CHAPITRE VL
Nouvelle lettre du roi au gouverneur. — Anecdotes diverses.* — Traité définitif.
Xje bruit s’étant répandu, à Coumassie, qu’un Aschante avait été battu de verges jusqu’à la mort au Cap-Corse , cette circonstance avait renouvelé plus que jamais toute l’animosité qui avait existé contre nous. J’avais écrit au gouverneur pour en obtenir des renseignemens sur ce fait important ; sa réponse , que je reçus le 3o août , m’apprit que , le i5 du même mois, un Aschante , ayant insulté un soldat en faction au fort , avait été arrêté et mis aux fers ; que cet homme, furieux de ce traitement, s’était pendu dans la prison , et que, dès qu’on en avait été informé, on avait inutilement employé toutes les ressources de l’art pour le rappeler à la vie.
Dès le lendemain j’obtins une audience du roi, et je lui communiquai cette lettre. Le défunt était frère du messager d’Adou Bradie , qui fit serment qu’il avait été tué par les officiers du fort. Les capitaines, fort irrités, proposaient déjà que le fort rachetât cette mort par une somme d’argent ; mais lé roi, informé de la vérité des faits, leur imposa silence, et voulut écrire, le même jour, au gouverneur, une
lettre où il lui mandait que, bien loin que la mort «l’un Ascliante pût apporter obstacle à l’union qui devait être établie entre l’Angleterre et l’Aschanlie , il s’inquiéterait peu qu’on en fît fouetter un millier jusqu’à la mort , connaissant, comme il faisait , l’insolence des classes inférieures.
Il ajoutait qu’il lui serait obligé de faire en sorte que les habitans du Cap-Corse, d’Elmina et de Commenda «ne fissent qu’un », la querelle existant entre ces deux derniers pays étant la seule qui restât à vider dans les environs; qu’il chargeait son neveu, Adou-Bradie, du toucher les cent vingt onces d’or' que les habitans de Commenda devaient lui payer, et qu’il priait le gouverneur de régler les présens qu’ils devaient faire à ses interprètes et à ses capitaines. Il ajoutait qu’il espérait que le gouverneur conseillerait aux habitans d’Amissa de se ranger à leur devçir, afin que la paix fut rétablie sur tout le territoire des Fanles ; enfin , qu’il m’avait engagé à prolonger de quinze jours mon séjour près de lui, afin de me renvoyer avec une honorable escorte et d’autres marques de sa faveur.
Il est certain que l’insolence des classes inférieures était devenue insupportable. On avait même été jusqu’à nous jeter des pierres , quoique nous eussions tout fait pour concilier la bienveillance générale, et que nous fussions toujours prêts à faire voir à tous ceux qui le désiraient le télescope et d autres objets qui avaient, dans ce pays, 1 attrait de la nouveauté. Comme on peut s’y attendre sous un gouvernement
militaire , le roi est presque sans autorité hors des camps : il déclara pourtant qu’il ferait trancher la tête à tout homme dont je me plaindrais, et m’autorisa à punir moi-même les insolens comme je le jugerais à propos. Un châtiment sommaire, infligé à deux capitaines d’un rang inférieur, réprima un peu cet esprit d’impertinence. .
Quant aux capitaines de premier rang , tous étaient devenus nos amis; ils me députèrent Apokou,le oo août , pour me remercier de la manière dont j’avais conduit la négociation avec le roi.
Avant d’en venir à la conclusion du traité, c’est le cas de rapporter ici quelques traits de nos amis d’Asehantie.
Un capitaine nous dit un jour qu’il savait de bonne part que les Anglais étaient si fréquemment en querelle les uns contre les autres, que leurs maisons qui étaient construites en bois, comme leurs vaisseaux, étaient toujours placées sur des roues; de sorte que , lorsque quelqu’un avait une difficulté avec son voisin , il roulait sa maison dans une autre partie du bois.
Un autre nous assura' que les singes, descendus, suivant les Mores, des Israélites qui désobéirent à Moïse, pouvaient parler aussi bien que les hommes, mais qu’ils se gardaient bien de le faire, parce qu’ils savaient qu’on les forcerait à travailler. — Ce conte vaut bien celui de Pline , de singes jouant aux échecs.
