriquent. Son peuple ne sait pas en faire , niais les Fantes le fabriquent dans leurs maisons avant de le donner aux blancs. Si jamais les Anglais qui sont dans les forts ont besoin de quelque chose , qu’ils le fassent dire au roi /il le leur enverra. Demain est dimanche, mais après-demain est lundi, on vous donnera un messager. »
Dans la suite de la* conversation , le roi montra les dispositions les plus libérales, et qui auraient fait honneur à uu monarque civilisé. H nous sembla qu’il
rompait le charme qui nous avait fermé jusqu’ici l’intérieur de l’Afrique. Il voulut que nous bussions avec lui, et M. James consentit à porter le toast suivant: « Puissent les Aschantes et les Anglais ne faire jamais qu’un ! » Ce vœu lui plut, et il voulut que nous touchassions son verre avec les nôtres. Se tournant alors tout-à-coup vers les messagers fantes qui restaient tremblans derrière nous , il leur dit : « Vous m’avez mis en colère contre vous, et je le suis encore ; mais n’importe , approchez , et buvez avec moi. *•
Dans la soirée, MM. Hutchison, Tedlie et moi, nons écrivîmes une seconde lettre au gouverneur et au conseil, pour leur rendre compte des événemens de ces deux jours , et nous terminâmes notre lettre ainsi qu’il suit :
« Notre situation critique exige que nous vous fassions connaître notre opinion sur la prétention élevée parle roi, de recevoir, la totalité des sommes qu’où pajait atix Braffoes et au roi d’Annamabou , et nous le faisions avec défiance et respect. Les services que nous rendent les Braffoes sont absolument nuis ; et , d’après leur situation politique , leur inimitié n’est pas à craindre. Quant à Amouney , quand on devrait lui accorder une nouvelle paye en remplacement de celle qui sera transférée au roi des Aschantes , cette dépense ne serait qu’une bagatelle, et ne peut entrer en comparaison avec le danger de causer lé renouvellement d’une guerre contre les Fantes, la destruction de tout un peuple.
peut-être la ruine de nos élablissemens, la victoire à remporter sur les intrigues de nos rivaux , et l’acquisition de la confiance d’un puissant .monarque dont l’influence peut seconder les vues du gouvernement anglais sur l’intérieur de l’Afrique. Nous regardons le> circonstances comme favorables, même dans le moment critique où nous nous trouvons.
« M. James avoue qu’il désespère de réussir dans ►. les objets de notre mission. Nous pensons différemment. Nous répondrions du succès, mais nous attendons votre décision avec inquiétudé. Nous devons nous vanter du calme momentané du roi, parce qu’il prouve que nous avons fait notre devoir , et nous osons répéter que M. James n’a pas fait le sien.
« Messieurs, notre situation est critique. Si votre réponse détermine le roi à la guerre , nous sommes ses prisonniers. Si, comme nous n’en pouvons dou-4 ter, la valeur de nos concitoyens retarde ses progrès, comme lors de la mémorable défense d’Anqamabou, nous pouvons être victimes d’une soldatesque irritée , quoique nous sachions que ce serait contre le vœu d’un prince généreux, mais il est malheureusement soumis à un despotisme militaire qui a détrôné son frère et qui lui a donné la couronne.
«* Mais , messieurs , si votre sagesse et vos réflexions vous font penser que votre honneur et votre devoir doivent vous empêcher d’accorder les demandes du roi, l’histoire de notre pays fortifie notre ame en nous présentant l’illustre exemple
d’an Vansittard et de ses collègues qui , dans la même situation où nous nous trouvons, lorsque le commerce britannique était à son aurore dans l’Inde , comme il l’est aujourd’hui en Afrique, adressèrent au conseil cette dernière prière qui sera la conclusion de cette lettre : — Ne mettez pas notre vie dans la balance contre V honneur et les intérêts de notre pays.
« Nous sommes, etc. , etc. »
Signé T. Edward Bowdich.
W. Hutchison.
Henry Tedlib.
Le dimanche le roi -vint nous voir, et montra beaucoup de satisfaction de quelques bagatelles que nous lui offrîmes en notre nom personnel, et de l’empressement que nous mîmes à lui expliquer quelques gravures de botanique et d’histoire naturelle , dont il paraît fort curieux. . . * .
