‹ Voyage dans les cinq parties du mondeChapitre 18 sur 21 · PÉROU · texte numérisé non relu

PÉROU

Généralités physiques. Division en haut et has Pérou. République du Pérou propre ou Bas-Pérou : généralités et particularités qui la concernent. République de Bolivia ou Haut-Pérou : traits physiques , moraux et politiques y relatifs.

In Ytno uao spax'o immenso avea dlrif o le città del sole dal noatro èmitfero , esse ne ilivennero la preda ed il piii preiioao domanio.

Â' Monsieur David , administrateur des doaanes.

Un peuple simple et bon , crédule adorateur du soleil , auquel il avait éleyé des temples couverts d'or, et dont la garde était

confiée à de jeunes vierges , prêtresses da Dieu et épouses des Incas , florissait au Pérou, lorsque Pizarre, en i534> vint s' emparer de ce vaste enipii*e , le dépouiller et massacrer ses habitans. Marmontel et madame de GrafBgny les ont vengés de tant d'horreurs^ il serait superflu de vous les retracer, monsieur el cher compatriote, vous à qui les Lettres d'une Pe'rus^ienne^ les Incas sont si connus; mais , comme vous habitez aux sources du Pactole français, comme vous en surveillez un des principaux écoulemens, penuettez-moi de vous décrire l'état présent de cette contrée lointaine dont le nom magique est encore synonyme de la magnificence ^ à cause des richesses minérales qu'elle renferme et qui paraissent inépuisables.

Le Pérou , compris entre 3"-îi5** lat. S. et 63"-83<» long. O. , a pour limite au noid la Colombie, qui en est sépai-ée en partie par la rivière de Chota , et l'embouchure du rio Tumbez qui se jette dans le golfe 1 de Guyaquil ; à Test, le Brésil, dont le Javari , la Sierra de Corromcunas , et lo

Madeira la séparent en partie , ainsi que le Guapoze, affluent du Paraguay; au sudest, par la république Argentine ou.de Buenos- Ayres ; au sud , par le Chili , qui finit au Rio Salado } et à l'ouest par TOcéan pacifique. Cette étendue dé territoire ^ qui réunit le haut et le bas Pérou , offre en longueur^ du nord au sud, environ 55o lieues, et une largeur moyenne de 200 lieues. Sa superficie totale "est' d'environ 121 7700 lieues cannées de 25 au degré, ou, suivant M. Balbi, de 663,ooo milles carrés géographiques de 60 au degré , comprenant une population de 3 millions d'individus^ dont 400,000 blancs, 1,725,000 Indiens , 682,000 métis, 128,000 mulâtres,, et 120,000 esclaves ou nègres.

La Cordillière des Andes (i) , qui tra-

(1) Nous ayons fait, page 9, dériver le mot atides, da péruvien anta, c'est-à-dire cuivre; mais il paraît qu'il vient plutôt à'antis » nom d'une nation puissante qui occupait une partie des Andes avant Tar^ rivée de Pizarrc.

verse du sud au nord le territoire péruvien , prend ici le nom de CordilUèrt du Pérou. Elle est moins élevée que celle du Quito 7 en Colombie } peu de sommets entrent dans la limite des neiges perpétuelles. On n'y connaît que très-peu de volcans en activité. Elle forme généralement deux chaînes à peu près parallèles , Tune orientale qui forme le noyau central du Pérou; l'autre orientale, beaucoup plus basse y est appelée G)rdillière de la côte. Entre celle-ci et la mer se prolonge proprement le bas Pérou , qui néanmoins s'étend à l'est jusqu'aux limites brésiliennes; entre les deux chaînes se trouve le haut Pérou. Ce qu'on appelle le Pérou intérieur s'étend derrière la principale chaîne vers les sources de l'Ucayal et du Tunguragua ou Maranon. Les points les plus élevés de la chaîne sont les nœuds (i) de Pascopar

(i) Ud nœud, obserre le Bibllomappe , d'où nous tirons ce renseignement , est le point de réunion de plusieurs cbainons latéraux y ou le point de sépa/atien d'une ou plusieurs ramifications.