Nous vîmes un jour le roi se promener en grande parade, c’était une véritable caricature. Il avait un
habit decour du général Daendels, de velours brun, richement brodé, en argent , taillé à la vieille mode , avec une épaulette anglaise cousue sur chaque épaule. Son habit lui tombait jusqu’aux genoux que touchaient presque les pans de sa veste. II portait un grand chapeau à cornes, garni d’un galon d’or, des souliers blancs., tenait en main une longue canne à pomme d’argent , surmontée d’une couronne , dont nous lui avions fait présent, et avait un petit poignard à la ceinture.
Leroi donna à un homme de notre suite six ackies d’or pour faire un pantalon et des caleçons pour un de ses enfans; mais trouvant ridicule de se servir en même temps de ces deux vclemcns, il les lui fit porter séparément.
J’avais arrangé dans la cour extérieure de notre logement une poutre pour dresser mon cheval à sauter par-dessus, afin de l’habituer à sauter pardessus les troncs d’arbres darts la campagne. Ce spectacle attira encore plus de curieux que la chambre obscure ou le télescope. Souvent celui qui fixait l’œil à ce dernier instrument , sautait tout-à-coup à l’autre bout pour saisir l’objet qu’il croyait se trouver derrière, et l’on nous demandait fréquemment de le mettre en pièces, afin de voir ce qui se trouvait d.rns l’intérieur. Enfin , ce phénomène paraissant inexplicable , on décida que cet instrument était un fétiche. Un capitaine dit au roi qu’avec ce télescope nous pouvions voir de Doumpassie ce qui se passait à (Joumassie.
Digitizè
Un jour que nous revenions d’Asafou, ayant été surpris par une grande pluie, je pris en croupe M. Tedlie qui tenait un parapluie , et je mis mou . cheval au galop. Sur-le-champ on alla dire au roi que notre projet était de retourner ainsi au Cap- Corse.
Noire interprète d’Accra me fit voir un homme, nommé Tauda , qu’il se rappelait avoir vu sur la côte il y avait quelques années, brillant de tout l’attirail du luxe, et entouré d’un cortège nombreux et imposant. Ilne faisait point un pas sans se faire porter dans un hamac de taffetas couvert d’un parasol, et l’on balayait la terre avec soin avant qu’il y mît le pied. A peine avait-il alors un morceau d’étoffe pour se couvrir. Il avait été rappelé de son ambassade à Akim, à cause d’une querelle qu’il avait eue avec Attali, roi de ce pays. La politique du gouvernement aschantc crut devoir adopter celte mesure, quoiqu’il reconnut qu’Allah avait tort, et queTanda ne lui était devenu odieux que par sa vigilance et sa fidélité. Après avoir ensuite vécu dans toutes les jouissances que la capitale pouvait lui procurer, il reçut ordre de se rendre à Elmina pour y conduire une négociation au nom du roi. A son retour, il pensa qu’il serait glorieux pour lui et agréable pour le roi, s’il pouvait arranger une querelle qui existait entre le gouvernement aschante et les habitans du Ouarsâ. Il s’y rendit, leur persuada de désarmer la colcre du roi et de prévenir leur ruine, en portant à Coumassie une somme d’or considérable , et en
Consentant à fournir vingt-quatre esclaves pour chaque Aschan le qu’ils avaient tués. Des députés l’accompagnèrent dans ce dessein; mais le roi les renvoya avec mépris, et, à la grande surprise de Tanda , lui déclara que personne ne devait avoir l’audace de vouloir faire le bien de son propre mouvement,, qu’il avait eu le plus grand tort en réveillant une affaire que son conseil et lui voulaient laisser dormir long-temps. Il confisqua sur-le-champ tous ses biens en punition desa présomption, et, de grand seigneur qu’il était , Tanda devint mendiant.
Enfin le traité définitif fut signé le 7 septembre par le roi d’Aschanlie et par celui de Douabin ; l’exécution en fut garantie par un serment. La totalité des cabocirs, des capitaines et des tributaires étant réunie, le traité fut encore discuté; deux des quatre membres de l’aristocratie et les deux plus anciens capitaines furent chargés d’en jurer l’observation au nom de cette assemblée , ainsi que le roi, dont les sermens, toujours fort rares, doivent se prêter en présence de ses femmes.
