‹ Voyage dans les cinq parties du mondeChapitre 20 sur 21 · RÉPUBLIQUE DE BOLIVIA · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE DE BOLIVIA

LàA' république du Haut-Pérou , fondée par Bolivar en iSsS , d'où lui vient le nom de Bolivia , est située par aa*» - si5° 4®' lat. 8. , et 63°-7Si<»-58*» long. O. , à Test du grand Océan , au sud-est du Pérou propre , au nord du Chili et de Buenos-Ayres; au nord-est le Brésil, dont le Guapore en partie le sépare; elle a 876 lieues de lenteur extrême, 220 de longueur moyenne , et 200 de largeur , avec une superficie de 43^000 lieues carrées (i) et xme population de i,3oo,ooo habitans.

(1) Ou 3 10,000 milles carrés géographiques de 6q au degré , d'après M. Balbi.

Lo territoire bolivien est divisé en cinq départemens : la Paz , au nord-ouest; Sonia Cruz , Cochabamha et Ckarc€ts au centre et à l'est 5 et Potosi , au sud. Chacun de ces départemens se subdivise en provinces , et celles-ci en cantons. Le territoire est gouverné par des préfets pour les départemens , des gouverneurs pour les provinces, des corrégidors poiu* les cantons I et des juges de paix et des alcades pour les communes. Les cinq départemens, à Texception de celui de Potosi, dont l'exti*émité sud-ouest touche au grand Océan , sont situés snr le bassin de l'Atlantique. Au nord-est se trouve le pays des. Moxos , indépendant , mais renfermé dans, le Haut Pérou.

La Paz y chef-lieu du département de c& nom , dans une plaine à i4 1* S.-E. du lac Titicaca, renferme 20,000 âmes; elle est à 70 1. N.-O. de CÀ//^z/ûaca^ capitale de la. république bolivienne et chef-lieu du département de Charcas , sur le Cochimayo,. au pied de la fameuse montagne de Porco ^^ si riche en mines d'argent, d'où est veni^

le nom de Piata y que porte plus communément celte capitale , peuplée de 3o,ooa âmes. A 95 1. N.-E. elle a Santa-Cruzy che^Iieu de départeiaent , avec 8,000 individus f à 36 1. N. , Oropesa , chef-lieu du Q)chabamba, avec 17,000 habitans; et k 18 1. O. S.-O, la célèbre Potosi , cheflieu de département, avec à peine 20,000 âmes, 4iu lieu de 5o,ooo qu'elle possédait il y à 3o ans. Elle est bâtie sur le versant oriental du Cerro de Potosi ^ toutes les mes sont en pente } l'air y est si léger que l'on ne peut faire 5o pas sans éprou* ver un manque de respiration qui force à marcher très -doucement, et à s'arrêter souvent pour reprendre haleine. Cet in*^ convénient provient du voisinage des mines. Le climat est d'ailleurs très-rigoureux et trè^- variable; on a quatre saisons presque chaque joui* de l'été , qui est de décembre à mars ; l'hiver est très-sec et très^ froid. U n'y a aucune promenade, aucun divertissement ; les habitans se visitent très-peu; tous les alentours de Potosi ne sont que pierres et roches ; tous les fruits

4i6 viennent du dehors, à la distance de 3o lieues , ainsi que le bois et les fourrages. Les Indiens de Potosi y les plus sales de toute TAmérique , forment plus du tiers de la population de cette ville ; ils ne changent pas de vétemens , et leur plus grande occupation est de se manger les uns aux autres la vermine.

Bans le même département de Potosi^ et sur la mer Pacifique se trouve Cobija, le seul port que possède la république bolivienne; c*est un petit havre dépendant de la province d'Atacama , longue de loo lieues sur 20 de large y affireux désert dont les extrémités sont seules habitées. L'eau douce à Cobija est rare y et le gouvernement bolivien négocie avec celui de Lima pour obtenir le port d'Arica y situé dans la province d'Aréquipa et à 160 lieues de Potosi. En cas de réussite, la capitale du Haut -Pérou serait transportée à Cochabamba ,k 4 1- S. d'Oropesa et au milieu d'un territoire fertile et bien arrosé.

Le gouvernement bolivien est une représentation populaire. La souveraineté

émane du peuple et l'exercice en réside âans quatre pouvoirs y électoral^ législatif, exécutif et judiciaire. Les citoyens actifs exercent immédiatement le pouvoir électoral en nommant un électeur pour dix citoyens. Le corps ou pouvoir électoral se compose des électeurs ainsi nommés par le peuple pour quatre ans. Ces électeurs élisent les membres de chaque ckambre ^ et les canditats aux places vacantes dont la nomination leur appartient^ les candidats aux préfectures*. Le pouvoir ou corps législatif y qui émane immédiatement de» collèges électoraux, réside dams trois chambres j celle des tribuns , celle des censeurs et celle des sénateui's. Chaque chambre est composée de 3o membres^ toutes trois contribuent à la confection des lois, à la nomination du président de la république^ à celle d'autres agens du pouvoir exécutif; leurs séances sont publiques , et toute résolution est prise à la majorité absolue. Chaque législature doit durer 4 ^^^' ^^ tribunat, dont les membres sont nommés pour 4 ^^OA j avec renouvellement de moi-^

