‹ Voyage dans les cinq parties du monde (volume 2)Chapitre 10 sur 53 · VI. lO · texte numérisé non relu

VI. lO

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Ces préjugés sont tellement enracinés^ qu'ils ne cëdent pas môme à l'imposante majesté des richesses , si humblement vénérée des peuples <]ui ne sont plus ba]i>ares. A Sydney, un émancipé pur ^ c'est-àdire qui n'a reçu aucune réprimande des magistrats depuis qu'il est rentré dans la vie civile , n'est pas moins jaloux de sa dignité -qu'un colon de la Jamaïque ne peut l'être de la blancheur de sa peau. Celui-ci reconnnaît , jusqu'à la cinquièoie génération j les faibles nuances de jaune introduites par une très-petite portion de sang africain; et, lorsque ces traces ont disparu, il cherche autour des ongles et sur des parties du corps qu'on ne nomme point, les marques de la béte, taches presque imperceptibles qu'un œil exercé peut seul découvrir. Le sévère émancipé pur , plus raisonnable que le créole des Antilles , quoiqu'il ne le soit pas encoi'e assez , fuit toute alliance et toute relation avec un condamné relaps, émancipé impur; M. Gunningham

. rapp6i*te à ce sujet une anecdote plai-

' sànte.

Des émancipés purs étaient réunis dans un festin public; tout à coup un bruit épouvantable ébranle la salle : on avait dé<couvert un homme qui désbonprait l'assemblée } l'indignation se propage comme la commotion électrique; des cris, à la porte 1 se font* entendre de toutes parts.

L'homme qui était la cause de tout ce va** carme 9 voyant approcher l'orage , prend sur-le-champ son parti : il gagne lestement un bout de la table , entortille un coin de la nappe autour de son bras j met i^on potage sous ce retranchement improvisé avec adresse , et le mange , bien résolu, en cas d'attaque ^ d'entraîner dans sa retraite et la nappe et tout ce qu'elle portait. Il parait que les purs ne furent pas d'avis de se passer de cUner.

Les déportés libérés de la Nouvelle- Galles du sud en paraissent être la classe la plus industrieuse et la plus active. Ils possèdent toutes les distilleries , presque toutes les brasseries et une grande partie des moulins; la presqu'universalité des affaires commerciales est dans leurs mains.

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Une autre distinction a pris racine éàns cette colonie : les currencys , mot dérivé de là livre sterling d'échange ordinairement en baisse, désignent les Anglais créoles; tandis que les steritngs sont les Anglais purs ou nés dan» là mëre-patrie« Les currencys paraissent trfes-attachés à leur terre natale, au point que ceux qui viennent en Europe ne soupirent qu'aprës le moment d'en repartir ; la promptitude de leur croissance les a fait aussi nommer com^stalks ou blé de Turquie. Les mérinos purs appartiennent à la classe des illégitimés ou qui ne sont point stigmatisés ; les iitled caractères sont ceux qui se trouvent marqués; les untiUed n'ont ni marque ni caractères sur l'homme extérieur. Les convias ou con* damnés nouvellement importés sont encore appelés canaris ou serins , à. cause des jaquettes jauneMlont on les couvre à leui? débarquement. Le sort de tous ces déportés des deux sexes, est tellement doux, est tellement supportable , qu'il excite l'envie de certains Anglais de la méti^Or pôle, Qt chaque année beaucoup d'indivi:)

ii3 «tu« commettent des vols afin de pouvoir être déportés à la Nouvelle-Mollande.

Les jeunes coloniaux, désignés, comme nous venons de le voir, par le nom de currency, en opposition à celui .de sterling y forment une belle et intéressante raice, et font Jionneur au pays qui. les a vus naître. Cette jeunesse se distingue en général par un caractère franc et ouvert^ Fivrognerie et autres vices analogues lui sont inconnus f la croissance , nous le répétonSy est rapide, la taille haute et svelte , les cheveux blonds, le^ yeux bleus, le teint d'un rouge p.âlej les jaunes femmes perdent leurs, dents de bonne heure , c'est-àdire vers Tâge de puberté,, comme les créo< les américsiines y ce qui ferait crobe que la race euiropéenne n'est pas encore parfais tjement acclimatée dans 'les contrées australes. Les créoles australiens des demièles classes préfèrent le commerce et la nar vigation aux travaux agricoles, laissés aux condamnés. Les jeunes filles sont en général d'un caractère doux, aimable et modeste; elles sont d'une grande simplicité j»

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crédules à Texc^ et faciles à séduire. Elles aiment à déployer leur belle chevelure blonde et bouclée y relevée par des peigpDies d'écaillé de tortue; elles courent gaiment les pieds nus. La chftsteté n'est pas une de leurs vertus 9 ce qui n'empêche cependant point les mariages. La rai^n de ce relâchement de mœurs vient peut être de ce que dans la Nouvelle-Galles du sud on compte une femme sur dix hommes. D'un autre coté , on a remarqué que les prostituées des grandes villes, ou elles étaient presque généralemei:!^ stériles, retrouvent ici leur fécondité après leur longue traversée et quelque séjour dans la colonie, ce qui prouve l'influence du climat sur la constitution physique des individus qu'on y transporte , influence qui s'étend de la même manière sur les animaux dont l'homme se fait accompagner dans toutes ses migrations } car ils deviennent ici plus féconds et plus grands.

