CHILI
PATAGOmE ET TERRE DE FEU.
Voici, mon cher monsieur f aganel (i) , les demiëres terres que nous aylmfr à explorer pouif achever notre toui* d'Amérique. Elles commencent au i5* parallèle austral et finissent au cap Horn vers le pôle antai*ctique , par le 56* degré de lati-
(i) Autear d'une tradactîon de Florus très-estimée.
tude méridionale ; ce qui donne à peu près i,oa5 lieues de lon^eur, où continue à i*égner depuis le Pérou la chaîne centrale des Andes. Les pays que renferme cette étendue de territoire ont reçu les noms de Plata ou BuenoS'jéyres j ^«\ic le versant oriental et la mer Atlantique ; de Chili , sur le versant occidental et. l'Océan pacifique ; et de Patagoniej sur les deux versant et les deux Océans. Avant de les examiner chacun séparément y quelques mots généraux sur leur ensemble me paraissent nécessaires.
Situés dans la zone tempérée australe et à peu près aux mêmes latitudes que l'Europe y ils ont un climat jusqu'à un certain point analogue , avec les mêmes saisons ^ mais dans un ordre renversé ; l'hiver y correspond à notre été y et le printemps à notre automne. lje& vents du sud y amènent les pluies en hiver et la sécheresse en été , sauf quelques différences locales y comme ai:^ Chili , à l'ouest des Andes , ou ]es vents du nord sont brûlans et où il ne pleut presque jamais. La majeure partie
do la Patagonie cpiTespond à la France pour la latitude, mais la température n'y est que de 5 à 7 degrés de Réaumur; la Terre de Feu,enti*e le détroit de Magellan et le cap Horn y condamnée à d'étemels frimas , n'est cependant pas plus éloignée de Téquateur que l'Ecosse et le Danemark^ ce qui sert encore à prouver, comme je l'ai dit ailleurs, qu'à latitude égale le climat de l'Amérique est plus fi'oid que celui de l'Asie, de l'Europe et de l'Afrique.
- Sous le rapport des productions , le &o\ des deux versans des Andes que nous exa* minons est ti*ès-fécond ; la végétation y est riche et vigoureuse.; les ^rbres y acquièrent une hauteur remarquable; le laurier devient trës-gros; le palmier donne d'excellens cocos , les arbres fruitiers sont nombreux, la vigne réussit; le maïs, le* blé, le tabac prospèrent, excepté en Patagonie où la végétation est faible et languis* santé , en se réduisant même à rien , toutà-fait dans sa partie sud. II n'y a guère que des torrens sur le versant occidental^ mais on remarque plusieurs^ei/v^^ sur le V. 39
versant oriental f comme le no de là Piata qixe nous a^ons décrit; le rio^Colorado y qui se jette dans FAtlantiqiie par i^if lat. S.; le rio Ncgro ^ <|ue les Puelches nomment CusU'Leuvu-y qui déboache par 4i° } le no del os Camarohts^ qui dans la Pata* gonie a son embouchure scms le 4^* parais làle. Les animaux des trois pays sont les mÀaea que dans la Cordilliëre du Pérou ; on distingue surtout les jaguars- ^ les vigognes, les lamas, les guanacoa^ dans les montagnes y et les chevaux, sajttvages dans les plaines. Les richesses minérales sont graoïdes»sur le versant occidental , vers le GhiU^ et pour ainsi dire nulles au versant apposé , ou s'étend le Buenos- Ayres. Dans lès deux contrées , ce sont principalement les mœurs , la langue et la religion de l'Espagne , parce qu'elle y a régné plus de trois siècles; mais en 1810, le signal de l'émancipation y fut donné, et aujourd'hui les gouvememens des deux pays sont entièrement démocratiques. Il n'en existe point dans la Patagonie , peuplée encore de tribus sauvages. Indiquons maintenant les
traits propres à chacune des trois grandes divisions.