4*8 lié tous les deai ans y appartient Tinitia^ tive des projets de lois sur les impôts , les emprunts y la paix et la guerre ; le sénat ^ dont les membi'es sont élus pour 8 am^ avec renouvellement de moitié tous les 4 ans, rédige les codes, les rëglemens ecclésiastiques y veille à Tadministration de la justice y choisit les préfets et corrégidors présentés par les collèges électoraux; et les censeurs y nommés à vie, et qui rappellent ceux de Rome y veillent à l'exécution de la constitution y nomment les juges du tribunal suprême y les évéques et autres dignitaires de l'église , accusent , au be* soin y devant le sénat le pouvoir exécutif, maintiennent la liberté de la presse , encouragent l'instruction, les sciences et les arts , décrètent les honneurs publics ou l'opprobre éternel pour ceux qu'ils ont jugés dans ce cas. Le pouvoir exécutif est exercé par un président à vze, un viceprésident et trois secrétaires d'état. Le président est nommé pour la* première fois par le coi'ps législatif à la majorité } il ouvre les sessions , il propose aux cham-

bres le vice-président, il nomme les secrétaires d'état , il promulgue les lois et les fait respecter , il commande les troupes , nomme aux emplois de finances , de paix et de guerre , peut commuer la peine capitale, mais ne saurait priver aucun citoyen de sa liberté , ni infliger aucun châtiment par lui'méme. Quant au pouvoir judiciaire^ il est à peu près le même que dans la Colombie.

Telle est l'organisation politique de la Bolivie, qui , avec une armée permanente de près de 12,000 hommes , mais avec 400,000 habitans de moins que le Bas-Pérou , s'avance Vers une prospérité toujours croissante. Son revenu est de 11,000,000 de francs , et sa dette de 16,000,000. Les Boliviens sont laborieux , intelligens , braves j sobres , patiens , capables de supporter de grandes fatigues; ils sont soumis, attachés à leurs lois ; et malgré l'in^uption récente de leurs voisins du Bas-Pérou, il est probable qu'ils garderont le dépôt que leur a légué le héros colombien , après la

gi'ande victoire d' Ayacucho, oà périrent les débris de la puissance espagnole. De ce fameux champ de bataille portons nos pas vers Test , et pénétrons par les afHuens de l'Amazone sur le territoire brésilien.

d'une occasion , autant du moins que le permettra le cadre étroit d'une lettre , où, au milieu d'un 'océan de faits, je ne puis noter que les plus saillans.

Le Brésil^ mot tiré du portugais braza, braise , par allusion au bois rouge que le navigateur Cabrai vit sur la côte, en y touchant pour la première fois , vers l'an i5oo, est situé entre les 4'' 10' lat. N. — 33» 35' lat. S. , et 37»— 73» 3o' long. O.

Ses limites sont, au nord la Colombie et la Guiane française } au N.-Ë. et à !'£. l'Océan atlantique , depuis TOyapock jusqu'à la province de la Banda-Orientale , près de l'anibouchure du Rio de la Plata ; au sud, Ja république Argentine ou de Buenos- Ayres ; à l'ouest , la même république et celles du^^Haut et du Bas-Pérou. Les frontières naturelles au nord sont la rivière d'Oyapock ,fie mont Tumucaraque et le mont Acaray, qui séparent le Brésil de la Guiane française; le mont Paracaïmo,jqui le sépare de la Colombie. Au nord-ouest, l'Amazone et son affluent le Javari lui sont communs avec la Colom-

hie^ à l'ouest, le Madeira le sépare du Pérou, le Guapore du Haut-Pérou, le Parana du Paraguay, et TUrugay et Tlbicuy lui sont communs avec Buenos- Ayres ; au sud, le Rio-Piratini , le Lago-Mini et le B.io-Taliym , ne sont que des limites provisoires^ Les points extrêmes sont le *cap Orange au nord-est , vers la Guiane; le cap St-Roch à l'est sur l'Atlantique , vers le centre^ au sud , le Lago-Mini, ou même le cap Sainte - Marie si on allait jusqu'à l'embouchure de la Nata; à l'ouest^ le cours du Javari , vers le Péï*ou.

Ainsi borné , le Brésil a 900 lieues de longueur, 700 de largeur extrême, 1375.

lieues de côtes ^ et une superficie de 401,540 lieues carrées de ^5 au degré.

Un officier supérieur de la garde brésilienne, M. de Schœfïer, a publié en iS^iy sur le Brésil, un ouvrage en allemand (i) ou l'on trouve la même superficie distii-

(1) Brasilien ats unabhaengiges reich, etc. Le Brésil considéré comme empire indépendant. In -8* de 464 pages.

4a4 buée parpi*ovince8, avec la population de chaciuie > ainsi qu'il suit :

Snperflcie en PrcmacM. milles aile- Po|*ulation.

manda.

Par» io,5a3 143,07^

Rio-Negro (i) ; 9,600 48,357

Manohao 3,)ii 182,986

Piauhi 3^856 . 46,296

Ceara 3,3ii 372,713

Rio-grande-do-Norte i»^73 68,736

Parahiba ^ . . 93a 346,a3a

Pernambuco i»4^* 6oa,ao5

Alagoos (a) 910 a56,956

Seregipe 856 a67,5a3

Bahia 3,679 $19,570

Espirîtu Santo 11788 73,996

Rio-Janeiro 8,980 589>65o

San-Paulo 9>oio 6io,65a

Gisplatina. (3) io,565 170,960

Miaas-Geraes , 11 «961 928,903

€royaz 12,932 i5o,ooo

Matto-Grosso 20,116 82,000

lies Fernando et autres. ... 5o 600

Total ii3, ii4 5,3u6,4i8

j[t) Dutrict de Para.

(x^ Dë|>endanoe aujourd'hui de KernanibuiO, »ou« lu titre dv diiirict ou comarca.

