GUIANE
Généralités physiques , morales et politiques ; divisions territoriales et villes principales de la Colombie. Généralités et détails sur les trois Guianes , française , anglaise et hollandaise.
L'ingénieux voyage entre Meuse et Rhin auquel vous avez su prêter, monsieur le baron , un intérêt si continu, comme dans Robert et Léontine (i), était
(i) M. le baron de la Doucette, ancien préfet,
de nature à .vous inspirer des pages plus çi*acieuses et plus vives que ne le permettiraient les contrées lointaines dont je vais dérouler le tableau dva nt vous. Mais la nature n'offrait pas à vos regards des scënes aussi grandes , aussi pompeuses , aussi mâles que les plaines et les monts de la patrie de Bolivar.
La Colombie j ainsi nommée pour réhabiliter la mémoire de Christophe Colomb , < qui fut le premier à en toucher les côtes , est formée de l'ancien royaume de la Nouvelle-Grenade j au sud-ouest de la capitainerie générale de Carracas ou Venezuela , au nord-est ; elle occupe Textrémité nord et nord-ouest de l'Amérique méridionale.
Comprise entre 12° 25' lat.N.,6** i5*lat. S., et 85" '2o*-6o* 10* long. O. , elle s'étend d'un côte sur le grand Océan y l'espace de
a décrit dans ce dernier ouvrage de Robert et Léontine, les luœurs du xvi*> siècle, aux rives de la Moselle , avec la vérité de l'histoire et le charme du roman.
53o lieues , et de l'autre côté «ur la mer des Antilles et l'Océan atlantique, Tespaèe de 760 lieues. Ses limites sont au nordouest r Amérique centrale ou Guatemala *y au nord la mer des Antilles , à partir de la pointe Careta ; à l'est l'Océan atlantique et la Guiane , à l'embouchure de TEssequebo et au cap Nassau; au sud le Brésil et le Pérou , par les monts Pacaraïmo , le Yapura , l'Amazone et le Javari; et à l'ouest l'océan Pacifique , où sa partie extrême est au nord la pointe Burica , et au sud l'embouchure du» Rio-Tumbez dans le golfe de Guyaquil. Elle présente de la sorte 120 lieues, de frontière avec la Guiane anglaisé , 65o avec le Brésil , et 280 avec le Pérou.
Sa superficie totale est de 828,000 milles cannés géographiques de 60 au degré , ou 1449OOO lieues carrées, avec un circuit de 2,38o lieues , dont 1,290 de côtes. Sa plus grande longueur , depuis la frontière du Guatemala jusqu'à l'Atlantique , est de 600 lieues ; sa plus grande largeur, du cap Gallinas , situé à l'ouest du golfe de Véné-
zuéla , à la frontière du Pérou , entre 74" et 7&> long. O. , est de 470 lieues ^ sa plus petite largeur, à Tisthme de Panama ^ qui lui appartient , est d'environ 10 lieues.
Cette superficie , quatre fois plus grande que celle de la France , ne renferme qu'une population évaluée , par le ministre de la Colombie y en 18117 (i) 9 à a, 900,000 habitans 9 y compris 1100,000 indigènes ou TndioS' Bravos j qui suivent encore l'état sauvage. Dans ce total figurent, pour le Venezuela , goo^oeo habitans ^ pour la Nouvelle-Grenade i,4oo>ooo , et pour Fexprésidence de Quito 60,000. Sous le rapport des races, il contient 1,2849000 blancs, gi 3,000 indigènes» 61 5,000 métis libres, et 1 38,000 individus qui étaient esclaves. La même population totale est comprise dans 12 départemens qui renferment 37 provinces , 23o cantons , g6 cités , m
(1) Historia de ta revolucion dû ta republtea de Columbiay par J.-M. Restripo, tome 1*', introduction.
villes, 1,0^4^ paroisses et 1,294 vice -paroisses. Elle fournit 4B sénateurs et 88 représentans. Voici les noms des douze départeniens et de leurs provinces , et la population de chacune d'elles^ d'après un recensement de 1825.
DiPAAnifBNS.
PAOTIHCBB*
FOPDLATIOK
en i8a5.
Mathcbin.
Oaihoco .
SOLIA
BOYAOA
COMDIIIAIIAICA.
Margarita.
Guinana. .
Barcelona.
Guyana. .
( Barinai . .
1 Apure. . .
I Garabobo .
(Caracas. .
Goro . . .
Maracaîbo TrajUlo. .
Meiida • .
Pamplona.
Socorro. .
Tonja. . .
Gasanare •
I Mariqaita.
Antioqula.
35,174 36,147 i6,3io
66,ia6 i35,o8i 189,633
io4,35
A reporter.
Maodaliua
Monpoz. • Gartagena.
Santa-Marta Riobacha .
iChoco.
Cauca Popayan .
I KnenareDtara
IGhimboraso PlchÎDcha.
Imbambura
ÎGaença. .
Loja. • . ..
Manabi. •
GoTAQciL Guyaqail .
