CHAPITRE XIV
chéennc et de la déesse Salus, dont les prêtres avaient seuls le droit de contempler la statue, s’élevaient sur une partie de l’emplacement occupé par la ville actuelle.
Vostitza est une jolie bourgade commerçante , pleine d’aisance et d’animation. Les femmes y portent l’élégant costume que revêtent les femmes riches de certaines îles : corsage en satin de couleur brune brodé d’or ou de soie, terminé par d’amples manches et laissant la poitrine presque à découvert sous l’indiscrète transparence d'un fin tissu de gaze et de dentelles; jupe de couleur éclatante; les cheveux tressés autour d’un foulard ou d’une toque rouge au gland bleu coquettement posée de travers sur le derrière de la tête. Gracieuses et séduisantes créatures qui, les jours de fête , remplissent l’air de leurs chansons et parcourent la ville , les unes se tenant deux à deux par la main, les autres en un groupe joyeux que précèdent des violons, des musettes et des tambours de basque. C’est ainsi que j’ai vu Vostitza, le jour de saint Démétrius.
La seule chose digne de remarque est un platane séculaire dont le tronc gigantesque fait le centre d’une fontaine, et dont les rameaux d’une colossale envergure s’étendent sur toute la place publique. Les environs de Vostitza sont boisés et fertiles; la vigne et le mûrier y viennent en abondance. Après avoir traversé un énorme torrent dépourvu d’eau et portant le nom de Gaïdouropniklis (r*oî'oupo- 7rvÿj xt>îs, qui noie les ânes), je m’enfonçai dans les
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montagnes qui conduisent au monastère de Mégaspiléon grande caverne), le plus
riche et le plus vaste de la Grèce, le plus étrange ou plutôt l’unique au monde à cause de son indescriptible situation.
Vlégaspiléon .
On entre dans les montagnes par une gorge alpestre au fond de laquelle roule un torrent qui tombe du mont Phtéri et dont le lit presque toujours desséché se perd dans un inextricable fouillis de myrtes et de lauriers-roses. A gauche et à droite du vallon , des bois de pins s’élèvent entrecoupés çà et là par un pic aigu. En face de moi, j’avais des sommets couverts de neige doul les éclatants reflets éblouissaient mes yeux et dont je respirais avec délices les fraîches et aromatiques émanations. Après avoir gravi quelques instants le flanc escarpé de la montagne à travers un bois impénétrable de mille arbustes divers , j’aperçus encore derrière moi le golfe, les sombres roches de Delphes et la gigantesque fissure par laquelle s’écoule la Castalia; enfin, aux extrêmes limites de l’horizon, la limpidité de l’atmosphère me permit d’entrevoir,