CHAPITRE IT
Départ de l'ambassade. — Boute qu’elle sait. — Son arrivée et sa réception..
L’ambassade partit du fort du Cap-Corse dans la matinée du 22 avril 1817 , dans l’intention de quitter le bord de la mer à Mori, c’est-à-dire à trois milles et demi vers l’est; mais en y arrivant, nous apprîmes que le chemin qui conduisait de là au croum ou village de Payntrie, mauvais dans tous les temps, était alors impraticable à cause des pluies, et que nous devions nous rendre à Annamabou, avant de nous enfoncer dans les bois, pour pénétrer dans l’intérieur.-
La mauvaise volonté des porteurs de nos bagages, qui avaient été forcés de se charger de ce service par les autorités de la ville, fut bien difficile à surmonter. La considération qu’ils étaient nour- • ris et payés ; que le résultat de l’arhbassade devait être de mettre fin à la disette occasionnée par les dernières invasions, et qu a peine avaientils chez eux de quoi soutenir leur existence, ne pouvait les empêcher de voir de mauvais œil notre entreprise, et ils étaient influencés par l’huraeurqu’ils en avaient conçue, autant que par
la paresse et l’indolence. Onze désertèrent dès le premier jour; la faible autorité du roi et des cabocirs (1) d’Annatnubou ne put nous en procurer d’autres que dans la soirée du jour suivant. Nous en finies alors mettre en route une partie qui persistaient, même dans la ville, à déposer par terre les bagages dont ils étaient chargés, et nous les fîmes accompagner par un soldat et un messager. Plusieurs des porteurs que nous nous étions procurés à Annamabou, après avoir soulevé leurs fardeaux qui étaient d’un poids médiocre,, s’en allèrent avec l'indifférence la plus insolente. Les moyens par lesquels ils montraient leur mauvaise volonté leur étaient tout particuliers, et il était impossible de mettre plus d’adresse à nous tourmenter.
Le jeudi matin, à quatre heures, nous parvînmes à faire partir le reste de nos bagages, et nous nous, mîmes en route à six heures et demie. Après avoir fait environ deux milles dans la- direction du nordnord-ouest , nous descendîmes une colline dont la pente était fort rapide pendant environ un quart de mille, après quoi nous entrâmes dans une belle vallée couverte de lis, d’aloès , de palmiers et de bananiers. Cette vue était variée par de petites hauteurs revêtues de superbes cotonniers. Jamais je n’avais vu un sol si fertile ui une végétation si florissante.
(i)Nom qu'on donne aux chefs et aux principaux persan.nages dans a tte partie de l’Afriqne-.
Le premier village par lequel nous passâmes fut Qiiama, situé à environ trois milles et demi d’Annamabou, et où il ne se trouvait que quelques chaumières : nous en traversâmes trois autres aussi misérables et aussi insignifians, avant d’arriver à Bouka , placé dans une situation romantique au milieu de beaux arbres couvrant une colline élevée .qui termine la vallée. Abra est à environ trois milles à l’est de ce dernier village; il est entièrement abandonné depuis la dernière invasion, l’armée des Àschantes, commandée par Àppia Nanou y ayant placé son quartier général. Ce village était autrefois plus considérable qu’Annamabou; mais le peu qui en reste est en ruines > les habilans s’étant retirés dans les petits villages de leur cabocir Quaggheri.
Après avoir traversé Tachradi, dont il n’existe guère plus que le nom , nous montâmes une colline sur laquelle nous trouvâmes , à gauche , un petit village nommé Acroufroum. L’étonnement des habitans en nous voyant excitait notre attention, la vue dont on jouissait du sommet n’en fit sur nous que plus d’impression.. Il était environné d’une foule de petits bosquets , et des bouquets de cotonniers s’élevaient çà et là d’une manière si heureuse, qu’ou aurait pu prendre cet endroit pour yn petit pare. Les rayons du soleil, pénétrant avec peine à travers les petits arbres dans l’éloigpement , rendaient plus imposante l’ombre profonde qui couvrait le premier plan de ce tableau. Le chemin devint alors plus escarpé, et nous eûmes en vue une 'plus grande quantité de bois. Nous
montions et descendions fréquemment par de longues et étroites avenues dont les rayons du soleil doraient les hauteurs; et, ayant présente «à l’esprit la description d’Isert, nous nous attendions naturellement, en montant chaque éminence, qu’elle nous présenterait la vue délicieuse d’un pays ouvert : mais nous étions souvent trompés dans notre attente ; et , après avoir traversé Dunnasi et Assoquah, petits villages, dont le dernier est situé dans une longue plaine à environ trois milles et demi d’Acroufroum , nous arrivâmes bientôt après au village de Payntrie.
Sur les plus hautes montagnes , le sol en général était sablonneux et couvert de grosses pierres; sur celles qui étaient moins élevées, on trouvait beaucoup de silex blanc; les plaines offraient peu de pierres, et le sol était noir, fertile et vigoureux, l’herbe s’y élevant de 4 à 10 pieds. Le pays était mal peuplé et n’offrait que peu de traces de culture. On y voyait beaucoup de casadas, mais qui produisaient peu, faute de soins.
Je calculai que le village dePayntrieétait à quinze milles d’Annamabou. En jugeant par le temps, il en était à dix-huit ou vingt; mais cette base de calcul serait vicieuse , attendu les obstacles que le chemin présentait à chaque instant et les inégalités du terrain, ce qui faisait perdre beaucoup de temps. J’ai plus de confiance dans le moyen que j’employai pendant toute la roifte, quoiqu’il exigeât beaucoup de soins et d’attentions, et mes observations me prouvèrent qu’il était bon. M. Tedlie , qui marchait tou-
jburs immédiatement avant moi, relevait tous les angles que faisait le chemin , et j’en prenais à mesure noie au crayon, supposant quatre yards et v demi (1) parsix pas. Les naturels reconnaissent aussi qtdon peut aisément parcourir celte distance en quatre heures. Il se passa plusieurs heures avant que ' tous les porteurs fussent réunis; plusieurs de ceux que nous avions fait partir la veille avaient dormi . dans le bois , et un d’entre eux avait déserté.
Notre marche s’était dirigée en général nord ^ , nord-ouest î , nord-nord-ouest à , nord-nord-est }. La variation fu.l de 170 La latitude du village de Paynlrie, prise par deux hauteurs du soleil, est de 5° 20^ 5o" nord, et la longitude i° 47' ouest.
; Nous reçûmes la visite de Payntrie et de plusieurs eabocirs sous un grand arbre, puis l’on nous conduisit dans un logement propre et commode qui ' jious avait été préparé. Une petite cour carrée offrait d’un côté un appentis sous lequel on pouvait faire la cuisine , et à chacun des trois autres était une chambre à coucher, ouverte par-devant, mais bien couverte en chaume et très-propre. De là on passait dans une autre pièce dont le plançher était élevé d’environ deux pieds au-dessus du sol.