Le roi, en cette occasion , nous envoya un cortège brillant de fusiliers et de musiciens, précédés de drapeaux, pour nous conduire au palais. Il vint nous recevoir dans la cour extérieure et marcha devant nous jusque dans la dernière, où environ trois cents femmes étaient assises , revêtues des plus belles étoffes de soie , et couvertes d’ornemens en or de toute espèce. La splendeur de ce coup d’œil nous causa une surprise presque égale à celle quelles
éprouvèrent en nous voyant. Nous fûmes placés att centre, sous de grands parasols, avec le roi et les quatre députés chargés de prêter le serment; puis l’on me pria d’expliquer à un vieillard, interprète particulier des femmes, le but de ma mission, et l’objet du traité.
On me dit ensuite de me tenir debout devant le roi, et de jurer sur mon épée que j’avais dit la vérité; MM. Hutchison et Tedlie en firent autant. Alors on me fit asseoir pour recevoir le serinent r d’abord des quatre députés, ensuite du roi, au nom de son frère le roi d’Angleterre. Ils s’avancèrent tour à tour, en étendant vers moi leur épée à poignée d’or, tandis qu’ils prononçaient le serment. Je me levai pour recevoir celui du roi. Quand on lui présenta son épée, toutes les femmes levèrent deux doigts en signe d’approbation, et un de ses conseillers s’agenouilla près de lui en soutenant sur sa tête une grosse pierre. Le roi prêta le serment avec beaucoup d’énergie, priant Dieu et son fétiche de le tuer s’il n’observait pas le traité dans le cas où nous aurions dit la vérité, et s’il ne vengeait pas sou peuple d’une manière terrible , dans lé cas où nous aurions d’autres desseins que ceux que nous avions annoncés. Le roi envoya à notre suite un petit baril de rhum, et paya, suivant l’usage, un péri'guin d’or à chacun des quatre capitaines pour son serment.
Boitinnie Quatna, roi de Douabiu, tributaire de celui des Aschanles , était alors à Commssie pour la célébration do la fête annuelle des ignames. Le roi
]ui envoya un message formel pour l’informer du désir que j’avais qu’il intervînt au traité, lîoitinnie Quama tenait sa cour temporaire dans la partie septentrionale de la ville, et je lui fis demander une audience qu’il m’accorda. Après lui avoir expliqué les motifs de ma mission et du traité, explication qui fut suivie de beaucoup de questions et d’une longue discussion, il consentit à le signer avec ses deux premiers interprètes, Quama Saphou elKobara Sapbou, qui sont ses principaux conseillers. Sa cour était aussi nombreuse que celle du roi des Ascbantes , qui s’assied à sa droite quand il va à Douabin , étiquette qui-est réciproque.
Par une addition à l’article 4 du traité, j’assurai au gouverneur le droit important de médiation , sans y attacher aucune responsabilité, ce que je regardai , non seulement comme une précaution dictée par l’humanité, mais comme une mesure prudente et légitime pour étendre l’influence britannique.
Voici la teneur de ce traité :
Traité fait et conclu entre Thomas Edward Boivdich , au nom du gouverneur et du conseil du fort du Cap-Corse sur la Côte-d’Or en Afrique , et pour le gouvernement britannique d'une part j et S AÏ Toutou Quamina , roi d'Aschantie et de ses dépendances , et. BoiTItŸJVlE Quama, roi de Douabin et de ses dépendances t d'autre ' part.
Art. 1. Il y aura paix et amitié perpétuelle entre
les sujets de sa majesté britannique dans ce pays,' , et ceux des rois d’Aschantie et de Douabin.
Art. 2. Il y aura aussi paix et amitié perpétuelle entre les sujets des rois d’Asclianlie et de Douabin, et toutes les nations d’Afrique demeurant sous la protection des forts et des ctablissemens de la compagnie sur la Côte-d’Or : il est reconnu qu’il n’existe entre elles en ce moment aucun point de cliUicvjlté , et qu’aucune des parties n’a de droits à exercer sur l’autre.
