CHAPITRE XIII
cent à s’asseoir sur le trépied. fatal où le dieu l’attend avec ses fureurs , son délire , ses tourments et ses obscurs mensonges. Ce triste souvenir est le seul qui frappe vivement l’esprit quand on s’arrête à Delphes. Partout des abîmes entr’ouverts et des gouffres béants , des échos qui retentissent , et des rochers noirs comme si le feu les avait brûlés : tel était et tel est encore le vallon de Delphes. Si les richesses et les magnificences destinées à voiler de terribles mystères ont disparu , la nature est restée la même. Aujourd’hui, comme autrefois, le Phocéen qui veut rêver, chercher de l’ombre ou cueillir des fleurs, doit passer sur le revers opposé du Parnasse pour trouver les vertes et harmonieuses forêts de Daulis. Quelques oliviers croissen t seuls dans le creux du vallon, au sortir duquel ils deviennent plus abondants et forment dans la plaine un grand bois qui s’étend jusqu’au golfe. La nuit, si vous vous éveillez , vous entendez le vent qui vient sans cesse de la mer et qui se brise contre les anfractuosités des rochers en poussant de lugubres gémissements; et cependant à quelques pas de là , dans la baie et sur le rivage de Crissa , le même vent chante ou soupire , doux et mélancolique. À Delphes, il devient un sourd grondement , une ' plainte prolongée qui remplit l’àme de tristesse et vous fait craindre, quand vous l’écoutez, que l’antique oracle n’ait recouvré la parole pour vous révéler toutes les tristes choses que vous réserve peut-être le destin.