- Ce village . agréablement situé dans une plaine , était entouré de beaux arbres, et consistait en une rue fort large, bordée de petites cabanes construites «11 bambou, et bien couvertes en efiaume. Au bout
(i)'YarjJ , mesure anglaise d'environ trois pieds.
du village, du côté du nord, était un ruisseau coulant vers le nord-nord-est , et un terrain marécageux s’étendant à plus d’un mille se reconnaissait, parce que les arbres qui le couvraient produisaient plus d’ombre et de feuillage. Nous remarquâmes un grand nombre de petits oiseaux plus beaux encore par la délicatesse et la symétrie de leurs proportions que par les couleurs de leur plumage. La plupart avaient le corps vert et les ailes noires, et leurs nids étaient suspendus aux arbres.
Le capitaine aschante, qui comptait y séjourner quelques mois pour les a/Faires du roi , nous envoya un mouton, en nous faisant ses excuses de nous faire un si mince présent , et en en rejetant la faute sur la disette et sur sa qualité d’étranger. Le vieux Paÿntrie, de son côté, était plein d’obligeance et d’attentions, et il nous envoya des ignames, quelques volailles, et du vin de palmier. Nous y passâmes quatre jours pour donner à nos gens le temps de se pourvoir de vivres, attendu que nous avions quatre journées à faire sans pouvoir en trouver.
Je me promenai avec M. Tedlie dans un seniièr bordé de haies et de barrières, le long duquel régnait un champ de blé très-bien cultivé, de vingt acres au moins. Il conduisait à la ferme de PaynTrie , qui nous parut parfaitement tenue. Nous y trouvâmes un poulailler, un pigeonnier, et une belle'gt’a'nge élevée sur une plate-forme. A notre retour , nèus lui rendîmes une visite, et il nous servit d’excellent vin de palmier. Sa maison était bâtie en carré, et couv-
• ( 28 ) '* posée de quatre appariemens. On y entrait par une, chambre dans laquelle se trouvaient un grand nombre de tambours. Les esclaves occupaient les angles du bâtiment, et sa chambre après laquelle il y en, avait une autre plus petite, était garnie devnousquets,. de fusils , et de gibernes ornées de différentes manières. .Nous fumes surpris de l’ordre et delà propreté qui j régnaient. Lesoleil venait de se coucher,, et son repas du soir se préparait sur un bon Jeu, brûlant dans un foyer très-propre. Le vieillard était assis sur sa chaise d’apparat, et causait gaiement avec ses enfans et les plus jeunes de ses femmes. Les plus vieilles le regardaient d’un appartement voisin , sans avoir l’air d’être jalouses. C’était la première scène de bonheur domestique que j’eusse vue parmi les naturels du pays. Près de la maison était un petit jardin fermé de haies , où l’on cultivait des fruits et des légumes pour l’usage de la famille. 1 ,
Le samedi *6, nous partîmes du village dePayntrie, et nous traversâmes deux petites vallées romantiques , où nous aperçûmes quelques cabanes. Le nombre et la variété des arbres augmentaient à mesure que nous avancions , et le paysage se trouvait varié par toutes les teintes possibles de verdure. Le chemin était souvent couvert d’eau. Comme nous arrivions à Cottacoumacasa , nous jouîmes d’une vue ’ magnifique. Autour de mous étaient de nombreux bouquets de cotonniers touffus; dans le lointain, des collines pittoresques de différentes formes, et couvertes d’arbres de toutes espèces, me rappelèrent
ie fameux chemin de Carmarth^ri', a Llandilo, par Grongar-Hill , dans le pays de Galles.
Coltacoumacasa est à envirô'u six milles et* un quart du village de Payntrie, et ne consiste qu’en quelques misérables huttes où l’on était à peine à couvert, et qui étaient de la plus grande malpropreté. Je. mesurai, par le moyen des angles, un cotonnier qui était près de nous, et je trouvai qu’il avait }5q pieds de hauteur. Généralement, ceux que nous avions vus auparavant paraissaient beaucoup plus hauts. Nos porteurs s’étaient établis dans ce village; et, peu contens de s’y être reposés quelques heures , ils refusèrent long temps de se remettre en marche avant le lendemain. Plusieurs s’étaient enivrés en buvant le rhum de quelques petites barriques qu ils avaient brisées à dessein. Nous parvînmes pourtant à les faire partir vers trois heures et demie, et nous entrâmes presque aussitôt dans une grande forêt, impénétrable aux rayons du soleil. Nous avions souvent des collines à gravir, mais elles étaient peu escarpées. Le chemin tortueux et couvert de bois présentait tant d’obstacles pour les hamacs , que M. llutchison , M. Teldie et moi, prîmes le parti d’en descendre, et de continuer la route à pied, ce que nous trouvâmes plus commode et plus expéditif. Le seul désagrément de notre marche fut de rencontrer de nombreuses troupes de grosses fourmis noires, que leur multitude nous empêchait de pouvoir éviter , et dont la piqûre était douloureuse. Nous passâmes deux petites rivières qui coulaient
vers l’est-nord-est. A environ six milles de Cottacouinacasa, nous trouvâmes les porteurs de notre bagage qui allumaient leurs feux et qui s’arrangeaient pour la nuit. Il faisait déjà presque noir. Quamina, notre guide asebanle, était en avant; nous savions que M. James était bien en arrière: nous résolûmes donc de passer la nuit en cet endroit, et nous fîmes suspendre nos hamacs à des arbres. Nous avions fait douze milles pendant cette journée. Nous étions campés par i° 4p' 5o" de longitude occidentale et 5° 28' de latitude septentrionale.
Nous continuâmes notre route le lendemain à travers le même bois sombre et solitaire. Après avoir traversé trois ruisseaux coulant vers l’est, nous arrivâmes à Chansue peu après dix heures du malin. A peine nous étions-nous assis sous un misérable hangard qui ne pouvait même nous défendre de l’ardeur du soleil, que nous nous y trouvâmes eulourés des leux que nos porteurs allumaient pour * préparer leurs alimens, et il nous fallut recourir à la violence pour les en écarter.