Repwt. i|458,99S
3,379,888 Indiens et autres 5ao»ii9
De ces 1 12 dcpartemens y un seul , celui de Guyaquil , a entièrement son territoire sur le bassin du grand Océan } ceux de risthme , de Cauca et de l'Equateur appartiennent, partie à ce bassin, et partie à celui de la mer des Antilles; les 8 autres se trouvent sur le bassin de cette iner^ ou bien de l'Atlantique,
35^ La Colombie, reposant ainsi entre les deux Océans , est traversée par la g^rande chaîne ou Cordillière des Andes , qui , à 2*» au sud de la ligne, se divise en trois branches, dont la principale se prolonge à Touest par l'isthme de Panama vers l'Amérique du nord 'y les deux autres courent à Test et au nord, avec quelques sous - ramifications. Toutes trois , dit le voyageur Molliqn , se partagent en tierras calienles ou terres chaud s , qui sont ordinairement les vallées des fleuves et les provinces maritimes : tierras templeadas y ou terres tempérées; terras frias ou terres friâdes ; paramos ou terres stériles; et nevados ou terres couvertes de neiges. La même montagne les renferme quelquefois toutes , et c'est le phénomène le plus curieux des Andes, de pouvoir passer, le même jour, du climat dévorant des côtes de l'Afrique centrale aux régions glacées de la Laponie. Ainsi , la température varie infiniment suivant la hauteur où l'on est placé. Le climat des terres chaudes est brûlant sans être malsain pour l'Européen , qui supporte mieux
celui des terres tempérées, depuis ^4^^ j*^' qu'à 900 ou 1 ,000 toises au-dessus du niveau de la mei* 5 celui des terres froides , de 1,000 à 1,400 toises, lui convient parfaitement; au-dessus de 1,400 toises, il ti*ouve celui des paramos rigoureux, et dans les ncvados il périt quelquefois , comme les gens du pays , engourdi par les vents glacés qui y soufflent. Du reste , les quatre saisons de la G)rdillière ressemblent à celles des tropiques. Les vents généraux sont celui du sud, qui donne le beau temps dans les montagnes , et celui du nord , qui amène la pluie' et les orages. On a six mois de pluie et six mois de sécheresse , mais non consécutifs. Le ciel est pur en juillet, août, septembre, janvier et février; il pleut les autres mois de l'année. Les deux saisons sèches commencent avec les solstices , les deux pluvieuses avec les équinoxes.
Les parties les plus hautes de la Cordillière des Andes dépendent du temtoire colombien. On v voit en effet le fameux Chimborazo , le second pic du globe en
élévation j on y remarque aussi de célèbres volcans , tels que ceux de Quito , de Pichincha et de Cotopaxi , lesquels sont peu éloignés les uns des autres. La bouche du Pichincha forme un trou circulaire de près d'une lieue de circonférence. Le Cotopaxiy le plus élevé des trois y et le plus redouté , a une hauteur absolue de 2,950 toises, et est à plus de 5o lieues de la mer. Les volcans de Popayan ont occasionné, en 1827, plusieurs tremblemens de terre.
Ces dangereux voisinages n'arrêtent point la culture ^ et n'éloignent pas le séjour des hommes. Les productions de la teire ne trompent jamais l'espoir du laboureur ; si quelque circonstance les détruit dans un lieu, elles réussissent dans l'autre; elles varient au siuplus suivant les localités. Dans les plaines brûlantes de la Magdalena et du Gauca on récolte du tabac excellent; on cultive le bananier , la canne à sucre, le cacao , et aussi le maïs, compagnon constant de l'homme partout où il se fixe ; " on le rencontre près des champs de froment, d'avoine, de pommes de terre qui
couvrent la régiou des terreft froides. Dans les lieux élevés on sëme le froment en mars ; vers le milieu de la montagne le maïs en juillet; et dans la vallée en septembre. Les récoltes se font ici en jaavier; plus haut, en octobre, et près des paramos, en août. Plus la terre est embrasée et inondée y plus les forêts sont vastes et importantes. A mesure que l'on s'élève les arbres diminuent de hauteur^ et à i^Sco toises on en trouve rarement.
Le territoire colombien est arrosé par un grand nombre de rivières, dont la plupart sont navigables et servent de communications naturelles entre les pays ; de toutes parts également la nature a percé les murailles de la Cordillière et y fait couler les affluens ou les lits de ces rivières pour procurer souvent à l'bomme des routes que tous ses efforts n'eussent jamais pu ouvrir. Il pai'vient , de gradins en gradins , à ces plateaux qui , tels que ceux de Bogoia et de Quito , forment le ternie de tant de merveilles , offrent à Tœil des arbres toujours verts î et si des paramos où
cxpi'i^e la végétation , il redescend dans les vallées , c'est au milieu du bruit des cascades et des ruisseaux qui vont fertiliser le sol et grossir les rivières tributaires des deux Océans , avec un cours dix-neuf fois plus rapide vers le grand Océan à l'ouest; distant seulement de 4o lieues dqs Andes , que vers l'Atlantique à Test , qui en étant séparé par plus de 70b lieues , laisse entre elles et lui les plus vastes plaines du globe dans lesquelles ces rivières n'ont qu'une pente insensible. Voilà pourquoi l'Océan pacifique reçoit beaucoup plus de torrens que de rivières , pendant que l'Atlantique ne reçoit que des rivières^ dont quelquesunes , comme l'Orénoque et l'Am^azone^ coulent aussi lentement que le Volga , leplus lent des fleuves de l'ancien monde.
Les seules rivières colombiennes tribu-»
taires du grand Océan qui aient quelque importance , sont le San-Juan (i) ^ qui sort des monts de Choco^ et coule au sud dans
(1) Voir la longueur de son cours, p. 85. V. 3i
le départemeut de Cauca ^ pour déboucher pràs de la baie de Ghoco , où se jettfi également , près de San-Buenaventura , l'impéCueux Dagua , qui prend nai8san<:e dans les hauteurs de Cali^ le Paiia y qui sort du flanc oppose à celui où naissent la Cauca et la Magdalcna^ et se jette k la mer sous le nom de Barbacoas f la GuyaquU^ formée de plusieurs affluens, et débouchant dans la baie de ce nom.
