CHAPITRE VH
Instructions laissées au résident — Obstacles apportés au départ de l’ambassade. — On s’y oppose de vive force. — La bonne intelligence se rétablit. — Départ. — Aventure nocturne. — Retour au Cap-Corse.
L’instant fixé pour notre départ approchant, je remis à M. Hutcbison les instructions suivantes.
Coumassie , septembre 1817.
« Monsieur,
u Je suis chargé par le gouverneur en chef de vous laisser par écrit des instructions qui doivent servir de base à votre conduite future.
» Lâ conviction que les motifs de notre négociation étaient justes et honorables, nous a fait accueillir dans ce pays , malgré les artifices qui ont été mis en usage pour inspirer des soupçons aux habitans; l’on espère avec confiance que vous vous y maintiendrez en donnant, par votre conduite, une opinion favorable de notre caractère moral, ce qui doit favoriser les vues bienfaisantes du gouvernement britannique. La simplicité des formes de notre religion , accréditant les calomnies des Mores , qu» prétendent que nous n’en avons aucune, vous aurez l’attention de donner la preuve du contraire, en
accomplissant avec régularité les devoirs qu’elle , prescrit , et en donnant l’exemple de la bienveillance . et de la patience, vertus que la politique nous recom- • mande pareillement.
» Il serait prématuré, et peut-être dangereux, d’exprimer autrement que par le tacite reproche qui résultera de votre conduite, combien nous détestons * les cruautés consacrées par la superstition des Aschantes. Vous vous contenterez d’éviter de les sanctionner par votre présence , en alléguant pour motif que votre religion vous le défend. Cette conduite, jointe à l’humanité qui vous portera toujours à solliciter des mesures de clémence, lorsque la prudence et les circonstances le permettront, sera conforme à vos propres désirs et à l’attente du gouvernement.
» Vous maintiendrez, et vous fortifierez même encore l’amitié et les égards que le roi et les principaux capitaines nous ont manifestés , par une conduite pleine de dignité, et en profilant des- conférences particulières qui pourront vous être accordées. Vous ne laisserez échapper aucune occasion de les convaincre que l’éducation est ce qui a établi la prééminence des Européens, et que la paix est favorable à la grandeur d’une nation, en dirigeant toute sa puissance vers le commerce et les arts , et en contribuant à sa splendeur et à sa prospérité. Vous citerez 1’exempl.e de la force et des ressources de votre patrie, à l’appui de celle vérité, et vous direz que c’est parce que le gouvernement britannique en a fait l’expérience qu’il désire améliorer , par le
commerce, la situation des peuples de l’Afrique. Vous chercherez à donner la même instruction aux étrangers qui viendront d’autre*pays, et notamment de Sarem ou de Malloua.
» Les moyens que vous prendrez pour encourager le commerce avec la côte, doivent prouver que vous n’avez d’autres projets que d’établir une concurrence honorable. Tout en veillant aux intérêts de l’Angleterre, il faut vous garder de vous faire soupçonner de jalousie ou d’égoïsme. Vous agirez comme l’avocat des vues de l’Europe, mais vous refuserez d'intervenir dans tout ce qui vous serait étranger, sans la sanction du gouverneur en chef, dont vous devez exécuter les ordres exclusivement, et à qui vous aurez à faire part de toutes les circonstances et de toutes les réflexions qui pourront naître de votre nouvelle position.
« Lorsque des particuliers auront trompé le roi ou le conseil, on cherchera sans douteuse servir de vous pour les en convaincre. Vous éviterez ce danger, en ne vous mêlant pas des affaires publiques autant qu’il sera possible; car, en rendant service au gouvernement, vous courriez le l'isque d’exciter l’animosité du peuple contre le résident.
« Je vous envoie une copie du traité , et j’appelle surtout votre attention sur l’article 4 qui vous autorise à soumettre au gouverneur en chef, par amour pour la paix et l’humanité, toutes les mesures qui peuvent tendre à une médiation sans responsabilité; mais vous le ferez toujours avec défiance, et sans paraître y compter d’une manière trop certaine.
« Vous témoignerez plus de ressentiment des insultes que des injures. La conduite la plus politique sera de déclarer que le gouvernement britannique exige de tous ses officiers qu’ils -repoussent avec fermeté les premières, et qu’ils n’oseraient, dans ce cas, céder à l’influence de leurs propres sentimens, comme ils le font volontiers quand il s'agit d’une injure qui leur est personnelle.
« Je vous laisse en possession de l’estime du roi et de l’amitié des principaux capitaines, et tout semble favoriser les plans qui ont fait désirer de vous voir rester à Coumassie : cependant, si quelque caprice du gouvernement vous exposait à la malveillance d’un parti , ou si l’on cessait de vous traiter avec les mêmes égards, vous vous hâteriez d’en faire part au gouverneur en chef qui vous rappellerait au quartier général. Une autre considération importante sera votre santé. Il faudra aussi lâcher de connaître le caractère du capitaine que le roi chargera de commander à Coumassie , s’il marche en personne contre Buntouko. V olre sûreté personnelle ne court pas le moindre risque en ce moment; mais si les circonstances vous donnaient par la suite le moindre doute à cet égard, vous devez consulter la sollicitude du gouverneur plutôt que votre intrépidité.