Mansue était autrefois le grand marché d’esclaves des Fautes dans l’intérieur. L’étendue que ce lieu avait occupée était une preuve de son ancienne importanée , mais il ne sy trouvait plus que quelques harigards épars de côte et d’autre. ,
Nous nous remîmes en marche à une heure; et, après avoir passé l’Assounira, petite rivière coulant vers l’est, nous arrivâmes à une seconde, nommée l’Oki, qui suit la même direction peur
porter ses eaux à l’Amissa qui se jette dans la mer entre Annamabou et Tantum. Nous traversâmes cinq à six marais, dont l’un avait près d’un demi-mille de longueur. Leur sq! était une argile de couleur foncée mêlée de gravier. Nous fîmes balte dans un bois, dans un endroit où notre guide s’occupait à couper des broussailles pour nettoyer une place pour lui et ses femmes. Nos porteurs, toujours indisciplinables, étaient allés plus loin, emportant avec eux provisions et bagages. Le sol sur lequel nous cam» pâmes était très-humide, couvert de reptiles et d’insectes, et nous eûmes beaucoup de peine à y entretenir nos feux, ce qui nous paraissait d’autani plus important qu’une panthère vint rôder autour de nous. Un animal qui, suivant les naturels, res- semble à un petit cochon et habite sur les arbres, , ne cessa de pousser des cris aigus pendant toute la nuit, et nous entendîmes de temps en temps un sanglier courir, en criant, dans la forêt, comme s’il eèt été poursuivi. Le thermomètre, placé à l’oui- - > bre à six heures du matin, marquait degrés. , Nous partîmes le lendemain à sept heures; et, après avoir fait trois milles et demi, nous traversâmes une petite rivière nommée Gaïa, et quelquefois Aniabirrim, d’après un village de ce nom qui existait autrefois sur ses bords. Elle avait trente pieds de largeur sur deux pieds de profondeur et couw lait vers l’est à l’endroit où elle coupait le sentier, mais elle se dirigeait ensuite vers le nord-nord-est et allait se jeter dans l’Amissa. M. ilulchison s’ar-
rêla en cet endroit pour attendre M. James, et marchai en avant avec M. Tedlie pour rejoindre nos gens. Nous vîmes beaucoup d’a rbres de bois de fer. Le sentier était une espèce de labyrinthe et faisait continuellement des détours. Les racines des cotonniers gênaient considérablement notre marche, et nous en trouvâmes qui avaient vingt pieds de hauteur. D’immenses troncs d’arbres déracinés nous offraient aussi de fréquens obstacles, et augmentaient nos fatigues en nous obligeant à les escalader. Nous étions quelquefois forcés d’attendre qu’on eût coupé les broussailles pour pouvoir avancer, même à pied. Les arbres étaient couverts de plantes parasites grimpantes qui, entortillant les troncs, comme de petits câbles, s’élevaient jusqu’à une certaine hauteur, retombaient alors vers la terre, gagnaient les arbres voisins, se mariaient avec d’autres plantes de même espèce qui les couvraient et formaient ensemble une telle complication de nœuds, qu’il était impossible <le reconnaître à quelle tige chaque branche appartenait. Nous passâmes deux ruisseaux coulant vers le sud, et plusieurs marais couverts de beaux palmiers. Nous vîmes grand nombre de perroquets et d’oiseaux à couronne.
Après avoir fait dix milles, nous arrivâmes sur les bords de la Quatoa, petite rivière de douze pieds de largeur, qui coule vers l’est et se jette dans l’Amissa. A très-peu de distance nous trouvâmes quelques chaumières formant un village por-
tant le même nom. Nos porteurs y étaient couchés, et un soldat s’épuisait en vains efforts pour les faire partir; nous y parvînmes , mais ce ne Int pas sans peine. A un mille et demi plus loinenous revîmes l’Oki, dont les eaux transparentes coulaient sur un lit de cailloux, et réfléchissaient le charmant feuillage des arbres qui ornaient ses rives. Nous le traversâmes en passant de rocher en rocher. Lorsque nous arrivâmes à Fousou , nos porteurs fantes résolurent d’aller plus loin; les messagers du Cap- Corse n’eurent sur eux aucun pouvoir ou ne voulurent pas l’exercer, cependant nous les arrêtâmes avec l’aide de Quamina, notre guide aschante, pour attendre M. James qui n’arriva que fort tard dans la soirée. Fousou était autrefois un lieu considérable, mais il fut détruit dans l’invasion des Aschantes en 1807, et l’on n’y voyait plus que quelques chaumières dans l’une desquelles les marchands aschantes déposaient des ignames et des bananes pour leur subsistance à leur retour, tant la disette était grande dans le pays des Fantes. Nous ne trouvâmes rien à acheter ce jour-là, et l’on ne nous admit qu’avec répugnance dans une des moins misérables cabanes. La latitude de Fousou, par observation, est 5° 43' 20", et la longitude, par calcul, i° 5a'.
Le lendemain, 29 avril, nous arrivâmes à Ancomassa, nom qu’on donne à une demi-douzaine de hangards. Nous étions toujours au milieu d’une sombre forêt, et le chemin ne devenait pas meil-
leur. Des plantes commençant à entrer en pulréfaction, de vieux troncs de mimosas répandaient une odeur forte et désagréable. Nous passâmes deux petites rivières, le Bettensin et le Soubin, peu profondes et d’environ dix-huit pieds de largeur. Elles coulaient vers l’est pour se joindre à l’Owa,
* dont tout ce que je pus apprendre fut qu’il se jette dans le Bousempra.
Nous partîmes à quatre heures, et nous n’avions pu faire plus de deux milles quand la nuit arriva.
Le terrain était uni, mais marécageux et presque partout couvert d’eau. D’innombrables vers lui- , sans brillaient sur l’herbe de tous côtés; tantôt nous redoutions l’arrivée de bêtes féroces, tantôt nous espérions approcher de l’endroit où notre guide, que nous n’avions pas vu depuis le matin, nous avait dit que nous passerions la nuit. Les craintes de nos porteurs avaient surtout pour objet les esprits des bois, que Johnson, l’interprète de M. Park, avait cherché à se rendre propice par un sacrifice entre Jing et Gangaddi. Les hurlemens affreux par lesquels ils cherchaient à i’envi l’un de l’autre à se donner du courage, mêlés aux cris des oiseaux de nuit qui habitaient la forêt, jetaient une teinte d’horreur sur cette scène ténébreuse, et rappelaient quelques-unes des peintures du Dante. Trois à quatre fois nous sortîmes de l’épaisseur des bois pour entrer dans des clairières - d’une assez grande étendue, sur lesquelles les étoiles répandaient une clarté qui allait en s’éteignant graduellement sur
ïùs lisières de la forêt» Là existaient autrefois des villages considérables et bien peuplés qui furent détruits dans les invasions des Aschantes. Vers neuf heures, nous découvrîmes quelques misérables cabanes, et le bruit que faisaient ceux de nos gens qui étaient déjà arrivés nous convainquit que c’était Accomfodey. Le thermomètre, à onze heures du matin, était à So degrés (210 3i').
Nous partîmes de très-bonne heure le lendemain matin. Les arbres de la forêt étaient presque entièrement dépouillés de feuilles , si ce n’est sur les bords des petites rivières, et ne présentaient qu’un amas confus de troncs et de branches entrelacées. A peu de distance d’Accomfodey, nous passâmes une petite rivière qui porte le même nom, et qui coule vers l’est, et peu après le Berrakou , qui va se jeter dans le Bousempra au nord-est. Quelquefois le chemin n’était pas tracé , et paraissait avoir été peu fréquenté depuis l’in vasiou de 1807. Des crânes humains étaient épars dans cette sombre solitude, triste reste des boucheries qui l’avaient ensanglanté. Nous fîmes halle à deux heures, par ordie de M. James, après avoir fait huit milles, et nous passâmes la nuit dans la forêt.