[3) Réclama par Buenos- Ayre».

4îi5

En 1818, la statistique officielle da Bfésil ne présentait que 3^617,(900 habi- Ums , dont 943,000 blancs , 1^59,400 indiens soumis , 4^670<^o métis et mulâtres libres, et, 1,728,000 noirs esclaves. Mais dans ce total ne figuraient pas les mineurs au-dessous de sept ans , qu'on évalue à 5 16,000, ni les indigènes indépendans , au nombre de plus de !ï3o,ooo; ce qui pouvait porter l'estimation agglomérée à 4,000,000 d'âmes. Si on ajoute l'accroissement de population de 1818 à 1826, que dans la Revue encyclopédique de juin 1828 M. Balbi évalue à près de 5oo,ooo , et, en outre l'importation des esclaves pour huit années à 5o,ooo par an , ce qui donne 400,000 individus , le total général excédera cinq millions (V habit ans pour le Brésil au commencement de 1827.

Cette immense portion de l'Amérique du sud , quoique présentant, de nombreuses inégalités de surface, est un pays plutôt plat que montueux. Le centre est occupé par les montagnes ou le vaste plateau des campos Parexis , d'où se prolongent par

nJlèlement aux c6te8 du nord les chaînes^ des Esmeraldas et de Terro do ¥*no ; au nord y on voit 8*élcver les Carirys ou Borborema; dans Minas Geraës, les Maniigueiras; et vers la province de Bahia , les Aymorès, qui longent les côtes jusqu'à Sainte-Catherine , mais en prenant divers noms. La chaîne à'Ibiaptibay entre Maranhao et Olinda, est une des plus considérables du Brésil, La chaîne de Marcella lie les G)rdilliëres maritimes à celles de r intérieur, où le Parana, le Tocantîns et l'Uruguay ont leurs sources , et où s'élevé la Serra-Martha y pr^ d'une autre branche dite la gtxinde cordiltière. Toutes ces montagnes sont des rameaux détachés de la chaîne centrale des Andes; les uns , tels que les monts de Parexis, Seiada, Santa-Martha , Tabatinga , Ibiapaba et Araripe, enveloppent au sud et au sud-e^st le bassin de V Amazone et donnent naissance à des cours d'eau qui se dirigent au nord; les autres, tels que les mêmes monts de Parexis, Seiada et Santa-Martha, communs au bassin de T Amazone avec ceux

de Marcella , Canastra y Mantiqueira , San- Paulo y Gérai , Tapes et autres , enveloppent au nord^ au nord-est et à l'est le bassîn du Rio de la P Iota, et donnent naissance à des cours d'eau dont la direction est au sud; d'autres encore, tels que les monts Araripe , Ibiapaba , Piauhi , Guacuraguas, Tabatinga, communs au bassin de l'Amazone , et les monts Marcella, Canastra^ Mantiqueira, San-Paulo, Gérai , Tapollama et Tapés , communs au bassin du Rio de la Plata , forment à l'ouest un troisième bassin que le Bibliomappc nommé bassin maritime sur l'Atlantique, et déterminent vers l'est le cours des rivières qui y descendent^

Les principales rivières du Brésil, autres que le fleuve des Amazones , et le Rio de la Plata que nous avons décrits pages 76 et 81, avec leurs affluens, sont siu* le bassin de t Amazone : 1° le Tocantins^ dont le cours de 5oo lieues est formé de. VAraguay qui sort de la Serra-Seïda , et le Para qui vient de la Serra des Vertcntes , au sud-ouest; deux affluens qui coulpnt ,

le premier sur les confins du Mato-Gix>sso et du Goyaz , le second dans ces deux provinces, et se réunissent à i5o lieues de la mer, où, en débouchant, le Tocantins contribue, avec l'Amazone, à former l'i/e Joannes ou Marajo , longue de 87 lieues de l' ouest à Test, large de aô lieues, et formant les antipodes de Gilolo , une des Moluques dans les Indes \ ti^ le Capim et le Gurupy^ qui, à Test du Tocantins, arrosent la province de Para; 3** le Turi» vassu , qui ]a sépare de celle de Maranham , où coule aussi le Pinare; 4** le Parnaïba, qui sépare le Maranham du Piaubi;. et 5° le Jaguaribe, qui arrose la province de Ceara. Sur le bassin du centre ou bassin dit maritime^ on distingue : i** le San^Francisco , qui sort de la Serra-Canastra , traverse du sud au nord le Minas-Geraéfs , coule au nord-est entre les provinces de Bahia et de Fernambuco, puis à Test entre cette dernière et celle de Seregipe , pour déboucher dans l'Atlantique après un cours de 45o lieues 5 1° le Rio grande de Bellimont ou Belmont , commun au Porto-

4^9 Seguro et au Minas-Geraèe (1)5 3"* le Rio- Doccy dont le çom*s HiFérieur limite le Porta- Seguro et TE^spiritu-Santo^ 4** ^o Paràiba , qui vient 4u San-Paulo et tra^ verse la province de Rio-Janeiro., ainsi appelée d'une petite rivière de ce nom. Enfin sur le bassii% du Rio de, la Plata , il £au,t nomiper : 1° le Parana , décrit pages 81 et 82J 2*» le Paraguay , qui sort du plateau des Parexis et ti'averse le Mato- Grosso y où il reçoit plusieurs affluens; 3* Y Uruguay f qui sort de la Serra-Catherina^dans la partie sud-est du Brésil ^ et reçoit Ylbicuyy limite méridionale de. la proyince de Rio-Grande. . ,