«< Vous connaissez la nécessité de vivre en bonne intelligence avec les Mores. Vous y réussirez en les flattant sur leurs connaissances , ce sera aussi le moyen d en obtenir des renseignemens précieux.
« Je vous remettrai copie des dépêches du comité
Püfef ■ " V
-Digtttgcefrby
de la Compagnie et des instructions données par le gouverneur en chef, pour que rien ne manque à celles que je vous laisse.
« J’ai chargé M. Tedlie de vous laisser un assortiment de médicamens ; je vous confie le soin da pavillon de la résidence.
« Je suis, monsieur, • ' *
« Votre très-obéissant serviteur.
« Signé T. Edward Bowdich. »
Après la signature des articles préliminaires du traité , le roi m’avait demandé de ne point partir avant dix jours; ce délai avait ensuite été porté à quinze, ainsi qu’il en informa le gouverueur dans sa lettre du 3i août. Ce terme expiré , le roi me dit que je ne pourrais partir que le surlendemain ; ce jour-là, je' lui envoyai plusieurs messages pour lui rappeler sa promesse. Nous ne reçûmes pas de réponse avant six heures du soir; le roi me dit alors qu’il ne pouvait -me laisser partir dans ce moment, ni avant qu’il eût eu le temps de me renvoyer honorablement. Regardant ce discours comme une pure affectation de grandeur , je lui répondis que les ordres du gouverneur en chef étaient obligatoires pour moi, et que m’empêcher de les exécuter, c’était lui manquer d’égards , et m’exposer à quelques dangers, puisque les affaires de Ig. mission étaient entièrement terminées. Le roi répartit qu’il ne me demandait que jusqu’au mercredi suivant. Je lui
( iS6 )
répliquai que s’il voulait nie donner sa main , et me promettre que je partirais ce jour-là, jy consentirais. Il s’y refusa, en disant qui! ne pouvait me taire cette promesse que pour le lundi suivant. Voyant que ce serait m exposer à des délais sans lin , je lui représensai que je serais obligé, quoiqu à regret, de partir sans sa permission, et que celle démarche serait justifiée par mon devoir et par sa propre promesse; qu’il ne me restait donc qu à lui demander s’il voulait que je laissasse IM. Hutcliison dans sa capitale. La seule réponse que j obtins fut que je pouvais rompre le traité, si bon me semblait. Je répliquai que le traité ne serait jamais rompu par un officier anglais; mais que, s il se repentait d’en avoir juré l’exécution, j enverrais chercher cet acte et le déchirerais en sa présence ; il répondit qu’il était content du traité, qu’il ne voulait pas le rompre, mais que je le pouvais si je le voulais. Je répétai qu’il ne m’était possible de rester que jusqu’au mercredi ; sur quoi, le roi et ses conseillers se retirèrent en disant : «Lundi, ou quand le roi en aura Je temps. »
Il était huit heures du soir : je jugeai qu’il fallait essayer de partir. Je laissai donc tout le bagage à Ja charge de M. Ilutchison, excepté deux portemanteaux, le sextant, et une boite contenant mes papiers ; et nous nous mîmes en marche. Nous étions a peine à cent cinquante pas de notre logement que nous en tendîmes battre de tous cotés les gong-gongs et les tambours, et nous fûmes attaqués par une
troupe de soldais armés de sabres et de fusils; ce détachement était conduit par Aboidvvie , le capitaine, à qui appartenait la maison qu’on nous avait assignée , et qui , dans le premier moment de la mêlée, s’empara du drapeau et du peu de bagages que nous avions. Je crus devoir tout risquer pour reprendre possession du drapeau; quelques considérations secondaires m’y portèrent aussi, telles que ia valeur que j’attachais à mes papiers, et la crainte de paraître intimidé par cet outrage, ce qui ine semblait maladroit.
Je recommandai à tout mon monde de ne tirer l’cpée qu’à la dernière extrémité; et nous nous fîmes jour, à coups de crosses de fusils, jusqu’aux bagages, étant vigoureusement soutenus par nos soldats et nos domestiques. Les Aschantes ne nous tirèrent pas un coup de fusil, mais ils nous attaquèrent à coups de sabres et nous jetèrent des pierres. Quoique souvent repoussés et renversés , nous disputâmes le terrain pendant près d!un quart d’heure. M. Tedlie, qui était parvenu à reprendre son épée qu’on lui avait arrachée, fut, en ce moment, étourdi par un coup sur la tête. Comme nous avions tous des contusions et que quelques-uns de nos gens avaient été blessés, je me contentai d’avoir repris le drapeau, le sextant et mes papiers, et nous fîmes lentement notre retraite vers notre logement, ne supposant pas que nos assai Hans nous y suivraient; ce fut pourtant ce qu’ils firent avec un acharnement qui me donna lieu de croire qu’ils en voulaient à notre vie. Nous nous
( ’iM )
retranchâmes dans le vestibule, et je dépêchai au roi, par une porte de derrière, nos porteurs de cannes à pommes d’or, pour lui dire que nous n’avions pas encore voulu tirer l’épée , mais que nous allions y être forcés s’il ne nous envoyait un prompt secours.