Le i.*r mai, nous rencontrâmes quelques cabanes sur les mêmes positions où étaient autrefois les villages de Dansamsou et de Mikirring. Au bout de cinq milles et un quart , nous aperçûmes sur notre droite de belles prairies, à l’extrémité desquelles les rayons du soleil se réfléchissaient dans une eau
pure , et nous descendîmes par un sentier étroit' tracé dans le bois, sur les bords du Bousempra ou Chamah.Rien de plus beau que le paysage qui s’offrit alors à nos yeux. La rive, du côté du sud, était escarpée, et l’on n’y arrivait que par un chemin fort resserré. Celle du côté .du nord était en pente douce, et l’on y voyait un petit temple de fétiches ombragé par un grand cachou. Plus loin-, une variété de feuillages ornés de toutes les nuances de verdure attirait les regards et offrait un heureux mélange d’ombre et de lumière ; de petits rochers perçaient à travers les herbes hautes qui couvraient les bords de la rivière; un doux zéphir agitait en même temps la surface des eaux et les branches des arbres ; en un mot, le paysage aurait défié la magie du pinceau. De grands tamarins et d’élégans mimosas ajoutaient à la beauté de la perspective par la teinte variée et la contexture délicatç de leurs feuilles; les cotonniers élevaièntleur tête au-dessus de tous les autres arbres, et dfes liserons, joints à d’autres arbustes que je ne connaissais pas, achevaient de rendre ce coup d’œil enchanteur ; les rayons ardens du soleil étaient tempérés par la réflexion des eaux; enfin c’était un spectacle plein d’une si douce beauté , qu’on aurait cru. se trouver, non sur une terre barbare , mais dans un pays connaissant tous les raflinémens du luxe et de l’élégance. J’eSsayai d’en là ire une esquisse, mais l’entreprise était au-dessus de mes faibles moyens. Pour rendre l’expression d’un tel tableau, pour le peindre dans toute sa vie, dans tout son éclat, il
aurait fallu le pinceau d’un Wilson ou d un Claude Lorrain. Je tirai deux angles d’une base tracée du côté du sud, et je trouvai que la largeur de la rivière était de cent trente pieds; la profondeur de ses eaux était de vingt-un pieds; leur courant était très-rapide, et se dirigeait vers le nord-ouest r ouest. Une petite rivière, nommée Nimea, venait s’y jeter à peu de distance sur notre droite. Nous traversâmes le Bousempra dans un tronc d’arbre creusé de trente pieds de longueur, dont les deux bouts étaient fermés avec des branches enduites de terre glaise.
On nous avait dit que Mansue était la dernière ville du territoire des Fantes, mais nous n’avions pu faire aucune comparaison avant d’avoir passé cette rivière. Tout le pays, jusque-là , offrait l’image de la dépopulation. Les arbres des forêts faisaient à leur tour des invasions dans les villes détruites , et y
établissaient leur domaine. Les habitans des mi-
sérables villages qu’on y trouvai.t dispersés semblaient s’y être réfugiés comme des proscrits bannis de la société; ils étaient sombres , brutaux , et semblaient iùéme avoir perdu l’instinct de la curiosité (1). Nous ne pûmes rien y acheter pour notre subsistance.
(1) Tout ce que j’appris ensuite me confirma que les frontières eutrc le royaume de Fantie et celui d’Assim sont entre Itlansue et Fousou, et qu’Ancomassa , Accomfodey , Damsainsou , Mikirriug, etc., avaieut été de grands villages assi-
L’aspect devint moins affligeant quand nous eûmes traversé le Bousembra; le chemin était meilleur, et Prasou, la première ville que nous trouvâmes à trois quarts de mille seulement de cette rivière , nous présenta une grande et belle rue, assez régulièrement garnie de maisons. Les habitans , vêtus proprement et ayant un air enjoué, quittaient leurs occupations pour nous voir passer, et nous saluaient d’uü air amical et respectueux. Au total , les Assiniens paraissaient un peuple mieux policé et plus civilisé que les Ascliantes. Kickiwherry, un mille et demi plus loin , est une plus grande ville , mais moins régulière; elle a le même air de propretés la couleur blanche dont toutes les maisons soht revêtues y ajoute un nouvel agrément. Nous nous y arrêtâmes sous un grand bananier, lieu Ordinaire de récréation , les conseils se tenant ep général devant les habitations. On nous conduisit dans une maison fort commode, composée de quatre chambre» très-propres, d’environ douze pieds sur sept. Divers ustensiles d’un usage journalier étaient rangés sur des tablettes : une espèce de rideau de bambou pouvait en fermer 1 entrée , et les planchers , élevés à un pied et demi du sol , étaient nettoyés tous les jours avec une terre qui leur donnait une couleur de rouge étrusque. On y voyait une grande quantité de pierres ferrugineuses. Cette ville
jiiens qui furent détruits , ainsi que beaucoup d’autres de ces. cantons, dans l’invasion des Asçhaniesen 1807.
est située par 5° 56' 4°"de latitude septentrionale, et i° de longitude occidentale.
Je n’avais pas eu autant d’occasions que je l’aurais désiré pour faire des observations; la nature du pays et la saison de l’année y étaient peu favor râbles.
M. James ayant résolu de rester à Kickiwherry le jour suivant, nous ne nous remîmes en marche que le samedi 3 mai. Presque en sortant de la ville,' nous passâmes l’Ading, petite rivière de dix-huit pieds de largeur et de deux pieds de profondeur, et peu de temps après, l’Ânimiasou, rivière large de vingt-sept pieds, eldont les eaux ont trois pieds de profondeur. Toutes deux se jettent dans le Bousempra. Près de la dernière est un grand village qui porte le même nom, et qui était le chef-lieu du gouvernement de Chebou. Pagga et Atobiasie sont deux grands villages voisins l’un de l’autre, et situés à quatre milles de Kickiwherry. A Atobiasie , une petite rivière, nommée Prensa, coule vers l’est-su dest , et va se jeter dans le Bousempra. A deux milles plus loin, nous trouvâmes Becquama, très- vieux village arrosé par le Prapong, rivière de vingtsept pieds de largeur, qui se joint aussi au même fleuve. Après avoir fait neuf milles , nous nous arrêtâmes à Ascharaman , petit village situé sur une éminence , ôù les Assiniens , commandés par Apoutay et Chebou , livrèrent une première bataille aux Aschantes eu 1807. U y avait près de ce village on
petit champ de blé , le premier que nous eussions ■vu depuis que nous avions quitté Payntrie, quoique chaque village fût entouré d’une certaine quantité de terres cultivées ou d’une plantation de bananiers. Le thermomètre, à six heures du matin, marquait 76 degrés'(ig?54) ; à midi, 89 (25°3i).
Le lendemain nous passâmes par Ansa, grand village qui avait été soumis à Amou, au nord-ouest duquel , à peu de distance, était Aboïbou, résidence de son ennemi Apoulay. Une petite rivière, nommée Parakoumi , coule au sud d’une plus grande , nommée Ofira ou Foum , qui prend sa source à six journées au nord de Coumassie , et qui se jette dans le Bousempra , à quelques milles à l’ouest de l’endroit où nous la traversâmes. Le chemin était fort marécageux , et nous n’arrivâmes à Akrofroum qu’à trois heures. C’était la plus grande Ville que nous eussions encore vue. La pluie abondante qui tomba pendant la nuit nous inondât dans nos logemens ; et, comme Quamina nous assura qu’elle avait rendu les chemins impraticables pour le jour suivant, nous restâmes dans cet endroit jusqu’au mardi 6. Nous avions fait douze.milles dans celte journée,, et le 6 nous en finies onze, marchant toujours dans la forêt par un chemin souvent montueux, où l’on trouvait ?n grande quantité une pierre ferrugineuse et une "autre peu dure', de cùuleur grise. Le sol était quelquefois sablonneux, mais il était en général d’une argile rougeâtre dont on se sert pour -faire la po-
terie du pays. Nous passâmes encore deux fois le Parakoumi,et nous nons arrêtâmes à Moisie. a Cingebant aylnœ quant collibus undique curvis. »
C elait la dernière ville du royaume d’Assin; elle est située aux pieds de trois grandes montagnes qui marquent les limites de celui d’Aschantie. Le 4 > notre thermomètre se cassa.
