ANTILLES
Généralité sur les Antilles. Grandes et petites Antilles, divisées en possessions anglaises ^ françaises , espagnoles , hollandaises , suédoises, danoises et pajs lit>res«
^^ATTENDEz pas de moi y mon cher monsieur Villenave (i) , une description miniitieuse de ce vaste archipel qui s'étend des côtes de rAniérique septentrionale à celles de l'Amérique méridionale , dans TAtlan-
(i] Auteur d'une excellente traduction en prose des Métamorphose» iPOvide^ et secrétaire perpétuel de la société p(>.iloteciinM]ue. «
tique; la route que j'ai encore à parcourir pour achever ma tournée du nouveau continent, ne me permet guère de m.'arrôter long-temps en des lieux si dignes pourtant de nos regards; je n'en signalerai que les traits les plus saillans et les portions les plus propres h fixer l'intérêt.
U archipel des Antilles y que l'on nomma aussi dans l'origine de leur découverte les ïndes occidentales ^ soit parce qu'on les croyait liées aux véritables Indes ^ soit parce qu'elles renfermaient des produitsanalogues , tire sa désignation actuelle du mot antilla , la première assignée par les savans aux découvertes de Christophe Colomb , qui commencèrent par. ces r^yages. Le nom à^ archipel colombien , proposé par Malte - Brun en mémoire du célèbre Génois, ne paraît point avoir. prévalu.
Les Antilles sont rangées dans l'Atlantique sur une ligne assez régulière qui court du nord-ouest au sud-est , et se courbe du nord au sud dans sa partie orientale. Cette ligne se projette à son extrémité nord-ouest vers la Floride, pendaut que
l'extrémité opposée vient s'unir à la côte de Cumana , vis-à-vis les bouches de l'Orénoque. Enti'e les Antilles et la côte orientale du Mexique et du Guatemala se trouve la mer qui porte leur nom et qu'elles couvrent tout entière y en laissant derrière elles au nord-ouest le golfe du Mexique , prolongé du nord au midi jusqu'au détroit de Cordova , entre l'île de Cuba et la presqu'île d'Yucatan, détroit à partir duquel la mer s'appelle mer des Antilles jusques aux côtes de Colombie , ou vers celles de Mosquitos , de Costa-Itica et de Dai^en , elle s'appelle aussi mer des Caraïbes, La position astronomique de l'archipel est par a8°— io° lat. N. et 6a°— 88° long. O. Depuis l'extrémité nord vers la pointe septentrionale des Lucayes à l'est , et de Cuba à Fouest, jusqu'à l'extrémité sud-est, vers la pointe de la Trinité, le prolongement est d'environ -^So lieues.
La surface entière de l'archipel des Antilles, sjuivant les évaluations de M. de Humboldt, renferme près de 8,3oo lieues carrées de %o au degré , dont 4 grandes îles ,
Cuba , la Jamaïque , Hafti et Porto-Rico ^ occupent 7,200 ou pris des ^•. La population totale est d'environ S^ooo^ooo d'iia-^ bitans ; en nombre rond , qu'en iSaS M. dé Humboldt répartissàit de la manière aui-. vante :
kii4
Antilles etpagn.. *
Haïti
Antilles anglaises.
.Antilles français..
Antilles holland.,
danois, et suédois.
Totaux.
943,000 SaOfOoo 776,500 219,000
84,5oo
i8z,4oo
6a6,Soo 178,000
6i,3oo
i,x47,5oo (40 p 0/0)
3i9)5oo
3o,ooa 7».35o 2^,000
482,600 ^'i7po/o;
Ces totaux sont fondés sur les données çi-aprës, du même savant; savoir*:
Antilles anglaise*»
Jamaïque 4o3,ooo
Barbades 100,000
Antigoa. 409OOO
Saint-Christophe a3,ooo
Neyis 11 ,000
La Grenade. . ...*.. ^ ... . 29,000
Saiot-YiDcent et Grénadine. ... isS^ooo
La Dominique ao,ooo
MoDserrat ...••. 8,oou
Iles vierges, Anegada, Yirgia,
Gorda et Tortola 8,5oo
Tabago 16,000
Anguilla et Barbada. ...... a,5oo
Trinidad ou Trinité 4i)5oo
Sainte-Lucie % , , 17,000
Lucayes , ou iles Bahamas. . . . . i5,5oo
IlesBermudes i4,5oo
Haïti '. 8ao,ooo
Antilles espagnoles,
Cuba ^ 700,000.
Porto-Ricb aa5,ooo
Marguerite 18,000
945>ooo
jintiltes françaises.
Guadeloupe et ses dépendances
(les Saintes, "Marie galante , la
Désirade et une partie de Saint*
Martin) laOtOOO
Martinique 99»ooo
jântilles hollandaises , danoises et suédoises.