1 1° lat. S. } de Cuzco , par i4° S.; deParco, par i8° 45' S. Au 16' parallèle , par ^4° long. O. , jusqu'au 20® lat. S., deux cliaînons parallèles forment un bassin particulier dont les lacs de Titicaca et d'Ullagas occupent le fond. Le lac de Titicaca , pour le dire en passant , long de 60 lieues et large de 20 à ^5 , a de 35o à 4oo pieds de profondeur j des forêts de joncs couvrent ses rives , et l'île du même nom est célèbre pour avoir été le séjour de Manco- Gapac , premier législateur et premier Inca des Péruviens. La rivière Z?e^agfi/«c?ero, qui sort de sa partie méridionale y coule vers le sud 9 traverse Iç lac Màchaca , et va se perdre , après un coui^ de 70 lieues , dans le lac Uilagas, qui n'a que 10 lieues de tour. C'est dans le lac Titicaca , dont l'eau est très-saumâtre , que les Indiens jetèrent la plupart de leurs trésors , comme un hommage à leur dieu tutélaire, notamment la grande chaîne d'or d'un Inca , de 337 aunes de longueur. #

L'espace compris entre la crête des Andes et la mer Pacifique semble le côté V. 34

39B d'une longue vallée étroite où. ne s'écoulent que des torrent impétueux, tandis qu'à l'est , sur le bassin de l'Atlantique , s'étendent plusieurs rameaux, des nœuds de Pasco y de Guzco et de Parco , où. naissent plusieurs cours d'eau qui vont grossir, les uns l'Amazone , les autres le Paraguay. Au nœud de Porco se détache la Sierra- Altissimaj qui, par 17® 3o' lat. S. et «ji" long. Om prend le nom à* Altos de inclinyo^ et puis longe le Brésil sous ceux de Cuchao et de Conomamas.

Parmi les rivières péruviennes , sur le bassin du grand Océan , s'il foiut ainsi les appeler, on ne rencontre guère que le Patamayay dans la province de" TruxiUoj le HuaillaSj qui ^ert de limite entre cette province et celle de Lima; VAcarij entre cette dernière et celle d'Aréquipa ; le Cardpacho , qui sépare le Pérou propre du département d'Atacama ,' fraction du Haut Pérou; et le RioSalado , entre le désert d'Atacama et le Chili. Sur le bassin de r Atlantique , nous remarquons d'abord les deux principaux bras de V Amazone , le

Tunf^uragua et 1* Ucajral , dont nos considérations générales ont indiqué les sour^ ces ( p. ']6 et 77 ), puis le Huallaga , qui naît comme le Tunguragua , dans le nœud de Pasco , coule entre les proyinces de Tarma et de Truxillo et les pampas de Sacremento, pour , après un coiuns de 180 lieues , joindre le même Tunguragua ^ Vlnamhariy commun au Bas et Haut-Pérou; VApuritnac , qui , avec ses afIBuens , arrose les proyinces de Guzco , Huamanga , Huancabelica et Tarma ; le Pachitca, coulant à l'est de Tarma : tous trois affluens de TUcayal. D*autre8 grands tributaires de TÀmazone naissent aussi dans le Pérou 9 comme le Madeira , formé du Mamore et du Guaepore : le premier, appelé, dans le haul de son coiu*s , Guapey ou Rio- Grande y sort de la Sierra- Altissima , et prend VIrmane , qui coule sur les confins du Haut et du Bas-Pérou } le second , qui appartient presque entièrement au Brésil , est formé du Paragua , qui contribue à former limite entre le Bas -Pérou et le Brésil, et du Parapitiy qui, sous le nom

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de San'Miguely sépare le Haut-Pérou du pays des Chiq[uito8 , appartenant à Buenos- Ayres^ et traverse , sous le nom nouveau de Rio-Branco y le pays des Moxos y à Tex* trémité duquel il se jette dans le Guapore, Enfin , vers Test le Pilcomayo^ qui* traverse le département de Potosi } le Tarija, tributaire du Vermejo ) et le CcLsabindo , qui contribue à séparer le Haut- Pérou de la république Argentine.

Le Haut et le Bas-Pérou sont compris dans la zone torride, entre l'équ^teur et le tropique du Capricorne; mais la hauteur du sol apporte des variations dans leur cUrnai respectif. Entrç Tocéan Pacifique et la crête des Andes , du nord au sud 9 est le pays nommé le VaUes , où il ne pleut jamais, et où la stérilité est partout, excepté sur le bord des rivières j les orages fréquens et désastreux dans les quebradas ou gorges de la montagne sont ignorés dans cette partie du Pérou , et la chaleur y est tolérable , gr4ce aux brouillards , aux rosées et au vent de mer qui souffle du sud au nord. Une autre zone , dite U

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Sierra^ comprend le Haut-Pérou^ c'est la plus agréable 7 la plus salubre, et celle oh la culture est la plus variée , eu égard à l'élévation du sol ; c'est là que se trouve le plus d'habitans. Vers Test est une troisième zone ^ pour les parties basses et unies qu'arrosent les affluens de l'Amazone et du Paraguay 5 la chaleur y est très-forte et l'humidité considérable , ce qui rend le i:limat très-insalubre y mais la végétation superbe. Dans cette partie et dans la Sierra on ne connaît que deux saisons, qui durent , la pluvieuse de décembre à juin , la sèche de juillet à novembre/

