CHAPITRE X
la Grèce , une destinée orageuse. Les fils d’OEdipe furent les premiers à y semer la discorde et la guerre civile, et leurs dissensions donnèrent lieu à la guerre desEpigones, lorsque, chassés de Thèbes, ils essayèrent d’y rentrer avec le secours des Argiens. Un des plus beaux faits d’armes desThébains fut la victoire de Leuctres. Ils firent ensuite, contre les habitants de la Phocide , la fameuse guerre sacrée qui dura dix ans.
Le courage et la violence étaient les traits caractéristiques des Thébains. Rappelons, en passant, le souvenir du célèbre bataillon sacré qu’Epaminondas se faisait une gloire de commander. Il se composait de trois cents jeunes guerriers , unis par les liens d’une indissoluble amitié et excités par une généreuse émulation. Ce bataillon fut un des principaux instruments de victoire pour les Grecs, dans les grandes guerres qu’ils eurent à soutenir, et il vint enfin se briser, à Chéronée, contre la phalange Macédonienne. Philippe, en voyant, après la bataille , ces trois cents guerriers morts à leur poste les uns à côté des autres, rendit un éclatant témoignage à leur valeur et ne put retenir ses larmes.
Thèbes , aujourd’hui , est une ville toute nouvelle , où nulle ruine ne rappelle les anciens jours. On n’y voit plus que quelques éclats de marbre et quelques fragments de statue , rangés en cercle sur une petite place devant la porte d’une humble église. Lorsque je parcourus cette ville, la population était nombreuse et animée; l’aisance semblait
BEOTIE.
y régner, et la grande rue était bordée de maisons pittoresques au bas desquelles des étalages de toutes sortes invitaient les chalands. Quelques mois plus tard, un de ces tremblements de terre fréquents en Béotie venait bouleverser Thèbes et l’arrêter dans son acheminement au progrès. Peu de temps , sans doute, lui suffira pour réparer les pertes occasionnées par ce dernier désastre. Mais ne se reproduira-t-ûl plus? Ce vieux sol ne secouera-t-il pas de nouveau le fardeau d’une cité nouvelle, et les cendres de l’antique ville de Cadmus ne s’agiterontelles plus , pour ramener le désert au-dessus d’elles et se rendormir dans la solitude et le silence?...