Le tumulte ne me permettait pas d’entrer en explication ; bientôt il ne nous resta d’autre alternative que de nous défendre ; parti que favorisait le passage étroit où nous nous trouvions. Aboidwie, la tête exaltée par le vin et la fureur, me porta en ce moment un coup de sabre qui m’aurait été fatal sans la présence d’esprit d’un soldat qui para le coup. Enfin , Adoussi, premier interprète du roi, et Yokokroko, son chambellan, en arrivant avec leur suite, nous délivrèrent. Rien ne peut excéder la bassesse qu’ils montrèrent. Ils nous offrirent de jurer que le roi n’avait pris aucune part à cet outrage, commandèrent à Aboidwie de comparaître devant eux, et le menacèrent de lui faire trancher la tête. Je leur répondis qu’ils ne devaient pas me prendre pour un insensé; que je connaissais |es intentions du roi; qu’il nous avait retenus prisonniers de vive force; qu’il en verrait les conséquences, et que je n’avais pas autre chose à leur dire. Pendant plus d’une heure ils cherchèrent à nous persuader qu’ils étaient étrangers à cet outrage ; ils crurent nous en convaincre en accablant Aboidwie d’imprécations et de menaces, lisse retirèrent enfin , et je divisai tous mes gens en différentes troupes pour veiller alternativement pendant la nuit.
( lS9 )
Le lendemain, au point du jour, on nous renvoya lout notre bagage; mais je refusai de le recevoir. Yokokroko et Adou Quamina me firent dire, peu de temps après, qu’ils attendaient en bas que nous eussions déjeuné; il y eut -un long pourparler semblable à celui de la veille. A onze heures, Adoussi , Otie et Quancum, interprètes du roi, Yokokroko et plusieurs capitaines vinrent, de sa part , m’apporter un présent de vingt ackies d’or , deux flacons de liqueur et un coclion. Je leur demandai s’ils venaient me faire une nouvelle insulte en m’offrant un présent pour effacer l’outrage que le roi d’Angleterre avait reçu la veille? Ils employèrent tour à tour les flatteries et les menaces pour me déterminer à l’accepter, et me dirent que refuser un présent du roi, c’était lui déclarer la guerre. Je persistai à refuser, et je demandai une entrevue avec le roi. Les messagers du Cap-Corse, par crainte et par cupidité, eurent l’audace de me dire en ce moment qu’ils avaient été envoyés par le gouverneur pour me tenir en bride; qu’ils savaient que je n’agissais pas conformément à ses intentions en parlant ainsi; qu’il me blâmerait de n’avoir pas cédé aux désirs du roi. Il était indispensable d’effacer sur-le-champ l’impression que devait produire un tel langage; je leur fis donc retirer leurs cannes, et je les menaçai de les faire mettre aux fers.
Le roi, quelques instans après, nous envoya son eunuque et une suite nombreuse pour nous conduire au palais , où il avait assemblé ses principaux capi-
laines. Nous nous y rendîmes en habit bourgeois , lui alléguant que nous n’avions osé mettre nos uniformes, parce que nous nous regardions comme ses prisonniers. Le roi me dit que je ne devais pas parler ainsi; qu’il était mon ami, -et qu’il me rendrait justice; qu’il ne pensait pas que j’eusse voulu partir sans prendre congé de lui; qu’il n’avait. jamais donné ordre à son peuple de nous combattre; qu’il m’enverrait les tètes des chefs qui nous avaient attaqués, et qu’il me demandait la grâce des autres comme je lui avais demandé celle de Quamina Ëoutaqna, observant qu’il n’avait jamais fait une telle demande à personne; que son seul motif, en m’envoyant un présent, avait été de m’indemniser du dégât que son peuple pouvait avoir fait; que ce serait un grand crève-cœur pour lui , si leToi d’Angleterre apprenait que ses officiers avaient été maltraités en Aschanlie; et que si j’avais de l’amitié pour lui, il fallait que j’arrangeasse cette affaire à l’amiable.
On pense bien que je refusai les têtes qu’il me proposait de m’envoyer, quoique son conseil et lui appuyassent fortement sur celte offre. Je suis convaincu qu’ils n’auraient pas hésité à sacrifier quelques capitaines inférieurs pour prouver qu’ils n’étaient pour rien dans cette insulte. Je dois pourtant déclarer, comme mon opinion invariable , et elle est le résultat de ce que nous ont dit nos amis particuliers , que le roi et ses principaux conseillers avaient simplement ordonné à Aboidwie de nous boucher le passage à force d’hommes, et de nous
intimer les ordres du prince. Ce fut ce capitaine qui, poussé par son impétuosité naturelle et par le ressentiment qu’il avait Conservé de la mort de 1 homme qui s était pendjJ au Cap-Corse ; homme qui était à son service, avait donné à ses soldats l’ordre de nous attaquer. Il ne jouit pas du moindre crédit, mais comme il est parent du roi, ce prince lui avait donné une place qui le rend chef de dixsept cents hommes; cela n’empêcha pas le roi de m’offrir plusieurs fois sa tête.