LA PLATA ou BUENOS-AYRES ,
ou RÉPUBLIQUE AR6ENTINB.
' Les provinces-unies du rio de la Plata, aiiasi nommées à cause du grand Qeuve qui y coule et dont le nom de Plata ou rivière à^ argent y les a fait désigner sous celui de republique argentine ^ sont comprises avec le Paraguay, l'une d'elles , qui n'en est détaché que passagèrement, .entre les i6° — 4i° 1^^* S., et 35° — 74** long. O. Elles ont à l'ouest la grande G)rdillière des Àj^^es qui leur est commune avec le Ghili$ au nord , le Haut- Pérou, dont le rio Casabindo et le rio Yermejo les sépar^at en partie; au nord-est , le Brésil, dont nous avons marqué les limites^; à l'est l'océan Atlantique; et au sud la Patagonie , ou le rio Negro est une sorte de
ifio
froiitiëre, bien qu'à vrai dire, de ce côté ,il n'y en ait point de tracée. Mais si l'on s'en tient à celles-là , le territoire de la république ai*gentine a 63o lieues de long , 340 d'extrême largeur, et une superficie d'environ i55,ooo lieues carrées, avec une population de i,5oo,ooo babttans, contenus dans 8 proi^inces j savoir: Cis-Platine et Entre-Rios , à l'est du Parana , principale branche de la Plata^ Salta , Tucumari , Cuyo , Cordova et Buenos- Ayres , à l'ouest et au sud du même fleuve , ainsi que le Paraguay entre ce fleuve à l'ouest, le rio Paraguay à l'ouest.
La province Cis-Platine ou Banda orientale y a pour chef-lieu Montevideo, ville de 17,000 âmes, avec un port sur le rio de la Plata , à 45 lieues E. de Buenos-Ayres ; la province d^ Entre-Rios , entre l'Uruguay à l'est et Je Parana à l'ouest, a pour cheflieu Sania-Fé ou Entre-Rios y sur la droite du Parana , à 85 lieues N.-O. de Buenos- Ayres, avec :20,ooo individus; la proi^ince du Paraguay, qui foime transi toirement un éiat séparé , sous le directorat du trop
46i .fameux docteur Francia , ne compte qu'environ aoo^ooo âmes , dont 7 à 8,000 pour son chef-lieu , V Assomption , sur la rive gauche de Paraguay, à 240 lieues N.-N.-O. de Buenos- Ayrés j la province de Salla, vêts le Haut-Pérou, a pour chef-lieu Salta ou San-Felipe , sur la petite rivière de haqueros , à 3io lieues N.-O. de Buenos- Ayres, avec 9,000 habitans; la province de Tucuman , au sud de la précédente , a pour cheflieu San-Migueldel Tucuman, près du rip Dolce, à îi5o lieues N.-O. de Buenos-Ayres; la province de Cuyo, au sud de celle de Tucuman , a pour "chef-lieu Mendoza , près des Andes , à 220 lieues O. de Buenos- Ayres; la province de Cordova, entre lô Tucuman au nord , le Buenos-Ayres au sud-est, TEntre-Rios à Test, et les Pampas au sud , a pour chef-lieu Cordova ou Cordoue , près de la gauche de la Puraca , à 120 lieues N.-O. de Buenos-Ayres; enfin la province de Buenos-Ayres proprement dite , vers l'Atlantique , a pour chef-lieu Buenos-Ayres , capitale de la république , sur le bord méridional du rio de la Plata ,
par 34° 36' 33" lat. S. — 60" 4^' ï5" long,, O. , avec iuo,ooo habitans. Les trois villes de Buenos - Ayres , .G>rdoue et Mendoza méritent quelques détails.