Sur le bassin de la mer des Antilles ^ fraction de l'Atlantique , nous devons mentionner VAtrato , qui dibouche dans le golfe de Parien après un cours de 60 lieues , et dont la source est peu éloignée de celle de San-Juan ; deux rivière3 qui , ' par le peu d'inclinaison du terrain 011 elles coulent pai^aliëiement à la GordiUiëre , pourraient facilement conununiquer ensemble, et lier ainsi l'Atlantique au grand Océan. Nous devons aussi parler du ZuUa ou BioSulia, qui donne son nom à un département , et après un coui's de 45 lieues se jette dans le fond du lac de Macaraïbo; qui reçoit au sud la Cfugora,
passant à Merida sous le nom de Chama ; et surtout de la Magdalcna , qui sort de rextrémité nord des Andes de Quito y reçoit par sa di^ite la Pàzca et le Bogota près de la capitale de Colombie ^ le Gaiinazo , qui arrose le département de Boyaca, le Lcbrija et le César ^ écoulemens du lac Zapatosa; par sa gauche la Cauca, qui arrose le département de ce nom^ puis ceux de Cundiiiamarca et de Magdalena , et qui y dans un cours de 23o lieues généralement parallèle à ta Magdalena^ baigne Popayan, Cali, Càrthago, Arma et Antioquia.^ La Magdalena , dont le cours est de 1290 lieues , joint la mer par plusieurs bras , près de l'un desquels est Cartbagène , ^oh l'on remonte le fleuve pour aller à Bogota, navigation pénible et qui exige un mois.
C'est au bassin de \ Atlantique proprement dit qu'appartiennent les grands cours d'eau de la Colombie. Nous voyons VOrénoque et Y Amazone y couler, le premier dans tout son cours, le second dans sa partie supérieure. Nous les avons décrits ailleura; ajoutons seulement que les princi-
paux affluens de FOrénoque sont à gauche V Apure j qui traverse la province de Vannas; le Mêla y grossi du Casanare; le Manapire , qui sépare les départemens de rOrénoque et de Varinas; à droite, le Padcunoj le Ventuariy le Cauca, VArui^ et surtout le Caroni^ qui, grossi du Paraguay vient des monts Pacaraïmo. Quant à l'Amazone , ses principaux affluens colombiens sont le Chinchipe, qui joint le fleuve à Jaën ; le Santiago , formé du Zamora et du Paule; le Morona ou yAs^enico , qui 'baigne Macas; le Napo , grossi du Curaray et de VAzuela; le Putu-MayOy qui arrive des montagnes de'jPasto; enfin le Coqueta ou Yopura^ dont le cours de 870 lieues contribue à séparer la Colombie du Brésil. Nous avons dit ailleurs (i) que par le rio Negroj affluent de 5oo lieues de cours et qui est partagé aussi entre la. Colombie et le Brésil , et par le Cassiquiare , l'Amazone est en communication avec FO-
(1) Page 78, inprài
rénoque , vers le point où ces deux grands fleuves ne coulent qu'à 3o lieues de distance l'un de l'autre , par 3^ lat. N. et 69°-70 long. O.
Parmi les lacs de la Colombie nous avons déjà nommé celui de Maracaïbo : long de 5o 1. et large au plus de 35 y il communique au golfe de Vénézuéla/dans la mer des Antilles, par un étroit passage sur lequel est bâtie la ville de Maracaïbo. Le lac Chirîçui n'est qu^'ûne sorte de lagune de âo lieues sur la même mer, près de l'isthme de Panama; enfin le lac Falencia, pr^ du golfe de Triste en face des villes sous le vent , dans le Venezuela , occupe le fond d'une riante vallée , et a i3 lieues de long sur 4 de large.
Avec ces moyens d'irrigation et de communication naturelle y le sol colombien recèle des richesses immenses; dans quelques provinces comme le Choco ,; il est entièrement d'or. Les métaux y comme les productions agricoles , à peu d'exceptions près , sont échelonnés : à une centaine de toises on commence à trouver la zone
de l'or et du platine; plus haut celle de Targeût; le cuivre et Te fei* touchent presque aux extrémités supérieures des moots , ou se trouvent les plus grands dépâ>l8 mé* falliques des Andce.
Si les mers qui entourent le tenritoîre colombien sont paisibles f excqfMé la mer des Antilles, désolée par les ouf^agans, eisi le sol est pourvu de tant de richesses^ îl est aussi infesté à^mnimaux malfaisans, comme le jaguar (i) , le cougptiar , les gros lézarda, ^les serpens (d), les scorpions, le garapata
(i) A la Magdalena, kit J«|^r»et lea caittitfis se font une guerre perpéfuelid : lorsque ranimai des forêts surprend Tamphibie eodormi sur les sables brûlang, il ne manque ^jamais de l'attaquer, et c'est sous sa queue qu'il dirige ses coups, parce que cette partie étant grasse et tendre est ïsl plas rulnérable ; le caïman est tellement effrayé alors qu'il u*ose remuer; mais s'il parvient à entraîner soQ ennemi dans l'eau , il le noie et le dévore : aussi, quand le jaguar est obligé de traverser un fleuve , i! pousse toujours un rugissement terrible, afin d'épouvanter le caïman et de l'éloigner.