Le roi nous engagea alors à boire du vin de palmier avec lui , nous prit la uiaLu , nous pria de remettre nos uniformes, et ordonna à une partie de sa garde de nous reconduire. Je lui parlai encore de notre départ; il me répondit que tous les jours de la semaine actuelle étaient malheureux; qu’il me priait donc de rester jusqu’au lundi, et qu’alors ses présens seraient prêts; que d’ailleurs le dimanche suivant était la fête de l’Adai; qu’en cette solennité je présenterais la main deM. Hutchison à Adoussi J que celui-ci la prendrait , et promettrait devant tous les capitaines d’avoir tous les soins possibles de lui. Adoussi et Odoumala s’avancèrent alors , et m offrirent la main pour gage de leur bonne foi.' Je leur repartis qu’en pareille occasion, je ne pouvais prendre que la main du roi , mais je chargeai Quashie Apaintrie de recevoir leur promesse. Le roi me dit alors qu’Adoussi l’avait informé que les messagers du Cap-Corse avaient voulu me mettre la honte sur le front; qu il était fort irrité contre eux; qu’ils
devaient savoir que Dieu avait fait la tête des blancs meilleure que celle des noirs ; qu’il fallait qu’ils vinssent devant lui , et que je misse mon pied sur leur tête. Je lui répondis que je ne pouvais soumettre personne à cette humiliation; puis ayant fait venir leurs cannes , je les leur rendis après leur avoir adressé la réprimande qu’ils méritaient. Le roi me pria de recevoir son présent ; j’y consentis.
Je remarquai que le gouvernement d’Aschantie attachait d’autant plus d’importance à maintenir le traité,et à conserver à Coumassie un résident anglais, que j’affectai» plus d'indifférence sur ces deux points. Au total, cette affaire acheva de donner une idée favorable de notre courage et de notre fermeté.
J’eus quelque soupçon que l’affaire d’Amissa était le motif pour lequel on désirait nous retenir , mais je me trompais; le roi ne nous eri parla pas, et, durant le reste de notre séjour , ne s’occupa qu’à nous donner de nouvelles marques d’amitié.
Je vis encore Baba plusieurs fois avant mon départ. Il avait un grand nombre de manuscrits arabes. J’en ai conservé une feuille parfaitement enluminée. Apokou me causa beaucoup de surprise en m’offrant de me prêter des livres. Il avait deux volumes de géographie en français, une bible en hollandais, et un volume du spectateur en anglais. J’éprouvais une véritable satisfaction en voyant que cet homme qui, dans l’audience tumultueuse dont j’ai rendu compte plus haut , avait arraché l’épée de M. Tedlie dans un mouvement de colère, et prononcé contre
hous îles imprécations , était devenu un de no$ plüs sincères amis.
Un jour que je disais au roi que les pays où M. Iîut* chison et M. Tedlie avaient pris naissance, l'Écosse et l’Irlande étaient autrefois distincts du mien; il désira entendre la langue particulière à chacun de ces pays , et il eut de la peine à se persuader que la politique de 1 Angleterre fût défaire disparaître toutè différence nationale entre ses sujets. Apokoù aimait beaucoup à écrire; et*, quand il avait copié un mot, il nous demandait en souriant ce qu’il avait écrit. Personne ne pouvait comprendre comment un signe qui n était pas une peinture , pouvait exprimer un objet, n Mon nom , nous disait le roi, ne me ressemble pas. » Il ne me voyait pas dessiner sans quelque inquiétude. Les Mûres lui avaient insinué que je pouvais jeter un charme sur les bâtimens dont je levais le plan. Je lui dis que si je ne rapportais pas en Angleterre quelques dessins, on. ne croirait pas que je fusse venu dans son pays. Il parut satisfait de cette réponse; et, lorsque je dessinai son por- * trait, il me recommanda de lui donner bonne mine.
Il n’existe en ce moment que quatre descendant, en ligne directe, des familles nobles qui accompagnèrent, dans son émigration, Saï Toutou, fondateur de la monarchie des Aschantes. Aucun n’est riche , et Assaphi , l’un d’eux , est un mendiant sans domicile, ayant été disgracié; en voici la raison: Un vieillard qui avait rempli les fonctions d’interprete de 6aï Quamina, un des prédécesseurs du roi
actuel, étant mort dans un village éloigné, le roi, suivant l’usage, y envoya Assapbi avec quatre périguins d’or et une quantité d’etoffes précieuses pour les funérailles du défunt : Assaphi s’appropria l’or et substitua des étoffes grossières à celles que le roi lui avait données. La veuve fil valoir les services que son mari avait rendus a SuïQuamina, et dit que le roi les reconnaissait bien mal. Assaphi , de retour à Couraassie, auuouça au roi que la veuve était pleine de reconnaissance pour ses bontés, et qu’on avait célébré avec pompe les funérailles du vieillard. Mais la veuve de celui-ci soupçonnan t quelque f raude, déterra en secret les étoffes, les apporta au roi, et lui raconta tout ce qui s’était passé. Le roi fit venir Assaphi, lui adressa , d’un air d’indifférence, diverses questions à ce sujet, et lui demanda tout-à-coup de prêter serment qu’il lui avait dit la vérité. Assaphi se disposait à obéir, quand le roi s’écria : «Non, n’en faites rien! » Et il ordonna de faire paraître la femme et les étoffes. Assaphi avoua tout, il fut dépouillé de tousses biens; car, étant le descendant, en ligne directe, d’un des pairs de Saï Toutou, il ne pouvait être mis à mort; mais il est généralement méprisé pour ne pas se l’être donnée.
