‹ Voyage dans le royaume de GrèceChapitre 94 sur 154 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

notre portée; il tenait un petit livre sous le bras et un panier de légumes sur ses genoux. Cet enfant criait sans cesse et d’un ton plaintif en soufflant dans ses mains rougies : « Kpùo, xpvo, J’ai froid, j’ai froid. » Il cherchait évidemment à se faire apercevoir et à entrer en conversation avec moi; mais j’avais trop froid moi-même pour prendre garde à lui. A la fin, fatigué de son éternel refrain, j’essayai de le lui faire abandonner en lui adressant quelques questions :

— « Où vas-tu ainsi , mon petit? lui dis-je.

— « A Erimocastron , sur la colline, au bout du vallon.

— « Et qu’y vas-tu faire ?

— « Je vais à l’école, une bien bonne école où j’apprends la géographie et l’histoire avec un vieux pappas qui en sait plus que tout le monde. Si vous êtes étranger , Efféndi , allez le voir , ça vous fera plaisir de l’entendre.

— « C’est probable, mais je n’ai pas envie de retourner à l’école. Quel est ce livre que tu tiens sous le bras?

— « Tenez, Efféndi , lisez. »

C’était un abrégé de l’histoire de la Grèce.

— « Est-ce que ça ne t’ennuie pas, repris-je, d’apprendre tout cela par cœur ?

— « Oh ! non, parce qu’on nous a dit que c’est l’histoire des anciens Grecs qui sont nos pères , et que les eufants doivent connaître l’histoire de leurs pères. La savez-vous, Efféndi?

— « Oui , mon garçon ; quand j’avais ton âge , j’apprenais tout cela par cœur, comme toi (avec la différence , pensai-je en moi-même , que je m’y ennuyais fort). Ainsi , tu sais ce qu’ont fait Epaminondas et les Thébains?

— « Certainement , Effendi. Tenez , tout-àl’heure en montant sur cette colline, à gauche, vous verrez dans la plaine un grand carré de terrain couvert de grosses pierres : c’était Leuctres , près de laquelle Epaminondas remporta une grande victoire.

— « Je vois que tu en sais long , mon garçon ; et avec tout cela , que veux-tu faire ?

— « Je ne sais pas trop; jusqu’à présent, j’ai vendu des légumes à la ville; mais, quand je serai plus grand , je veux me faire guide afin de montrer aux étrangers toutes les belles choses de mon pays et afin de leur raconter ce qui s’y est passé.

— « Mais ce ne sera pas une occupation. Il ne vient pas ici un assez grand nombre d’étrangers pour employer ton temps. Pourquoi ne travaillerais-tu pas la terre ? Tu verras dans ton livre que , parmi les grands hommes que tu admires, il y en a beaucoup qui s’adonnaient pendant la paix à ce genre de travail.

— « C’est vrai ; mais à quoi me servirait d’ètre savant pour labourer la terre? J’aime mieux m’instruire. »

Et voyant que je n’avais pas une admiration bien prononcée pour ses inclinations littéraires , il se

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