Bueitos-Ayrcs est une ville con8idâ*able, dont les rues sont pavées en pierres et boiv dées de trottoirs en briques. Celles des faubourgs sont mal entretenuios , a cause de la rareté de la pierre. On remarque plu-. sieurs beaux édifices , comme la banque ^ le théâtre et le palais du congrès^ L'eau qu'on boit à Bueno$-Ayi*esest impure et coûteuse. Les provisions en tout genre sont appi^rtées par les gauchos, paysans des pampas ou plaines. Les hommes et les femmes de Buenos-Ayres se promènent rarement ensemble , et au spectacle les deux sexes sont complètement séparés. Si cette ville était située sur une baie d'une navigation moins dangereuse que celle du golfe de la Plata , elle serait une des premières villes commerciales de l'univers. Suivant M. Varai- {;ne, on comptait déjà en 1826 prèsî de 6,000 Français à Buenos-Ayres. Des communications entre cette ville et la Pataga-
nie ont lieu aujourd'hui par m^r en 6 ou 8 jours, jualgré une distance de plus de 200 lieues.
Cordou€j la seconde ville de la république argentine, était jadis le foyer littéraire de r Amérique méridionale; les jésuites y régnaient souverainement y comme au Paraguay. Elle est encore le si^e d'un évéché, et elle possède toujoun son université. Elle est bâtie en pierres , mais ses rues ne sont point pavées; et cpmme le sol est extr^ement sablonneux , il en résulte ime atmosphère cbaude 0i épaisse ; les montagnes qui entourent la ville étant très* rapprochées les unes des autres, empé^ chent d^atUeurs que l'air n'y soit vivifié.
C'est le contraire & Mendoza , qui , bien que située à plus de 4^00 pieds au-dessus du niveau de la mer, est dans le plus beau climat du monde , et particulièrement favorable aux personnes malades de la poitrine. La ville elle-même, entrepôt du commerce entre le Chili et Buenos^Ayres , offre les agrémens d'une grande cité; belles maisons de briques, rues larges, arrosées
par des ruisseaux y commerce actif, aHmens reclierché8> charmantes promenades, en-* tre autres l'Almeida ombragée par de hauts peupliers et arrosée par une petite rivière limpide, où dans le moment de la plus grande affluence de promeneurs, les deux sexes, dans une complète nudité , se baignent péle-méle , en se livrant aux évolutions les plus divertissantes. Shakespeare nous dit que la jeune fille est assez prodigue de ses attraits , si elle les dévoile à l'astre de Phœbé ; mais les belles Mcndoziennes ne s'en contenteraient pas, elles les découvrent sans réserve aux regards du soleil.
Ce relâchement des mœurs se retrouve , aureste, dans les autres cités derAmériquc du sud. Quant aux Argentins propres, ils paraissent en ce point fort avapcés. Ils n'aiment pas moins la sieste que les bains. Ce moment de sommeil méridien change les cités en une complète solitude. Un peu après onze heures du matin , les marchands s'y préparent , ils commencent k bâiller en enlevant lentement les articles qu'ils avaient étalés en vente ; à midi moins un
quarts ils ferment les boutiques et personne ne se réveille que vers 5 heures du soir. Dans cet intervalle de midi à 5 heuu*es j le bruit que fait un voyageur dans les rues est comme celui qu'il ferait dans une cathédrale abandonnée. En {)assant devant les maisons il entend ronfler les dormeurs y et lorsque ceux-ci se lèvent , rien de plus amusant que de les .voir se frotter les yeux , étendre les bras , se rhabiller, rouvrir les magasins et ranimer la soirée , pour la finir à la promenade. Vous revoyez , dit le capitaine Head (i), qui me fournit cçs détails , vous revoyez circuler les landaus dans les rues; les paysans viennent à cheval vendre des fruits ou autres provisions > et de temps à autre on aperçoit un mendiant qui demande l'aumône le chapeau à la main, et à cheval, car, dans TAmérique du sud , personne ne va à pied , les chevaux d'ailleurs étant si communs qu'on les
(i) Rough notes aerots the pampas and amon g the Andes, Un toI. in-S* i8a6.
tue pour en vendre la peau , surtout dans les immenses plaines au midi du rio de la Plata, auxquelles on a affecté le nom de pampas.