Art. 3. Le roi d’Ascbantie garantit les habitans du Cap-Corse des hostilités dont ils sont menacés par les habitans d’Elmina.
Art. 4* Pour prévenir les horreurs de la guerre, il est convenu qu’en cas d’agression de la part des Africains qui vivent sous la protection des forts anglais , les rois s’adresseront au gouverneur en chef pour obtenir justice , et que dans aucun cas ils n’en viendront à des hostilités, même contre les autres villes du territoire des Fantes, sans avoir épuisé tous les' moyens d’arrangement amiable, et sans avoir donné au gouverneur la faculté d’employer * son entremise autant qu’il le pourra.
Art. 5. Le roi d’Aschantie consent qu’un officier anglais réside constamment dans sa capitale, pour établir et conserver des relations régulières avec le gouverneur du fort du Cap-Corse.
Art. 6. Les rois d’Aschanlie et de Douabin promettent d’accorder appui, protection et encouragement au commerce de leurs sujets avec le fort du
Cap-Corse et ses dépendances, et de le favoriser de toute l’étendue de leur pouvoir.
Art. 7 . Les gouverneurs des forts respectifs accorderont, dans tous les temps, toute la protection qui sera en leur pouvoir aux- personnes et aux propriétés des sujets des roisd’Aschantie et de Douabin, qui se rendront sur les bords de la mer.
Ar.t. 8. Le gouverneur en chef se réserve le droit de punir les sujets des rois d’Aschantie et de Douabin, qui auront commis quelque délit; mais, lorsqu’il s’agira d’un crime, il enverra le coupable à son roi, pour qu’il soit puni suivant les lois de son pays.
Art. 9. Les rois consentent à confier leurs enfans aux soins du gouverneur en chef, pour les faire élever au Cap -Corse, dans la pleine confiance des bonnes intentions du gouvernement britannique , et des avantages qu’ils en retireront.
Art. 10. Les rois s’obligent à faire prendre des informations exactes sur les officiers attachés à la mission du major John Peddie et du capitaine Thomas Campbell , et d’engager les royaumes voisins et leurs tributaires à les protéger comme sujets du gouvernement anglais.
Signé et scellé à Coumassie, le 7 septembre de l’an de notre seigneur 1817.
* Marque de Saï Todtoü Qüamika. x Marque de Boitihjsie Qüama- x Tuomas Edward Bowdich. - ,
En présence de
WlIjLIAM Hutchison.
Henry Tedhe.
' Aroxoo, x ) DéPutés de Rassemblée
Adoumata, x I &énéraIe des cabocirs NaUbra,x f et des capitaines char-
Aschantib, x I gés de Prêter ser«*ent J avec le roi.
Marque de< ^ABflA Sai>hoü,x | Interprètes du roi - Quamina Saphoü, xj deDouabin.
Quashie Apaintvie, x \Int"prèted’Acj cra.
QuashibTom, x ) Interprètes du , Qüamina Quatchik, x | Cap-Corse.