Le Paraguay, le Guapore , le San-Francisco et l'Amazone y foiTnent chaque année, k la suite de leurs débordemens, des iacs temporaires dont quelques - uns , comme le Xarayes , produit du Paraguay,

(1] Le cours du Belmont est interrompu par des rapides ou cachoeiras en assez grand nombre jusqu'au Salto-Gt-ande , où le fleuve se précipite par trois^CDÎs dans son propre lit avec un bruit effrayant.

sont trës-considérables. (^ant aux iac»

permanens un peu notables , nous n'aypns à citer que le Lago-Grande de los Patos , dans la province de Rio-Grande, long de 60 Ifeues et large de i a. Il reçoit plusieurs rîriëres, et communique avec l'Océan atlantique dont le sépare la longue et étroite presqu'île de Rio-Grande qui a donné son nom à la province. Au nord de ce lac est encore le Taramandij et au sud le Lagch Minij qui est commun au Brésil et à Bu^ nos-Ayres.

Le grand nombre de cours d'eau que nous venons de citer, et celui plus grand encore de ceux que nous avons omis y prouvent que le Brésil en général est parfaitement arrosé et que les communications intérieures sont faciles. Les cotes sont également trës -accessibles et offrent àe» ports et des baies d'un abri sûr. Mais ce qu'il faut sui'tout remarquer, c'est l'heureuse position du Brésiboù l'on rencontre presque tous les climats , tant par le >'oisinage del'équateur qu'à cause des terres basses, dés rivières, des forêts, et des mon-

43i tagnes plus ou moins élevées y par gcadins en partant des Andes* G>znpri8 en presque totalité dans la zone torride australe et en trèflhfaible partie dans la zone temp^éc piéridiouale , au-delà du Capricorne , jl éprouve une température généralement frës-cliaude. Elle est humide et malsaine dans -les plaines ou llanos que traverse TAmazone , et sur les côtes depuis les bouches de ce fleuve jusqu'à Fernambuco , où il devient tempéré et salubre. Entre la ligne et le tropique Tannée se partage eu deux saisons, la sèche et la pluvieuse : celle-ci , que Ton regarde comme l'hiver, bien que sujette à des variations locales y dure de Téquinoxe d'automne à l'équînoxe du printemps, c'est-à-dire de septenxbre à mars ; au midi du tropique , l'hiver commence en mai et finit en octobre. Au mois d'août y sur les bords de la iner, la végétation brille surtout d'un éclat qu'elle ne perd jamais entièrement, même au milieu des plus grandes sécheresses, pendant lesquelles des vents de mer, appelés v^/nz^ain, rafraîchirent l'atmosphère et de leur souF-

43ik

fie périodique raniment les hommes , ici animaux et les plantes que dévore la chaleur, dont le terme moyen à BioJaneiro est de 7^° Farenheit, ou de i4 ^ lô'^de Réaumur. Les temps où la chaleur est le plus incommode à Rio , sont les mois de décembre , janvier, février et mars; les huit autres mois sont plus tempérés.

Les trois règnes au Brésil présentent une singulière ricliesse. Dans le règne végétal figurent d'inmienses forêts de bois de construction et de teinture , plusieurs sortes d'arbres produisant des fruits et des résines; les côtes sont couvertes de palétuviers rouges , qui vont s'unir à peu de distance dans l'intérieur aux palmiers , parmi lesquels on distingue le cocotier brésilien , plus gros et plus haut que celui des Indes , et dont les fruits donnent un excellent beurre , pendant que leur écorce fournit des cordages et leur feuillage un chaume impénéti*able. Des taillis de crotons couvrent les montagnes voisines de Rio-Janeiro; sur les rives de rAmazone, on voit des arbres d'une énoime grandeur;

le boiâ da teinture du Brésil est lui-même de la haateur de nos chênes. Le mauglier anime par sa brillante verdure les rivages de la mer, et livre son écorce pour le tannage des cuirs , tandis que celle du quinquina est employée comme fébrifuge. Dans le Maranbam , le châtaignier s'élève majestueusement à plus de 200 pieds et a de 2 à 3 pieds de diamiëtre. Le cacaoyer croît spon^nément sur les bords de la Madeira et du Tocantins , où il forme presque des forêts , et procure des amandes qui , torréfiées, deviennent la base du chocolat.

La pomme du cajueiro présente au chasseur altéré un salutaire rafraîchissement , comme aussi celle du jabulicabeira , si estimé des Brésiliens. Enfin le nianioc, qui s'élève à la hauteur de 5 à 6 pieds , prête ses racines jaunâtres et plus grosses . que nos betteraves, pour servir à la nourriture de l'homme, lorsqu'encpre celles de l'ipécacuanha viennent parfois soulager ses douleurs. Je passe sous silence le gaïac et la salsepareille, puissans sudorifiques,le gingembre et la plante qui fournit la V. 3n

vanille; je tais aussi cette multitude de fleurs et de plantes utiles , dont l'énumération , qui me conduirait trop loin , est ici d'un intérêt moins spécial que le règnjç minéral. Celui-ci , en effet , prédomine au Brésil : c'est le pays des diamapç , d^ émeraudes et d'autres pierres précieuses; il recèle également des mines d'or, d'argent; de cuivre^ de platine, de plomb et d'étain. Le diamant et l'or s'obtiennepjt par le lavage ; le produit annuel de ce cristal si rare est de 100,000 karats; celui de l'or est de 25,000,000 de francs, lia pierre calcaire est commune , et il y a quelques carrières de mai^bre. Quant au règne animal, les espèces qui le distinguent des états voisins sont le tapir , cruel ennemi du chien et même du jaguar , le plus redoutable quadrupède du pays, le cochon sauvage, qui erre par troupes dans les forêts; le tatou, semblable au cochou d'Inde ; le poto ou hyrara , qui présente un mélange curieux des mœurs Àe l'ours , du chien et de la civette: le tamanoir pu fourmilicr , quadrupède solitaire, à la démar-