Les pampas y qui s'étendeat de l'est a Touest depuis l'Atlantique jusqu'aux Andes 9 et du nord au sud depuis le rio de la Plata jusqu'au rio IN^egro , sont des déserts fameux , entièrement dépoui*vus d'arbres , et couverts seulement d'un gazon rabougri et d'herbes sauvages ; on y remarque à peine une eau courante y mais beaucoup de lacs s'écoulant les uns dans les autres , sous un terrain sablonneux, et dont les principaux sont les lacs Guanacache y que traversent plusieurs bras du rio Colorado. La partie située entre Buenos - A.yres et Mendoza , trajet de plus de 200 lieues que le courrier met 12 a 1 3 jours à parcourir , par le moyen de relais de poste placés à 10 lieues les uns des* autres, mais que rendent plus difBcultueux les trous des bissaehos , animaux vivant comme des lapins dans des terriers; cette partie des pampas, disons-nous, quoique sous la même lati-
tilde , est divisée en régions de difFérens climats et de productions diverses. En partant de Buenos-Ayres, îa première de ces régions est couverte, pendant i8 milles, de luzerne et de chardons ; la • seconde , qui comprend £^5o milles , est tapissée d'une herbe longue et touffue; et la troisième, qiii S!* étend jusqu'au pied des Andes , est un immense bocage formé d'arbustes. Les deux dernières régions ont le même aspect durant presque toute l'année , mais la première varie avec les quatre saisons, et les chardons s'y élèvent en été jusqu'à ii pieds.
Les indigènes des pampas sont les Gauchos, peuples pasteurs nés du mélange des Espagnols et des Indiennes , et que la nature a doués d'une grande force, mais qui sont mal faits et d'une taille au dessous de la moyenne. Leur vêtement consiste en une espèce de manteau appelé poncho qui descend jusqu'à leurs jambes conmie une robe de femme ; ils n'ont ni gilet , ni chemise , ni culotte ^ ni souliers. Les femmes sont vêtues de la même manière^ et se
distinguent seulement des hommes par la petitesse de leurs mains et de leurs pieds. Les hommes et les femmes sont trës-malpropres et se nourrissent de viande crue Les premiers sopt presque toujours à cheval et lancent aux animaux avec une admirable adressç Je lasso ^ corde de cuir assez longue, avec un nœud coulant. Ils ne cultivent jamais la terre; le vol , la chasse et la guerre sont à peu prës leurs seules occupations. La poly garnie est fréquente parmi eux, un homme pouvant avoir autant de femmes qu'il veut. Leurs quetelles se décident au couteau en combats singuliers, et l'un des combattans reste sur place. La hutte d'un Gaucho consiste ordinairement en une chambre où vivent pèle - mêle garçons , filles, femmes et enfans. Les sièges sont des squelettes de têtes de chevaux j une lampe nourrie avec des morceaux de graisse de bœuf sauvage que l'on fait fondre sur des charbons, éclaire la cabane. Les alimens se composent de bœuf et d'eau. Enfin, le Gaucho pense que le plus noble effort de l'homme est d^ monter à cheval
au lieu de marcher , et de ne point se soumettre à Fempire des besoins ; ils vivent heuireux s'ils ont de bonnes selles et des éperons. Leurs plus cruels ennemis sont les Indiens y qui manient avec beaucoup de dextérité une lance de huit pieds de long , et qui sont gouvernés par des caciques.