Saint-Euslache et Saba i8«ooo
Saint-Martin 6,000
Curaçao 11,000
Sainte-Croix 5a, 000
Saint-Thomas 7,000
Saint-Jean a,5oo
Saint-Bartbéieuiy 8,000
Les quatre grandes îles de l'archipel, Cuba , la Jamaïque , Haïti et Porto Ricorico , se nomment les grandes Anlilies; les autres forment les petites Antilles. Toutes les îles un peu considérables de cet archipel
renferment de hautes montagnes , et quel ques-unes des volcans. Dans les petites Antilles les plaines les plus étendues se trouvent sur la côte orientale^ c'est le contraire dans les grandes, he seul trait d'uniîFormité se remarque dans les escarpemens brusques, qui dans la plupart des . îles . séparent les terres basses des terres hautes } ils sont surtout frappans à St-Domingue où on les appelle mornes. L'île de Cuba et les Lucayes sont environnées de récifs de cor^ul, qui se couvrent de palmiers.
Toutes les AntUles^étant comprises dans la zone torride sont assujéties à un climat très-chaud que modifient néanmoins quelques dispositions partielles du terrain. Ou* n'y connaît que deux saisons 7 la sëchc, qui dure d'avril à octobre; la pluvieuse qui dure de novembre à mai. La saison sëche est celle des grandes chaleurs , tempérées par les vents alises ou brises de mer ^ui soufflent de l'est , entre le lever et le coucher du soleil 9 et apportent. la. nuit une fraîcheur délicieuse. Les pluies sont légères en avril et mai , et très-abondantes en août et
septembre. La saison des plaies est Fhîver des Antilies , ce qui n'empêche pas qôe k thermomètre de Réaumur n'y monte ordinairement à 2'j^ dans le milieu du jour , chaleur qui, jointe à l'excessive humidité, rend le séjour malsain, dans cette saison oà se font sentir d'épouvantables ouragtms qui déracinent les arbres, renversent, kl malsons, et en tous lieux promèneel lo.m^ vage et la mort. Quand ce phénomigie-doit arriver, l'air est trouble, le soleit reuge, et cependant le temps calme et le somHMl des montagnes clair. On entend soua terre ou dans les citernes un bruit sourd, r^yw^m^ s'il s'y ti*ouvait des vents enfennés; le disque des étoiles est obscurci d'une vapeur qui les fait paraître plus grandes ; le ciel devient au nord-ouest d'un sombre mienaçant; la mer rend une odeur forte et se soulève même au milieu du calme> agitation soudaine qu'on appelle raa de la met. Le vent tourne subitementde l'est à l'ouest, et soufHe avec violence par des reprises qui durent deux heures chaque fois* L'ouragan est accompagné de pluie , d'éclairs, de
tonnerre, et quelquefois de tremblemeus de terre.
Parmi les productions naturelles des Antilles mettons en première ligne la végétation prodigieuçe des arbres et des plantes j l'abondance des orangers, des citronniers, des figuiers , des grenadiers , sur un sol dix fois plus fertile qu'en Europe. L'igname , le manjoc et la patate forment la nourriture des basses classes et des nègres esclaves importés d'Afrique. Le cotonnier, le cacaoyer et le tabac sont indigènes aux Antilles 5 la cannç à sucre, le cafier et l'indigotier y ont été introduits par les Européens. Le produit de ces précieux végétaux est la base du commerce des Antilles avec l'Europe.
Les Antilles n'ont point ai animaux de haute stature , mais beaucoup de reptiles et d'insectes. Les animaux domestiques d'Europe y ont dégén^é. Les perroquets et les colibris pullulent dans les forêts , et les oiseaux aquatiques animent les rivages.
Les habitans primitiâ étaient des Caraïbes y surtout dans les petites Antilles^ ils fu«.
rent massacrés par leurs vainqueurs venus d'Europe, et Ton n'y trouve plus aujourd'hui que des Européens de différentes nations qui y ont établi des colonies , défrichées par des nègres .Tout individu blanc né aux Antilles , quelle que soit sa couleur, est appelé creo/e y quant aux hommes de couleur proprement dits, ils forment plusieurs classes que j'ai eu déjà l'occasion d'indiquer. Parcourons à présent les grandes et les petites Antilles, eil y comprenant les Lucayes. Disons auparavant que les marins distinguentaussi les Antilles en îles duYent et îles sous le Vent; que les îles du Kent sont proprement les petites Antilles, et que les lies sous le Vent^ séparées des Antilles propres, relèvent en partie de la Colombie, dont elles longent la côte septentrionale. Dans les îles sous le Vent se trouvent comprises celles de Curaçao , Aruba , Buen- Ayre et Marguerite, que généralement on rattache au groupe des petites Antilles. Nous n'aurons point égard à cette distinction nouvelle d'îles du Vent et sous le Vent, et nous classerons simplement les
Antilles en Lucàyes, grandes Antilles et petites Antilles,