che lente, portant la tête baissée, si étonnant par sa forme, et dont la bouche est si petite } l'anhema ou kamichi , l'oiseau le plus extraordinaire du Brésil , et si fidële au lien conjugal , que quand l'un des deux époux vient à périr, l'autre le suit*de prës en se donnant la mort. Je n'ai pas besoin d'ajouter la nomenclature des singes , des serpens et deô oiseaux qui se trouvent au Bk'ésil comme au Pérou et dans la Goloinbîe : je monte l'échelle du règne , et passe aux Brésiliens, pour ensuite esquisser quelques traits de mœurs et arriver aux formes, aux ressomxes de leur gouvernement , et puis à la chorographie.

Les Brésiliens sont indolcns , peu intelligens , orgueilleux et avares^ ils sont actifs dans certains genres d'industrie , et inafoucians pour le i*este; sales et dénués de tout dans l'intérieur de leurs ikiaisons , splendides et fastueux au dehors ; doux ou plutôt faibles de cairàctère entre eux et envers les étranger^ , et cependscnt cruels envei^ les nègres ou les Indiens. La nourriture ded plus riches colons est simple et

frugale : des poules au riz , des légumes au lard, des fruits et des confitures^ Ce pays a deux ressotu^es inépuisables conti'e la disette : c'est la pomme ide terre ou cava y et le manioc , qui reiuplace au besoin le fî'oment. Le bétail est négligé, parce qu'on ne connaît* point les prairies artificielles et les pskurages/ enclos. D'un autre côté les Brésiliens sont tellement uniformes dans leurs babitudes , que quicour que s'éloigne seulement de quelques lieues des côtes peut se faire une idée de tout le reste. Pas de chaussées , de champs florissans; mais des sentiers tortueux, étroits, souvent périlleux , à travers les forêts ou les ca/wpo^ (cantons nus); seulement quelques métairies ou fazendfis , à un éloigne^ ment de plusieurs lieues et où l'on voit des jardins sans goût; ici on ne parle guère que de lavras ( lieux où. l'on a trouvé de l'or ) , et celui qui a recueilli beaucoup d'or est un hom^mineiro , un mineur habile. Les Brésiliens ne voyagent point à pied , mais toujours à cheval ; même pour îillcr à l'église , ne fût-elle éloignée que dç

9Hlle pas , on fait seller le cheval ou le mulet.

Les moeurs , les coutumes ^ la langue et la religion portugaises sont passées au Brésil et dominent partout où les colons se sont étendus. Les indigènes occupent le reste du pays , dans l'intérieur ou régnent de nombreuses tribus disséminées et sans liens entre elles. Dans les montagnes de Minas-Geraës on cite les Boutocoudys , qui ont voué aux nègres une l^aine implacable, comme ressemblaniaux singes et mangeant comme des gloutons. Les Tnpis ou Tupinqmhas ou Topinambous y main- 'teilant réduits à quelques bandes sur les confins de l'Uruguay, sont très -féroces, tandis que leurs voisins les Cangais sont \ trës-paisibleà. Les Mologagas , sur le fleuve Parnaïba , ressemblent aux Allemands par la blancheur et la-structure. Les Parexis habitent le plateau du même nom , et ont pour voisins les Barbados , qui se distinguent des autres indigëoes par une longue barbe. Vers lie Paraguay et le Panama sput les G^yacouros ou Indiens cavaliers ,

qui font souvent des excursions dans les pays limitrophes. Tous ces divers Indiens estiment principalement la force du corps et la férocité. La langue la plus répandue parmi eux est celle des Guaranis j qu'on appelle aussi langue brésilienne.

Exclusivement adonnés à l'exploitation des mines, les Brésiliens ont jusqu'ici négligé la culture des terres et Vin^ustrie manufacturière. Cependant le commerce , depuis l'abolition de plusieurs monopoles , commence à prendre de l'extension. On exporte annudlement pour l'Europe 100,000 caisses de sucre de i5 quintaux chacune, i5o,ooo balles de coton d'un quintal et demi , 1 3,OQO,ooo de livres de café et beaucoup de cacao 5 ces exportations annuelles rapportent plus de i5,ooo,ooo de francs , outre le produit de celles du riz , du tabac , du bois de construction , de marqueterie et de teinture , des pierres et des métaux. Le.Brésil reçoit en retour des objets d'acier, de fer, de plomb , de cuivre, du sel , de l'huile , du vin , des liqueurs , de la farine , des armes j des étoffes , des

articjes de parure , de faïence , d'orfèvrerie,' d'hbrlogerie et de librairie , que Ton débafque à ,Bahia^ Pernambuco ou Eio- Jaueiro , les trois grauds ports du Brésil»