Les habitans des pampas et ceux des villes forment la population de la l*épublique argentine, dont le gous^rnement républicain est basé sur le principe de Tunité d'administration distribuée en trois pouvoirs y législatif, exécutif et judiciaire. Le pouvoir législatif est confié à un congrès composé d'une chambre de représentons éligibles , et d'une chambre de sénateurs inamovibles. Le président exerce le pouvoir exécutif , et des cours de justice le pouvoir judiciaire. Dans chaque province il y a un gouverneur qui la commande sous la direction immédiate du président , mais avec un conseil d'administration formé de membres élus par le peuple. Les revenus de la république sont de i5 millions de francs, la dette est de i34 millions, Var- V. 4o
' niée de lo^ooo hommes^ et la marine de i6 navires. Le commerce consiste principalement en exportation de cuirs , laines j suif, cornes y plumes d'autruche , etc. Il y a aussi quelques échanges de produits indigènes ou exotiques avec le Chili , surtout en maté ou herbe du Paraguay, dont le goût ressemble à celui du thé. Ce commerce est exercé principalement par les créoles Buenos-Ayriens y gens doux et affables, et dont les femmes, qui aiment passionnément la musique , suivent les modes françaises.
RÉPUBLIQUE DU CHIU.
Cette contrée, prise dans sa plus grande extension , est située par a5<^44° ^^t- S. , et «ja^-^ô** long. O. , avec l'archipel de Chiloé. Resserrée entre les Andes à Vest , et le grand Océan à l'ouest , elle a le désert d' Atacama dans le haut Pérou au nord , et la Patagonie au sud. Sa longueur est de 45o lieues , sa largeur de 35 à Go ^ et sa
superficie de ai,3oo lieues carrées, avec une population de i ,400,000 habitans.
Couronnées de plusieurs volcans parmi les neiges perpétuelles y les Andes ^ que leur élévation et le froid qui y règne rendent inhabitables , occupent à peu près un tiers de la contrée, et il se forme à leur pied des if allons dont quelques- uiis , préservés de la fonte des neiges , offent de bons pâturages. Du pied des Andes les plaines s'abaissent insensiblement vers la mer où elles se perdent pat* une pente subite. Ce. pays plat renferme des monticules coupés de profondes ravines où coulent les eaux des neiges , ravines qui , en hiver^ ne sont que de faibles ruisseaux, mais en été des torrens destructeurs.
Gomme il pleut ti*ès-rarement au Giili , et seulement un peu en hiver, les parties de terrain qui se trouvent entre ces crevasses , exposées à l'influence continuelle d'un soleil sans nuages , ne renferment qu'un sol aride et nu; les seules parties habitées sont les oasis jetées au milieu des quebradas ou gorges , près desquelles sont bâties les
47^ villes au milieu de ces terrains fertiles^ L'or et le cuivre abondent dans ces montagnes ; les forêts nourrissent des arbres superbes.
Les ChUiens y favorisé^ par un ciel covs-. iamment serein et un climat temp^rè, sont indolens et peu instruits en général, mais néanmoins plus avancés en civiU-sation qu'eu beaucoup d'autres contrées.
Dans leurs réuuions de famille ils m(«a-. trent de la politesse les uns envers les antres^ ils sont respectueux et remplis d'at-. tentions devant leurs par^s, et les parens avec leurs enfans sont réservés et indulgens. Toutefois au debors il^.paraissent se relàcber , et s'inquiéter peu surtout de plaire aux femmes y qui y ainsi abandonnées y n'acquièrent point l'habitude de la société. L'éducation est négligée y un pçu moins pour les bommes çt beaucoup pour les femmes 5 mais celles-ci ont reçu de la nature des manières plus gracieuses , un tact plus fin pour connaître le monde et apprécier tout ce qui a rapport aux mœm'S. Dans les fêtes elles tiennent à bonneur
d'afficher un grand luxe y même celles qui sont le mioins dans Faisa^aee f elles s'imposent, à l'avance les privations les plus pénibles pour atteindre ce grand objet de la vanité, lies Chiliens aiment passionnément les p^rtiesde plaisir nommées pique^niques^ ils datpusent à la campagne dans un endroit qui est pour toute la société un lieu de rendezvous. Les nœuds du mariage ue sont pas plus resserrés au Chili qu'à Bnéno^-Ayres; les Chiliennes y dit le voyagem* Miers, ne se font pas un grand mérite de la fidélité conjugale j et les maris de leur côté ne semblent pas s'en inquiéter beaucoup.
