Voyage dans le royaume de Grèce
La Grèce et l'Italie auront toujours le privilège d’exciter la curiosité des plus nobles intelligences , et l’esprit des nations modernes ne cessera jamais d’interroger avec un respect filial l’histoire de ces deux pays. C’est dans leur génie que nous trouvons la source de tout ce qui est de création humaine dans les sociétés de l’Occident. La Grèce, initiatrice de Rome, la Grèce où la philosophie et les arts ont commencé à vivre de leur vie propre en se séparant des religions , où l’homme a fait sur la nature sa plus nohle conquête, celle de la conscience de luimême et de sa liberté morale , où la dignité humaine s’est pour la première fois consacrée dans la liberté politique , la Grèce sera éternellement pour nous l’auguste mère de la civilisation ; ses moindres vestiges resteront sacrés au philosophe et au poète. Toute éducation vrai-
iV CONSIDÉRATIONS
ment libérale , toute saine culture littéraire , à quelque degré qu’elle soit donnée, auront pour effet d’engendrer l’amour de l’antiquité et d’éveiller la sympathie pour le noble pays d’Homère , de Léonidas et de Platon.
Pour moi , je le confesse hautement aujourd’hui qu’il est de mode d’impliquer ces grandes époques dans le procès fait à l’éducation classique : depuis l’heure où mes premières études évoquèrent ces grands souvenirs , où la poésie et l’histoire ouvrirent à mon imagination les champs d’Athènes, de Sparte et d’Argos, ma pensée n'a cessé de les fréquenter avec prédilection ; et , au milieu des systèmes , des préjugés de partis et d’écoles que le cours des temps nous fait traverser à tous , j’ai constamment chéri tout ce qui pouvait me remettre en mémoire ces noms divins de Marathon et de Salamine , des Thermopyles et de Platée , de Delphes et de Sunium. Il n’en est pas qui sonnent plus harmonieusement à l’oreille et à l’Ame. Les hommes , les lieux et les choses de la Grèce ont gardé pour moi l’ardent attrait des souvenirs de famille ; il m’a toujours semblé que leur histoire était le commencement de nos traditions nationales.
Cette glorieuse patrie des arts et de la liberté, il ne m’a pas été donné de la visiter autrement qu’en rêve ; je n’ai pas le droit de dire avec le poète : Et ego in Arcadia ! Je n’ai jamais cueilli les lauriers-roses de l’Eurotas , et ramassé sur l'acropole de Minerve la sainte poussière des marbres de Phidias ; aussi je recherche et j’écoute pieusement les fortunés voyageurs qui ont accompli leur pèlerinage à ce berceau des demi-dieux. Peu curieux des pays inconnus , trouvant la nature assez belle partout où je rencontre le soleil , un grand arbre et la soli-