D'après k constitiition de 1824? donnée pai' Don Pedro , fils aîné de feu Jean YI , roi de Portugal , le Brésil forme un empire libre et indéjjendant , dont le gouvernement'^X. représentatif et monarchique, héréditaii'e dans la famille de l'empereur Don Pedro I*' , proclamé défenseur perpétuel du Brésil. La religion catholique romaine est la religion Se l'état, mais toutes les autres sont permises. Les pouvoirs politiques reconnus pa^ la constitution sont au nombre de quatre : le pouvoir législatif^ le pouvoir modérateur , le pouvoir exécutif et le pouvoir judiciaire. Le pouvoir législatif est délégué à une assemblée générale composée de deux chambras , celle des députés et celle des sénateurs ,, chargées de faire les lois , de veiller au main^en de la constitution , d'autoriser des empinints, etc. Chaque législature dure 4 années et chaque session 4 niois. Les

séances sont publiques , les membres iur violables. Les députés sont renouvelés tous les 4 ans par des électeurs, les sénateurs sont nommés à vie. A la chambre des députés appartient l'initiative sur l'impôt et le recrutement^ le sénat connaît des délits commis par les grands fonctionnaires , et a aussi la proposition des lois. Le pouvoir modérateur est délégué à l'empereur f pour conserver l'indépendance , l'équilibre et l'harmonie des autres pouvoirs politiques. Il nomme les sénateurs , les fonctionnaires j convoque et ferme «les assemblées, sanctionne les lois , et a droit de grâce. Il est aussi le chef du pouvoir exécutif \, et l'exerce par des ministres responsables.. Le pouvoir judiciaire est indépendant et se compose de juges inamovibles et de jurés employés au civil comme au criminel dans les cas déterminés par les lois. L'empire est divisé en provinces , et il y a dans chacune un président nommé par l'empereur. Enfin, pour dispositions générales , la pensée et la presse sont libres, la liberté individuelle et la propriété sont garan-

lies y la loi est égale pour tous , et sans effet rétroactif.

Je viens de dire que l'empire brésilien est divisé en provinces : j'en ai déjà offert une nomenclature en traitant de la population; mais cette nomenclature n'étant pas ^entièrement d'accord avec celle qui est plus généralement adoptée y nous allons suivre cette dernière, et nous y classerons les principales villes brésiliennes.

Des dix-neuf provinces ou capitaineries de l'empire , dix sont du premier ordre : celles de Para, Maranbam, Pernambuco, Bahia , Rio de Janeiro , Minas-Geraës , Goyazy 9i|^ta-Grosso, San-Paulo, et Kio Grande de San-Pedro. Les neuf autres, qui se trouvent du second ordre , et qui pour l'administration sont annexées à quelr qu'une des premières , sont ]|^iaulii, qui relève de Maranbam ) Ceara, Rio Grande do lïorte , Paraïbo , qui relèvent de Pernam- |>uco y Seregipe (J.el; Réy et Porto-Seguro , qui relèvent de Babia; Espiritu-Santo, qui relève de Rio-Janeiro; enfin Santa-Catbe-

44îi

rina et les Mianons , qui dépendent de Ri Grande de San-Pedro.

La province de Para, cinq fois aus£ ^ande que la Franœ, a au nord laGiûan et la Colombie^ au sud'ouest le Pérou y ai 8ttd Mato^Grbsso y au sud-est Goyaz y à l'es Mai*anhani, et au nord-est l'Atlantique Elle est divisée en deux parties pio* TAma zone, dont les nombreux afHuens l'arro sent 'y elle possède des forêts inuuenses, ell est trës'fortile^ a un sol bas^ faumide^ mai pénétré sans cesse par les rayons brdlans di soleil. Pendant toutel'année les jours y son égaux aux nuits , et Voài ne saurait jamai dire quelle est la saison qui domine dan ce beau pays, car en même temps que de arbres chargés de finiits semblent y annon cer l'automne, d'autres, couverts de fleur les plus varié^, prouvent que le printemp ne l'a point abandonné. Son chef -lieu Para ou Belem , la seule ville qu'on y ren contre , est À 25 1. de l'Océan , au confluen du Tocantins et du Capim, à 600 1. N.-N. O. de Rio-Janeiro , avec 10,000 habitans

Le port, où la marée monte jusqu'à ii pieds, commence à diminuer de profondeur.

J^ province deMaranbcan oixMaranhao^ à l'est de la précédente, ti^ sa. principale richesse de la culture du coton, a une sur^ face inhale , mais des montagnes peu élevées, a de belles forêts traversées par des fleuves , entre autres le Maranham qui lui a dobné son nom. San^Luiz de MaranhciOj chef-lieu, compte environ i5,ooo am.es.

La province de PiauJdy bornée à l'ouest par celle de Maranham, prend son nom d'un des fleuves qui l'arrosent, a 1 20 lieues de long et 5o de large , offre un pays généralement plat, et a pour chef*lieu Oeyms^ sur la Caninde , affluent du Piauhi , qui se méleauParnaïba, à 4Bo 1. N. de RioJan^ro.

. La province de Ceara^ à l'est de la précédente , et près de l'Atlantique , renferme des métaux dans la montagne d'Ibiapaba , et nourrit de bons chevaux. Ceara ou Nossa*Senhora d^Assumpscia, à l'embouchure de la rivière du même nom , est à 55o 1. N.-N.-E. de Rio-Janeiro.

La province de Rio Grande do NoriCy entre la précédente et celle delParàïba , confine au nord et à l'est avec l'Océan , a peu de rivières, 7 ou 8 bourgades, est habitée par les Sertanejos , bergers actifs et intelligens , qui , pour le caractère et les usages , ressemblent aux Arabes. Chef-lieu i Nataly à l'embouchure du rio Grande^ à 565 L N.- £. de Rio.

La province de Paràiba, au sud de la précédente^ à l'ouest de celle de Pemambuco, et une des moins importante» du Brésil , a les deux tiers de son territoire non susceptibles de culture, et l'autre tiers couvert de fûréts. Elle tire son nom du rio Paraïba ^ à l'embouchure duquel se trouve son cheflieu Paraïba, à 5a5 1. N.-E. de Rio.