Un homme et une femme furent décapités. Le 1 7 septembre , pour une iotngue qu ils avaient eue ensemble. La femme était fort belle; c était 1 épouse d’un capitaine. Dès qu’ils furent soupçonnés, on leur fit prendre le breuvage d’épreuve; ayant été déclarés coupables, ils furent exécutés sur-le-champ.
'( iB5 )
La sœur du roi envoya prier M. Tedlie de venir la voir. Il la questionna sur son indisposition, lui ordonna une potion qu’il alla préparer, et la lui apporta lui-même. Dès que la princesse tint le vase qui la- contenait , elle le remit à son mari qui se mit à boire avec avidité. M. Tedlie l’arrêta, en lui disant qu’il n’y en avait que pour une personne. « Eh bien, dit la princesse, qu’il le boive aujourd’hui, et demain vous m’en donnerez un autre. » M. Tedlie lui répliqua qu’il avait peu de médicamens et qu’il ne pouvait en donner aux personnes qui se portaient bien. Ce raisonnement eut l’air de ne pas leur plaire.
Apokou me dit qu’il avait vaincu cinq nations sous le règne du roi actuel et de son prédécesseur ; il m’en nomma vingt et une qui sont maintenant tributaires de l’Ascharitie; mais il ajouta qu’il en existait trois qui refusaient de payer aucun tribut; deux situées à l’est, et une au nord-ouest; que les deux premières avaient vaincu les Aschantes, et que le roi ayant envoyé demander un tribut à la troisième, elle lui avait répondu qu’il n’avait qu a venir le chercher lui-même; elle avait entièrement détruit une armée qu’on avait fait marcher contre elle.
Le lundi, jour qui avait été fixé pour notre départ, il y eut une assemblée générale des cabocirs et des capitaines; le roi de Douabin et ses interprètes y assistèrent, ainsi que plusieurs cabocirs du Dagoumba et les dignitaires mores. Le roi y annonça formellement le traité qu’il avait conclu , et prononça un long discours pour déclarer qu’il punirait
très- sévèrèmènt la moindre infraction qui serait faite à cette transaction. Je fus ensuite requis d’en donner lecture pour la dernière fois.
Dans la soirée , le roi nous donna une dernière audience en présence de ses capitaines, et dicta une lettre pour le gouverneur, hile ne contenait que des assurances d’amitié, mais le postscriptum en est assez curieux : « Je vous prie d’informer le roi d’Angleterre que j’ai fait serment de ne pas recommencer la guerre contre les Fantes , parce que je les considérerai comme ses sujets. J’espère donc qu’à son tour il réfléchira s’il ne pourrait pas recommencer la traite des nègres, ce qui me serait fort avantageux. » ■ $[:
Adoussi, premier interprète, fut chargé de recevoir de ma main celle de M. Hutchison , et de la placer dans celle du roi, qui en même temps déclara solennellement qu’il se rendait responsable de sa sûreté. On me remit alors les 'présens du roi qui cousistoieot en ce qui suit :
Pour le gouvernement, quatre jeunes garçons, pour les faire élever.
Pour le Muséum britannique, six échantillons d’ouvrages d’orfèvrerie du pays. Le roi prenait intérêt à cet établissement , d’après le compte que je lui- en avais rendu.
Pour le gouverneur en chef, un enfant de chaque sexe , pour être élevés chez lui et le servir.
Pour moi, un enfant de chaque sexe, et deux onces six ackies d’or.
( ig7 )
. Pour M. Tedlie , ua jeune garçon et une once quatre ackies d’or.
Pour chacun des interprètes, une pièce d’étoffe et dix ackies.
Pour les messagers , les domestiques et les soldats , dix ackies.
Je reçus aussi d’Apokou une pièce d’étoffe de Sarem et quelques bagatelles ; de Baba, chef des Mores, un mouton; enfin, quinze ackies d’or des interprètes du roi qui me complimentèrent sur la fermeté que j’avais montrée pendant la négociation.
Le roi étant alors en mésintelligence avec les habitans du Ouarsâ , s’opposa fortement à ce que nous retournassions par ce pays. J’insistai d’abord; mais, malgré la contrariété que j’éprouvais , je vis que la prudence me commandait de renoncer à mon idée. Le roi m’assura- que le chemin par le Ouarsâ était plus long de deux journées, et que, dès qu’il aurait terminé la guerre de Buntouko, il n’épargnerait rien pour faire tracer une route directe par le pays d’Assin.
Le roi avait donné un uniforme semblable aux nôtres à son fils favori , enfant de cinq ans ; celui-ci fut tellement effrayé de l’idée de partir avec nous , que le roi nous dit qu’il nous l’enverrait plus tard. Il est trop jaloux des avantages de l’éducation pour permettre que les enfans de ses chefs y participent avant les siens.
Le roi me fournit des porteurs pour notre bagage , me pressa de prendre six porteurs de hamac en cas
d’indisposition , et ne voulut pas que j’en payasse aucun. Il persista à nous faire accompagner par un de ses capitaines, et ne renonça pas sans peine à nous donner une escorte; je m’en défendis opiniâtrement à cause de la dépense qu3occasionneràient les présens qu’il faudrait faire à tous les soldats. Lorsque je pris congé de lui , il me pria d’attendre que ses capitaines eussent distribué de la poudre à leurs soldats, pour nous faire le dernier salut. Comme il était déjà nuit , il nous recommanda de nous arrêter au village situé au-delà du marais qui entoure la ville, et où notre suite nous joindrait le lendemain matin. Le roi et ses capitaines étaient assis liors du palais, à la lueur des flambeaux, avec toutes les marques de leur dignité. Nous quittâmes la capitale, précédés de ses drapeaux, au bruit des décharges répétées de mousquelerie , et avec to'utes les marques de distinctiou dont il pût s’aviser.