Encore un mot sur les indigènes -propres delà Nouvelle-Galles du sud. Ils sont tout* à-fait noirs, très-fainéans , bornés, sans

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adresse et dans le costume d'Eve. Pr^ des villes on les voit peu ensemble , mais dans l'intérieur du pays on les rencontre par troupes de 3o k 4o et quelquefois davantage. Les femmes portent toujours le bagage. Chaque homme en a au moins deux, Les massues dont ils se servent ressemblent à un bâton , c'est leur instrument de guerre , avec la lance ou le javelot. Dans leurs luttes ils ne cherchent point à parer les coups qu'ils se portent mutuellement; au contraire, celui qui est menacé d'un coup tend la tête et le reçoit ; mais iMèvô sa massue et frappe l'autre également à la tête 9 lequel à son tour se baisse et reçoit )e coup. Ils se font ainsi les uns aux autres des contusions énormes, pendant que leurs femmes et leurs enfans poussent des cris de fureur à quelque distance des combattans.

Loi*squ'un de ces gens veut se marier, oa plutôt s'approprier une femme, il la cherche toujours dans une autre tribu que la sienne. A sa première rencontre avec une tribu étrangère, il se jette au milieu

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d'elle, examine les femmes qui s'y trotin vent j et s'il en aperçoit une qui 4ui conr vienne, il la saisit par le bras ou par. la jambe et l'entraîne à environ 4oo pas du lieu où il l'a trouvée^ alors il la roule par terre, la bat sans miséricorde, la viole et la ramène baignée-dans son sang au milieu de la tribu qui l'accueille avec joie ^ cette manière de courtiser une belle lui. paraissant toute naturelle. Gela fait , l'homme à son tour est mis à l'épreuve, on lui lance des javelots qu'il doit parer , et lorsqu'il a prouvé son adresse, on lui livre la compagne de son choix. Ces sauvages des c6tes passent pour très-hospitaliers.

Terminons ce chapitre sur la NouvelleT Galles du sud ^ par quelques mots touchant les résultats de Vindusérie. Chaque année il s'y consomme pour plus de 400,000 li^ vres sterling de marchandises manufacturées en Angleterre, et il s'en exporte pour lao^ooo environ 4e productions indigènes. Les revenus présentent toujours un bénéfice net de plus de 5o,ooo sterling.

La sotu*ce des richesses de ce pays est sur-

tout dans les troupeaux et les. moutons, dont la laine doit sa parfaite qualité au sol et au climat. Une des plus importantes découvertes pour la colonie est celle d'un passage à travers les montagnes Bleues^ la por pulation , déjà trop pi^essée à Test de cette cnaîne , s'est écoulée commp un torrent dès que la digue qui la retenait a été rompue; elle s'est répandue surîmes belles plaines de Bathurst dont nous avon^ parlée et l'on peut augurer qu'elle s'étendra de plus en plus vers ^e nord-ouest en suivant le cours du Macquarie. Ces plaines si riches en pâturages furent découvertes en iS.iS?

époque depuis laquelle la quantité du bétail s'y est tellement répandue , qu'elle est maintenant immense. Bathurst a également acquis pour ses fromages délicieux la même célébrité que Ghester dans la Grande:;Bre-< tagne; on les expédie en deçà des montagnes Bleues y à la ville de Sydney, où ils sont achetés à un assez haut prix pour les tables des La Reynièçe. de l'Australie. La petite cité de Bathurst s'est élevée comme par enchantement au milieu des contrées

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fertiles et riantes qu'elle décore , et sa po. pulation s'est accnj^e d'une manière si ra-< pide y que bientôt l'on a pu établir , non seulement de fréquentes relations commer* cialeSy mais encore une infinité d'écoles élémentaires y et même une société littéraire y qui au mois de mai i8a6 comptait déjà trente membres résidans.

La longueur de cette lettre nous force de renvoyer à la suivante ce qui concerne la terre de Diémen , la Nouvelle-Zélande , la Nouvelle-Guinée et les autres iles qui avoisinent le cinquième continent et font partie des terr^ Australes ou de l'Australie.

LETTRE XLTII.

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