Cette chaleur du climat donne lieu à de nombreuses productions naturelles , dont les principales sont : au Pérou , les gommes odoriférantes, la noix muscade, la cannelle , l'huile , pour le Bas-Pérou } la canne à sucre et le café dans la Sierra; le cacao dans les plaines de l'intérieur; le coton dans le Chillaos } la soie à Mojobamba; le lin et le chanvre dans le Moxos; la laine dans l'Alpaca; mais surtout les mines d'or et d'argent* L'or abonde , mais

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eu des lieux peu accessibles ; il y ea a une mine trës-riche à lo 1. S. de Potoâ, dont la montagne recèle aussi beaucoup d'argent. La montagne de Lauricocha est également remplie de veines et filons argentifères. En outre, la plupart des rivières l'oulent des paillettes d'or. Près de Lima on trouve une mine de cuivre , ainsi que du cinabre pour la peinture^ il y a aussi du cuivre à Aroa^ et la pieiTe de galinazo sert de miroir. Les émeraudes ne sont point rares dans le département d'Atacama. A Test des Andes', les coUines renferment aussi de l'or et du sel gemme. Dé ce côté presque toutes les contrées sont couvertes de forêts^ dans les plaines sont les cacaoyers et les palmiers; aux vallées du Huallaga on cultive l'arbre de cinchona ou arbre à quinquina. Quant aux animaux, ce sont les mêmes espèces que dans la Colombie.

Les habitans de cette terre promise se composent d'Espagnols y de métis , de mulâtres , d'indigènes et de nègres. Les trois premières classes habitent les villes; les

nègres travaillent dans les maisons ou dans les sucreries 5 et les villages sont peuplés d'indigènes , dont encore un nombre assez considérable dans les pampas ou plaines , et dans les forêts à l'est, erre entièrement indépendant sous les curacas ou chefe, appelés improprement caciques par les Espagnols. Ces Indiens libres se divisent en tribus dont les plus puissantes sont les Chunchos au nord de Guzco , sur les bords du Béni, dans le Pérou propre, et les Moxosy sur les deux rives du Guapey dans le Haut ^Pérou. Le nombre des Indiens a diminué depuis la conquête de Pizarre, et comme les autres castes n'ont pas augmenté en proportion , il en résulte que la population est moindre de ce qu'elle était avant l'arrivée des Espagnols, Ceux «ci, ou leurs descendans , sont les moins nombreux. Les métis le sont davantage. Il y a une classe intermédiaire, celle des quarterons y nés d'un Espagnol et d'une métise , comme aussi entre les Indiens et les métis il y a celle des cholos, issus de

ces deux branches et qui ont la f^ice cuivrée.

Les Péruviens indigènes actuels ont bien dégénéré de leurs ancêtres dont Marmontel a fait une peinture si )»rillante. Ils ont une intelligence bornée , un caractès^ mélancolique et timide t'accoutumes à l'oppression , ils sopt pusillanimes devant le pouvoir, et cruels devant la faiblesse. Mais depuis que la liberté règne parmi eux , ils commiencent à améliorer leur être et à entrjer dans la voie de la civilisatioti. Us ont en général conservé leur '/angtfe;^nia-

' temelle y le quichua y qui était celle^des Incasj c'est encore à Lima et à Quito-l'ifliome de la galanterie , car il est propre aux tableaux gracieux y et il paraît plus doux que la langue espagnole y parlée du reste plus universellement , de ipiéme que U/ti^gton catholique romaine : , j^^^^r^plaicâS . pijjilpi^ entièrement les au-

;?lMâ^r€r^^ les Indiens

îndépead/MQS y chezrttui des missionnaires ont porté la connaisââ^e de l'Evangile.

Néanmoins, les ti4bus qui se rapprochent de l'Amazone ont encore leurs mohanes ou sorciers , leurs piripiris ou talismans, leurs idées sur la métempsycose ou la transmigration des âmes. La tribu des Roa-mainas déterre ses morts après un certain laps de temps , et leur fait de secondes funérailles, tandis que celle des CapanagiaSy sur la rivière de Magni, dévore les chairs rôties des défunts, sous prétexte de les. honorer, comme aussi les Guagas mangent , dit-on , leurs prisonniers.

Les péruviens étant depuis i8ai délivrés de toute domination étrangère, les deux gouvememens du Haut et du Bas- Pérou sont républicains comme dans la Colombie, et sans avoir d'états indépendans comme on voit ceux des États-Unis et du Mexique , mais seulement avec des divisions territoriales en provinces ou départemens, qui tous dépendent directement et uniquement du pouvoir central ou congrès^ composé du sénat et des députés, qui forment le pouvoir législatif, pendant que le président retient le pouvoir exé-

cutif , et que des cours exercent le pouvoir judiciaire. Quant aux nuances dans les formes des deux gouvernemens péiiiviens, nous les indiquerons en traitant de chacune de ces deux i^épubliques y comme il va suivre.

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