Le roi désigna pour le logement de M. Hulchison une des plus belles maisons de la ville; il nous fut impossible, dans le peu de temps que nous séjournâmes à Coumassie, d’en faire construire une plus commode. Ce prince alla au-devant de tout ce qui pourrait être utile ou agréable à M. Hutchison : rien de plus flatteur que la manière dont il lui parla au moment de mon départ.
Les dernières lettres que j’avais reçues du Cap- Corse m’avaient causé les plus vives inquiétudes. Les deux personnes qui m’étaient naturellement les plus chères avaient payé le tribut au climat du pays
par une maladie dangereuse à laquelle une d’elles succomba avant mon arrivée. J’avais donc la plus grande impatience de partir, et cependant je dois avouer que, lorsque je pris la main du roi pour la dernière fois, lorsque je réfléchis aux marques de bienveillance, d’intérêt et de générosité que j’en avais reçues, tandis que ma vie était entre ses maius, tandis que son esprit était fatigué d’affaires politiques désagréables, et que les soupçons de ses chefs - > et la jalousie des Mores chercbavent à le prévenir contre nous, je ne pus le quitter sans regret. Ce souvenir agréable était pourtant mêlé d’une sensation pénible qui m’empêcha de céder au désir que j’éprouvais de passer encore une heure à écouter les assurances qu’il me donnait de son estime et de sa • gratitude, témoignages plus touchans encore que flatteurs, et qui augmentaient de prix par l’idée consolante qu’ils étaient les mouvemens naturels du cœur d’un de ces monarques qu’il nous plaît d’appeler barbares.
Il faisait nuit,- comme je l’ai dit; mais j’avais si formellement déclaré, devant le roi et son conseil, quelques jours auparavant, que rien ne m’empêcherait de tenir ma parole et de partir de Coumassie le lundi , que je ne voulus pas retarder mon départ même jusqu’au lendemain matin : tenir strictement sa parole est tout aux yeux d’un nègre. L’obscurité de la forêt succéda bientôt à l’éclat brillant des torches, et les hurlemens des bêtes féroces nous effrayèrent comme si nous les eussions entendus pour
Ja première Ibis. Les torches dont nous nous étions pourvus- s'éteignirent en traversant le marais, dont ' les eaux s’étaient élevées jusqu’à Ja hauteur de quatre à cinq pieds. Les interprètes et les soldats s’égarèrent dans les bois, et n’arrivèrent à Ogogou que longtemps après M. Tedlie et moi. Les habitans étaient couchés, mais ils se levèrent saus murmure, nous cédèrent la meilleure maison, et nous allumèrent du feu. Le lendemain malin , je reçus le présent des interprètes du roi, enveloppé dans une pièce d’étoffe de Mallova , avec un long compliment dont la conclusion était que je devais être toujours prêt à parler avec autant de force et d’adresse pour le roi d’Aschantie que je l’avais fait pour le roi d’Angleterre. Ce témoignage d’estime, qu’ils ne pouvaient me donner tandis que nous discutions des intérêts opposés, me » fut infiniment agréable. ‘ V*
Après avoir traversé Sarrasou, où l’on nous offrit libéralement du vin de palmier,, nous arrivâmes le soir à Assimioia. Le chef nous y reçut avec hospitalité, nous céda sa propre maison , et nous offrit quelques volailles. Le lendemain nous allâmes jusqu’à Doumpassie, où nous reprîmes notre ancien logement. Une partie de notre suite passa la nuit dans le bois. Le chemin n’était guère qu’un marais fangeux, la saison des pluies étant fort avancée. Le jeudi, 6 octobre, après une marche assez courte, mais très-fatigante, à travers les montagnes qui forment les frontières de l’Aschantie, nous arrivâmes à Moisie, première ville du royaume d’Assin. Nous ne
pûmes nous y procurer de provisions qu’à quatre heures : mais comme nous n’avions pas fait une journée bien longue, je résolus d’aller jusqu’à Akrofroum, afin de gagnér un jour. Les Aschàntes me représentèrent que plusieurs petites rivières étaient débordées, et que les grandes pluies avaient rendu le chemin impralicale en beaucoup d’endroits; mais je craignais tellement d’être retardé dans mon voyage par leurs idées superstieuses sur les jours heureux et malheureux, que je ne voulus pas leur céder pour cette fois, de peur de les. encourager à insister de même à l’avenir. Je leur déclarai qu’ils pouvaient rester en arrière, et je partis sans eux; mais ils me rejoignirent bientôt, en me disant qu’il y allait de leur te le s’ils me quittaient.