(a) 11 y a dans la vallée de Gauea une espèce de
( acarus americanus ), dont la piqûre cause la chute desx cheveux^ le voyageur ne sait où marcher , où s'asseoir , où dormir, dans la crainte des reptiles } les bords des rivières sont peuplés de gegens et de tabanos, mouches petites et grosses , et de caïmans ou crocodiles } l'intérieur des forêts est presque impénétrable. Il n'y a que les hautes vallées d'agréables. Cependant les animaux domestiques sont très-^multipliés, avec Ke caractère que dans les plaines ils
serpent qui , à la pointe du jour, ca^ète comiue une poule. Une autre esp^e de ferpent, qu'on appelle le guaicania , long de 9 ou 10 piedf , avec 9 pouces de diamètre , peut , à l'aide de deui; défenses placées .au-dessous de sa tète , se lerer tout droit; dans cette attitude, il attend sa proie le long des routes et des sentiers, d'où il s'élance sur ^ elle arec rapidité. On en toit dans la proriiice de Buenaf entura sur le grand Océan. Dans cette province et dans celle deChoco, il est une petite grenouille dont le dos* fournit un poison si subtil , que le jaguar ou la panthère blessés des Hèches que les Indiens y trempent, tombent aussitôt en convulsions et meurent.
sont petits et indomptables , et que dans les montagnes ils sont grands , forts et dociles.
Les hahitans ofirent aussi de nombreuses nuances. Les blancs de la côte ont tous les traits espagnols^ ceux de la Gordilliëre ont plus de ressemblance avec les Européens du nord^ un grand nombre sont défigurés par la sypbilis et le goitre. Les Nègres et les Indiens ont aine force de constitution bien supérieure à celle des blancs. Les Indiens surtout sont trës-robustes , ont des dents inaltérables , et leurs cheveux ne blanchissent qu'à 90 ans. Leiir sobriété est ex(;,e8sive, et la chaleur de leur estomac est telle, que rien ne les incommodic. Leur couleur est cuivrée dans les montagnes, et bronzée dans les plaines. Les Indios bravos ou. Indiens sauvages vivent dans les lieux élevés ou sur le bord des lacs et des marais, presque nus , mais accoutumés à cette vie dure, et passent leurs jours presque ignorés du reste des hommes , dont eux-mêmes ignorent l'existence. L'Indien , en général, n'aime pas à vivre en grande société; il
n'est pas y comme le nëgre , bruyant dans ses plaisirs ; il est porté à la mélancolie, et jouit aussi bien , mais avec calme. Au contraire, le peuple des plaines de TOrénoque a un caractère vif et emporté , qui dans les villes dégénère en grossièreté , et dans les llanos en audace et en courage. Le plus grand nombre des nègi^es est répandu dans les provinces maritimes. Celles d'Antio(juia y de la Magdalena , du Cauca , de Guyaquil et du Choco en renferment beaucoup^ dans la branche orientale de la Cordillière on ne trouve que des' blancs et des Indiens.
Quant au caractère national, l'orgueil en est la base j et l'indolence le signe extérieur. L'unique mobile du Colombien est l'intérêt. Il dit volontiers sa pensée politique j mais cache profondément ses desseins } on ne les connaît qu!au moment' où ils éclatent. Quelque faveiu* qu'on sollicite d'un Colombien on ne reçoit pas de refus^ mais la promesse est aussitôt oubliée que donnée. Il se déclare toujours à votre disposition, et ne bouge pas. Il aime les pro-
ces , mais déserte les querelles, et poiirvu que fiSL femme le laisse étendu et fumant le cigare sur son hamac, il est heureux. Dbas tous les rangs on remarque une politesse et une douceur recherchées; mais les connaissances sont encore peu répandues , si ce n'est la langue française > qui sans être aussi générale que l'espagnole , langue nationale, est préférée aux idiomes des autres peuples. Le respect pour les parensest universel parmi les Colomhîens, et les titres de monsieur et de madame sont les aeuls que les enfans donnent i leurs pères et mères. Hàtons-nous de reconnsutre que Thabitude de la dissimulation chez le Colombien est le résultat de l'oppression espagnole sous laquelle il a vécu pendant trois siècles^ mais il est plus que probable qu'il améliorera son caractère sous le gouvernement qui le régit maintenant.
Le gouvernement colombien , entièrement démocratique, repose sur les trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, confiés , le premier au président de la république; le second 9x1 congrès y formé d'une
clmnibre de représentons et d'un sénat; le troisième à des cours de Justice y comme siux États-Unis et au Mexique. Dans chaque paroisse il y a une assemblée qui se réunit tous les 4 slos; pour y voter , il faut êti*e âgé de 3) ansp savoir lire et écrire et posséder loo piastres. Les membres de cette assemblée nomment les électeurs de cantons ^ qui doivent être âgés de 25 ans , posséder 5oo piastres de biens-fonds ou 3oo piastres de revenu» Ceux-ci forment une assemblée provinciale qui se réunit tous les 4 ^uis et nomme les président et viceprésident de la république, les sénateurs et les déjantés. Les sénateurs doivent avoir So ans y une propriété de 4ooo piastres en biens-fonds ou un revenu de 5oo piastres , ou exercer une profession savante } ils sont renouvelés par moitié tous les 4 ^ns* Les députés doivent avoir %5 wb , a^ooo piastres de biens-fonds ou 56o piastres de rente, ou être professeurs; ils sont renouvelés comme les sénateurs , et il y a un députe pai* 4Û9O0 âmes. La chambra des députés est seule revêtue du droit d'accuser le pré-
sidcnt et les ministres devant le séaat* l'esté les attributions des divers corps p tique» sont analogues à celles des trois p voirs de la république mexicaine et celle des Etats-Unis. La religion de !'( est la catliolique ix>maine , mais les aul cultes sont toléi'és.
Les revenus de la république s'élèv à 4ft,8oo,ooo francs > la dette puhUqu u54>ooo,ooo de francs ; V armée est 3t^,366- hommes et la marine de 17 b; mens. A Texception de la garde dup sident, qui porte son ^niforme , le reste 1 quipe à volonté.
