‹ Voyage dans le sud de la BolivieChapitre 66 sur 84 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

I,E RIO PILCOMAYO.

Le nom de Pilcomayoou Pilco-Mayo vient, d’après Garcilazo, des deux mots quichuas Mayo et Pilco, qui signifient, ensemble : Rivière des Moineaux.

Le cours d’eau qu’on appelle ainsi, prend sa source au nord de Potosi , vers le 19e degré de latitude sud, et passe un peu au sud de Chuquisaca. Ï1 se dirige, de là, au sud-est, jusqu’à près du 21e degré de latitude, où il reçoit le Rio-Pilaya ou Tupiza. Il traverse enfin, comme nous l’avons vu, la cordillère de Abarenda , pour pénétrer dans le Chaco qu’il parcourt obliquement, en décrivant un arc, dont la convexité est dirigée vers le nord-est ; et il va, enfin, se jeter dans le Rio-Paraguay, par 'deux bras, dont le plus septentrional, qui est en môme temps le plus considérable, se rencontre à dix lieues environ au dessous de la ville de l’Assomption. C’est celui qui porte le nom de Araguay ou A raquai , mot qui veut dire en guarani : Rivière d’ entendement ; parce que, dit Garcilazo, il faut y naviguer avec précaution.

Le second bras du Pilcomayo débouche dans le Paraguay, à environ neuf lieues au-dessous du précédent. 11 est divisé en deux, à son embouchure, par

LE H 10 PILC0MAY0.

une immense tle ; ce qui a fait dire que le Pilcomayo avait trois bras.

D’après Funes, la découverte de la partie du Pilcomayo qui est située en dehors des Cordillères aurait été faite en 1719; mais elle est évidemment antérieure à cette époque, comme l’a fait observer Angelis; et, sans remonter jusqu’à Andres Manzo, qui paraît avoir eu connaissance de cette partie du fleuve, on ne peut douter que, lors de l’attaque simultanée qui se fit sur le Chaco, en 1672, on ne l’ait aperçue. Lozano raconte qu’à cette occasion, le sergent-major don Diégo-Marin, qui commandait le contingent de Tarija, suivit, par en bas, les bords de Pilcomayo, et arriva en vue de la nation des Palalis et de celle des Guavcurus.

On peut dire, néanmoins, que les notions que l’on possédait sur le Pilcomayo furent d’une nature très vague jusqu’à l’époque citée par Funes et qui correspond au gouvernement de don Estevan de Urizar (v. p. 276).

Les Jésuites cherchaient alors à ouvrir des communications directes et faciles entre leurs missions du Paraguay et celles de Cordova et de Chiquitos. Ils se jetèrent donc, à bras ouverts, dans le plan qui leur fut proposé par le gouverneur de Tucuman. Il fut décidé que l’on tenterait la navigalion du fleuve en remontant son embouchure vers sa source. Le commandement de l’expédition fut confiée au père Gabriel Patiho ; et trois embarcations, dont la plus grande pouvait porter 7,000 arrobes, furent destinées à recevoir

,E RIO P1LCOMAYO.

le matériel et les gens nécessaires au voyage. Le per* sonnel complet comprenait soixante-onze personnes, dont soixante étaient des Indiens Guaranis.

Les barques du Père Patino partirent delà capitale du Paraguay, le 14 août 1721 , et entrèrent, le 20, dans la branche septentrionale du Pilcomayo qu’elles remontèrent durant un mois entier, sans rencontrer d’obstacles graves. Alors, la profondeur de la rivière ayant diminué , la grande embarcation échoua sur un banc d’argile , et il devint impossible delà faire avancer plus loin. Un mois s’étant passé à attendre inutilement une crue de la rivière, il fut décidé que l’on aviserait à d’autres moyens. La grande barque resta donc, ainsi que la moitié de l’équipage, sous le commandement du sergent Portello ; pendant que le père Patino avec un autre Père, continuèrent la navigation dans les deux petites. A sept lieues au-dessus de l’endroit où étaient restés leurs compagnons, les deux Jésuites arrivèrent au point où le fleuve se divise en deux branches. Au-delà de ce lieu, la rivière coulait d’une manière plus régulière, en décrivant des sinuosités moins prononcées; et les seuls obstacles qu’ils rencontrèrent, provenaient, soit du peu de profondeur de la rivière qui était traversée çà et là par des bancs d’argile qu’il serait facile, selon le père Patino, de détruire, soit des troncs d’arbres que le courant avait entraînés, et qui s’étaient agglomérés dans les points où la largeur du courant était moindre.

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