Nous passâmes la frontière du nord le lendemain malin, et nous eûmes à monter pendant un mille et demi par un chemin fort rocailleux. Une petite rivière , nommée le Bohmen.se dirige vers le sud-ouest pour se joindre au Jim, qui se jette dans l’Oflim. Les eaux du Bohmen passent pour inspirer l’éloquence, et un grand nombre d’Aschantes se rendent tous les ans sur ses bords pour en boire. Elles sont fort clai- ■. res, coulent sur un lit de sable , et ont trois pieds de profondeur sur vingt-quatre de largeur. Nous fumes encore trompés dans notre espoir de trouver un pays ouvert. Je remarquai plusieurs hauteurs dans l’espoir de pouvoir, à un certain éloignement , corriger, par le secours de l’observation , le calcul que nous faisions des distances à raison du nombre de pas, mais les bois nous les firent bientôt perdre de vue. Le premier village asehante que nous trouvâmes fut Quesciia , et peu après nous passâmes par Fohmannie, qui avait été une ville très-considérable. Nous nous y arrêtâmes quelque temps, à la demande d’un vieillard vénérable qui pous régala de fruits et de vin de palmier. Ses manières étaient fort affectueuses, et nous apprîmes 'avec peine qu’il devait perdre la vie par
suite de quelque pratique superstitieuse : il n’attendait que la réponse à une pétition qu’il avait adressée au roi pour le prier d’avoir compassion de ses infirmités, et de lui permettre de mourir dans le lieu de son séjour pour lui épargner les fatigues d’un voyage à la capitale. Il causa avec nous d’un air enjoué, et se félicita d’avoir vu des hommes blancs avant de mourir. Sa tête arriva à Coumassie vingt-quatre heures après notre entrée dans cette ville.
Au-delà des montagnes , le sol était fort, noir et fertile. Nous vîmes le champ de blé le plus étendu que nous eussions rencontré depuis que nous avions quitté Payntrie. Nous nous arrêtâmes à Douarpassie après avoir fait six milles. La latitude de cet endroit , par observation , est 6*. 11' 5o*. 1 ;
Doumpassie avait été un lieu considérable : mais le eabocir ayant eu uneintrigue avec une des femmes de SaïCudjoe, qui avait eu la permission d’y venir voir sa famille, la ville fut détruite en grande partie , et le cabocir eut la tête tranchée. Cette femme étant versée dans tous les artifices de la séduction ,. et généralement admirée par sa beauté, le roi lui fit grâce de la vie, et l’employa ensuite pour tendre des pièges aux eabocirs qu’il voulait faire mettre à mort , ou dont il désirait s’approprier les biens. C’était une des villes où il y avait le plus d'industrie. Partout on y voyait des fabriques d’étoffes et de poterie ; les forges des serruriers y étaient toujours en activité. La nouvelle que. l’on entrait dans la semaine con-
sacrée a» fétiche du roi, et un accès de fièvre dont M. James fut attaqué , nous retinrent à Doumpassie jusqu’au x4 mai. Nous envoyâmes un messager pour annoncer notre arrivée. Pendant notre séjour , j’observai nne éclipse du premier satellite de Jupiter, qui nous donna la longitude de 2° 6' ouest.
A deux milles de cette ville , sur une haute 'colline* nous trouvâmes le village de Tiabosou. J’y vis un puits de six pieds de profondeur ; et , en l'examinant, je remarquai que le premier lit était de terre végétale , le second de sable , le troisième d’une éspèce d’argile à potier, et le reste d’une pierre friable d’un brun rougeâtre, ressemblant à ce qu’on appelle cabouc dans les Indes orientales. A cinq milles plus loin, nous entrâmes dans Datiasou , où l’on fabrique beaucoup de poterie. , y. ?
Ce village n’est éloigné que d’un mille de Dadawasie , où nous trouvâmes un messager du roi charge de nous exprimer ses regrets que nous fussions venus ' dans la: saison des pluies , attendu qu’il avait ouï dire quelle était malsaine pour les blancs, et de nous inviter à entrer dans sa capitale le lundi suivant. Il nous avait envoyé en présent un mouton, qulranle ignames, et deux onces d’or pour défrayer notre table. Il avait aussi donné six açkies à notre messager , qui était revenu avec celui du roi. Ce prince avait donné ordre qu’on mît la route en bon* état pour notre passage. On voyait beaucoup plus de terres cultivées; les chemins qui se croisaient dans tous les sens prouvaient que la population 'était nom-
breuse, et qu’il existait entre les différentes parties du royaume des communications frequentes pour l’échange des produits des terres, et des manufactures. Jusqu’alors les habitans de chaque village nous avaient paru avoir une existence isolée. L’acassey , plante qui donne une teinture bleue, se rencontrait à chaque pas.
Lé lendemain , nous fîmes huit milles pour arriver à Assiminia après avoir traversé plusieurs petites rivières et passé par quelques villages. Le chemin qui avait souvent huit pieds de largeur, ne nous offrit aucun obstacle. Dans le voisinage des villages il était aussi propre que peut L’être une avenue dans tin jardin.
Nous eûmes pendant la nuit un violent ouragan , accompagné d’une pluie qui tombait par lorrens, et qui gonfla tous les petits ruisseaux voisins du village. Presque tous les habitans en- sont tisserands, et la fabrique des étoffes y était autrefois en grande activilél Nous y restâmes le jour suivant, et le samedi nous fîmes onze milles avant d’arriver à Sarrasou ,-où nous fîmes halte. Les chemins continuaient à être bons. Chaque village était composé d’une rue principale fort large , aux deux bouts de laquelle étaient des plantations de bananiers ou dè cachoux. Le sol , au lieu d’être sablonneux , était une terre rougeâtre. Nous vîmes un peu de quartz , mais le silex était la pierre dominante. Nous trouvâmes de grands champs de blé dans les environs dè Sarrasou ; l’on y élève beaucoup de cochons.
Nous eu partîmes le lundi 19, de, bon matin, et nous ttdus arrêtâmes à AgOgou , petit village qui n’en est éloigné que de quatre milles , pour mettre nos habits de cérémonie. Depuis Sarrasou, le sol était une terre noire et fertile , et l’on voyait de toutes parts des champs . couverts d’ignames, et d’autres plantes disposées avec beaucoup de régularité. De petits canaux d’irrigation traversaient les nhamps , et les mauvaises herbes en étaient soigneusement arrachées.