La province de Pernambuco , séparée du Piauhi par les monts Ibiapaba, du Seregipe et de Bahia par le rio Francisco , et de Minas-Geraës par le rio Garinenha, a environ 60 lieues de cotes ; son territoire est divisé en partie orientale et partie occidentale par le rio Pajehu qui sort des Carirys ou Borborema, une des chaînes les plus consi-

dérables et les plus élevées du Brésil^ pour aller s'unir au rio Francisco^ son climat ^est brûlant; l'intérieur manque d'eau; dans les temps de sécheresse on y fait jusqu'à 200 lieues sans rencontrer un seul ruisseau, comme de Perrebo à' Barra* Olinda de Pemamhuco y ou simplement Olinda y chef-lieu de la province^ près de la mer , à 5oo 1. N.-£. de Rio, communique avec la ville propre de Pemambuco ou par corruption Femamhuco , par un promontoire peu élevé .qui longe le rivage, ou par le cours du Biberibe qui y conduit directement, car il est parallèle à ce promontoire . ou à cette langue de terre, du côté opposé à l'Océan. Les deux villes sont k une lieue p l'une de l'autre; Olinda sur uneéminence, Pernambuco dans une île, aussi. bien que Récif Cj port d'Olinda; leur population rénuie est de 60,000 âmes> dont 32,ooo pour Olinda seule. Ces trois lieux séparés sont souvent confondus sous le nom collectif de Pernambuco. Cette dernière ville, vue.de loin en mer, parait sortir du sein de l'Océan; le commerce est l'origine de • V. 38

sa prospérité toujours croissante; ii y a peu d'édifices remarquable& , kormâs la colonne d'Olinda et le théâtrev

La province de Sereg^e de^Reyy qui tire son nom du rio Scregipe, a !»& lieues de c6tes , depuis le rio FVancisco qui la sépare de celle dePismambuco., jusqu'au rio Real qui la sépare de cette de Bahia; le pays, quoique inégal y estplbt en presque totalité; ritabayana est le seul mont un peu notable. Chef-lieu , Seregipe, sur la côte y à 370 1. N.-N.-E. deBîo^

La province de Bakia , au sud de la précédente, a 100 lieues- de côte»; le pays est coupé de forêts et de colliûes;; on y trouve aussi des landes appelées catingaSy qui occupent beaucoup plus de- la moitié du terrain } mais la fertilité des^ terres sur le penchant des collines et prodigieuse. SanrSalvador de BaJiiay ou simplement Bahia, chef-lieu , est aujourd'hui la seconde ville du Brésil , dont die fîit la capitale jusqu'en 1773. Elle doit son nom de Bahia (baie) à sa situation sur la baiedeTous-les- Saints {Bahia de Todos os Santos), qui est

magnifique^ de ncoabi'euses maisons suivent les sinuosités du rivage, et sur la hauteur «ont de vastes édificeë , comme l'an- -ciftOL co^ége des jésuites , la cathédrale , le paiais du gouverneur et le ^éâtre , au milieu d'une fottje d'autres hâtimens entourés d'uoe riche verdure. Des espèces de chaises atelées ordinairement de deux mules , trayersent les rues et se croisent avec des cadeinas ou palanquins que des noirs portent »«r leu«épa«ie,j U y en a delou.gecomme les voitures de place à Paris. Population de Bakia, 100,000 âmes f distance de Rio- Janeiro, 3ao i. N.-N.-E.

Au sud de Bahia vient la province de Porta^guro^ qui a pour cheMieu Porto- SegurOj à l'emboudbiure de la rivière du même nom, à %^S 1. N.-E. de Rio, et ou débarqua Pedralvez Cabrai , lorsqu'il découvrit la cote du Brésil. Dans cette fertile province vivent les BoiiXicoudos j indigènes paresseux , qui vont absolament nus et qui sont pourtant d'une force et d'une agilité inconcevables; ils sont encorè anthro-

4i8 pophàges , car ils dévordDt en secret leurs prisonniers.

La province et Espiritu-Santo est arrosée par de nombreuses riviëres> a une baie spacieuse qui oflre de tous côtés des abris sûrs aux navires, et ne compte que six bourgades, dont la Victoria est chef-lieu y à l'embouchure du rio do. Espiritu Santo , bu à 200 1. N.-E. de Bio-Janeiro.

La province de Rio de Janeiro , entre la précédente au nord , Minas-Geraes et San- Paulo, à l'ouest, F Atlantique à l'est et au sud , a plusieurs montagnes assez élevées , un grand nombre de rivières , diVei'S lacs , plusieurs baies , quelques ileà ou îlots , et généralement un sol fertile. Rio^aneiro , chef-lieu de cette province et capitale de l'empire brésilien , stu* le bord occidental d'un vaste et magnifique bassin, par 22° 54' 2" lat. S. et 45° 37' 59" long. O., sur la route des Indes et de la mer du sud, au milieu de trois montagnes couronnées de forts, est une superbe ville dont les maisons, as^ sez ré^liëres, et construites de façon que

l'air y circule facilement, ont deux à qua^ tre étages , sur des rues tirées au cordeau , avec un petit nombre de fontaines , et 1409000 âmes. Saint-Christophe; maison de plaisance de l'empereur, est un bel édifice , près de la capitale, dont le palais , le théâtre, la cathédrale, l'aqueduc, la bourse, la monnaie sont aussi trës-remarquables.