Le lundi uous eûmes une audienee publique en présence de capitaines, dont nous avons reconnu les mauvaises dispositions. Deux messagers du roi reçurent ordre d’accompagner au Cap-Corse celui quenousdépêchionsavec nos lettres pour le gouverneur. Us reçurent leursinstructiohs dans un discours qui dura deux heures , et qui paraissoit avoir aussi pour but d’inspirer aux capitaines des sentimensde conciliation.
Dans la soirée , le roi nous envoya chercher et
. nous dit qu’il voulait écrire une lettre au gouver^ neur, M. James l’écrivit telle qu’elle lui fut dictée par l’interprète du roi ; mais il fut obligé de se retirer pour cause d’indisposition^ Le roi ne voulut pas se dessaisir de la lettre qui ne fut terminée que le 37 mai dans la soirée. Il voulut y mettre sa marque » et même la répéter sur l’adresse. Il la fit cacheter en sa présence, après quoi un More fit une longue ' prière. Malgré la longueur de cette lettre, elle est assez curieuse pour être insérée ici en entier.
S AI Toutou Quasi IN A, roi AAschantie et dépendances, à John Hope Smith, gouverneur en chef des établissemens britanniques sur la Côted’Or, en Afrique, ' . . f
« Le roi envoie ses complimens au gouverneur.
Il le remercie, ainsi que le roi d’AngleteFre, des présens qui lui ont été envoyés j il les trouve fort beaux. Les sœurs du roi et tous ses amis les ont vus, les trouvent fort beaux et l’en remercient. Le roi rend grâces à Dieu et à son fétiche d’avoir inspiré au gouverneur le dessein de lui envoyer des blancs,
U aime beaucoup les Anglois, et le gouverneur comme s’il était son frère,
« Le roi d’Angleterre a fait long-temps la guerre contre toutes les autres nations blanches , et il a tué tout lé moude partout. {1 a pris partout toutes les villes , françaises , hollandaises et danoises. Le roi d’Aschanlie a fait la guerre à toutes les nations noires
<de l’autre côté de l’eau , a tué partout les hommes noirs et a pris toutes les villes partout.
« Quand le roi d’Angleterre prend une ville française, il. dit aux habitans : « Venez,* tout ceci est à moi, apportez-moi vos livres, et abandon nez-moi ce qu’on vous paye (1). » Et, s’ils ne le font pas, le gouverneur pense-t-il que le roi soit content? De même le roi d’Aschantie a battu deux fois les Fautes, et a pris toutes leurs villes, et les Fantes viennent lui dire : « V ous êtes un grand roi, et nous voulons vous servir. » — « Ah! dit le roi, vous voulez me servir? eh bien! envoyez- moi la paye que vous recevez des forts. » Et ils lui envoient quatre ackies! C’est trop de honte pour lui.
« La première fois qu’il fît la guerre contre les Fantes, deux grands personnages du royaume d’Assin étaient en querelle , de sorte que les uns prirent parti pour les Aschantes, les autres pour lesFantes. Le roi dit : « Quelle est la raison de cela? » Et il envoya ses sabres d’or et ses cannes d’or pour s’en informer. Mais les Fantes tuèrent ses messagers et
prirent tout leur or (2). Après avoir combattu avec
(1) Idée du roi assez extraordinaire- Il supposait qne toutes les villes d’Europe reçoivent une paye de leur gouvernement, comme celles qui sont voisiues de nos établissemcns sur les côtes d’Afrique.
(a) Ici le roi s’arrêta , et ordonna à son interprète de nous dire de lui lire tout ce qu’il avait dicté. Il fut content de notre exactitude, et nous fit servir des rafraîcliissemens , du vin de palmier et d’autres liqueurs spiritueuses, disant qu’il craignait
les habitans d’Elmina et d’Accra, les Fanles envoyèrent diré au roi qu’ils voulaient le servir. « Eh tien, dit le roi, donnez-moi ce que vous payent les forts, et alors vous saurez cc que j’ai dans la tête, et nous pourrons être amis. * Il leur envoya des messagers; et, après plus de deux ans d’attente, il reçut des Fautes pour réponse: «Non, nous ne voulons pas servir le roi, nous ne voulons que lui ouvrir le chemin pour le commerce. » C’était encore trop de honte.