M. Tedlie et moi ; accompagnés d’un de nos soldats et d’un Aschante qui commandait sous les ordres du capitaine chargé de nous escorter, nous marchâmes plus vite que le reste de nos gens; et, quand la nuit arriva, nous n’étions plus à portée d’en être entendus. Nous perdîmes quelque temps à essayer de faire des torches pour écarter les bêles féroces et pouvoir reconnaître le chemin , car nous marchions dans la boue jusqu’au-dessus de la cheville, et nous avions perdu nos souliers depuis longtemps. Un ouragan terrible qui survint nous empêcha totalement de nous entendre , et nous nous trouvâmes séparés. Heureusement l’Aschanle était près de m'oi; quand je vins à bout de le retrouver, il s’attacha autour du corps, par un bout, la pièce
d’étoffe qui le couvrait, et me mit l’autre dans la main , me traînant après lui à travers les marais et Tes rivières. Le tonnerre , l’obscurité , les hurlemens des bêtes féroces étaient effrayans; mais le bruit que lit, en tombant, un gros arbre que le vent renversa près de nous, me le parut encore davantage. Il pouvait être minuit quand, épuisé de fatigue d’une marche si pénible, je laissai échapper de ma main le bout de la pièce d’étoffe y je tombai à terré et je m’endormis à l’instant. Mon guide • fidèle s aperçut que j’étais séparé de lui; il me chercha aussitôt, me trouva, et, m’ayant éveillé, parvint à me faire comprendre que je mourrais , si je restais là. Nous nous remîmes en marche ; au bout d une heure , il fallut traverser une rivière débordée au loin, et dont les eaux, au milieu de son lit, s’élevaient au-dessus de mon menton. Après ce der- . nier effort, je perdis toute ^utre sensation que celle de la lassitude et du sommeil, et je trouvais une sorte de plaisir à m’y livrer.
Le bon As.chante me porta des bords de la rivière dans un endroit plus sec; j’y dormis environ une heure, n ayant plus sur moi que lambeaux de mes vêtemens. A mon réveil , je fus bien surpris de revoir mon Ascbante avec une torche et un de ses . - . .
compagnons. Il me chargea sur ses épaules, et en trois quarts-d’heure nous arrivâmes à Âkrofroum. Cet homme savait que j’avais sur moi plusieurs onces d’or pour notre subsistance en route; je n’a- . - vais pas voulu les mettre dans notre bagage, craî-
gnant , dans une telle saison et par une si mauvaise route, de m’en trouver séparé. Dans mon état d’épuisement et même d’insensibilité, ma vie était entre ses mains; la forêt était tellement infestée de bêtes féroces, qo’après m’avoir tué, il aurait pu dire, sans risquer d’encourir aucuns soupçons, qu’elles m’avaient dévoré. Nous n’arrivâmes à Akrofroum qu’à deux heures du matin; tous les habitans étaient endormis, cependant on me procura un bon loge-* ment , où l’on me donna dé l’eau pour me laver , des fruits, du vin de palmier, un excellent lit composé de nattes et de coussins, et une grande quantité de pièces d’étoffes du pays pour me couvrir, car j’étais presque nu. Après m’être lavé, je m’enveloppai d’étoffes roulées les unes sur les autres, jusqu’à ce que je devinsse d’une grosseur prodigieuse; une transpiration abondante me préserva de tout mal; j’en fus quitte pour un léger accès de fièvre.
Vers midi, un de nos soldats arriva , ce qui me donna l’espoir de revoir M. Tedlie; en effet, il parut quelques instans après , ayant laissé ses compagnons embourbés dans un marais , où ils attendaient qu’il leur envoyât du secours. Le plaisir que nous eûmes à nous revoir fut réciproque. La seule nouvelle qu’il avait eue de moi n’était pas rassurante. Mon domestique avait rencontré un Ascbante qui portait des lambeaux de mes vêtemens; il soutenait qu’il ne les avait pris à personne et les avait ramassés dans la forêt. Les pieds de M. Tedlie avaient encore, plus que les miens, été déchirés par
les cailloux. L’état déplorable de ses habits lui faisait voir d’un œii d’envie la toge africaine dont je m’étais revêtu. Après notre séparation , s’étant trouvé seul , et entendant de tontes parts les burlemens des bêtes féroces, il avait pris le parti de monter sur un arbre, dans l’intention d’y attendre le jour; mais ayant aperçu un Aschante qui portait une torche , il descendit, et cet homme le conduisit, hors du che* min , sous un misérable hangard , où s’étaient retirés quatre à cinq de nos gens , égarés pareillement. Une autre partie de notre suite arriva vers quatre heures ; le reste, avec l’interprète du Cap-Corse et le caporal , n’arriva qu’après le soleil couché. Us s’étaient tout-à-fait perdus, et avaient passé la nuit et la journée suivante dans les bois. Nous fîmes une excellente soupe aux canards , et nous dîmes pour grâce : « Quel régal pour le pauvre Mungo Park! >» ce nom nous rappelant des souffrances auprès desquelles les nôtres ne nous parurent plus que des bagatelles.
