‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 127 sur 154 · PII0C1DE · texte numérisé non relu

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Un seul endroit de ces lieux permet à l’esprit de se reposer. Dans un angle immense formé par trois ou quatre rochers qui se rejoignent comme les gigantesques murailles d’une construction cyclopéenne , à travers la fente de l’un de ces rochers fêlé du haut en bas, la fontaine Castalie, dont on buvait afin de se purifier avant de consulter l’oracle, coule fraîche et pure. Cinq ou six femmes y lavaient du linge, quand j’y arrivai. Leurs cheveux dénoués flottaient ou tombaient sur leur poitrine , traînant parfois jusque dans l’onde de la fontaine ; de leur extrémité , des gouttes d’eau s’échappaient comme des perles. Le sein à peine couvert par une chemise de lin qui ne tenait que sur une épaule et que chaque mouvement écartait davantage, ces femmes parlaient et riaient avec un grand pâtre vêtu d’un manteau de poil de chèvre. C’était une scène toute mythologique : le Faune et les Naïades, rien ne manquait au tableau. Elles me tendirent gracieusement une planche pour me laisser traverser un petit bassin et arriver jusqu’à la source même, à laquelle je tenais à me désaltérer en voyageur consciencieux.

Les Thcrmopyles.

A peu de distance de Delphes, en descendant, l’on passe par Crissa , petit village romantique et gracieux, entouré d’arbres, construit sur le plus bas et le dernier échelon du Parnasse, et dominant la délicieuse baie qui porte le même nom. Je me dirigeai vers Salone , l’ancienne Amphisse , ville assez commerçante, située à l’entrée des défilés qui débouchent dans la plaine en face de ceux de Crissa. Rien n’y attire l’attention du voyageur, si ce n’est les ruines de l’ancienne Acropole, devenue plus tard une forteresse comme toutes les anciennes acropoles de la Grèce. La route de Salone aux Thermopyles est pittoresque et dangereuse, tant par les mauvaises rencontres qu’on peut y faire que par les abîmes qui la bordent. Il faut, pour la parcourir, une longue et pénible journée. Les Thermopyles forment un paysage grandiose et imposant; partout s’élèvent de hautes et sévères montagnes que domine l’OEta, et que la mer voisine remplit d’un solennel murmure. On s’engage avec émotion sur l’étroit et rapide sentier qui fut le tombeau des

PHOCIDE

Perses et plus tard de toutes les hordes barbares qui cherchèrent à pénétrer en Grèce. Le Polyandrum, ou monument de Léonidas, n’est plus maintenant qu’un amas de gros blocs de marbre rouge. C’est en vain qu’on cherche la colonne sur laquelle était gravée cette sublime inscription : « Passant , va dire à Sparte que nous sommes morts pour obéir à ses saintes lois. » Mais qu’importe ! tout vous reporte à ce glorieux souvenir: le silence, le désert, la majesté des lieux recueillent l’àme suffisamment pour qu’elle assiste par la pensée aux grandes actions dont ils furent témoins.

Au pied des derniers escarpementsdu montOEta, tombent des sources d’eau thermales qui donnèrent lieu au nom de Thcrmopyles. Les Thermopyles sont la limite du territoire grec ; au-delà , les Turcs redeviennent les maîtres. Un jour arrivera sans doute où leur puissance reculera encore , et s’effacera devant le génie renaissant de la Grèce.

Ne pouvant franchir la frontière, je revins sur mes pas afin de traverser le golfe de Lépante et de rentrer dans le Péloponèse.

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