Le gous^emement chilien est à peu près organisé sur le même pied que cehii de Buenos- Ayres ^ ayant un président, deux chambres et des cours de justice. Ses revenus sont de i5 millions de francs , sa dette est de 36. millions , son armée de 8,000 honmies, et sa marine de 6 navires. Son territoire est divisé en trois intendances : Goquimbo, Santiago et la Conception. Santiago y ancienne capitale de la république , sur la Mapocha, à ao lieues de la mer,
compte environ 5o,ooo habitans dont les maisons à toit plat sont peintes en blanc et n'ont qu'un seul étage. La capitale actuelle est ValparaisOf mot qui veut dire vall^ de paradis y parce qu'en effet cette ville est dans une belle situation , et offre le meilleur port du Chili y sur une baie entourée de montagnes , avec une population de 1 5,000 âmes. La Conception j n'en compte que 10,000 , près de l'embouchure du Biobio y à l'extrémité sudouest de la république et à 1 ao lieues de Santiago ^ elle ofïre un point de relâche pour les vaisseaux à Taïcahuagna dans la baie du même nom, à 70 lieues sud de laquelle se trouve la ville de Valdivia^ peuplée de 7,000 âmes, avec un bon port sur le territoire des Araucaniens.
Les Araucaniens ou Araucanos ou Araucansy dont le nom est tiré de celui de leur pays , VArauco , qui s'étend entre les rivières Biobio et Yaldivia , forment une peuplade belliqueuse , divisée en tribus nomades ou sédentaires, occupant des villages que régit l'autorité d'un cacique , et
réunies entre elles par une sorte de fédération présidée par le plus expérimenté et le plus ancien des chefs ^ nommé toquiL Ces peuplades ont des mœurs portées à la cruauté , le droit du plus fort est leur suprême loi. Ils ne se livrent jamais à aucun travail manuel^ leur principale occupation est de dompter un cheval , comme les Gauchos^ leurs femmes ne sont pour eux que des bêtes de somme chargées de veiller à leurs cabanes y d'élever les enfans et de labourer les terres. Leurs enfans , dès l'âge le plus tendre j sont excercés à galoper sur un cheval fougueux et à demi sauvage ^ leurs armes sont la lance; ils ont aussi le poncho ou manteau araucanien , et pour garder le souvenir de leurs actions ils emploient les quipos ou nœuds des anciens Péruviens.
Au sud de TAraucanie est Yarchipel de Chiloé ou Chones , dépendance paiement du Chili : c'est un groupe de 80 îles, dont la plus importante produit du blé , de l'orge, des sangliers et des bois de construction. Castro y chef-lieu de l'île de Chiloé
proprement dite^ à 260 lieues S.-S.-O. djB« Santiago y ne contient que 200 habitans; le groupe entier ea compte 25 à So^ooo. Un détroit d'une lieue de large le sépare de la Patagonie dont il me reste à vous entrer*, tenir.
PATAGOOTE.
Ce qu'on appelle Patagonie ou ierrç des Patagonsy entre 3g^ — 54** lat. S- et 65*» — . 78* long. O. , a pour limites au nord le jrio^ Negro, quoique Buenos -Ayres prétende aller plus loin ^ au sud le détroit de Magellan y qui sépare le continent de laTerre-d«- Feu ^ à l'est l'Atlantique et à l'ouest le grand Océan. On lui assigne 4oo lieues de long sur 5o à i4o de large, avec une surface de 66,000 lieues carrées et une population de 200,000 individus.
