‹ Voyage dans les cinq parties du mondeChapitre 2 sur 21 · A MONSIEUR · texte numérisé non relu

A MONSIEUR

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DE L'AUTEUli.

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yOYAGE

;nSQ PARTIES DU MONDE.

LETTRE XXXYI.

Coup (T aàl géographique sur l'jimérique en général : Sitiiaiioa , surface , populalicm ; aiipect et climat; montagnes, bassins et fleuves; golfes, lacs, détroits et autres accidens naturels; productions des trois règnes; races humâmes } religions , langues et constitutions américaines. Division de VA" ■ mérique en septentrionale et méridionale; généralités relatives à chacune.

17a monde éclatant d'or à tes yeux vient de naître , Audacieux Colomb , tu eonrs le reconnaître ; L'Océan stupéfait s'abaisse devant toi.

Depuis la découverte de la boussole , les expéditions maritimes avaient pris en £u-

rope une extension considérable; plusieurs îles voisines du continent africain avaient été successivement reconnues par les Portugais; ils venaient d'explorer les côtes depuis le cap Noun , et s'avançaient vers le midi jusqu'au cap de Bonne-Espérance , non encore dépassé, lorsqu'un Génois, frappé, peutrêtre, du vide immense qui existait dans la science géographique , puisqu'on ne connaissait qu'une moitié du sphéroïde terrestre , soutint, diton , qu'il devait y avoir un nouvel hémisphère et qu'on le trouverait en voguant toujoùi^ vers l'occident (i). Traité de visionnaire par ses compatriotes , repoussé dans ses demandes par l'Angleterre, la France et le Portugal, Colomb vint en Espagne, où, après huit années de sollicitations, il réussit à faire goûter ses plans à la reine Isabelle. . Il en

(i) Washington Tient de réduire un peu la gloire de Colomb, en établissant que c/e grand homme ne soupçonnait point de terre intermédiaire à Touest de l'ancien continent; qu'il croyait le globe plus petit » et que cette double erreur, en le poussant Ters TAsie par l'Atlantique, fit découvrir le nou- Tean monde. (^<'^* ofColumbus, etc.)

obtient trois petits vaisseaux , et au bout de 33 jours de navigation il touche aux premières terres du nouveau monde, en 1492. C'était une île du groupe des Lucayes ; il l'appela San-Salyador. Il découvrit ensuite une île plus étendue qui portait le nom d'Haïti. Revenu triomphant sur le sol ibérique , il repart avec dix-sept vaisseaux, atteint la Jamaïque; puis Cuba et autres îles voisines , et dans un quatrîème ou dernier voyage, quoiqu'il eût expié dans les fers le crime d'avoir acquis à l'Es-pagne des monceaux d'or et la seconde moitié du globe , il va enfin apercevoir les côtes du nouveau continent, c'est-à-dire celles de Yeragua , et le port qu'il nomma Porto-Bello , à l'orient de l'isthme de Darien. Quelques années après , et pendant que l'infortuné Colomb , de retour en Europe , végétait dans l'oubli , le Florentin Améric Vespuce allait, en explorant les rivages déjà vus par son prédécesseur , et en publiant les premières cartes du pays , enlever à l'illustre Génois l'honneur de voir donner son nom à cette quatrième

partie du inonde. Ainsi Tann^uce des découvertes de Colomb fut marquée par une injustice, triste présage des maux dont Cortez et Pizarre devaient accabler les peuples indigènes , jusqu'à ce qu'enfin ceux-ci eussent brisé le joug d'un honteux esclavage et se fussent émancipés , ceux du nord par le génie de Washington, et ceux du sud par répée de Bolivar.