Nous assistâmes au jugement d’Appia Nanou qui avait accompagné son frère Appia Danqua, lors de la dernière invasion du pajs des Fantes, et qui, lors de la mort de celui-ci, avait reçu du roi l’ordre de se mettre à la tête de l’armée et de continuer la campagne. Dans la colère du moment, il s’était écrié, devant les messagers dû roi, que ce prince, tout en lui permettant de succéder au siège d’honneur et aux dignités de son frère, s’était approprié tout l’or qui appartenait à sa succession, et voulait l’occuper à soumettre les rebelles pour l’empêcher de revendiquer la propriété de sa famille. Depuis ce moment, il fit la guerre avec négligence , on le soupçonna même de lâcheté. Cependant, ajant
réussi à obtenir la tête du chef des révoltés, & re*int à Coumassie, où il fut reçu avec froideur; ce ne fut que le 8 juillet 1817 qu’il fut formellement accusé. Les témoins qui déposèrent contre lui, étaient les messagers que le roi lui avait envoyés, et qui, depuis ce temps, s’étaient cachés dans une province éloignée, afin qu’AppiaNanou,les croyant morts, fût confondu en les voyant tout-à-coup paraître comme témoins, lorsqu’il nierait la vente de laccusation.il fut privé du siège d’honneur, dépouillé de tous ses biens; mais on lai permit de se retirer où bon lui semblerait , avec trois femmes et dix esclaves. Le roi, apprenant le lendemain qu il était encore dans la capitale, s’écria qu’un homme d’honneur ne pouvait supporter due telle dégradation aux yeux du public, et ordonna qu’on né lui laissât qu’une seule femme; sur quoi, Appia Nanou se pendit* Le roi pense qu il n’y a qu'un lâche qui puisse supporter la vie après
une disgrâce signalée. r >
Les Mores célébrèrent , au commencement de septembre, la fête du Ramadan. Je ne vis rien de .•bien curieux dans cette cérémonie. Les hommes et les femmes , revêtus de leurs plus , riches habits, étaient assis sur des peaux en lace de leurs maisons, situées dans une même rue qui leur est exclusivement destinée. Us se levaient de temps en temps par petites troupes, faisaient un tour dans la rue, se saluaient les uns les autres, et venaient ensuite se rasseoir. Dans la soirée, les principaux d’entre eux se rendirent réciproquement visite dans leurs maisons*
Celui qui recevait la visite reconduisait toujours celui qui la rendait, et l’accompagnait jusqu à une certaine distance dans la rue; et alors se donnant mutuellement une bénédiction , ils se séparaient. Les esclaves qui portaient leurs petits parasols, semblaient fort fatigués de cette promenade perpétuelle.
Dans une des visites que le roi nous fit à cette époque, il nous dit qu’il regrettait de ne pouvoir nous voir plus souvent; que notre conversation l’intéressait plus que tout au monde, parce que nous l’entretenions de choses dont les noirs, n avaient jamais entendu parler; mais que souvent, quand il désirait venir nous voir, ses conseillers l’en empêchaient, en lui disant qint ne convenait pas à un grand roi de venir chez nous; qu il devait au contraire nous faire faire ses compliinens , nousenvoyer chercher, et nous faire attendre longtemps avant de nous admettre en sa présence.
Ce ne fut que le » 1 septembre que je reçus dit gouverneur la réponse à la lettre que je lui avais écrite le io août. Il m’envoyait la liste des présens qui avaient été faits à Ocranamih, m’assurait qu’il avait été traité avec tous les égards possibles pendant son séjour au Cap-Corse, et qu’il en avait luimême témoigné sa satisfaction.
Je communiquai ce détail au roi. It avait appris de son côté que ce messager l’avait trompé sur le prix des marchandises qu’il avait rapportées du Cap- Corse. Doublement irrité contre lui, il le disgracia , et ce ne fut qu’à mon intercession qu’il lui laissa la vie.
Le gouverneur me mandait aussi de ramener M. Hutehison avec moi au Cap-Corse, parce que voyant que sa résidence à Coumassie déplairait, sinon au roi lui-même, au moins à ses principaux chefs, le résident ne pourrait qu’y être vu de mauvais œil, et ne s’y trouverait peut-être pas même en sûreté.
Mais les choses avaient bien changé de face depuis que je lui avais écrit. Lé traité était signé, et nous apprîmes que jamais loi n’avait été promulguée dans ce royaume avec des formalités si solennelles et si imposantes. J’avais obtenu plus que je n’aurais osé l’espérer, et non seulement le roi et le gouvernement, mais même tous les principaux chefs désiraient que dorénavant l’officier anglais résidât habituellement à Coumassie. Je mandai toutes ces circonstances au gouverneur dans la réponse que je lui fis le 16 septembre; j’appuyai sur les avantages qui devaient résulter de celte mesure, et qu’il avait luimême si bien apprécié^,; je lui annonçai qu’à moins d’ordres formels contraires, je laisserais M. Hutchison comme résident à Coumassie, et je finis par lui dire que s’il pensait, lors de mon retour au Cap- Corse, que cet officier, dont je connaissais la prudence et le sang froid, se trouvât dans une situation trop précaire dans la capitale des Aschantes, je n’hésiterais pas un instant à aller l’y remplacer moi-même.