A deux milles d’Agogoti, nous traversâmes le marais qui entoure Coumassie. Il a de ce côté cent vingt pieds de largeur. Il était couvert de trois, pieds d’eau. Nous étions alors à un mille de la capitale; le roi fut averti de notre arrivée, et nops envoya un message pour nous inviter à rester dans un petit village nommé Patiasou, jusqu’à ce qu’il nous envoyât des capitaines pour nous conduire en sa présence. , • .•
Nous entrâmes dans Coumassie à deux heures, après avoir passé sous un fétiche, consistant en un mouton qui avait été sacrifié , et dontle corps, enveloppé de soienmugc, était suspendu entre deux pieux fort élevés. Plus de cinq mille hommes, la plupart militaires, vinrent au-devant de nous avec une musique guerrière étourdissante, et qui n'était discordante que par sa confusion. Un nombre infini de cors de tambours et d’autres instrumens particuliers au pays s’évertuaient à l’envi pour produire sur nous une grande impression. Des décharges continuelles de
mousqueterie nous entouraient d’une épaisse fuméé qui ne nous permettait de voir que les objets qui se trouvaient près de nous. On nous fit faire halle pendant que les capitaines exécutaient une danse pyrrhique au milieu d’un cercle formé par leurs guerriers. On y voyait une - multitude de drapeaux anglais , hollandais et danois ; ceux qui les portaient les agitaient en tous sens avec un enthousiasme qui ne pouvait se comparer qu’à celui que mettaient à leur danse les capitaines qui, tout en dansant et eu faisant des gestes et -des contorsions d’énergumèncs , tiraient des coups de fusil dé si près, que les drapeaux ne se voyaient qu’au milieu des tourbillons de feu et de fumée. Leur suite, placée derrière nous, faisait aussi des décharges continuelles. Le costume des capitaines était le bonnet de guerre, orné de cornes de bélier dorées, qui leur couvraient le front, chargé, desdeux côtés, d’une immense quantité de grandes plumes d’aigles , et attaché sous le menton par une chaîne de cauris. Leur vêtement était de drap rouge, qu’on apercevait à peine sous la multitude de fétiches et de saphies (1) en or et en argent , et d’ornemens brodés de toutes couleurs qui les couvraient, et qui battaient contre leur corps pendant qu’ils dansaient. D’autres ornemens étaient mêlés de petites sonnettes de cuivre, de cornes et de queues de divers animaux, de
(i) Espèce de talisman que font et que leur vendent les Mores.
coquilles, de couteaux. Leurs bras étaient nus, et des queues de léopard y étaieut suspendues. Ils portaient des pantalons de coton fort larges, et de grandes bottes de cuir rouge qui montaient jusqu’à moitié de leurs cuisses, et qui étaient attachées a leur ceinture par de petites chaînes. Cette ceinture était aussi ornée de sonnettes, de queues de chevaux , de morceaux de cuir et d’un nombre in ini d amulettes. Un petit carquois rempli de flèches empoisonnées était suspendu à leur poignet droit, et ils tenaient entre les dents une longue chaîne de fer au bout de laquelle était suspendu un papier chargé de caractères moresques. Ils portaient à la main gauche une petite javeline couverte d étoffé rouge et de morceaux desoie. La peau noira de leur visage et de leurs bras ajoutait à l’effet de ce costume singulier, et leur donnait une figure à peine humaine.
Ce spectacle dura environ une demi-heure, après quoi nous nous remîmes en marche, entourés des militaires et d’une foule de peuple qui ne nous permettait d’avancer que très -lentement. Toutes .es rues, a droite et à gauche, étaient couvertes d une loule de curieux; et ces dernières montant en amphithéâtre, on n ’y apercevait „„e des te les noires rangées au-dessus les unes des autres. Les grands péristyles, régnant le long des maisons, étaient remplis de femmes et d’enfans empresses de voir des blancs pour la première fois. Leurs exclamations de surprise se perdaient dans le
bruit de la musique et des décharges tje mousqtieterie; mais leurs gestes répondaient parfaitement à cette scène.
Lorsque nous arrivâmes au palais, à environ un demi-mille de l’entrée de la ville, on nous fit faire halle, et l’on nous fit passer, ainsi que rfos porteurs, au milieu d’une double haie de soldats, pour aller déposer les présens et nos bagages dans la maison qui nous était destinée. Là, nous eûmes le plaisir de voir passer près de nous plusieurs eabocirs avec leur suite, spectacle dont la splendeur et la nou- ' veauté nous étonnèrent. Leur musique, composée principalement de cors et de flûtes, offrait assez d’ensémble, et accoutumait notre oreille à sa mélodie sauvage. D’immenses parasols que ceux 'qiri les portaient levaient et baissaient tour à tour, et ‘de grands éventails qu’on agitait de toutes parts procuraient de petits courans d’air qui nous rafraîchissaient, et qui rendaient moins insupportables les rayons brûlans du soleil et les tourbillons de poussière dont nous étions enveloppés.
On nous conduisit alors par une longue me, et d’un pas aussi lent que si nous eussions suivi un enr terminent, dans une maison ouverte par-devant, où l’on nous dit d’attendre une nouvelle invitation du roi à paraître devant lui. Là, nous nous trouvâmes forcés de fixer nos regards pendant quelques minutes sur un affreux spectacle. C’était un homme qu’on tourmentait avant de le sacrifier. Ses mains étaient liées derrière son dos; une lame de couteau
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traversait ses deux joues; une de ses oreilles était coupée, on la portait devant lui au bout d’un pieu pointu ; l’autre ne tenait plus à sa tête que par un morceau de peau : il avait sur le dos plusieurs entailles laites avec un instrument tranchant, un couteau étau passé dans sa peau au-dessus de chaque omoplate. Des hommes, couverts d’immenses bonnets de peau noire garnie de poils, le conduisaient par une corde qui lui traversait le nez, et des tambours le précédaient. On pçnt s’imaginer quelles sensations cette horrible barbarie nous fit éprouver. Quelques instans aprè&, ayant reçu la permission de paraître devant Je roi, nous nous rendîmes, par une rue très-large, d’environ un quart de mille de longueur, sur la place du marché.
Tout ce que nous avions vu en passant nous avait préparés à un spectacle extraordinaire, mais nous ne nous attendions pas encore à la magnificence qui frappa nos jeux. Un emplacement d’en viron un mille carré avait été préparé pour nous recevoir. Le roi, ses tributaires et ses capitaines étaient sur le dernier plan, entourés de leurs suites respectiveson voyait devant eux des corps militaires si nombreux, qu’il semblait que nous ne pourrions approcher. Les rayons du soleil se réfléchissaient avec un éclat presque aussi insupportable que leur chaleur dans les ornemens d’or massif qui brillaient de toutes parts. Plus de cent taupes de musiciens jouèrent en même temps à notre
arrivée, chaéune faisant entendre les airs particuliers du chef à qui elle appartenait. Tantôt on était étourdi par le bruit d’une multitude innombrable de cors et de tambours ; tantôt c’était par les accens de longues flûtes qui n’étaient pas sans harmonie, et par un* instrument du genre des cornemuses, qui s ’y mariait agréablement. Une centaine de grands parasols ou dais, dont chacun pouvait mettre à l’abri au moins trente personnes, étaient agités sans cesse par ceux qui les portaient. Ils étaient de soie écarlate, jaune, et d’autres couleurs brillantes, et surmontés de croi^sans, de pélicans, d’éléphans, de sabres et d’autres armes, le tout d’or massif. Leur forme variait, mais celle de dôme était la plus ordinaire. Les bords en étaient découpés de différentes manières, pt garnis de franges; de petits miroirs étaient même attachés à quelques-uns. On en voyait dont le haut était couvert en peaux de léopard, et qui étaient surmontés de quelque animal empaillé. Par derrière étaient les hamacs d’apparat, semblables à de longs berceaux, soutenus sur des bâtons élevés au-dessus de la tête de ceux qui les portaient. Les coussins et les draperies étaient en taffetas cramoisi, et les plus riches étoffes pendaient des deux côtés. Un nombre infini de petits parasols remplissaient les intervalles, et quelques grands arbres ne faisaient qu ajouter a l’éelat de celte scène par le contraste de leur ombre.