U Amérique , cette teire partout arrosée et fécondée par les plus grands cours d'eau du globe } cette vaste contrée qu'en moins de trois siècles on a reconnue dans toutes ses dimensions , tandis que plus d'un tiers du territoire de l'ancien continent, surtout l'Afrique , résiste encore à la persévérance des plus hai'dis explorateurs 5 cette terre où l'histoire n'offre rien d'obsciu* ni de problématique , où l'on voit des peuplés sans annales' et sans souvenirs, excepté deux états, comme le Mexique, où régnèrent les Montézuma , et le Pérou , domaine des Incas , empires dont la civilisation peu avancée disparut devant celle de leui^ conquérans destructeurs, qui dans

toutes les contrées successivement assujëties à leur domination imposèrent leur langue^ leur religion et leurs usages; cette tare enfin , si remarquable par ses forêts immenses , ses énormes plateaux disposés par étages, ses plaines , ses lacs , ses plages marécageuses , ses chaînes de volcans y sa végétation luxuriante, ses déserts et ses animaux particuliers, s'étend surplus de i3o** de latitude, ou 3,25o lieues de 25 au degré.

Vers le pôle boréal , sa limite n'est pas déterminée, à cause des glaces dont le littoral est entouré , barrière insurmontable pour les navigateurs ; au nord-ouest, ^on point extrême est le cap du Prince-de- Galles, par 66" lat. N. et i70<» long. O. Si , comme il le paraît , le Groenland se rattache à l'Amérique , un des caps de cette terre ou île est un des points extrêmes du nouveau monde au nord-est ; tandis que sa frontière vers le pôle austral est marquée par la Terre-de-Feu , àmoins qu'on ne s'arrête au cap Froward , au sud de la Patagonie. Ainsi , au nord , ignorance absolue de

la distance au pôle arctique pour les côtes ainéricaines, qui y au midi , s'approchent du pèle Antarctique à la distance d'environ 3o deg^*és. La limite orientale est formée pa^^ rOcéan atlantique , et celle du couchant par rOcéan pacifique , lesquelles mers , en isolant l'Amérique de l'ancien continent , la haignent dans toute sa longueur du nord au sud , et se rapprochent tellement l'une de l'autre vers le milieu, ou au 9° lat. N., que leurs eaux ne laissent plus entre elles qu'une petite langue de terre sinueuse , nommée V isthme de Panama, large au plus àe 17. lieues, et qui, comme l'isthme de Suez , entre l'Asie et l'Afrique , divise l'Amérique en deux longs massifs bien distincts, celui du nord et celui du midi, formant, le premier V Amérique septentrionale, et le second V Amérique méridionale.

Ces deux massifs, alongés dansje sens des pôles en deux grandes péninsules qui ensemble renfeiment toutes les saisons, offrent ensemble également une superficie de 1 1,1 46^000 carrés de 60 au degi'é équa-

toriai| nombre égal à peu près à la moitié du territoire de Tancien monde, évalué par M. Balbi^ dans s^l Balance politique du globe y au i" janvier 18*28, à 23,4^7,000 milles carrés. Cette moitié réunit une po^ ' pulation de 89,000,000 d'habitans , suivant la même balance, c'est-à-dire 4 millions de plus que n'indiquait M. de Humboldt , et que je n'avais porté dans mon introduction, tome I*', p. XVI. Le savant Hassel porte cette population à 449OOO7OOO d'individus au I*' janvier i8a5, et ne ti'ouve point exagérée cette évaluation , dont le tiers est composé de blancs, savoir : ]3 à i4?ooo,ooo dans l'Amérique du nord, 1 à 3,000,000 dans celle du sud, et 65o,ooo aux Antilles ou Indes occidentales. En supposant pour terme moyen 4o millions d^habilans, on se rapprocherait beaucoup peutêtre du nombre réel. M. de Humbold/ établissait, en 1828, pour les races américaines la distribution numérique ci-après :

Blaocs. . , i3, 163,000 indiv.

Indiens 8,610,000

Wègre.j '""*'• • •''*4'<"'°| 6,mS,ooo ( esclaTes. 6,079,000 )

Races mixtes 6,289,000

Ce qui ofiirait en individus blancs 38 pour 100 9 en Indiens 25 pour 100, en nègres 18 pour 100 9 et mêlés 19 pour loo. Le même auteur donne à toute FAmérique, depuis le cap Horn jusqu'au parallèle de Melleville's Sound et du cap Bairow, ' y compris les Antilles et Terre-Neuve , 1,186,930 lieues marines carrées de 20 au dejg^ré.