Une promenade publique, plantée de forts manguiers et de laurièrs-roses , se termine au bord de lamer par uneteiTàsse en pierre d'une belle proportion et d'où l'on a une perspective très-étendue. Parny écrivait de Rio en 1773 : « Ce pays-ci est un paradis terrestre; la terre y produit abondamment les fruits de tous les climats, l'air y est sain, les mines d'or et de pierrerieà y sont trfesnoinbreuses } mais à tous ces avantages il en^ manque un , qui seul peut donner du prix aux autres, c'est la liberté. » Elle y règne aujourd'hui sous l'égide des lois; mais elle y règne avec le luxe européen ; les femmes y pourraient disputer d'élégance avec nos belles Parisiennes, qui sont bien moins chargées de diamans; tes équi-

pages y ecmt aussi brillans que ceux de Londres ; mais les vices des grandes villes s'y sont en même temps naturalisés avec les dehors de l'opulence. Rio compte dans ses mura un grand nombre d'étrangers y surtout de Français, d'Anglais et d'Italiens; quantité de moines à face rebondie } quantité de marchands ou vendeiros; de noirs, de mulâtres et de fiUes prostituées^ mais heureusement fort laides. Les environs de Rio sont trës-pittoresques , et à 5 lieues de la ville se cache dans les bois la célèbre cascade de Tijul^a , devant laquelle nous passons pour aller voir au nord-ouest le Minas-Geraês.

JjSl province de Mineu-'Gcraës y entièrement située dans les terres, et aussi grande que la France, renferme les plus riches mines de diamans du Brésil; son climat est doux , sa fertilité surprenante ; les vivres y sont abondans et à très-bas prix ; elle possède depuis quelques années une compagnie anglaise pour l'exploitation de l'or, et elle est arrosée par une infinité de rivières. Chef-lieu , Villa-Rica, sur le ver-

45i sant oriental des monts de Lapa , à -^o 1. riT.-N.jO. de BiOy avec 20,000 habitans. TejucOj qui présente le contraste d'un luxe extrême et d'une profonde misère^ avec ses 5,000 âmes , est à i4 !• N.-O. le chef-lieu de la Comarca de Cerro do Frio , district des diamans.

Au nord-ouest de Minas-Geraës est la province de Goyaz^ la plus centrale et une des plus vastes du Brésil; elle confine au nord avec le Para et le Maranham . au couchant avec 1q Mato-Grosso , dont elle est séparée par le rio d'Araguaya; les montagnes y sont rares 7 il y sl beaucoup de landes ou catingas , qui fournissent un bois maigre et chétif; les principaux fleuves qui naissent dans cette capitainerie ou province établissent des communications d'autant plus précieuses qu'elle n'a pas de chemins tracés. Chef-lieu, Villa-Boa ^ la seule ville du pays, sur le rio Yermelho, .V a5o 1. N.-O. de Rio-Jaueiro.

La province de Mato^Grosso , mot portugais qui veut dire grande forêt ^ est la plus vaste et la moins peuplée de tout le

Brésil ^ elle a le Para au nord , le Goyaz à rêst, le San-Paulo au sud-èst ,1e Paraguay au sud , le pays des Moxos et des Chiquitos à l'ouest , côté où est le boulevard du Brésil. Des nations sauvages , notamment les Payagoas etlesGuayacouros ou Guayacourons , que l'on dit d'une fierté ex* tréme, et dont les jeunes femmes sont dans l'usage de se faire avorter aussitôt qu'elles ont conçu, et de n'élever leurs enfans que lorsqu'elles ont acquis l'âge de trente ans, etnpéclient de parcourir le pays, même sur les fleuves qui l'arrosent ; toute la population civilisée de cette province est resserrée dans les parties du centre et du sud-ouest. Chef-lieu, Cuyaha ,s\xr une rivière du mémo nom , qui joint le Paraguay , et à 38o 1. O.-N.-O. de Rio , avec 3o,ooo habitans , qui exploitent des mines d'or à 2o lieues dans l'intérieur.

Au sud , entre Mato-Grosso et la mer, s'étend la province de San-Paulo , riche en rivières navigables , mais qui ne peuvent servir à conduire les productions du centre aux ports de Tintérieur , parce

qu'elles se dirigent vers l'ouest pour aller se perdre dans le Parana, principal bi^as du Rio de la Plata. La baie de Santos est le ' seul port que possède cette province , qui recèle aussi des mines d'or et de diamans. Chef-lieu, San-Paulo ou Saint-Paul ^ près du rio Tiete, afBuent du Parana, jolie ville de i5,ooo âmes, à 90 1. O. de Rio.

Au sud-est de Saint-Paul et sur l'Atlantique vient la province de Santa-Catherinay riche en mines d'argent, et jouissant d'une température agréable. Chef-lieu, Sainte^ Catherine ou Santa-Catherina , ^.bon port dans l'île du même nom , à 200 1. S.rO. de Rio , et peuplée de de 6,000 âmes.

Plus au sud encore est la province de Rio Grande do Sud ^ la plus méridionale du Brésil et une des plus riches; elle a i3o 1. de long et 100 de large; son chef-lieu Rio Grande de San-Pedro, près de la mer et du lac de los Patos , à 35o 1. S.-D. de Rio, compte 5,000 âmes.

Enfin la province de& Missions , qui a pour chef-lieu San-Miguel , à 35o 1. Sf-O. d« Rio , et qui est à l'ouest de la précé-

dente, entre la ^nra de Tapez, l'Uruguay et ribicuy , termine notre revue territoriale , et nous amène sur les limites de la r^ublique Argentine, qui sera le sujet de notre dernière lettre sur l'Amérique.

LETTRE XLIT.

Page 1