Le- samedi 8, nous marchâmes jusqu’à Ascharamang, où nous éprouvâmes beaucoup de difficultés à nous procurer des provisions jusqu’à l’arrivée de nos Aschantes, parce qu’on nous mettait sur le dos la friponnerie dont Quamina Boua s’était rendu • coupable quand nous y avions passé la première fois. 11 avait saisi , au nom du roi, tout ce dont nous avions besoin , et avait gardé l’orgue bous lui donnions pour payer. Le lendemain, nous logeâmes. àPrasou : un capitaine aschante, .chargé d’une mis-
sion par le roi, nous fit un présent de volailles et d’ignames. Nous continuâmes à parcourir, en une journée, des distances qui nous en avaient pris deux ou trois en venant, et nous arrivâmes enfin à Accomfodey. Il ne s’y trouvait plus qu’une seule maison habitable ; le Fante qui l’occupait eut l’adresse de nous persuader ®que nous trouverions de meilleurs logemensà Ancomasa, où nous nous souvînmes effectivement d’avoir vu une demi-douzaine d’habitations en assez bon état. Nous poursuivîmes donc notre roule ; mais, en y arrivant, nous n’y aperçûmes plus que des ruines.
Nous partîmes le lendemain de bonne heure, et nous marchâmes jusqu’au coucher du soleil, nous arrêtant sur les bords de l’Aniabirrim. Nos gens étaient restés en arrière; les Aschanles , qui arrivèrent une heure après , nous dirent que nos porteurs de bagages avaient fait halte à deux lieues de distance pour y passer la nuit. Malheureusement nous n’avions pas de briquet, et le bois était si humide , qu’il fut impossible de l’allumer par le frottement ; de sorte qu'après avoir jeûné toute la journée , il fallut encore nous passer de souper, faute de feu. Nous ne pûmes trouver aucun abri; et, malgré la pluie qui tombait, nous fumes obligés de bivouaquer. Mais la fatigue nous fit oublier la 'faim, le froid, et même la crainte' des bêtes féroces , qne nous entendions hurler autour de nous. Je m’enveloppai dans là pièce d’étoffe d’Inta qu’Apokou m’avait donnée, et, tout mouillé qu’était le terrain,
jamais je ne dormis mieux. Nous partîmes de bonne heure le jour suivant, et hâtâmes le pas pour arriver à Munsoue, où nous finies cuire nos volailles. Nous en repartîmes dès que nos gens furent arrivés; et à cinq heures du soir j’arrivai à Cottacoumasa , n’ayant avec moi que le messager du roi de Douabin. Cet endroit était désert, quelques marchands aschantes occupaient le seul hangard qui s’y trouvait. Je ne voulus point qu’on les dérangeât , çt je me mis en marche pour le village de Payntrie. Je trouvais dans le nom de ce lieu , qui n’est qu’à une journée de la mer, un charme qui me faisait oublier les mésaventures de la nuit précédente.
Lorsque j’approchai du village , le son des instrumens de musique et des cris de joie prolongés m’annoncèrent que j’étais attendu. Dès que j’y entrai, je me trouvai entouré de musiciens et de porteurs de torches. Ils me conduisirent chez le vieux Payntrie, qui s’était fait construire une maison d’une architecture presque semblable à celle des Aschantes. On m’avait préparé un excellent lit de nattes, couvert avec profusion d étoffes du pays, et l’on me servit un souper splendide consistant en diiférens mets, en fruits et en vin de palmier. Quamina Boutaqua vint me rendre visite ; le vieux Payntrie, Amouney, roi d Annamabou , et deux ou trois autres cabocirs qui m’étaient inconnus, m’adressèrent de longs discours remplis de louange , pour me complimenter sur mon habileté, me plaindre des maux que j’avais soufferts , et me témoigner
i r KconMissancc, Ils m'obligèrent à m'asseoir SOr le siege d honneur ,Iu vieux Pavnlne, lundis qu'üs se tenaient debout en cercle autour de moi et ils me prièrent découler un air composé ptoses mit, imens pour célébrer le succès de mon ambassade. Le sens en était « que tout irait bien maintenant, et quon verrait refleurir le rojaume de Fantie. . Je ne me couchai qu'à minuit, attendant toujours M. Tedlie et les soldats, mais ils n’arrivèrent que le lendemain matin. Ils avaient passé la nuit dans une chaumière que, faute de torches, je n'avais pas aperçue, quoiqu’elle fût sur la route.
Apprenant qu'il existait, comme je le pensais, un chemin qui conduisait du village de Pajntrie au Lap-Lorse sans passer par Annamabou d'où nous étions partis, je me déterminai à le suivre , et Payntneme fournit un guide. Le paysétail beau et agréablement varie de collines et de vallons , mais le sol était en général plus léger et plus pierreux que du cote d Annamabou. Nous vîmes des touffes de tous les arbres fruitiers des Tropiques, et de temps en temps quelques champs de grains cultivés par des Fautes habitant les ruines des villages détruits par les Aschantes. Nous en trouvâmes onze d’une étendue considérable, et .où il n’y avait que quelques misérables huttes construites en terre. Nous ne rencontrâmes d eau que près d’Amparou, où l’on
voit un grand étang qui a près de deux milles de circonférence.
Après avoir fait quinac milles, nous gravîmes des
montagnes escarpées et rocailleuses, après quoi nous descendîmes dans un pays plat , auquel succéda une petite colline à deux milles du Cap-Corse que je jugeai situé à environ vingt-sept milles du village de Payntrie , en suivant ce chemin. Du haut de cette élévation , la mer parut à nos yeux. Cette vue nous fut aussi agréable que l’est celle de la terre au marin qui vient de faire un long et périlleux voyage. Nous fûmes accueillis par les acclamations des nègres ; c’était un agréable prélude aux félicitations que
nous allions recevoir de nos concitoyens.
t '(m JiV '