« Les Fantes envoyèrent alors vers un homme puissant, CudjoeCoumah, pour lui dire : « Venez, et mettons toutes nos tcles ensemble contre le roi. » Mais quand le roi en fut instruit, il lit venir, nçn pas un homme puissant, mais un de ses esclaves, et lui dit: «.Allez et tuez tous les habitans d’Aquapim et d’Akim. » Il alla, il les tua, et il vint lui en rendre .. compte.
« Quand il envoya contre Akim, le peuple dit:
« Nous avions dit à nos chefs de ne pas irriter Je roi; mais ils n'ont pas voulu nous écouter. » Il fit donc tuer les chefs , et il pardonna aii peuple.
« Quand il alla combattre les Fantes , ils lui firent dire avec impertinence: « Ntous vous tuerons , vous et votre peuple, et nous dominerons sur vous. » Et cependant ils ne tuèrent pas un capitaine aschante,
de bous avoir gardés trop long-temps sans nous rien offrir , et qu’il continuerait le lendemain. Il prit ce qui avait été écrit , et se le fit relire le lendemain avant de se remettre à dicter.
et le roi tua; tons les capitaines fantes et tout le peuple, et ils ne dominent pas sur lui.
« Cette fois, après avoir été battus, les Fantes lui dirent Allons, nous vous servirons, mais ne nous faites plus de mal : nous ne voulons plus vous combattre, mais être vos amis. » Alors le roi dit: « Quels cabocirs demeurent au Cap-Corse et à Annamabou ? qu’ils m’envoient la paye qu’ils reçoivent des forts, et nous serons amis.
« Le roi fit dire ensuite aux. gouverneurs du C:p- Corse et d’Annamabou : « Eh bien! vous savez que j’ai tué tous les Fantes ; il me faut les livres de la paye d’Adocou et d’Amouney , et je serai votre ami, votre frère , et mon cœur sera pour vous. » Et maintenant ils envoient quatre ackies ! C’est üne honte pour le roi, et ses capitaines jurent que les Fantes sont des coquins et veulentle tromper» Quand les blqncs voient les Fantes agir ainsi, et que les officiers anglais lui envoient quatre ackies, cela le met en colère,- nuis il n’a point de querelle avec les blancs.
« Tout le royaume de Faillie est à lui : tout le pays des noirs lui appartient. Il apprend que ce sont les blancs qui y apportent toutes les choses qui s’y trouvent. Il est surpris qu’ils ne combattent pas les Fantes qui les trompent. Mais à présent il voit les blancs face à face, et il remercie Dieu et son fétiche.
« Quand les Anglais bâtirent le fort d’Apollonia, le roi combattit les Aowins qui étaient maîtres de ce pays et les tua. Alors il dit au cabocir : « J’ai tué votre peuple; ainsi la paye que vous recevez des
( fl2 )
forts esta moi. » Et le cabocir lui répondit i * Cela est vrai j puisque vous avez pris ma ville, la paye vous appartient.
« Il combattit les habitaris de Dankaraet les tua; puis il dit : « Donnez-moi la paye que vous recevez cTElmina. » Et maintenant Elmina est à lui (i).
« Le fort anglais d’Accra donnait une paye à un cabocir d’Akim nommé Aboigin Adjoumawcon. Le roi le tua et reçut sa paye. Le fort hollandais faisait une paye à un cabocir d’Akim nommé Corry Apam ; le fort danois en faisait une à un autre nommé Arrawa Akim : le roi les tua tous deux , et maintenant il reçoit leur paye.