Les messagers du roi, portant sur la poitrine de grandes plaques d’or, nous ayant fait faire place, nous
nous avançâmes précédés par les cannes (i)et par le pavillon anglais. Nous nous arrêtâmes pour prendre la main de chacun des cabocirs, qui, avec leur suite nombreuse , occupaient différens espaces sur ce que je pourrais appeler l’avant-scène, ce qui nous donna le temps d'examiner quelques-uns des ornemens dont ils étaient couverts.
Les cabocirs, de même que leurs premiers capitaines et les principaux seigneurs de leur suite, étaient vêtus d’étoffes fabriquées dans le pays ; le prix devait en être fort cher, attendu qu’elles étaient faites avec des étoffes étrangères dont on avait effilé la soie pour en former de nouveaux tissus de toutes couleurs et de toutes formes. Leurs vctemens, d’une ampleur et d’un poids considérable , étaient jetés sur l’épaule, exactement comme la toge des Romains. Leur front était généralement couvert d’un petit filet de soie; ils portaient des colliers d’or massif travaillés avec soin , auxquels étaient suspendus des amulettes achetés des Mores à grand prix , et enfermés dans un entourage d’or, d’argent ou de soie parfaitement brodée. Quelques-uns avaient des colliers entièrement composés de grains d’aggri (a ) et qû leur descendaient jusqu’au nombril. Un cercle d’or
(1 ) Des cannes à pommes d’or sont la marque distinctive des interprètes.
(a) On verra ce que sont ces grainsdans le chapitre XIV de cet ouvrage.
ou d’aggri leur entourait le genou , et plusieurs rangs de grains semblables y étaient suspendus. Ils portaient, au-dessusdes chevilles, des petites plaques en or, ressemblant à des guinées ; des anneaux et de petites ligures d’animaux du même métal. Leurs sandales étaient de cuir vert, rouge ou blanc. Des bracelets et des fragmens d’or massif- non façonné étaient suspendus à leur poignet gauche; le poids en était si considérable, qu’ils étaient obligés d’appuyer le bras sur la tête d’un enfant : les plus jolis remplissaient ce service. Les cannes et les pipes d’or et d’argent brillaient de toutes parts. Des têtes de loup et de bélier en or, de grandeur naturelle , étaient suspendues au pommeau de leurs épées, dont les poignées étaient de même métal, et qu’on portait devant eux ; les lames en étaient rouillées par le sang ; les fourreaux étaient de peau de léopard, ou d’une peau de poisson ressemblant au chagrin.
Les gros tambours étaient portés sur la tête d’un homme, accompagné de deux autres qui frappaient l’instrument; les ceintures de ces hommes étaient garnies des crânes et des os des cuisses des ennemis qu’ils avaient tués. Les timbales, étaient placées par terre et couvertes de peaux de léopard. Les poignets de ceux qui battaient du tambour étaient ornés de sonnettes et de morceaux de fer de différentes formes qui servaient d’accompagnement à leur instrument quand ils remuaient les bras. Les petits tambours étaient suspendus au cou par une écharpe d’é-
toffe rouge. Autour des grands dignitaires , on agitait des éventails de plumes d’autruche, et, derrière leurs sièges qui étaient dé bois noir incrusté d’ornerçemens en or et en ivoire, relevés en bosse, se tenaient debout les jeunes gens les mieux faits , vêtus d’un corselet de peau de léopard couvert de coquilles d’or, et de petits couteaux dont la gaîne était d’or, et le manche d’agate bleue. Us portaient sur le dos une boîte en peau d’éléphant remplie de cartouches, et ornée de la même manière. Un grand sabre à poignée d’or était attaché derrière leur épaule gauche; des écharpes de soie et des queues de cheval , blanches en général , étaient suspendues à leurs bras et à leur ceinture. Leurs longs mousquets danois étaient garnis d’or de distance en distance , et les crosses ornées de coquilles d’or. Derrière les sièges de quelques chefs, on voyait de jeunes et belles filles portant des bassins d’or. Les sièges étaient de bois sculpté d’une manière très-curieuse, et assez ordinairementdeux grosses son net! es y étaient attachées. Des groupes de jeunes enfans dispersés autour d’eux agitaient des queues d’éléphans montées avec soin.
. Les guerriers étaient assis par terre près desehefs , en si grand nombre , qu’il nous était difficile de passer sans marcher sur les pieds de quelques-uns, ce qui paraissait leur être fort indifférent. Leurs bonnets étaient de peaux de pangolin et de léopard, dont la queue pendait par derrière. De petites gourdes , suspendues à leur ceinture, et contenant leurs cartouches, étaient couvertes de peaux de léo~‘.
pard oo de cochon , et ornées de coquilles rouges et de petites sonnettes de cuivre. Leurs épaules et leurs hanches étaient chargées d’unè multitude de couteaux. Les plus vaillans portaient des colliers et des chaînes de fer, et en semblaient plus fiers que s’ils eussent été d’or. Leurs mousquets avaient des supports couverts en peaux de léopard , et les chiens avaient une couverture semblable. Leurs joues et lpurs bras étaient couverts de raies blanches qui ressemblaient à une armure.
Nous fûmes surpris d’apercevoir tout-à-coup des Mores dont le costume nous offrit une différence bien marquée. Ils étaient au nombre de dix-sept chefs, vêtus de grandes robes de salin blanc, brodées et garnies avec magnificence; leurs chemises et leurs pantalons étaient de soie, et leurs immenses turbans de mousseline blanche avaient une bordure de pierres précieuses de diverses couleurs. Leur suite portait des bonnets et des turbans rouges , et de longues chemises blanches qui flottaient sur les pantalons. Ceux d’un rang inférieur étaient vêtus en drap bleu foncé. Ils levèrent les jeux sur nous comme nous passions, et nous regardèrent d’un air qui n’annonçait pas des dispositions favorables.
Les fanfares prolongées des cors , le tapage assourdissant des tambours, et, dans les intervalles, le son des autres instrumens, annonçaient que nous approchions du roi. Nous étions déjà près des principaux officiers de sa maison ; le chambellan , l’officier porteur de la trompette d’or, le capitaine des
messagers, le chef des exécutions, le capitaine du marché, le gardien de la sépulture royale , et le chef des musiciens, étaient assis au milieu de leur suite brillans d’une magnificence qui annonçait l’importance des dignités dont ils étaient revêtus. Les cuisiniers étaient environnés d’une immense quantité de vaisselle d’argent étalée devant eux , de plats, d’assiettes, de cafetières, de coupes et de vases de toute espèce. Je remarquai sur une de ces pièces une inscription en portugais ; en général , elles me parurent toutes de fabrique portugaise. Le chef des exécutions, homme d’une taillepresque gigantesque, portait sur la poitrine une hache d’or massif, et l’on voyait devant lui le bloc sur lequel on devait abattre les têtes des condamnés. Il était teint de sang et. couvert en partie d’énormes taches de graisse. Les quatre interprètes du roi étaient entourés d’une splendeur qui ne le cédait à la magnificence d’aucun des autres grands officiers , et leurs marques particulières de distinction , les cannes à pommes d’or, étaient portées devant eux, liées en faisceaux. Le gardien du trésor joignait à son luxe personnel celui de la place qu’il occupait, et l’on voyait devant lui des coffres , des balances et des poids en or massif.