Les Patagons ou Tehuelhets habitent la plus grande partie de cette contrée stérile^ on y trouve des Puelches au nord , et des Huiliches au nord-ouest. Si les Patagons ne sont pas de vrais géans, on ne peut nier que leur taille ne soit bien au-dessus de la
moyenne ^ ils sont placés sous les latitudes les plus propices au développement de Is^ stature humaine , rabougrie par un climat trop rigoureux et comprimée par une température trop élevée^ c'est aftisi que lei^ Norwégiens et les Suédois sont plus grandi^ que les Français, et ceux-ci que les Napolitains des plaines. Magellan le premier yit des Patagons de 6 pieds 7; Cook en remai^ qua de 5 pieds 10 pouces , Bougainville de 6 pieds ^ la taille moyenne , suivant Malaspina f est de 6 pieds {. Ils vivent de chasse et de pèche } les seuls végétaux qu'ils consomment sont lies baies de quelques arbus^ tes et une racine qui vient sur les bords de la mer. On prétend qu'il existe parmi eux certains individus appelés Mauricos , qui présentent réunis tous les caractères des deux sexes.
Au-delà du détroit de MageUan est la Terrenle^FeUj amas d'ilès montagneuses, froides y stériles , où plusieurs volcans sont encore en pleine activité au milieu des neiges perpétuelles y d'où Magellan nomma ainsi cet archipel terminé au sud par le cap
Hom , et habité par des hordes misérables , rabougries par rindémence du climat , et qu'on appelle les Pescîêerais } peuplades qui se retrouvent dans la Tcrre-des-Etats j séparée au su3-est de la Terre-de-Feu par le détroit de le Maire. Il existe des insulaires pareils par 5a' lat. S. à 80 lieues N.-E. de l'île ou terre des États j dans les îles Mor louincs y ainsi désignées pai' 4es marins de St-Malo qui les aperçurent en 1 700 , et que déjà les Anglais avaient appelées îles Falkiand, A 0? plus au S. est l'île que Gook nomma Nouvellc'Géorgic j et à 1^ plus au S.-E. gît VKixhv^ASandwich ou le Thulé austixd y qui n'est qu'un amas de rochers et d'îiots. Enfin entre 6o«— 65° lat. S. se perdent les groupes du Nouveau Shetland méridional et des Nouvelles OrcadeSy îles absolument désertes, au-delà desquelles le capitaine anglais Weddells' s'est encore avancé en 1823 jusqu'à 74° ^5' lat. S. , point le plus méridional où l'on ait pénétré, tandis que vers le p61e arctique on s'est avancé au-delà du 83° parallèle.
Fllf DU CINQUIEME VOLUME.
Superficie et population des principales contrées de P Amérique^ Jtuprès la Revue britao nique de Juillet i8a8.
Superficie en Contréet. milles carrés de Population.
x5 au degré.
Brésil. . 1 44)^63 5,ooo,ooo
Amérique anglaise .... xao,656 39290,000
( Amérique du nord , Amérique du sud et Antilles.)
États-Unis.. ii3,8oa 13,377,000
Mexique 77>6a5 7,600,000
Colombie & 1,700 a,8oo,ooo
Buénos-Âyres 4^9687 700,000
Bas -Pérou a3,3i3 1,700,000
Amérique russe a3,ia5r 5o,ooo
Amérique danoise ao,a5or iiô,ooo
( Groenland, Islande, Ste -Croix , St-Thomai. )
Ilaut-Férou . 199375 i,3oo,ooo
Guatemala 8,688 i,65o,ooo
Chili.. .........'. 8,o63 1,400,000
Paraguay.. ......... 4»i88 a5o,ooo f
Amérique espagnole. . . . a,o88 i,a4o,ooo
( Cuba et Porto-Rico )
Amérique néerlandaise. . 1,875? o,ii4»ooo
(Cnraçao, St-Enstacbe , partie de la Guiane • )
Amérique française. . . . 1,876? S4O9OOO
(Gaiane , Martinique j Guadeloupe. )
Haïti I9381 950,000