‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 31 sur 154 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

çait en vain de surmonter les ténèbres et que son regard endormi , s’ouvrant et se refermant tour à tour sur la nature, ne pouvait s’arracher aux doux songes du sommeil. Tout-à-coup le jour se fit, et le ciel s’emplit de clarté sans passer par les demiteintes du crépuscule. En Orient, le jour et la nuit se succèdent presque sans transition ; la fraîcheur et l’obscurité surviennent subitement dès que le soleil est couché , pour faire place avec la même rapidité à la chaleur et à la lumière du jour.

A ce moment, nous nous trouvions sur de hauts mamelons au bas desquels coule l’Alpliée , peu reconnaissable sous le nom de Sarandapolamos qu’il porte aujourd’hui. D’énormes blocs de pierres, qui me parurent d’origine cyclopéenne, gisaient épars autour de nous, et m’indiquaient l’emplacement de quelque grand faubourg des villes qui florissaient autrefois sur ces plateaux élevés; blocs informes, arrondis et rongés par le temps, entre lesquels de fréquentes raffales se heurtent et gémissent en courant sur ces chauves espaces, et dont la surface recueille dans ses parties creuses la rosée des nuits que viennent boire de sauvages oiseaux.

Je me retournai pour voir encore les hautes montagnes de l’Arcadie que je laissais derrière moi. L’Arcadie , berceau des premières civilisations , terre nourricière des premiers dieux , tire son plus grand éclat des temps héroïques ; c’est à elle qu’il faut remonter pour trouver l’origine de la plupart des grandes traditions de la fable. Illustre dans

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l’épopée des dieux , elle a laissé peu de souvenirs dans l’histoire des hommes. Son influence a été longue et profonde sous l’empire des croyances mythologiques ; mais son génie , épuisé, pour ainsi dire, par ses divins enfantements, est demeuré infécond au milieu de l’activité humaine, et s’est retiré dans la gloire et le mystère de ses théogonies. Un charme particulier règne sur cette terre peuplée de dieux vaincus, rentrés dans leurs forêts et leurs montagnes, refoulés au sein des déserts d’où ils étaient sortis. Nous descendions sur l’Alphée par une rampe escarpée; une cavale errante hennit à notre approche; nous la vimes au-dessus de nous, dressée sur une pierre élevée, le cou tendu, les naseaux haletants, l’œil inquiet. Elle nous regarda passer et, quand nous eûmes disparu, son galop rapide se fit entendre sur les rochers sonores qui nous dominaient. C’était peut-être quelque divinité sauvage , surprise et effrayée de nous voir. L’imagination est plus libre, et entrevoit plus de choses dans ces lieux où l’esprit a moins de souvenirs réels à recueillir et moins d’événements à étudier.

L’Alphée sépare le pays de Laconie de celui de Tégée; il coule entre deux collines dépourvues de végétation, qui forment un horizon rétréci et se renvoient l’une à l’autre de mornes échos. Tantôt la vallée s’élargit et le lit du fleuve étend au loin son sable fin et rouge, sur lequel se dessinent çà et là des touffes de térébinthe et des troncs d’arbres

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