Bolivar, président de la république Colombie , a pris le titre de Libérateur peine dans sa 47" année , il est encore U brûlant d'énergie : on vante son désia ressèment, sa valeur, son éloquence gu rière et son activité infatigable. Ses lieu nans Paèz, Urdaneta, Santander , Berm dez , Montilla et Sucre, ont fait tous preu d'une'héroïque bravoure sur les cham de baUille^ mais le plus intrépide seml êtie PUcz, qui tout en afifecUnt un grai
luxe , vit dans une parfaite égalité avec ses soldats.
Nous avons indiqué les douze départemens de la Colombie^ leurs différentes ressources ne nous sont point assez connues pour les énumérer. Bornons -nous à citer leurs villes principales , pour ensuite achever notre revue pai' quelques mots sur l'industrie et le commerce de ces pays en général.
La ville la plus importante de la Colombie par sa position est Panama^ la mieux fortifiée est Cartbagëne; la plus agréable ^ SantarFé de Bogota^ la mieux bâtie, Popayan ; la plus riche , Guyaquil } la plus vivante , Zipaquira } la mieux située , Maracaïbo; Carracasles efface toutes, mais est en ruines; Quito est la plus populeuse. Presque toutes ont la forme d'une croix , dont la grande place et l'église forment le centre; presque toutes sont blanchies à l'extérieur et ont des rues avec des trpttoii*s. Aucune ne renferme naturellement plus d'avantages que la capitale.
SarUa-Fé de Bogota ^ fondée en i538 ,
repose sur un plateau élevé de iâ65 toises au-dessus du niveau de la mer, plus haut conséquemment de loo toises que le couvent du grand Saint-Bernard. Des monUr gnes environnent de toutes parts cette ancienne capitale de la Nouvelle-Grenade , ef aujourd'hui le siège du gouvernement colombien y en même temps que le chef-lieu du département de Ci/ndma/narca; elle se distingue de très-loin par le clocher de sa cathédrale ; le climat en est pluvieux et firoid; leciel y estprescpie toujour» couvert; la température, qui s'élève au-dessuB de la à i4*) s'abaisse souvent à la moitié de ce terma. L'intérieur des maisons en général est mal distribué; on commence seulement à faire usage de vitres. Outre la cathédrale y qui est très-riche , on compte ^6 auti^es églises, 12 couvens , 3 collèges , le palais du président f le palais du congrès , la monnaie , un observatoire, un jaixlin botanique, une bibliothèque de 6,ooo volumes, un théâti'e, trois imprimeries , trois rues bien alignées, et des places spacieuses , toutes ornées de fontaines. La fête-Dieu à Bogota se célèbre
«vec une |^ande pompe. Lee halyitanti ^ sont SkU nombre de 3o,ooo. Santa-Fé y comme le reste de l'Amérique méridionale , est su* jette aux tremblemens de terre , ce qui n*a point permis de donner aux maisons beau-* coup de hauteur.
Le climat de Bogota ^t pai*ticulîiremeot propice aux femmes; elles y sont pltis fratches et mieux portantes qu'ailleurs f elles sont les plus jolies du monde ^ elles emprisonnent leurs pieds mignons dans des souliers d'étofFe d'argent qui les chaussent k merveille ; létÉr goût pour les bijoux est extrême, etcette partie de leur parure coûte des sommes immenses ; elles aiment passionnément la musique et la danse , mais sont moins licencieuses depuis qu'elles sont devenues républicaines. Les hommes font leurs affaires à cheval , non à pied , et it» belles Bogotiennes sortent rarement.
Panama fionl le nom s'associe ài la célébrité de l'isthme sur lequel elle est située au fond d'un grand golfe de l'Océan pacifique 9 à a 1 o lieues K.-O. de Bogota » servait autrefois d'enti^epôtiiuxrichesëes du Péron^
elle ne compte que 112,000 âmes. Chef-lieu du département de V Isthme j elle esta i^S lieues N. de Guyaquily le port le plus important du grand Océan , avec 22,000 4me8 j sur le golfe auquel elle donne son nom , comme au département dont elle est le chef-lieu, à 3oo lieues S.-O.' de Bogota. Entre Guyaquil et Bogota , à 90 lieues de la première et 210 de la seconde, est Quito f ancienne résidence d^une branche des In-
cas , ville de 70,000 haîbitans , sur le ve^ sant oriental du mont Pichincha , dans une vallée d'une profondeur énorme que forment deux crêtes latérales de la chaîne des Andes , et au bas de laquelle roule avec une extrême rapidité le Guailla-Bamba, affluent de TEsmeraldas qui va se jeter dans le grand Océan , à travers le département de Vhquateur dont Quito même est le chef-lieu. Cette ville , quoique située à 1 3 minutes seulement de latitude australe, éprouve un froid assez vif, parce qu'elle est élevée de 1472 toises au-dessus du niveau de la mer, qui en .est à 4o lieues en ligne droite; elle se trouve au milieu des
volcans de Pichincha, de Gayambé , d'Antisana , de Cotopaxi et autres , ce qui Texpose encore à de fréquens tremblemens de terre ^ celui de 1797 fit périr dans cette seule province près de 4 0,000 personnes. A Test des Andes , nous retrouvons Popayan , au pied de la Cordillière et dominant une plaine immense , prës des volcans de Puracé et de Sotara. Ce chef-lieu du département de Cauca voit dans ses enyirons des chauve -souris ou vampires qui pendant le sommeil tirent le sang avec autant d'habileté qu'un chirurgien armé de sa lancette , et pendant que ces animaux phlébotomisent ainsi leur victime, ils Féventent légèrement avec leurs ailes. Popayan compte 26,000 âmes , sur la rivière de Cauca, non loin de sa source et à 90 lieues S.-O. de Bogota , qui est à même distance ^Anlioqma , ville considérable siu* la Cauca , dans une vallée fertilisée par le voisinage des monts n'eigeux de Puracé. En nous rapprochant de la mer des Antilles , nous voyons d'aboixl sur la cote et près de l'isthme, sur le bord septentrional,
Porto-BeUo y à 10 lieue» N#-lf *-0. de Panama y et une des plus ancteniies villes du Nouveau -Monde; Carthagène , dans le delta de la Magdalena , chef-lieu du département de MagdéUsnay excelleat port, peuplé de 24^000 habitana qui soufirent de son climat chaud et humide , et à 17a lieues. N. de Bogota.