Le délai de quelques minutes qui s’écoulèrent pendant que nous nous approchions du roi pour lui prendre la main tour à tour, nous permit de le bien voir. Son maintien excita d’abord mon attention. C’était une chose curieuse que de trouver un air dç dignité naturelle dans ces princes qu’il nous plaît
<1 appeler barbares. Ses manières annonçaient autant de majesté que de politesse, et la surprise ne lui fit pas perdre un instant l’air de calme et de sang froid qui convient à un monarque. Il paraissait âgé d’environ trente-huit ans et disposé à l’embonpoint sa figure portait le caractère de la bienveillance. Son front était ceint d un rang de grains d’aggris ; il avait un collier de coquilles d’or, et trois saphies entourées d or étaient suspendues sur sa poitrine par un cordon de soie rouge passé sur l’épaule droite. Ses bracelets étaient mélangés d or et de grains d’aggris de la plus grande beauté, et ses doigts couverts d’anneaux. Il était vêtu en soie d’un gris foncé. Un diadème était peint en blanc sur son front , et un ornement ressemblant à des épaulettes sur chacune de ses épaules. Il portait aux genoux plusieurs rangs de grains d aggris , et, autour des chevilles, des ornemensen or très-bien travaillés, représentant^dans une petite dimension , des tambours , des épées , des fusils, des oiseaux , etc. Ses sandales, d’un cuir blanc très-doux, étaient couvertes de petits bijoux d’or et d argent contenant des saphies. Enfin sa poitrine était entièrement couverte d’un ornement ressemblant à une rose épanouie, chaque feuille seleVanl au-dessus de celle qui la précédait. Il était assis sur un siège peu élevé enrichi d*or. Il tenait en main une paire de castagnettes d or qu’il faisait jouer pour imposer silence. Les gardes placés derrière lui portaient des ceintures bordées d’or et ornées de mâchoires humaines du même métal. Devant Jui, on voyait flotter
une grande quantité de queues d’éléphant et de belles plumes’ montées en or. Son eunuque, à la tête de ses nombreux domestiques, portait au cou une plaque d’or massif. Le trône royal, entièrement couvert en or, était placé sous un magnifique parasol avec des tambours et d’autres instrumens garnis en or. De grands anneaux d’or étaient suspendus pardesbandes d’étoffe éèarlate aux sabres'd’apparat, dont les fourreaux et les poignées étaient aussi revêtus d’or. Des haches de même métal y étaient mêlées. La poitrine des Ochras et des principaux seigneurs de sa suite était ornée d’étoiles, de croissans , détrônés et d’ailes d’or massif.
On nous fit faire te tour de ce cercle brillant , qui offrait une telle variété de richesses et d’ornemens qu’il serait impossible de la décrire. La nou- ' veauté de ce spectacle nous faisait oublier la fatigue et la'chaleur. Nous étions pourtant presque épuisés, lorsque nous fûmes au bout ; mais alors, au lieu de nous reconduire dans la maison où nous devions loger, on nous invita à nous asseoir sous un arbre, à quelque distance, pour recevoir à notre tour les coinplimens de toute l’assemblée.
Dès que nous fûmes assis , les tambours , les flûtes et tous les autres instrumens se firent entendre. Nous vîmes s’agiter de toutes parts les bannières et les drapeaux , les dais et les parasols ; les cabocirs montèrent dans leurs hamacs de parade , et de nombreuses décharges de raousqueterie annoncèrent qu’ils se
mettaient en marche. Ils descendirent à environ cent pieds de nous. Ils étaient précédés de leurs principaux capitaines portant des sabres à poignée d’or , et d’un corps de soldats ayant l’arme au bras. Venaient ensuite les musiciens, puis les porteurs de cannes à pomme d’or, de pipes et de queues d’éléphans. Le cabocir les suivait sous- son parasol, avec quelques gardes du corps, et appuyé sur un esclave favori; tandis que des capitaines , placés près de lui, chantaient ses exploits guerriers avec des hurlemens que ceux qui les suivaient et qui les précédaient répétaient d’une voix de stentor. Un nombreux détachement de soldats fermait le cortège de chaque cabocir.
Les vieux capitaines de rang secondaire étaient portés sur les épaules d’un esclave vigoureux. Mais * un spectacle plus intéressant était celui des jeunes cabocirs , dont quelques-uns n’avaient que cinq ou six ans , et qui étaient surchargés de lourds ornemens. Ils étaient portés de même sur les épaules d’un esclave sous un dais magnifique, avec toute la pompe etl’éclat qui avaient appartenu à leurs prédécesseurs. On nous montra parmi eux le petit fils de Chebou , à qui le roi avait généreusement accordé le rang de son perfide ennemi.
Une troupe de prêtres des fétiches passa rapidement devant nous. Leurs manières étaient aussi' variées que leurs mises et leurs ornemens.Les uns dansaient d’un air bouffon , quelques-uns avec un air de menace. Un cabocir du premier rang exécuta devant
nous la danse de guerre pendant quelques minutes)! eu brandissant une javeline qui nous touchait presque à chaque saut qu’il faisait. Le plus grand nombre passait devant nous en bon ordre et d’un air de dignité, les uns ôtant une sandale, les autres les ôtant toutes les deux , et se retirant après nous avoir pris la m$in. Leur suite fléchissait alors le genou devant eux en se jetant de lu poussière sur la tête. Lès Mores eurent l’air de nous donner une sorte de bénédiction. Les messagers du roi , -qui étaient placés près de nous , ne se gênaient pas pour presser la marche du cortège, et cependant il était près de huit heures quand le roi arriva.
La nuit était superbe , et toutes les étoiles brillaient au firmament. Les torches qu’on portait devant le roi ajoutaient encore à l’éclat des ornemens brillans dont il était couvert. Il s’arrêta un instant , nous demanda nos noms une seconde fois , et nous souhaita une bonne nuit. Il avait l’air doux, mais décidé. Il était accompagné de ses tantes, de ses sœurs , et d’autres femmes de sa famille, toutes portant au cou de belles chaînes d’or. Un grand nombre de chefs le suivaient , et il était fort tard quand nous fumes libres de nous retirer. Nous évaluâmes à trente mille le nombre des hommes sous les armes.
On nous conduisit dans un bâtiment fort spacieux, mais tombant en ruines , qui avait appartenu au fils d’un des prédécesseurs du roi actuel. Etant tombé dans la disgrâce du souverain, il s’était récemment
tné à un âge fort avancé. L’état dans lequel ce logement se trouvait répondait à la fortune de son ancien maître ; nous eûmes à y travailler pour nous mettre à l’ahri du vent, et de la pluie qui tombait fréquemment pendant la nuit
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