« Le roi Saï est jeune sur le trône , mais il garde toujours dans sa tête ce que lui disent les vieillards , car ce sont de bonnes choses; et ils lui disent tous les matins: « Lé roi d’Angleterre a envoyé trois de ses grands hommes au Cap-Corse , à Annamabou et à Accra. Le Cap-Corse est la même chose que l’Angleterre. Le roi reçoit d’Accra deux onces d’or tous les mois, et les Anglais veulent ne lui donner que quatre ackies pour le grand fort du Cap-Corse, et autant pour Annamabou! Les blancs trouvent-ils cela raisonnable? » ;
« Quand le roi eut tué le cabocir d’Elmina, et gagné par-là les deux onces d’or que celui-ci recevait par mois, le gouverneur hollandais dit: « Yoilà
(1) Le roi parle toujours des actions de ses ancêtres , comme s’il les avait faites lui-même.
un roi comme il faut, nous ne nous jouerons pas a
lui ; » et il porta la paye à quatre onces.
« Le roi a tué tout le peuple, et tous les forts lui appartiennent. Il envoya ses capitaines voir les blancs; maintenant il les voit lui-mêrne , et if en remercie Dieu et son fétiche. Si le chemin eût été bon quand ses capitaines y allèrent, le roi eût été lui même sous les forts et aurait vu tous les blancs. Les Aschantes portent de bon or au Cap-Corse, mais les Fantes en font de ra.auvais. Ils coupent dix mouchoirs dans une pièce de huit; ils mêlent de l’eau dans le rhum , et du charbon dans la poudre , même pour le roi. Ils le trompent, car le roi pense que les blancs leur donnent toutes ces marchandises de bonne qualité.
« Le roi sait que le roi d’Angleterre est son ami, car il lui a envoyé de beaux présens; il sait que les officiers anglais sont ses amis, car ils sont venus le voir. Le roi désire que le gouverneur envoie à Elmiua pour savoir ce que paye ce fort, et l’écrire' au roi d’Angleterre. Comme les Anglais disent que leur nation est plus grande que les Hollandais, le roi le verra par la paye qui lui sera faite pour les deux forts. Si le roi d’Angleterre n’aime pas cela, il peut lui envoyer lui-même ce qu’il voudra , et alors Saï le recevra.
« Il remercie le roi et le gouverneur d’avoir envoyé quatre blancs pour le voir. L’ancien roi désirait eu voir quelques-uns; mais les Fautes s’y sontopr
posés- Le roi Sa ï est encore jeune, et il en voit, et il en remercie encore Dieu et son fétiche. »
Fait en présence de
T. Edward Bowdich.
Wildjam Hutchison.
Henry Teumb.
Cettelettre ayant retardé le départ des messagers jusqu’au 29, nous les chargeâmes d’une troisième lettre pour le gouverneur.
La chaleur était excessive. M. Hulchison eut un débordement de bile, et M. James une rechute de fièvre. Nous ne pouvions sortir de noire maison sans être accompagné de quelque capitaine. Cependant le roi , m’ayant fait monter devant lui le cheval dé son premier capitaine , m’accorda ensuite la permission de me promener à cheval. J’en profilai pour faire le tour de la ville , à laquelle je trouvai environ trois milles de circonférence. '
Le 12 juin, le roi nous envoya un grand mouton dTlio pour l’examiner; il avait quatre pieds et demi depuis la tète jusqu’à la naissance de la queue qui était longue de deux pieds; il avait trois pieds de hauteur, et était couvert de poils gros et longs.
Le 17, il nous envoya un présent de deux onces d’or pour chacun de nous, vingt aekies pour notre suite, et dix pour nos interprètes ; plus , un cochon , un mouton, et une grande quantité d’oranges et de bananes. Telle fut la manière dont il répondit à la demande inconsidérée qui lui avait été faite d’un
emprunt pour notre subsistance; demande à la--' quelle M. Hutchison, M. Tedlie et moi, nous dé- - çlarâmes formellement qi*e nous n avions pris aucune part. Rien ne pouvait être plus injurieux à notre dignité.
Le 18, M. Tedlie s’étant hasardé à faire une promenade hors de la ville, fut arrêté par un capitaine qui avait une centaine d’hommes à sa suite/et qui*!e~ retint dans sa maison, jusqu’à ce qu’il eût envoyé un message au roi. Ce prince ordonna' que M. Tedlie fût amené en sa présence, et lui demanda s’il avait, dans sa poche, sa petite boîte, voulant désigner sa boussole j voyant qu’il ne l’avait pas, il affecta de réprimander sévèrement le capitaine, pour avoir supposé que quelqu’un de nous voulût s’enfuir, tandis que le roi était notre ami.' D’après cette aven-; ture , nous sortîmes très-rarement.