A 4^ lieues N.-E. de Carthagène se présente le beau port de SaniaMarta y également sur la mer des Antilles; P^î* Mam calbo j chef-lieU du département de ZuUay au bord occidental du canal qui joint le lac de Biaracàïbo au golfe de Venezuela sur ladite mer. Cette ville y qui compte a5,ooo âmes V est à 3o lieues de Merida , autant de TruxiUo y chefs-lieux de provinces , et à 190 lieues N.-N.-Ë. de Bogota, qui , à ^5 ' lieues au N.-N.-E. , a la ville de Tunjay chef-lieu du département de Boyaca , ou abondent les goitres et ou le sol est aride. Ocanay à «^S lieues N.-N.-£. de Tunja y en dépend.
Dans ]c département de Vénë%uëlay se voient Valencia , près du lac de ce nom .
appelé auMi Tacarigoa , et à 9 lieues N.-E^ de Porto^Cabello, yiUecoimnerçante^maît d'un séjour malsain j sur le golfe de Triste , k 3o lieues O* de Carracas ^ qui est le chef* lieu du département précité , k a8o lieuei N.-£. de Bogota y sur le penchiuit méridional d'une chaîne montagneuse dominant la c6te. Son élévation de 480 toiser lui pro cute une température moins cliaude que ne le ferait présumer sa distance de io<>-^ seulement de l'équateUr. Elle a beaucoup souffert en 181 a d'un tremblement de terre, et on ne lui donne plus que 3o à 40^000 âmes Son port est à /a Guayra , jolie ville qui s'en trouve à 5 lieues. Dans l'intérieur au sud /est Càlabozoy lien célèbre par la victoire de Bolivar sur Morillo ; plus au sud encore est le département de YOrénO' que j dont le chef-lieu , Varinas , peuplé de 10,000 âmes, sur le rio San -Domingo , est à i5o lieues N.-E. de Bogota. ^
Enfin , en avançant à 58 lieues vers l'est, vous arrivez à Barcelone ou Nueva-Barcelonaf bon port de mer k l'embouchure delaNevcri, avec 17,000 habitans^ et k
i5 lieues plus loin, sur le bord méridional du superbe golfe de Cariaco , s'élève Cumana , chef-lieu du départenoieiit de Mar thurin , avec a5 à 3o,ooo.âme8 9 à i4 lieaes O. de Cariaco y ville de 7,000 âmes, sur lé même golfe , à 4^ lieues Cl du cap Paria , ou finit la mep des Antilles et oii commence l'Atlantique proprement dit C'est principalement à Gumana que les babilans des deux sexes vont placer dfes le matin leurs sièges dsCns l'eau , sur le bord de la mer, et s'y livrer aux plus gaisi entretiens , comme aussi au plaisir de la natation, sans autre vêtement q[ue celui de la- nature.
Au-delà de l'Orénoque- et jusques aux frontières de la Guiane anglaise, errent les débris de la nation des Caraïbes ^ sur laquelle il n'existe que des notions vagues et douteuses. Il en est de même de plusieurs autres tribus , tels que les Otomacas et les Yaruras ,. qui , dit-on, se nourrissent quelquefois de terre glaise , et qui vivent entre l'Apure , le Meta et l'Orénoque ; des Guamas et des Chitarcros , qui habitent les
bords de l'Apure^ ainsi que des Aruaccts , des Cundayes et autres qui s'étendent plus au sud. Nous n'irons point nous égarer dans un dédale d,e conjectui*es à leur égard; nous reviendrons de préférence à ce qui nous reste à dire sur Vindustrie colombienne. I
Dans les travaux agricoles , la houe tient lieu de charrue pour les vallées chaudes. Il n'existe pas de données générales sur la valeur des terres^ néanmoins une terre de 3o cordes de long et i5 de large (i) vaut i,ooo piastres dans la r^ion froide. Leç fermes les plus riches sont celles qui avoisinent les villes. Le coton , le sucre et le cacao sont mal cultivés. Le sel de Zipaquira se vend 6 à 7 réaux Tarrobe (2). Le cacao est après le sel la mai'chandise la plus importante } celui de la Magdalena se vend
(1) Chaque corde a 78 Tares, et chaque vare 57 pouces castillans.
(2) Le réal vaut a5 centimes, l'arrobe équivaut à 95 livres.
3o piastres la charge de i o arrobes y 4® puiS' très à Antioquia y 5o à Cartlugëne. Le sucre est presque entiëremeDi consomini dans le pays. On exporte quelque peu dt tabac de Yarioas. Le commerce des peiia ne rapporte à Panama qu'environ 4O9OO0 piastres par année. La nacre de perles n^fll plus demandée. Tout le commerce maritime se fait dans les ports de la Guayn f Sainte-Marthe ^ Carthagine, Chalet , IV)^ to-Bello y Panama et Guyaqiûl ^ les étr«i» gers fréquentent peu San-Tomét Puerto»
Cahello y Maracàibo sur la mer des Antilks^ et San-Bnenaventura sur le grand Océto.
