CHAPITRE XI
remit à souffler entre ses doigts eu marmottant :
KpOo, >tpOo.
Voilà donc un enfant qui , avec ces minces notions d’bistoire et de géographie , dédaignera plus tard de mettre la main à la charrue. C’est là une tendance fatale et cependant générale chez le peuple grec; il veut s’instruire. Les jeunes gens des campagnes n’aspirent qu’à étudier dans les villes, où ils vont engloutir leurs modiques ressources et n’acquièrent rien autre chose qu’une instruction superficielle et une excessive vanité; ils prennent en dégoût les travaux des champs , tandis que leur patrie manque de bras pour labourer et fertiliser son sein. Un autre aurait fait ou se vanterait peut-être d’avoir fait cçtte leçon à l’enfant; je conviens que je le laissai dans son erreur et que je suivis mon guide qui me conduisit sur la crête d’une colline , d’où j’aperçus en effet à mes pieds l’emplacement de Leuctres.
A côté de moi, s’élevait une haute tour carrée du moyen-àge, ornée de quelques meurtrières et de quelques petites fenêtres ogivales. A travers la porte basse et cintrée, s’échappait une masse de décombres qui remplissaient l’intérieur. Un lierre vigoureux entourait son sommet, lui faisant une large couronne et retombant en festons sur les murs. La nature avait perché la vie sur cette ruine, image de la mort, comme pour montrer qu’il n’y a pas de mort absolue et que la mort renferme en elle des éléments de vie. Le soleil se couchait, et
BÉOTIË.
des lueurs rougeâtres parcouraient encore les plus hautes cimes; la nuit montait du fond des vallées et rampait sur le penchant des monts, comme une vapeur épaisse. Le vent s’engouffrait en sifflant dans les crevasses de la vieille tour et la faisait tantôt trembler, tantôt gémir, comme si des spectres se fussent agités dans son sein. Cette tour s’appelle Palœocastron , ancien château, ou encore Hippocastron, château du cheval. Voici le fait qui donna lieu à cette dernière dénomination :
Avant les premières guerres de l’indépendance , les Armatoles étaient des chefs grecs, espèce de grands feudataires qui gouvernaient les belliqueuses populations des montagnes sous la suprématie de la Turquie; ils formaient ainsi une sorte de noblesse héréditaire, entée sur les familles les plus riches et les plus braves de chaque tribu, et ils ressemblaient à ces seigneurs écossais nés pour la chasse et la guerre, qui avaient en fiefs les sauvages klans disséminés sur les montagnes. Ces Armatoles ne cessaient point de se quereller entre eux , mais surtout, soit par haine nationale, soit par le froissement de divers intérêts, ils étaient en perpétuels conflits avec les autorités turques, et le plus souvent ils se faisaient justice à main armée.
C’est à cette époque que les chefs de la Livadie s’étant révoltés mirent en campagne tout ce qu’ils purent réunir d’hommes capables de porter les armes. Les agas furent chassés des lieux où ils rendaient la justice ; les campagnes furent ravagées