Divers présens nous étaient faits assez fréquemment. Apokou, l’un des quatre personnages les plus importans du royaume, nous avait envoyé, le 3o mai , trente ackies d’or et des fruits. Le 9 juin, le roi nous envoya deux moutons, et son neveu un troisième. Le ai, Quatchie Quofîe nous envoya onze ackies d’or; le 26, nous en reçûmes dix d’un capitaine nommé Ooussa Cudjo , et la même somme de Jessinting, avec un mouton et des bananes; le 28, le roi nous envoya une grande quantité de bananes et d’oranges.
Le même jour, Apokou, ayant appris la mort de la sœur de sa mère , tua un esclave en son honneur.
et se rendit dans la maison où elle demeurait pour en sacrifier un plus grand nombre, et célébrer ses funérailles. Mais n’ayant pas trouvé d’or chez elle , et ayant appris qu’elle avait jeté dans la rivière tout ce qu’elle en possédait, pour qu’il n’en profitât point, et qu’il ne trouverait dans sa succession que quelques esclaves affamés, il ne saccifia qu’une vic- ^ time, et lui fit des obsèques fort mesquines.
Le 39, nous assistâmes au loyer du roi , qui nous donna un flacon de rhum et un mouton gras. Il nous dit qu’il voudrait pouvoir, nous permettre de nous promener où bon nous semblerait , mais qu’il y avait beaucoup de méchantes gens qui nous tueraient volontiers s’ils le pouvaient. Odoumata nous fit inviter à l’aller voir. C’est un des quatre grands personnages de l’état. 11 nous engagea à boire du vin de palmier avec lui , et en envoya une grande jarre à notre suite. Il nous dit qu’il était le premier capitaine qui eut combattu les Anglais à Annamabou , et que si l’on n’envoyait pas les livres, il serait encore le premier à le faire. Il nous demanda si nous voudrions le conduire en Angleterre pour lui faire voir notre roi, et nous engager à le ramener ; « car , nous dit-il, ayant vendu un nombre immense d’esclaves, il serait possible que quelqu’un d’eux me reconnût, et engageât le roi à me retenir, par esprit.de vengeance. »
Le 2 juillet , on trancha la tête à une jeune fille pour avoir manqué de respect à un des fils du roi , et à un homme pour être contrevenu aux lois en ramassant de l’or qu’il avait laissé tomber sur la
place du marché, où tout ce qui tombe doit s’accumuler jusqu’à ce qu’on la nettoie pour les besoins de l’état.
Le 3, dans la matinée, un fils du roi se tua. Il avait environ dix ans. Ses obsèques furent célébrées dans l’après-midi, et l’on éntretint un feu de mousqueterie bien nourri, jusqu’au coucher du soleil. On sacrifia deux hommes et une fille , leurs têtes et leurs corps restèrent sur la place du marché jusqu’à la nuit. La mère de cet enfant, femme favorite du roi, ayant ajouté le crime à une perversité perpétuelle de conduite , avait été mise à mort, et depuis ce temps l’enfant avait été banni de la présence du roi. Le matin il s’était introduit furtivement dans le palais; le roi avait ordonné qu’on l’en fît sortir, en ajoutant qu’il n’était probablement pas mieux disposé à son égard que ne l’avait été sa mère. L’enfant répondit que s’il ne pouvoit venir voir son père, il aimait autant mourir, et une demi-heure après il se tua en mettant dans sa bouche le bout d’un fusil c^’il fit partir avec le pied.
Le même jour, le gardien de la sépulture royale fut mis en prison. Sa femme fut ensuite accusée d’avoir invoqué ses Fétiches pour qu’ils changeassent l’esprit du roi. Elle répondit quelle leur avait demandé de changer ses dispositions à l’égard de son mari; mais on soutint qu’elle leur avait demandé de rendre le roi fou; elle fut en conséquence condamnée à mort et exécutée. •