Les relations commerciales sont entretenuei à la faveur d'embarcations légères , par la Magdalena, l'Orénoque, la Zulia, la Cauca, r.Atrato , le Chagres et le Dagua. C'est par la Magdalena que communiquent eih tre elles les provinces de Neiva , de Po" payan , de Mariquita , d' Antioquia , de Sainte-Marthe et de Garthagène. Quand le gouvernement joindra l'Atrato au rio San- Juan , le conunerce en augmentera considérablement. L'église de Ghiquinquira ^
la Notre-Dame^e-Lorette de la Colombie]; . il ne s'y dit pas de mesee aU-de88oiiB de six pia$tt*es, et lee dons journaliers y sont considérables. Le commerce de Popayap consiste en laine tiré» d'£ui*ope» C'est peu loin de la ville de la Plata que Ton passe la rivière de ce nom sur un pont suspendik en courroies de cuirs attachées à des pieuse
fixés à chacun de ses rivages»
Nous nous en/ éloignerons pour aller chercher ceux de rOrénoque et franchir ceux-ci y afin de pénétrer dans la Guiane^ qui en est voisine au midi.
GUIATŒ.
Le nom de Guiane ou Goyana, dérivé d'un petit affluent de l'Orénoque , et qui s'appliquait au pays bais^né par l'Atlantique, entre les bouches de l'Orénoque et celles de l'Amazone^ sans limite déterminée dans l'intérieur , paraît encore s'entendre ainsi pour cet espace. La Guiane est donc située entre 8" ao' lat. N. — 3» lat. S. , et
52<»-^»j2'' 4<>' long. O. Le côté de la mer est une côte basse où l'Atlantique à la couleur de l'eau de mare; on n'aperçoit que la cime des arbres qui s'élèvent sur les flots; et les embouchures des fleuves ne se reconnaissent qu'à la couleur de l'eau fraîche «qui entre dans la mer, sans se mêler avec la sienne à une distance de plusieurs lieues. Le climat chaud de la Guiane est tempéré chaque jour par des brises de mer rafraîchissantes, qui soufflent de lo heures du matin à 6 heures du soir ; quand les chaleurs ont cessé on entend à peine le plus léger zéphyr. Elles sont suivies de brouillards qui rendent les nuits très-froides humides et malsaines. La longueur du jour ne varie jamais de plus de 4o minutes; le soleil s'y lève constamment vers 6 heures du matin et s'y couche à la même heure le soir. La saison sèche et celle dos pluies J se divisent Tannée , et en font quatre parts, savoir : la sèche qui a un grand et un petit , été, et la pluvieuse qui a un temps où les pluies durent moins qu'en un autre , quoique cependant elles ne tombent que quand
le soleil est vertical , ce qui près de la ligne a lieu deux fois rannée et dans un espace de temps égal. Pour les deux saisons sëches y la grande commence en octobre^, au moment où le soleil vient de traverser l'équateur, et passe au tropique du capricorne. En mars viennent les pluies^ en juin, où le 'soleil s'est avancé du tropique du cancer, vient une courte chaleui* qui dure jusqu'en juillet. La saison sèche , appelée à Cayeune grand été, y dure depuis la fin de juillet jusqu'en novembre , La .saison pluvieuse y correspond à l'hiver d'Europe. En mars et avril règne un petit été; à la fin d'avril et en mai abondent les pluies. En somme le thermomètre de Réaumur s'élève à Cayenne à 28° dans la saison sèche et à 24° dans la saison pluvieuse 5 à Surinam , il monte à 25<^, mais la chaleur moyenne est de. 20**. Dans l'intérieur du pays , le froid défe matinées oblige l'Européen à se chauffer. La continuité des pluies pendant que le soleil est vertical , est nécessaire pour réparer les desséchemens occasionnés pai* un ciel si brûlant. Chose V. 33-
utounante, l'humidité dans les Antilles, à la Barbade , par exemple , qui n'est qu'à 1 3"* de lat. N. , rëgne depuis le mois d'août jusqu'en décembre; et à Démérari, qui n'est qu'à 6<* plus près de la ligne y dans la Guiane anglaise > la sécheresse règne dans ce même temps , et vic^ versd.
Quelques parties de la Guiane sont montagneuses et nue85 néanmoins le sol y est généralement fertile, Tqute l'année la terre est couverte de verdure; les aibres portent en même temps des fleurs et des fruits. Cette fertilité est due à la réonion de la chaleur et de l'humidité , et 3& plus dans les terres basses à leur position qui empêche Fintensité de cette chaleui* de détruire toute végétation , principalement dans les parties cultivées par les Européens. 11 est vrai que cet état de choses expose ceux-ci à des fièvres souvent funestes.
La Guiane a ses rivièi^es propres : les principales sowlV Oyapock ^ le Maronij le Surinam , le Demerariy la, Bcrbîce et VEsscguebo. Toutes ont une embouchure large et profonde ; celle de l'Ëssequebo est de 7
lieues ; et dans leur cours elles présentent des cataractes nombreuses. Le Surinam, rOyapock le Demerari et l'Essequebo sont seuls navigaTbles. Le Sinamariy tristement célèbre par les victimes que le directoire y envoya périr, coule dans la partie française. Ces fleuves traversent d'immenses for^ qui fournissent des bois magnifiques , soit de construction , comme le courbaril et Tacoma, soit pour les usages industriels, comme l'acajou , le cédrel , le cimira qui donne une belle teinture rouge , le ceiba dont on fait de grandes pirogues , le pat^vona qui forme un large parasol de cabane, et le vorai dont les grandes feuilles sont employées à couvrir les maisons. L'aspect des forêts de la Guiane est aussi varié et aussi imposant que celui des forêts du Brésil. Toutefois -si des arbres procurent des résines , comme le courbaril ) de la gomme élastique , comme le hévé ou caoutchouc \ de la gousse , comme le rocouyer, d'autres recèlent des poisons redoutables , tels que le curare et le vourard. V2xm\\e& animaux qu'on y trouve figurent les jaguars , lea
coagouars , lés tapirs y les chaU-tigres , les singes , de grosses chauve- souris , d'énormes scrpens , et une infinité d'oiseaux.
