‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 91 sur 154 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

soigneusement et suspendre à son cou, ainsi qu’une de ces amulettes qui portent bonheur.

Thèbes.

Ën traversant la plaine qui conduit à Thèbes, nous eûmes à nous détourner plusieurs fois pour éviter des trous immenses évidemment creusés de main d’hommes. Mon guide chercha à me prouver que c’étaient là d’antiques tranchées pratiquées par les Thébains lorsqu’ils venaient assiéger Platée, afin de se dérober aux projectiles de la place. C’est leur assigner sans doute une trop vieille origine; en tous cas, il serait difficile de dire quand, comment et pourquoi ces trous ont été creusés.

Après avoir longé un assez long vestige d’aqueduc vénitien tapissé de lierres et de mousses, nous entrâmes au galop dans la patrie de Pélopidas, d’Epaminondas et de Pindare. Combien ce nom de Pindare nous reporte à ces âges primitifs et barbares où des envoyés de Dieu , déifiés eux-mêmes dans la suite , instruisaient les hommes encore grossiers et sauvages ! Pindare, le père de la poésie , le chantre de l’Olympe , avait chanté tous les dieux ; une seule divinité , Proserpine , n’avait jamais vu son

nom mêlé à scs accents lyriques. Déjà Pindare avait atteint une vieillesse avancée et l’inspiration avait cessé d’amener de nouveaux chants sur ses lèvres , avant qu’il eût pensé à chanter cette déesse. Elle lui apparut dans un rêve et se plaignit amèrement à lui de ce que, ayant fait des hymnes pour tous les dieux, il avait toujours négligé d’en faire pour elle. Elle ajouta que, du reste, il ne ferait cet hymne que lorsqu’il se trouverait auprès d’elle. En effet , Pindare mourut peu dejours après ce songe. Il y avait à Thèbes une vieille femme , sa parente , qui avait appris tous ses poèmes par cœur et les chantait au peuple. Pindare lui apparut à son tour pendant son sommeil et lui chanta l’hymne en l’honneur de Proserpine , composé par lui dans le séjour des ombres où il était descendu. Le lendemain , la vieille femme répara le coupable oubli de Pindare , en chantant ce nouvel hymne à la suite des autres.

Cadmus fonda Thèbes après avoir chassé les Hyanthes, premiers habitants de laBéotie. Il y bâtit une citadelle au-dessus de la ville, et lui donna le nom de Cadmée. Àmphion construisit les murailles d’enceinte , et les pierres venaient d’elles-mêmes prendre leur place aux accords magiques de sa lyre. Car Amphion était tout à la fois un musicien habile et un magicien profondément versé dans la science divinatoire; il avait, comme Orphée, le don d’attirer les rochers et les bêtes féroces au son d’une lyre enchantée dont Mercure lui avait enseigné l’usage. Thèbes eut, comme la plupart des villes de

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