Les deux massifs dont se compose le sol américain ont, celui du nord 1,700 lieue^ de longueur de la mer polaire boréale à l'isthme de Panama , et celui du midi environ i,65o lieues; la plus grande largeur dû premier est de i,5oo lieues dans la partie septentrionale , qui va toujours en diminuant vers le sud , au point de se réduire à une douzaine de lieues à Fisthme qui fait limite entre les deux massifs } la plus grande largeur du massif du midi ou de l'Amérique méridionale, par 5° lat. S., est 4e i,35o lieues.

Les deux grandes péninsules américaines sont sillonnées dans toute leur étendue du midi au nord par une chaîne de hautes montagnes , moins raides et jplus éloignées de la Mer atlantique à Testée de l'Océan pacifique à l'oijiest. Sur le massif dii midi y elles sont désignées sous le nom général de cordillière des Andes j mot dérivé du péru* vien antk dont l'origine est ania^ qui veut aire cuivre, parce que les Andes con« tiennent beaucoup de ce métal. Franchissant l'isthme de Panama, elles entrent sur le massif du nord sous le nom de Cordillières ou Alpes de Californie , et vont se perdre vers le pôle boréal sous la désignation de montagnes rocheuses ou pierreuses (i), qui jettent à l'orient un rameau nommé les monts Alleghany et Apalacfies, dépendans des Ëtats-Unis. Le pic le plus élevé des montagnes des Andes, est le Chimborazo, près de Quito et de l'équatèur, dans l'Amérique du sud 5 il a 3,35o toises au-dessus

(i) Rocky mountains.

tives.à chacune des deux Amériques. Bornons-nous à dire en ce moment qu'il n'est aucune autre partie du globe aussi favorisée en communications de ce genre. A l'aide du seul Mississipi et de ses nombreux affluens , on peut aller par eau de l'Atlantique à l'Océan pacifique , en gagnant la dolumbia, dont la source est voisine de celle de ce grand fleuve , qui, par les eaux d'un lac d'où sort le Gravel-river, se lie également aux lacs du Canada, lesquels forment le cours du majestueux Saint- Laurent; à son tour, l'Amazone oflre plus de 1 ,000 lieues navigables } et , comme on le verra plus tard , elle se met en relation , par un de ses affluens au nord , avec un de ceux de l'Orénoque y bien que leurs em* bouchures se trouvent à plus de aSo lieues l'une de l'autre.

Parmi les lacs du nouveau monde , plaçons en première ligne ceux du Canada , que je viens de citer, entre autres le Lac supérieur^ et puis nommons le Titicaca dans l'Amérique méridionale , masses d'eau précieuses dont nous parlerons en

leur lieu. Elles nous rappellent d'autres grands accidens naturels analogues , tels que les golfes ou mers intérieures , et les détroits.

Entre les deux Amériques , l'Océan at* lantique a formé une sorte de mer intérieure appelée mer des Antilles j pttt:e qu'elle se trouve entre la portion de terre orientale la plus resserrée du nouveau continent et les îles connues sous le nom d' Antilles y ou d'Ipdes occidei;Ltales , parce qu'on les crpyait rattachées aux grandes Indes; la même mer s'avançât au nord d^ms les terres du massif /septentrional, y va former le golfe du Mexique , où débouche le Mississipi. Au delà du Saint Laurent, et en se rapprochant des régions boréales , se voient à l'est la mer et le détrçit XHudson , puis le détroit de Davis et la baie de Baffin; tandis qu'à l'ouest grondent les eaux du détroit de Behring , qui sépare l'Amérique de l'Asie. En redescendant par la Mer pacifique vers l'équateur , et en suivant le littoral , on rencontre d'abord le golfe de Géorgie , puis

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