Des dons plus précieux du sol de la Havane sont la vanille y la salsepareille et le cacao -, diverses sortes d' épiées et d'aromates y l'indigo et le coton y la canne à sucre et le café. Cest afin de recueillir ces diverses productions y que des Européens vont s'établir à la Guiane y et non pour y admirer les merveilles delà nature; l'amour du gain l'emporte ainsi sur la santé y puis^ que le climat des côtes où ils séjournent est loin de leur être favorable.
Depuis l'émancipation des colonies espagnoles et portugaises y la Guiane est restreinte à trois divisions: la Guiane anglaise , la Guiane hollandaise y et la Guiane française.
La Guiane anglaise , comprise entre 7° 3o'— 4° lat. N. et 59° 3o'— 62«long. O;, est limitée à l'ouest par la Colombie, dont l'Essequebo la sépare en partie , à l'est par la Guiane hollandaise y au noi^ par l'Atlantique y et au sud par des forêts qui tou-
chcnt au Brésil. Elle a loo lieues de longueur du nord au sud et 3o de large , avec une superficie de 35oo lieues carrées et une, population de 90,000 âmes dont environ 70,000 nègres, et le reste Indiens ou blancs. Elle se divise en trois districts , Delnerari y Berbice etEssequebo. Sa capitale est Georgetown^ appelée auparavant Slraboek par les Hollandais qui la fondèrent sur les bords du Demerari , où la famille Boode ade superbes plantations 5 cette ville réunit environ 12,000 individus dont 3 à 47OOO blancs.
La Guiane hollandaise y entre la précédente et la française , par 6° 3o' — 3** lat. N. et 56** — 60' long. O. , longue de 78 lieues, et large de 65 , a une superficie d'environ* 5,000 lieues carrées , avec une population de 80,000 âmes. Sa capitale , Paramaribo , à l'embouchure de la rivière de Surinam, renferme au-delà de i5,ooo habitans dont im quart formé d'Européens. C'est une des plus belles et des plus riches villes de l'Amérique du sud } son port est sûr et com-
3go
mode; ses quais sont d'un abord Aicile; sa ' position à 5 ou G lieues de la mer est extrêmement agréable ; les maisons sont d'une grande propreté ; les rues sont tirées au cordeau ; les places sablées et ombragées par des allées d'orangers.
La Guiane française y bornée à l'ouest par la précédente dont le Maroni la sépare, au nord par l'Atlantique y à Test et au sud par le Brésil dpnt rOyapbck y nommé aussi Vincent-Pincon y et ime chaîne de montagnes la séparent , a aoo lieues de long du nord-est à l'ouest y sur une largeur qui varie de 3o à 70 lieues; sa surlace eét de 7,620 lieues carrées et sa population de 70,000 âmes , y compris les Indiens et les nègres. Placée entre 6° — a** làt. N. et 58" —53® long. O. , elle offre i4o lieues de côtes. Dans l'intérieur on n'a remonté le Maroni qu'à une cinquantaine de lieues y à cause des cataractes dont il est hérissé; mais sa source paraît être deux fois plus éloignée. Yers le Brésil nos limites longent le fleuve des Amazones à la distance de i5
iieues de sa rive gauche juscpi'au rio-Negro qui s'y jette à plus de !ï5o lienes de la mer. JEjitre les rivières de Mahuri et de Cayeime se trouve Tîle de Cayenne , qui ressemble à celle de la Camargue assise à Tembouchure du Rhône. Elle a environ i5 lieues de circuit et n'est, séparée du continent que par un bras de rivière ^ elle est coupée en deux par un canal communiquant à une crique unie aU Mahuri ; elle ofîre des monticules et des teiTes basses qui ne sont cependant jamais noyées. Les Français s'établirent pour la première fois en 1635, à l'extrémité occidentale de cette lie et fondèrent le seul bourg qui existe encore dans la colonie et qui, décoré dû nom de ville , |[:on8iste en un amas de 200 cases , avec la maison du gouverneur, l'é*: glise et le collège qui sont bâtis en pierre. Cayenne est par 4° 56' lat. N. et 54*» 35' long. O. La température dans l'intérieur des terres et le haut des rivières est bien différente de ce qu'elle est à Cayenne. Là les nuits sont extrêmement fraîches; l'atmosphère est -chargée d'épais brouillards
depuis 6 heures du soii* jusqu'à n heures du matin. La chaleur y est au contraire plus forte qu'à la ville pendant le jour, où les brises de large et de Test tempèrent l'aixieur du soleil et la rendent supportable. La population de l'île est de i3 à 14,000 habitans, dont environ 1,000 blancs.
Les principaux produits de cette colonie sont le sucre , le café , le coton , le girofle , le poivre noir et blanc, là muscade, la cannelle , le cacao, la vanille, l'indigo , le riz, la gomme-, la mélasse , le^^ffia et le manioc. Les bois de construction se tirent maintenant de la nouvelle colonie de la ' ManUy fondée en 1824 sur la rivière de ce nom , à 5o lieues sous le vent de l'île de Cayenne , à 3 ou 4 ^u vent du Maroni , et toujours dans la Guiane française , que nous quitterons pour remonter l'Amazone et chercher le Pérou, d'où nous reviendrons vers le Brésil.